‹ Histoire du Cotentin et de ses îles (volume 2)Chapitre 6 sur 64 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Saint Magloire. — Sa légende. — 11 fonde à Serk un monastère et une école. — Le seigneur de Guernesey lui donne une terre sur laquelle il consiruil une chapelle. — Il élève un oratoire sur Pîle de Herm. — Sa mort — Fin de la période légendaire.

Saint Samson n'avait pas entrepris seul la conversion des Iles; il s'était associé son neveu et son élève de prédilection, devenu saint aussi, Magloire, dont le nom n'a pas été oublié et qui doit être considéré comme le véritable apôtre de l'archipel normand.

Saint Magloire était né en 535, dans l'évèché de Vannes. Ses parents, nobles et riches, dit la légende (1), étaient de

(i) Nous empruntons notre récit aux divers ouvrages déjà cités dans les notes des pages qui précèdent, c'est-à-dire les collections de Mabillon, de D. Bouquet et de Duchesne, les Vies des Saints de Surius, les Vies des Saints de Bretagne, etc. Il faut y ajouter, pour la vie de Saint Magloire, un poëme MSS. petit in-quarto, sur vélin, portant le numéro 300 (classe des belles-

race celtique; mais nous ne connaissons leurs noms que SOUS leur forme latine ; son père s'appelait Umbraselus et sa mère Afrella. Dès l'âge de cinq ans, il fut envoyé en Grande-Bretagne et confié aux soins de son oncle, dans le monastère que celui-ci dirigeait sur la côte de Gornouailles. Il revint avec lui en Armoriqué , et devint abbé de Dol , lorsque Saint Samson fut nommé archevêque, et lui succéda dans cette dernière dignité.

Mais tous les hommes éclairés et religieux de ce temps, surtout ceux qui appartenaient aux classes sociales supérieures, et c'est parmi elles, nous l'avons déjà dit, qu'ils se recrutaient en grande partie, regardaient la vie publique comme un fardeau dont la Providence les chargeait et qu'ils déposaient aussitôt qu'ils le pouvaient. — lis ne connaissaient pas encore les satisfactions de l'orgueil qui aident à lé supporter. La solitude les attirait en proportion du dégoût que le spectacle des événements contemporarns leur inspirait. Nous sommes trop disposés à croire que ce sentiment de lassitude est exclusivement le fruit des civilisations avancées ; — il se rencontre surtout, et dans sa vérité, aux époques difficiles; et c'est par lui que s'explique le besoin de fuir le monde et de chercher dans la contemplation des choses de l'àme, un secours contre le découragement, et une espérance dans une destinée meilleure, quise manifesta chez les anachorètes des VP et VII® siècles. Saint Magloire éprouva ce senti-

lettres françaises), remarque à la bibliothèque de l'Arsenal, par M. Léopold Delisle, qui en envoya des extraits en 1847, à M. de Gerville. — Je dois la communication de ce document, qui fut écrit en 1319, par Geoffroy des Nés, sur Pordrc de l'abbc de Saint Magloire (de Paris), à M. Dolbec, de l'école des Chartres, héritier du savant antiquaire de Valognes. J'aurai Toccasion de le citer plus d'une fois ainsi que les autres documents provenant de de la même source et que M. Dolbec a mis à ma disposition avec -mi empressemenl et une grâce dont je ne saurais trop le remercier .

ET LE» LÉGEMOfiS. 53

Qient à un haut degré. 11 avait , à peine pendant trois ans, exercé les fonctions épiscopales, qu'il voulut les quitter pour rentrer dans la cellule de Ferraite. Ainsi que l'avait fait Saint Samson, it s'était préparé un successeur qu'il présenta au peuple ; ^ Saint Budoc , le descendant d'une des plus anciennes familles d'Armorique, des comtes de Troélo et Tréguicr, fut élu à sa place (i).

Saint Magloire vécut quelque temps dans la retraite qu'il s'était choisie, au milieu des marais incultes qui s'étendaient entre Dol et la mer; celle retraite n'était pas encore assez lointaine ; le peuple y affluait et venait y chercher des conseils et surtout des guérisons miraculeuses. La Renommée du Saint se répandait au loin» et le bruit des cures qu'il opérait, aussi bien sur les corps que sur lésâmes, grandissait de plus en plus et troublait profondément sa paix et ses méditations. Il voulait se soustraire aux importunités de la foule et fuir si loin qu'on ne saurait plus le trouver (2). Les prières de son successeur le retenaient encore , lorsqu'une occasion favorable lui permit de satisfaire son désir, sans manquer à sa pieuse mission.

