CHAPITRE III
Saint Samson. — Sa légende. — Il vient en Bretagne- Armorique. — ^ Childebert lui donne les iles de Jersey et de Guernesey. — II devient archevêque de Dol. — II va à Guernesey.
En 480 , naquit dans les Gornouailles et sur les confins du diocèse de Vannes(l), de parents nobles et riches (2) dont l'union était demeurée stérile depuis un grand nombre d'années, un fils qu'on nomma Samson et qui fut reçu comme un autre Isaac. Dès l'âge de cinq ans , on l'envoya sur la grande île bretonne et l'on confia son éducation à l'abbé d'un monastère de la Cornouaille insulaire, appelé Utulh — Eltutus ou Hidultus , — dont le renom de science
(1) D'après YAci. ord. sanct. Bened. (t. I, p. 171), Saint Samson serait né dans la province de Devon. — Deventianà palriâ, — en Grande-Bretagne ; nous croyons cette version inexacte et nous lui préférons celle des autres auteurs. (Vie» des' Saints de Bretagne, p. 393.)
(2) Hist. eccl de Trigan, t. II, p. 26T.
40 LES MISSIONNAIRES GHBÉTIENS
et de sainteté s'était répandu au loin parmi les descendants des anciens Celtes (1).
Samson resta dix ans dans ]e monastère ; et , ses études étant achevées , son père le rappela en Armorique. Mais , déjà, l'irrésistible attrait de la vie religieuse l'avait subjugué ; son esprit s'était habitué à chercher ses satisfactions ailleurs que dans le monde — qui, du reste, n'en offrait guère , — et à les trouver dans les austérités , dans l'abnégation et dans le dévouement absolu. A cette époque où la condition humaine était , depuis tant de siècles , si profondément triste et dure , l'âme, pour ne point succoniber sous le poids du doute en la miséricorde divine , s'élançait en avant , s'élevait par le sacrifice , s'imaginait à force de désirs, entrevoir l'invisible et le surnaturel, et croyait recevoir de Dieu même le don des miracles qui redressait l'œuvre divine suivant nos idées de justice immédiate et selon nos besoins présents. Et c'était au missionnaire chrétien qu'une telle puissance était confiée, et sur le même sol , sous le même ciel qui avait vu le druide cacher des mystères et révéler de prétendus prodiges dont le souvenir, loin d*être éteint, était encore un culte pour un certain nombre d'hommes attachés au passé.
Le jeune néophyte , se sentant éclairé par la lumière intérieure , supplia son père de le laisser encore près du vénérable maître que , depuis son enfance , il n'avait pas quitté. Ammonius y consentit, et, quelques années plus tard, l'archevêque d'York , Saint Dubrick , l'ordonna prêtre.
Samson, que ses vertus et l'ardeur extraordinaire de sa
(l) Fondateur du monastère et de l'école de Uau-Iltutb, dans le Giamorganshire actuel. La plupart des missionnaires qui évangélisèrent les Armoriques en étaient sortis : Saint Malo, Saint Samson, Saint Magloire, Saint Dubrick, Saint Thêlian, etc. (Voyez South. Wales hy Rees, p. 67^ et suiv.)
ET Lt:ft ttiGRRÔBS. 41
piété avaient dés^lors marqué du sceau de la sainteté, se fit moine et se plongea dans les rigueurs les plus excessives de la pénitence. La légende ne le montre plus qu*entouré de miracles, même dans les incidents les plus vulgairels de la vie. Il semble que Thomme devenu Saint ne doive plus être soumis aux lois naturelles, et que tout ce qu'il touche doive en être le contre-pied. C'est là une sorte -de poésie, sans doute, mais qui montre un état particulier de Pesprit, et un état constant , car s'il change de forme et de langage , il se retrouve toujours quelque part et partout où il y a une croyance religieuse quelconque.
