‹ Histoire du Cotentin et de ses îlesChapitre 15 sur 54 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Le parlement de Normandie et le duc de Loogaeville adhèrent à la Fronde. — La Basse-Normandie s*y montre peu favorable. — Mesures financières. — Levée de gens de pied dans les paroisses. — Commissaires envoyés par les trois cours souveraines. — Les partisans de la Fronde dans le Gotentîm — Le marquis de Bellefonds fidèfe au roi.^ Dëtonmements des deniers publics. L^évêque Claude Auvry.— Siège et capitulation de Valognes. ~ Pair de . Rael. — La comtesse de Croisy.— Réclamations des villes et paroisses.-^ M. de Sicquevilie, gouverneur de Vire.— 10A9.

Le mercredi 13 janvier 1649, un conseiller d'état, M. Duplessis-Besançon, apporta à Rouen une dépêche , datée du 10, adressée, par le roi, au parlement de Normandie ; elle lui faisait savoir que le parlement de Paris

(1) Déclaration du 19 janvier 1050 {Ane. (ois franc,, t. XVII, p. 191).

ET MAZARiN. 203

s'était mis en état de rébellion, et que le prince de Gonti et le duc de Longueville, arrivés à St-Germain-en-Laye^ le jeudi précédent, en étaient inopinément repartis, dans la nuit du dimanche, et avaient abandonné le service du roi. — Le roi et la reine régente comptaient sur la fidélité des magistrats normands, et leur recommandaient de ne pas obéir aux ordres que leur transmettrait le gouverneur maintenant révoqué.

Le parlement s'empressa de charger son premier président de prendre toutes les dispositions commandées par les circonstances : Les bourgeois armés seraient appelés à la garde des portes et des murailles ; la cour se réunirait chaque jour et délibérerait sur les affaires publiques ; les deux autres cours souveraines, la cour des aides et la chambre des comptes, seraient invitées à se joindre au parlement, qui, du reste, protestait de son dévouement et de sa loyauté envers la couronne (1).

Le 18 du môme mois de janvier^ le duc de Longueville écrivit à son tour. Il expliquait sa conduite, et il exhortait le parlement à s'unir à celui de Paris. On décida, séance tenante, qu'on maintiendrait Tautoritô de Sa Majesté^ et qu'on attendrait de nouveaux ordres (2).

Mais, dès le lendemain, sans être arrêtée par cette contradiction flagrante, l'assemblée générale des trois cours refusa l'entrée de la ville au comte d'Harcourt (3), que des lettres patentes avaient nommé gouverneur de la province, et auquel avait été remis le « commandement des « armes (4). »

(1) Reg, tee,^ t. XXVI, r« 3 etsuî?. Ce ?olume est consacré toul entier à Tinnée 1649 et au rôle que le parlement joua dans la Fronde. M. Floquet en donne une longue analyse dans sou Histoire du parlement.

(2) Ibià., ibid., f 18 verso.

(3) Le comte d'Harcoort était de la branche lorraine. (A) fkg. see., t XXVI, f» 1 9 verso.

Peu de Jours après, on apprit que le duc de Longueville et son lieutenant général, François d'Harcourt, marquis de Beuvron (1), étaient en route avec quatre cents chevaux. Le 24 janvier, ils pénétrèrent dans le château du Vieux-Palais par la porte de la rivière, dont l'accès avait été, à dessein, laissé libre, et y furent reçus « aux acclaa mations du peuple (2). »

La situation était donc très-nette, Rouen adhérait au parti de la Fronde. La Basse-Normandie allait-elle être entraînée à sa suite? L& était la question. Hazarin y atta* chait une grande importance ^).

L'influence du parlement sur la Basse-Normandie était peu considérable. La distance Taffaiblissait, et, de plus, l'antagonisme latent qui, depuis des siècles, existait entre les deux grandes fractions de la province, avait été entretenu plutôt que modéré par les procédés du parlement. Ainsi^ pour n'en citer qu'un exemple, il était de tradition que le lieutenant du gouverneur dans la Haute-Normandie avait seul droit de séance à la cour, à Texclusion du lieutenant de la Basse-Normandie. En 1645, Charles de Matignon, comte de Torigny, avait été admis à cet honneur; mais l'arrêt portait, en termes formels et presque blessants, que c'était par exception, « pour cette fois seule- « ment », et uniquement parce que M. de Matignon était le parent du duc de Longueville et le petit-flls du maréchal (4). Ajoutons que le séjour à. Gaen du parlement, en 1589, et de la cour des aides, en 1639, suivi de leur prompt retour à Rouen, avait causé dans la seconde

(1) Lieutenanr général depuis le S7 avril 46&3. [Reg, sec, t. XXII, f" iSS ▼erso.)