Un personnage que l'histoire appelle le comte Loïesco (3), et qui habitait sur les confins de la Neustrie , était , depuis plusieurs années , affligé d'une terrible maladie dont il ne

(i) La légende de Saint Budoc est une des plus curieuses des recueils, par le nombre et la bizarrerie des aventures qui y sont rapportées. La mère du saint, soupçonnée d'infidélité par son mari, fut enfermée dans un tonneau et jetée à la mer. Elle demeura pendant cinq mois dans cette prison flottante, y accoucha de Saint Budoc, et aborda euGn sur la côte d'Irlande, près du monastère de Beauport où elle fut recueillie avec son enfant, dont la vie ne fut pas moins remplie d'incidents merveilleux {Vies des Saints de Bretafftte, p. 708. — Annal, ord. sancti Bened* elc).

(î) Vies des Sainis de Brei.jp. HiS

(o) Act: ord. sancii Bened. t. i, p. %26.

pouvait se guérir. II appela Saint Magloire, qui se rendit à sa résidence, prescrivit des prières et un jei\ne de trois jours à toute la famille , fit plonger le malade dans un bain et le rendit à la santé. Le comte , en reconnaissance , lui donna la moitié des terres qu'il possédait à Serk (i). Saint Magloire se transporta immédiatement sur cette île et y prit possession de son domaine. Il espérait que sur cet étroit écueil, nul bruit du monde n'arriverait jusqu'à lui et qu'il pourrait y attendre, sans troubles , la mort qui s'approchait.

D'après une autre version (4), Serk était , à celte époque, gouvernée ou administrée par un petit souverain, — regulns, nommé Badwal , et ce fut lui qui abandonna à Saint Magloire le terrain nécessaire pour établir un monastère.

Ces deux récits, qui peuvent d'ailleurs aisément se concilier, semblent indiquer que les îles avaient, dès ce tempslà , une certaine organisation sociale et que la population y atteignait un certain chiffre. Le comteLoiesco tirait ses principaux revenus de la chasse et de la pèche, et en faisait un commerce assez important. Son domaine était situé fort avant dans la mer (3) ; il comprenait probablement l'une des extrémités de la petite île , dont il était propriétaire avec quelques autres , sous l'autorité d'un chef qui appartenait, peut-être, ainsi que le nom de 7?a(/ti;an'indiquerait<. à la

(i) Ann. de Mabillon, t. 1, p. 151.

{l) D'après les Vies des Saints de Bretagne, l'ile dont il s'agit ici serait Jersey et Tabbé Lecauu a adopté cette version (p. 444), tout en rapportant à la page 447, que Saint Magloire avait fondé un monastère à Serk — Sargia. Or, si Sargia désigne Serk et non Jersey, il est incontestable que la donation de Loïesco s'applique à cette première Ile et non à la seconde, puisque dans le récit de VAcla ord. sancli Bened. (p. 216 sup. cit.) on lit Sargia. Plus loin, nous trouverons un nouvel argument dans les mêmes textes.

(3) Vies des Saints de Bretagne, p. Ûo.

nation frauco-neustrienne, et qui résidait dans l'ile voisine , Guernesey.

Saint Magloire établit le nouveau monastère à peu de distance du rivage, sur le sommet de la falaise, près du seul havre que possède l'île et qu'on nomme le Crettx (1), et à proximité d'un petit ruisseau sur lequel fut établi , peutêtre dès cette époque (2), un moulin à ean (3). *

Serk réalisait à souhait toutes les aspirations de la vie religieuse qui a besoin , pour ne pas s'affaiblir et tomber dans le marasme, des grands spectacles de la nature. Rien, à cet égard , n'y manquait , ni l'immensité de l'horizon^ ni la sé*vère majesté de la perspective , ni le calme de la solitude. Soulevée, dans toute son étendue, et aune hauteur de plus de deux cents pieds, par un amas de rochers incessamment battus et rongés par les vagues, cette île, qui mesure à peine trois milles de longueur , est peut-être un des lieux les plus pittoresques qui se puissent voir. Les deux parties distinctes qui la composent sont partagées par une tranchée à pic, dont les deux bords sont reliés par une sorte de muraille sur laquelle serpente entre deux précipices un étroit sentier. C'est \si Coupée.' Et, au-dessus du soubassement de granit, et protégé par lui contre les envahissements d'une mer emportée par les plus violents courants , repose un sol fécond qui ne réclame que la main de l'homme pour se couvrir d'abondantes moissons , mais qui , au VP siècle , n'avait pour population que quelques pêcheurs.