Dès le temps de Saint Samson , ces grands modèles de perfection étaient nécessaires, non-seulement pour attirer les populations vers la pratique et l'intelligence d'un ordre de principes moraux tout nouveau , mais aussi pour y maintenir ceux mêmes qui se considéraient comme appelés à renseigner. Il ne faudrait pas croire , en effet , que la société religieuse, quoiqu'à son berceau, fût à Tâbri des défaillances et des chutes ; la littérature légendaire nous apprend qu'il y en avait de fréquentes; ajoutons qu'elles étaient inévitables au milieu de l'anarchie complète qui régnait partout.
Les perfections de Saint Samson excitèrent donc la jalousie de quelques-uns des religieux qui vivaient sous le même toît. Deux d'entre eux essayèrent de l'empoisonner ; il échappa, par un miracle, à ce péril ; mais il en ressentit un grand dégoût pour la société des hoîr.mes, et il demanda à Èltuthde se retirer dans la solitude.
Un anachorète , du nom de Piro, avait; fondé , sur une île que , parmi les auteurs , Baidric seul désigne et appelle Lesia, un de ces asiles de la prière et de la mortification , comme chaque rocher du littoral devait bientôt en recevoir. Cette île , évidemment rapprochée de lacôtedeCornouailles,
ne pouvait être, selon nous, que Tune des Sorlingues (1). L'archevêque d'York venait, chaque année, pendant le carême (2), s'y reposer des fatigues de son ministère et peut-être aussi y recruter quelque nouvel ouvrier de l'Evangile. Saint Samson s'y rendit et y demeura quelque temps. Mais la paix à laquelle il aspirait semblait le fuir aussitôt qu'il croyait l'avoir conquise. Une grave maladie de son père le rappela en Armorique ; son séjour de peu de durée y fut marqué par de nombreux prodiges, dont les légendaires ne se fatiguent pas de donner la nomenclature aussi naïve que monotone ; car elle est la même pour tous les saints. Il se hâta de revenir dans son île. Un nouvel événement l'y attendait. Le chef de la petite congrégation , en traversant un préau par ,une nuit obscure et dans une situation d'esprit qui n'était pas le résultat de la tempérance,
— et quod est gravius , ut aiunt , per ineptam ebrietatem (3),
— se laissa tomber dans un Aaste puits et se noya.
Saint Samson, malgré sa résistance, fut mis à la place que la mort de Piro laissait vacante. Mais si les autres religieux ressemblaient à leur ancien chef, on conçoit avec quelle répugnance le nouvel élu en accepta le gouvernement. Il le conserva seulement pendant quelques mois; puis, il se retira au désert, dans un vieux château en ruines, d'où il ne sortit que pour prêcher et convertir ceux des habitants du pays qui étaient encore idolâtres. — Et sur cette terre classique du druidisme, il en restait bon nombre. — Son apostolat lui fit entreprendre plusieurs
(1) L'historien de Guernesey pense qu'il s'agît ici de Guernesey même, mais sans citer aucune preuve à l'appui de son opinion. Tout prouve que l'île dont il est quesiion était une des Sorlingues.
(l) Ad. ord. Sanct. Bened, t. I, p. 171.
(3) Act. ord. sancl. Bened. (t. I, p. 171).
voyages dans son pays natal et à York ; sa réputation s'accrut tellement que l'archevêque Dubrick , sentant sa mort prochaine , le désigna au choix de ses prêtres et des fidèles chrétiens pour lui succéder. Saint Samson devint donc archevêque d'York; du moins la plupart des historiens le rapportent (1). Sa mission était pourtant loin d'être finie.
L'archevêché d'York fut affligé d'une peste terrible qui , d'après les légendes , fut envoyée de Dieu pour punir les habitants de leurs péchés , mais qui coïnttde , ajoutons ce détail , avec les invasions saxonnes fort peu favorables , on lésait, à la propagande chrétienne. Saint Samson , pressé par les sollicitations de « ses chanoines et religieux de fuir » un danger si évident » (2), voulait rester avec son peuple. Un ordre direct du ciel lui enjoignit de retourner en Brelagne-Armorique avec tous ceux qui désireraient le suivre. 11 résigna donc ses fonctions , fit élire à sa place un prêtre nommé Thébas, et alla s'embarquer sur la côte de Cornouailles , suivi de quelques frères (3).