(2) Reg, sec, t. XXVI, f«< 26 et S2. — Lettres de Mazarin, t. III, p. 234.

(3) Lettres de Maurin aux nobles de la Basse-Normandie. (Ap« Hisu de ta France pendant la minorité de f*, XIV, ^ir M. Cliéruel, t lit, p. I60«)

(à) Reg, sec, t. XXVI, Ib 78. — Jeudi S mors lO&S.

Ville de la province un certain dépit qui ne la disposait guère à reconnaître une dépendance^ et à subir une direction (1). Quant au Gotentin, il était & peu près évident qu'il se réglerait sur ce que ferait le chef-lieu de la généralité à laquelle il appartenait tout entier.

LeducdeLongueville, <( ce vieux renard •• comme rap** pelle le comte de Goligny-Saligny (2), entendait bien se servir des arrêts du parlement, en les appuyant, à son gré, des armes de ses lieutenants. Le 30 janvier, dans une séance où la cour défendit « à toutes personnes de faire aucune « levée de gens de guerre, et à tous gouverneurs, capitaines « et échevins de recevoir aucunes troupes, de fournir « aucuns vivres ou munitions de guerre et de ne perce- « voir aucuns deniers, sans les ordres exprès de Son tt Altesse le duc, » celui-ci déclara « qu'il avoit pourvu « pour la plus grande partie de la province et donné ^ charge à M. de Matignon et aux sieurs de La Luthumière t et de Canisy, pour les parties les plus éloignées (3). »

Le gouvernement n'avait pas non plus négligé « ces « parties éloignées, d Dès le 8 janvier, le surintendant des finances, le maréchal de La Meilleraye, avait adressé, par courrier, aux trésoriers généraux, à Gaen, une dépèche dans laquelle il leur ordonnait défaire, en toute diligence, rentrer à la recette générale les impôts des années 1647 et 1648 ; de ne permettre à qui que ce fût et sous aucun prétexte, d*en distraire aucuns deniers ; et, aussitôt qu'ils

(1) Le bureau dc9 finances de Coen contestait, avec une grande vivacité, la compétence, comme juridiction d*appel, de la cour des aides pour tout oc qui concernait • la direction des finances ; il prétendait que ses ordonnances ne pouvaient être déférées qu^au conseil doutât. Un règlement avait été fait, par plusieurs arrêts, entre ces juridictions rivales. > {Reg, du bur,^ i65i, f« 62 ; 165S, f ihh.)

(2) Aiémoireê, p. 06 (Edit. de la Soc, de rUist, de FroHce),

(3) Heg. sec, t. XXVI, ^• 56 et 57.

206 ^ROMWELL

auraient reçu uue somme de 50 à 60,000 livres, de la « voiturer incontinent », sous l'escorte des archers de la prévôté, à St-Germain-en-Laye, où elle serait remise au trésorier de l'épargne (1).

Le bureau des ilnances se conforma à cet ordre. Il confia à plusieurs de ses membres le soin de surveiller rencaissement des fonds des diverses branches des contributions: taille, taillon,' aides, gabelle, etc., et prescrivit aux receveurs d'apporter à Gaen les recettes de chacune des élections de la généralité (2).

Le bailli et les échevins de Caen furent aussi à ce moment invités, par un écrit imprimé et intitulé : « De par « le Roy », à convoquer, à Thôtel commun, une assemblée de ville, où chaque corps de compagnie et chaque paroisse seraient représentés par des députés, et qui délibérerait sur « les importantes affaires que la misère « du temps fait nattre de jour en jour (4). »

Cette assemblée se tint les 26 et 28 janvier. Elle ne s*occupa, si Ton s'en rapporte au procès-verbal inséré dans les registres delà ville (1648-1649)^ que de questions relatives au tarif, aux octrois et aux tailles. Les trésoriers généraux s'excusèrent de ne pas y prendre part, en alléguant l'assiduité à laquelle leurs fonctions les obligeaient, et les fréquents avis que leur transmettait le surintendant des finances (4). Peut-être aussi n'avaient-ils pas une confiance absolue dans M. de La Groisette, qui remplissait, par délégation, et en l'absence du duc de Longueville, les fonctions de bailli et de gouverneur du ch&teau avec 50,000 liv. de rentes que le duc lui avait données (5), et

(1) Reg, du bur.^ 16^9, M 2 verso.— Mercredi IS janvier.