(l) Laurie'sSat'/iny directions, p. à7. — Tupper's History, p. 4. fè) On sait que rinvenlion de ces moulins date du temps des premiers Mérovingiens, le poète Fortunal (VI* siècle), en parle dans ces deux vers : c Ducitur In rigidis sinuosa canalibus unda » El quà. fcrt populo sic mole rapta clbum. » (5) L'existence de ce moulin est constatée au XII* siècle par des documents que nous citerons plus lard.

Bientôt à l'appel du missionnaire breton , plus de soixante religieux, d'après l'histoire, accoururent de la côte neustrienne , de la Bretagne-Armorique et de la grande île bretonne (1). Une école fut fondée, selon l'usage général, poulies enfants auxquels leurs parents voulaient donner l'instruction et l'éducation chrétiennes. Ce dernier fait nous est révélé par Te récit (2) de l'un de ces nombreux miracles, dont la littérature légendaire ornait la vie des saints.

Les élèves de Saint Magloire , enfants d'origine noble (3), vinrent lui demander un jour la permission d'aller jouer sur le rivage, afin de ne pas troubler, par leurs ébats, les méditations ou le sommeil des moines qui , après une abstinence forcée, avaient fait un repas copieux. Le bienheureux maître leur donna, avec sa bénédiction, l'autorisation qu'ils ^llicitâient , et ils descendirent aussitôt, par le sentier abrupte de la falaise, jusqu'au lieu qui avait été désigné sous le nom grec de aklé (4). Là , se trouvait échoué sur le sable, au-dessus du niveau atteint par les marées, un vieux vaisseau à demi pourri sur lequel les enfants montèrent. Ils y étaient à peine depuis quelques instants , lorsqu'un vent violent s'éleva et le poussa sur la mer ; le courant l'entraîna rapidement au large. Il n'y avait ni rames , ni voiles pour le diriger , et les pauvres passagers , frappés d'épouvante, ne purent qu'invoquer Saint Magloire

(l) Âci. ord sancti Bened. p. i'28 et suiv. — Les légendes précisent le nombre des moines qui suivirent Saint Magloire ; ils étaient soixante-deux.

(i) Ad. ord. samii Bened. t. 1, p 2^9.

(5) c ParvuU monachi noHli prosapiâ editi, qui inter claustra monasterii > rigore disciplinée constringeban.tur. » (ioc. sup. cit.)

(4) < Per devexa montis latera et scopulosa ad loca marilima quae graeco • vocabulo aklé vocitantur, inoffenso pede descenderunt.» (Ioc. sup. cil.) Ce passage fixe le point où le monastère devait être construit, c'est-à-dire, près de Tunique havre que possède Tile de Serk.

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par leurs pleurs et par leurs cris. Le Saint leur apparut — quasi corporaliter — et gouvernant le navire à l'aide de son bâton, il le fit aborder sans accident sur la plage d'un pays voisin.

Il paraît que là , le droit de bris et naufrage était en vigueur; car les habitants, en voyant se jeter à la côte un aussi grand bâtiment, se préparèrent à le piller. Mais ils furent tellement étonnés de n'y trouver que quelques enfants et pas le moindre instrument de navigation , qu'ils crurent à quelque illusion diabolique et envoyèrent des députés au rot, pour l'informer de l'événement. -— Le roi, aussi émerveillé que ses sujets , convoqua son sénat et se fit raconter par les enfants leur voyage miraculeux. Il fut rempli d'admiration pour Saint Magloire , et fit charger le navire de froment , de farine, de laine , de vêtements et de toutes sortes de choses usuelles. Ses conseillers voulaient que des hommes expérimentés reconduisissent les passagers et la cargaison à Serk; animé d'une foi plus ferme , le roi leur répondit que celui qui avait amené le navire, le ramènerait au port. Et en effet, il reprit la merde lui-même et aborda exactement à l'endroit d'où il était parti , il y avait trois jours.