Il arriva en Bretagne près de l'embouchure d'une rivière et d'une contrée marécageuse et sauvage. Un personnage du pays, qui se trouvait là, et dont le Saint guérit la femme et la fille , par la seule puissance de la prière , lui donna une
(i) Le fait est contesté par Sylvestre Giraldus dans son Uinerarium cambriœ. D'après cet auteur, Saint Samson aurait été évéque de Meneiva, aujourd'hui Saint David, dans le pays de Galles. Le R. P. du Pas, dans son Catalogue des archevêques de Dol (iiv. I, cbap. 2), adopte cette version. Baldric n'admet ni Tune ni l'autre (cbap. IV) et pense que Saint Samson était simple prêtre, quand, à Page de 66 ans (en 553), il fut élu évéque d^ Dol. Il est probable que Baldric a raison ; car à cette époque, il est plus que douteux qu'il y ^ut des év^bés et des archevêchés nettement circonscrits.
(<2) Vies des saints de Bretagne, p. 501.
(3) Eod. p. 225.
44 LES MISSIOHUMIIES GHINËVIENS
certaine étendue de terrain, fja monastère y fot iioinédiatement construit. Bientôt des habitations se groupèrent alentour, et la ville de Dol fut fondée.
L'influence personnelle de Saint Samson s'exerça âur le continent, comme sur la grande île qu'il avait habitée pendant plus d'un demi-siècle ; eUe s'exerça d'aboiMJl ;sur les classes inférieures qu'il convertissait et attirait dans ses asiles qui , rigoureusement , ne pouvaient guère se nomoier des monastères; —.car il ne paraissaitpas encore y être question dérègle écrite et d'organisationhiérarchique, (1) — mais oiiles hommes apprenaient à reconnaître une autorité purement intellectuelle et se disciplinaient sous une autre main que celle de la force brutale. A côté de Dol , s'éleva bientôt un autre couvent qui reçut l'eKcédant de population de l'établissement principal.
Tout cela, cependant, ne suffit pas à l'activité de Saint Samson. Il n'existait , pour ces âmes ardentes et animées du souffle religieux, aucune transition entre la vie au désert et les agitations et les périls de l'apostolat ; il leur fallait la lutte , la lutte permanente , qu'elle fût dirigée contre les révoltes de la chair ou contre les erreurs de l'idolâtrie. Pourelles,etenprésence du désordre où se débattait l'humanité , la puissance de l'esprit du mal personnifié dans l'Ange déchu en révolte contre son Dieu , auteur de tout bien, avait grandi de.plus en plus ; cette opinion avait pris , pour ainsi dire , les proportions et les apparences d'un dogme qui touchait à l'hérésie ; — le Pélagianisme, qui, dès le V** siècle , régnait dans la Grande-Bretagne (2) n'en était que l'expros-
(1) La règle de Saint Benoît, la première règle sérieuse, n'était introduite en Gaule que vers 343, époque ou Saint Maur fonda en Anjou le couvent de Glanfeuil {Hist. de France, de H. Martin, t. II, p. T^i).
(i) En 454, Saint Germain d'Anxerrc était allé dans Tile pour le eombat- Ire. {Vie de Saint Hennok dans les Vies des saints de Bretagne, p. 347.