(J) Ibid., P 20. — 18 janvier.

(3) Ibid,, t» 15, 26 et 28 verso.

{h) Ibid,, 16A9, ^ 26.

(5) Mèm. de Ai"* de Mottcville, p. 336 (édit. Michaud\

ET MA55ARIN. 207

craignaientrils quelques résolutions qui n'auraient pu se concilier avec les devoirs de leur charge (1).

Quoi qu'il en soit, pendant le mois de février, le calme ne fut pas autrement ni plus troublé^ dans la généralité, qu'il ne Tétait avant les derniers événements. Il j eut toujours des résistances aux huissiers, des injonclions aux oiBciers des élections de multiplier leurs chevauchées et d'informer contre les auteurs des outrages et violences ; il y eut toujours des ordres de faire payer les deniers du roi et d'en opérer le versement de quinzaine en quinzaine, lorsque la somme encaissée par les receveurs dépasserait 300 livres (2)

A Rouen, le parlement, engagé dans une voie dangereuse, ne s'était pas arrêté. Le 5 février, le parlement de Paris avait prononcé un arrêt d'union (3) ; les membres des deux grandes compagnies échangeaient les plus cor* diales protestations, et se traitaient^ réciproquement, de n bons frères et amis (2). » Ce même jour, dans une audience solennelle présidée par le duc, il avait été décrété :« afin de pourvoir à la sûreté publique et empêcher « les violences et pilleries *>, que tous les bourgs et villages déclos seraient tenus , savoir : ceux qui, Tannée précédente, avaient été imposés à 500 livres et au-dessus, de fournir un homme de pied, armé d'épée et de mous-

(I) Le Blanc de La Croisetle, conseiller, maître d*hôtel du roi, lieo tenant goQTcnieur des chàieaa et Tille de Caen, arait été nommé, par lettres patentes du S2 BTril i6&8, à l'état et charge de bailli de Caen, en Tafasence du duc de Loogve? iUe« ayant ladite chaige • et en faire fonctions nax honneurs, • rang, autorités, prérogatives et appartenances tels semblables que les a voit c monsieur le duc de Longueville s^il esloit présent en personne. » ( Reg. du ter., i6&9, f^ S20. )

(S) lUg. du bur., iGÂ9, f* SSO.

(S) itfi«. Ufiâ franc,, i, XVil, p. 155.

{h) Heg, seer.^ U XXVI, ^< 61 et pass.

quet; et ceux qui avaient à payer de 500 à 1,000 livres, deux hommes; et ainsi de suite, en proportion du montant des taxes. II avait^ en outre^ été arrêté que, sur ces taxes, il serait remis 50 livres par chaque homme fourni et envoyé à l'assemblée ou montre devant se tenir au cheflieu de chaque élection (1).

Ce n'était pas assez de rendre des arrêts, il importait de les faire exécuter, et la Basse-Normandie ne paraissait pas y apporter d'empressement. On décida que les trois cours souveraines nommeraient des commissaires , qui se rendraient dans la généralité de Gaen et ailleurs, si besoin était, a Teffet « d'y faire obéir et suivre le même ordre « qui a esté establi en ceste ville (de Rouen) » , d'appeler les trésoriers généraux , d'examiner les registres des receveurs, commis, fermiers, etc. , de pourvoir à la sûreté des deniers, à la subsistance des.troupes, et, enfin, d'avertir de temps en temps leur compagnie des décisions qu'ils jugeraient nécessaires de prendre (2). Les commissaires désignés furent : par le parlement, le conseiller Lescaude du Yal-Bonneval ; par la chambre des comptes, M. Carré, qui déjà était à Lisieux ; et, par la cour des aides, M. Lambert. Nommés le 27 février, ils partirent pour Caen dès le lendemain (3).

Le 3 mars, le bureau des finances chargea quatre de ses membres de se transporter dans les diverses élections et d'y rechercher « quels obstacles et empeschements retar- « dolent l'advancement des deniers. » Jacques Morel, sieur de Manneville, eut l'élection de Gaen; Thomas Morin, sieur de Banneville, celles de Bayeux et de St-Lo ; Phî-

(i) Beg. sec, t. XXVI, ^• G9 el suiv. (3) Ibid,, M17 verso.