Saint Magloire accueillit ses élèves avec bonheur et ne fut pas insensible au généreux envoi que lui faisait le chef de la contrée voisine; souvent ses compagnons manquaient de vivres, et, plusieurs fois, ils s'étaient vus sur le point d'être contraints de se séparer. L'île ne présentait pas les ressources nécessaires pour assurer l'existence d'une réunion d'hommes aussi nombreuse. Heureusement la renommée de l'ancien archevêque ee répandait au loin , — latè longêgve, — et attirait sur la colonie naissante d'abondantes libéralités.

L'île de Guernesey, don(> le sol fertile produisait d'opu-

lentes récoltes et nourrissait de nombreux troupeaux (i), était possédée héréditairement, — jure hereditario, — par un personnage appelé JSivo , qui n'avait d'autre enfant qu'une fille, et, encore , qui était muette. Informé des miracles accomplis par Saint Magloire, il alla trouver le Saint a son couvent, et le pria de guérir son enfant; celiii-ci, rempli d'humilité , répondit que ce qui lui était demandé ne dépendait pas de la fragilité humaine : « car, lorsque nous y> sommes atteints de quelque mal, nous ignorons si la » mort viendra subitement nous surprendre , le fil des Par- » ques étant rompu , ou si Dieu nous rappellera à la vie; qu'il D fallait simplement faire une large aumône et adresser des » prières au Tout-Puissant (2). »

Nivo revint chez lui tristement et raconta ce qui s'était passé à sa femme ; elle était de bon conseil et profita du moment favorable qui suit un repas succulent , pour convaincre son mari de la nécessité d'offrir à Saint Magloire le tiers de leur domaine. Elle fut écoutée ; le partage fut arrêté et les deux époux retournèrent à Serk avec leur fille. Ils firent leur offrande et sollicitèrent de. nouveau l'intervention du pieux ermite qui, cette fois, ne refusa pas et guérit la jeune muette (3).

(1) c Besargià insula eidem Sargiae viclDa, dives opum atque frugum. > (Âct. ord. sancH Bened. t. 1, p ^30). Ce passage rouferme la preuve décisive que Sargia désigne Serk et non Jersey.

(2) Loc. sup. cit.

(3) Le MSS. de la bibliothèque de TArsenal qui, jusque-là^avait suivi et pour ainsi dire traduit littéralement la vie de Saint Magloire en latin et telle que nous Tavons analysée nous-même, raconte ici (au vei'so 48), un fait nouveau et qui parait la reproduction de Pun de ceux de la vie du Saint Marcouf (sup. p. ^6 et suiv.); c'est un débarquement des Normands à Serk. Ce passage nous parait assez curieux pour être transcrit ici.

Cornent H païen assalirent Visle de Sarge et furent détruiz des

Saint Magloire fonda immédiatement à Guernesey, dans un lieu connu aujourd'hui sous le nom de La Moinerie , une chapelle qui, plus tard , (vers 962), fit place à un monastère ou prieuré que l'abbaye du Mont-Saint-Michel y éta-

gens du pais par la prière Monseigneur Saint Magloire : En ce temps que la genl paienne Etait contre la chrestienne En rage et en forsennerie, Une grant gent de Normendie Maintes régions gasté urent Et devers bise venu furent, Et tant en mer se sont tenu Qu'à Sarge armé sont venu :

Et quant ainsi soudamement Sont venu, ceux communément Du pais furent en doutance, Et, pour ce que leur pcstillance Eschappenl, ils retournèrent A un port de mer, où trouvèrent Saint Magloire celecraent, Orent acoastumement Entre rochers sur la marine Là où la haute mer ravine, Quant la cause de leur venue Sot, adoncques les évertue A eux et le pais deffendre, Et qu'à ce veillent tuit entendre Et comnie chevaliers leurs cors traire A mort, s'il étoit nécessaire.

El ceux Tostrient lée aient Faire, se convenablement Eussent armes pour ce faire.

Mais au premier leur aversaire Les orent voulu si souprendre Qu'ils ne porent leurs armes prendre Dont des armez et comme nuz Au saint homme et oient venuz.