ET LES LEGENDES. iS
sion contraire et hérétique elle-même. ~ Aë^lors, il n'y avait plus d'événements, plus de principes qui fussent en dehors du minislèi'e du prêtre chrétien; son devoir étatise combattre l'en. nemiimpiaeablederhomme,partoutoù il le rencontrait. Aussi, avait-on en Irlande , comme conséquence logique et dernière de cette façon d'envisager les choses^ confondu les deux pouvoirs temporel et spirituel entre les mains du clergé, tt Les Irlandais convertis avaient leurs Evesques » pour Roys, chacun en sa province. (1) »
A l'époque où vivait Saint Samson^ c'est-à«dire , suivant l'expression d'un illustre historien (â), « dans un temps où » rien de ce qui était avant ne pouvait vivre et rien de ce » qui n'existait pas ne pouvait se fonder », la presqu'île armoricaine ne jouissait pas d'un état social meilleur que celui des autres parties de l'ancien sol gaulois. Quoique comprise dans le royaume du second fils de Clovis, Ghildebert, elle paraissait néanmoins gouvernée par des chefs auxquels les légendes donnent le titre de rois^ mais qui sont , le plus souvent , appelés comtes. Ces chefs n'étaient pas plus civilisés que les monarques francs ; ils avaient les mêmes habitudes et les mêmes mœui's. L'un d'eux, Comorre , qui dominait dans le Léon et les Cornouailles , avait assassiné le roi de Bretagne- Armoriqueyloasi, et avait menacé du même soi*t son fils Juduwald qui s'était réfugié auprès du souverain franc, dont la résidence était , à ce moment, à Paris ou à Issy (3). Saint Samson « éaieu d'une telle félonie
Ecclesiast. hUt. gentU auglorum vener. Bedœ ftesbifteri. — ap. Hisi. christ, de Laurent de la Barre^ lib. i, cap, XVII et XXI, p. 35S, verso et 336.
(1) Vies des Saints de Brel. p. 726, Vie de Saint Budoc.
(%) Hist. de la civiL en France^ t. H, p. 140.
(3) On croit que le château actuel d'Issy est construit sur le lieu occupé au temps de Gtiiidebert par un domaine ou fisc royal dans lequel ce monarque résidait souvent.
et indignité(l), »se rendit immédiatement à la cour de Ghildebert pour y plaider la cause du prince persécuté et y réclamer un secours d'hommes et d'arjjent. Il fut accueilli avec empressement ; et , après avoir édifié le roi de Paris par des guérisons miraculeuses, des exorcismes variés et des preuves non moins évidentes de sa mission divine , il obtint pour son protégé qui habitait à « deux lieues de la ville (3), » une armée de quinze mille hommes, à la solde du monarque. Avec cette force auxiliaire, Juduwald put retourner en Bretagne , y rencontrer l'usurpateur Comorre et reconquérir par une éclatante victoire, remportée aux environs de Morlaix , le patrimoine qui lui avait été enlevé.
Mais le succès diplomatique de Saint Samson lui avait été vivement disputé par la reine Ultrogode qui , d'après la légende, aimait le jeune et beau prince « plus que de raison, » et ne pardonnait pas au missionnaire , le zèle qu'il mettait à défendre sa cause et à hâter son départ. Elle essaya, par tous les moyens, de faire échouer la négociation ; ses efforts furent vains ; Saint Samson découvrit et déjoua ses ruses. Avec un signe de croix , il fit éclater le verre dans lequel elle lui avait versé du poison ; il rendit docile le cheval indompté jju'elle lui avait perfidement offert ; et enfin , un dernier acte d'irrévérence ayant comblé la mesure , il appela sur elle la vengeance céleste. Ultrogode, atteinte d'une hémorrhagie terrible, succomba après trois jours de souffrances (3).
L'histoire n'a pas mentionné ce fait qui nous révèle, au milieu de beaucoup d'autres , et malgré son caractère tout-
Ci) Yieê des saints de Bretagne, p. 302.
(2) Probablement Issy.
(3) Vie de Saint Samson (ap. Vies des Saints de Bret. — Act ord. sanct. Bened. etc.)
à-fait légendaire, l'état des esprits et des mœurs au VI* siècle , et nous montre réunis dans la cour des rois francs les vices du Bas-Empire et de la société barbare.