G& LES MisstomrAmBS chrétiens

blit ; elle ne fit pas oublier l'église de Saint Saroson. — Ces deux fondations devinrent le centre de paroisses dont l'une subsiste encore , et dont l'autre a disparu , mais en laissant au champ sur lequel s'élevait l'édifice primitif, le nom du

A donc SMiDt Magtoire se dresce

Et mains et iex u ciet adresce

En Dieu priant qu'il les sequeure ;

Et lors une grande locbe e» Teure

Assez près d'iles a veuc

Et de son bâton Ta férue.

Et lors, par la vertu Dieu vive

Tout iceile roche neive

En parties néant nombrables

Fient, et en pierres manuables

Pour aidier cclc multitude

Qui mis oi en fouir l'estude.

Lors quant les pierres ont veu,

Prises les ont, et sont meu

Contre ceux qui les assaillirent;

Pierres leur gietent et tant firent

Des pierres que sus eux versèrent

Qu'onze sans plus s'en tournèrent

Aux nés, et tout le remanant

Chei en effer maintenant

Par la prière Saint Magloûre

Qui a genoux au Roi de gloire

Devostement prière en fist ,

Dont cils en furent desconfits.

La suite du poème nous parait avoir été empruntée, comme l'épisode que nous venons de transcrire, à la vie de Saint M3rcouf . Ce st un procédé fort ordinaire chez les auteurs des légendes, qui croyaient ne pouvoir jamais trop enrichir l'histoire de leur saint et lui attribuaient les miracles déjà portés au compte des autres bienheureux. — Ainsi, d'après le moine de Saint Magloire de Paris, le patron de sa maison aurait aussi terrassé un serpent et vaincu le diable soùs la figure d'une belle femme, dans l'Ile d'Ange (Jersey), assez procheine de Sarge (folios SO et B3 du M$S. de l'Arsenul).

irr XES LÉflSEMGS. M

fondateur aU)at le peuple a fait Sitint MaUiire (1 ).

La tradition attribue enfin à sakit iMagloîre , la fctnelatton .d'un petit établissement à Jersey qui prit le nom de Saint- Mannelier, et l'érection d'une chapelle sur l'îlot de Herm , qMi ne fut jamais^ du r^te, qu'une sim^ple Sitaliop d'anachorètes. Le patron choisi par ces defo^iiet^ fut up ^^mi breton , comme tous ceux de ce temps ; son vrai nom était Guen ael , l'ange blanc ; il est devenu Saint Guenault (2). Il est probable que ce saint, qui fut abbé de' Laudevennec , dans le Finistèie, avait accompagné Saint Magloire à Serk, et qu'il fut chargé d'évangéliser aussi l'île d'Aurigny , dont il devint également le patron sous le nom de Saint Vignal ou Gugnal. Plus tard il fut dépossédé par Sainte Anne (3).

Chacune des îles de l'archipel possédait donc la colonie chrétienne qui devait la mettre en rapport avec le continent et avec le grand mouvement social qui s'opérait. La période légendaire finissait avec Saint Magloire. Il mourut à un âge fort avancé, en 617, dans son couvent de Serk. Il y avait passé les huit dernières années de sa vie. Son corps fut, dit-on, porté d'abord à Jersey, au prieuré de Saint Mannelier (4); puis, en 857, pour le sauver des profanations des pirates Danois, au prieuré de Lehon , en Armorique , près de Dinan ; et , enfin , en 973 , à Paris , par Salvator , évèque d'Aleth (SainI Malo), dans l'église Saint Magloire

(1) Duncan's Hisiory of Guemesey, p. B16.

(î) Il vivail au V* siècle; il fut,comme abbc deLand Tevenec,le successeur d'un autre saint mieux connu, Saint Guennolé,

(3) Le livre noir de Coutances. — Recherches, elc.j de M. de Gerville, p. 31.

(4) Vies des Saints de Bretagne, p. B26 et suiv. On conteste cette première translation, dont nous parlerons dans le livre suivant.

63 LES MISSIONNAIRES CHRÉTIRNS

qui dépendait d'une maison religieuse (1) que la révolution de 1789 a fait disparaître.

(1) Le cartulaire de cette maison est conservé à la bibliothèque impériale. (-Note de M. L. Delisle).

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