Ghildebert parut , comme mari et comme monarque , accepter son veuvage avec une résignation facile. Il congédia très-affectueusement le prince exilé, et, afin de témoigner à Saint Samson toute sa bienveillance, il lui donna à perp^- ^t£t7e, pour son monastère de Dol «certaines isles qui sont » en la mer , à la coste de Normandie, entr'autres Jarzay et » Grénezay (1). »
Une telle donation, si on pouvait supposer qu'elle fût susceptible de recevoir une exécution réelle et complète , serait assurément extraordinaire; on en tirerait les conséquences les plus importantes sur le pouvoir monarchique des rois francs , sur l'état de la propriété à leur époque et sur les rapides effets de la conquête. La vérité est que Ghildebert donnait ce qu'il ne possédait pas et ce que Saint Samson lui-même ne songea pas à revendiquer. Nous verrons bientôt que les Iles dont le nom apparaît enfin dans l'histoire , étaient possédées , très-probablement, à titre héréditaire , par quelques bretons-armoricains et par quelques gallo-romains. L'établissement définitif des Mérovingiens n'avait pas sensiblement modifié, surtout dans les campagnes, la société qui y était déjà plus ou moins bien organisée. Lorsque Rome prenait possession effective d'un pays , elle en changeait profondément les institutions. Les bandes germaines , au contraire , ne touchaient qu'à sa surface; et il n'en pouvait être autrement avec leur système de législation qui n'admettait que le statut personnel. Le chef et ses leudes s'emparaient du sol et en chassaient les vaincus , par droit de conquête ; il n'y eut jamais de
(1) Vie de Saint Sarason (ap. Vies des Saints de Bret. p. 304.)
dépossession par voie de mesure générale et systématique ; et les conquérants ne prirent que ce qu'ils pouvaient garder et tant que de plus forts ne venaient pas le leur reprendre. Partout régnait l'instabilité, l'incertitude. Les limites mêmes des États variaient sans cesse. Le premier roi de Paris auquel étaient échues les deux presqu'îles armoricaines, en même temps que Bourges et Bordeaux , ne tenta-t-il pas de faire entrer dans son lot l'Auvergne et la Narbonnaise; mais en réalité, il n'était pas plus le maître du sol breton qu'il ne le fut de la province romaine. L'Église toutefois, provoquait et acceptait les libéralités des chefs barbares, et trouvait dans ce litre , tout imparfait qu'il fût, un moyen puissant d'influence et d'action. Ce fut , en effet , le germe de ses progrès rapides, comme ce fut le prix dont la race mérovingienne récompensa le concours et l'appui qu'elle donna à son établissement.
Saint Samson, en quittant Childebert, revint dans son monastère de Dol , emportant avec lui la charte qui mettait tout un archipel à sa disposition. Il ne songea pas à prendre immédiatement possession d'un domaine dont le donateur ne connaissait assurément pas l'étendue et peut-être même la situation géographique exacte , puisque , d'après le récit de Baidric (1), une des Sorlingues, (Lysia), était comprise dans la donation. D'autres préoccupations le retinrent sur le continent.
Juduwald rentré dans son héritage , voulut reconnaître les éminents services que lui avait rendus le saint moine. IJ réussit à le faire élire par les évêques de la contrée , archevêque de Dol et à faire confirmer, en S55, cette élection inattendue par le pape Pelage I". Ce fait est une nouvelle preuve de l'incohérence qui régnait encore dans les règles
(1) Chap. VIII.
ET LES LÉGJSNDjgS. 48
fondamentales de la hiérarchie ecclésiastique. Ce lut seulement sous Innocent III, en lid9, que Tarchevéque de Tours, BarthéleiQy , Tit enlevé^ le pallium au siège de Dol (1); sesprédécei$seurs,fortS|mécQnten(t,s de perdre leur suprématie sur si^ évôchés , s'étaient soumis néanmoins à la décision papcdc. Grégoire de Tours lui-même « quoique fort » jaloux des prééminences de son église et mordant dans )' ses écrits, aussi était-il ai^verguac (2), » ne protesta pas (3). En 5S7 (4), Saint Samson assista au concile de Paris; * Saint Romphaire, évêque de Coutances et Prétextait, archevéqvie de Rouen, s'y trouvèrent aussi; et les relations échangées entre ces prélats ne furent probablement pas étrangères au choix que le métropolitain déjà Neustrie fit, viugt ans plus tard , de Tîle de Jersey comme lieu d'exil.
L'archevêque , malgré les occupations multipliées que lui imposait l'administration de son siège, résolut enfin de
(1) Dans le concile provincial d'Avranches, eu II 72, l'archevêque de Tours réclama cnergiquemenl contre les prétentions des évéques de Dol. (Dom Bcssin, p. 87). Voy. sur la fin de la lutte des églises de Tours et de Dol, Math. Paris. Hist. Major ad ann. 1199. (Tome II, p. 311, de t'édil. du duc de Luynes.)
(2) Vies des Saints de Bretagne, p MO.
(3) En 570 cependant, le concile de Tours fit défense, dans son neuvième canon, qu'aucun consacrât, en Armorique, évéque soit romain^ soit bretoUf sans le consentement du métropolitain ot des eomprovinciaux. Cette distinctloD entre les évêques romains et bretons mérite d'être i*emarquée; elle semble indiquer que le pouvoir du Pape était loin au VI* siécio d'avoir le caractère absolu qu'il eut plus tard.
(4) En So9, selon Baronius, en 556, selon Severinus Binius. — La vraie dale est 557. — Childebert vivait encore ; il ne mourut qu'en 558. Tous ceux qui s'occupent de l'histoire de cette époque savent combien il est difficile de fixer les dates mêmes des événements principaux. Lorsqu'il s'agit de faits de détail, il est presque impossible d'éviter quelques erreurs ou quelques contradictions.
visiter les îles , bien moins comme propriétaire terrier, — il ne se faisait, sur ce point, aucune illusion, — que comme donataire spirituel. Les îles , en effet , sauf Jersey , où saint Marcouf venait de mourir, avaient gardé jusqu'alors , non pas la doctrine , peut-être , mais les pratiques païennes. On y sacrifiait à Janus , auquel les trois premiers jours de janvier étaient consacrés. C'était évidemment un reste du paganisme mêlé aux traditions du druidisme (1). Saint Samson descendit sur l'une d'elles, que l'histoire ne désigne pas et qui est probablement Guernesey. 11 y prêcha l'Evangile, et pour mieux disposer les insulaires à se convertir , il donna « un escu d'or » à chacun de leurs enfants. 11 fit construire une chapelle dans un lieu qui prit plus tard le nom de Port Saint-Sarnsony et y établit « un recteur avec des prêtres, diacres et autres ecclésiastiques, » pour conti' nuer l'œuvre qu'il avait commencée (2). Ce fut le dernier acte de son apostolat , il revint à Dol et y mourut vers 564 , accablé d'années.
(1) Voyez dans les Conciles du P. Sirmoud, le canon 22 du concile de Tours, tenu en D56, et dans lequel on condamne ces cérémonies païennes des calendes de janvier. Voy. aussi le sermon de Saint Eloi dans sa vie par Saint Ouen {Spieiligiumj t. V) ; on y parle des danses ou Car oies du solstice d'hiver. Il n'est pas sans intérêt de rappeler que dans le Gotentin existe encore la coutume, générale dans les campagnes, de se rassembler en famille pendant les premiers jours de janvier,pour fêter les Rois par de longs repas accompagnés de chants particuliers au pays. A ce moment, tous les domestiques des nlles se rendent dans leurs villages sans qu'on puisse le leur défendre. C'est une condition expresse de leur engagement.
(2) Vies des Saints de Bretagme, p. /^ll. Hist des évéques de Coutances, par l'abbé Lecanu, p. 446. — Duncan's History of Guernesey, p. 316.