(3) Jbid,f f* 117 Tera. et suit. — On alloua aut commissaires une indem» nité de 100 liv. par jour, plus 40 liv. pour leur greffier.

lippe Clément, sieur de Fontenay , celles de Vire, Avranches et Mortain ; et Nicolas Hellouin , sieur du Boscage , celles de Cou tances, Carentan et Valogaes (1).

Le receveur de St-Lo venait précisément d'indiquer Tun des obstacles dont il était question. Il y avait sur les chemins quantité de gens de guerre, tant de cavalerie que d*infanterie, qui ne laissaient pas circuler les voitures portant ces deniers, à moins qu'une assez forte escorte ne les accompagnât (2).

Le duc de Longueville avait réussi à obtenir le concours des principaux capitaines du Gotentin, a avec tout le corps c( de la noblesse (3). i» Ils avaient recruté des hommes dans les paroisses, en vertu de l'arrêt du 5 février ; ils les tenaient à la disposition du parti , sans trop savoir quel emploi en serait fait^ et surtout sans pouvoir arrêter les déprédations de toutes sortes qu'ils exerçaient sur le plat pays (4).

M. de Matignon, après d'assez longues hésitations, avait fini par se déclarer (5). Maître de St-Lo, dont il avait confié la garde à M. de La Haute (6), il avait rassemblé à peu près six mille hommes, et se croyait assuré du concours de M. de La Lutbumiëre, capitaine de Cherbourg; du baron du Hommet, fils du marquis de Canisy, capitaine d' Avranches ; de M. de Longaunay, capitaine de Carentan; de M. de Sicque ville, baron de Coulombs, capitaine de

(4) Beg, du 6ur., 1640, f' àh.

(2) Uid., ^ Â5 vers., S mars 1GÂ9.

(3) Mim. du cardiiu de Retz, t. II, p* 17.

{h) Nous trouvons dans les Reg, êee, (t. XX Vi, fp 179, séance du 32 mars 1C49), une liste de 31 capitaines des compagnies frondeuMes, La plupart des noms appartiennent à des gentil sliom mes de la Haute-Normandie.

(5) Lettre de Tév. de Coutances à Mazaria (ap. Hist, de la minorité de Louis XIV, par M. Chéruel, t. lU, p. 282).

(6) Hist» mitit, des Rocains, p. /4O8.

Vire, et des sieurs de Bellouze, de Franqueville, de Gail- 1ères (1) et de Saint-Germain (2). Quant au château de Gaeu, nous avons vu qu'il était entre les mains de M. de La Groisette, le lieutenant et ïalter ego de M. de Longueville. Enfin, une petite flotte de trois vaisseaux de guerre avait été armée et placée sous le commandement d'un capitaine Renauld, qui prenait le titre de chef d'escadre ; elle devait croiser devant les côtes de Normandie (3).

Tout paraissait donc propice. Rien, en Basse-Normandie, ne retenait Matignon (4). « Rien ne contredisoit i>, ainsi que le duc Taffirmait lui-même dans la séance du 8 mars, en annonçant au parlement l'ouverture de la conférence de Ruel (5). Pourtant le duc n'était pas sans éprouver quelque inquiétude. Il trouvait que le zèle des gentilshommes du Gotentin avait besoin d'être excité ; que la noblesse de Yalognes était mal disposée ; que le comte de Fiesque, envoyé de ce côté pour lever des troupes, n'y avait pas réussi ; que Tévèque de Goutances prenait une attitude hostile, et que les receveurs généraux, d'après un rapport du commissaire, M. du Val, montraient peu de dévouement. Il vit que sa présence seule pourrait imprimer aux affaires une direction plus énergique* Il annonça, en conséquence^ qu'il allait se rendre à Gaen^ et qu'il laissait tous ses pouvoirs à M. de Beuvron (6).

Le jeune marquis de Bellefonds (7), gouverneur de

{i) Auiewr ôe V Histoire du maréchal de Maiignon ; ï\ prenait le litre de 0 maréchal des armées du roy pour son service dans les ville et château de « Cherbourg. •

(2) Les agitations de la Fronde t etc., par M. Lalné, p. 21.

(S) Heg, secy t. XXVJ, ^ 470. Au 22 mars 16&9, cet armement avoit déjà coûté 7,200 liv.

(A) La Gazelte, 16^9, n*» 3i.

(5) Reg, sec, t. XXVJ, f* ikk et suiv.

(6) Ibid. , ibid.

(7) Né en 4680.

BT MÂZÂRIN. 211

Valogaes , s^était très -ouvertement déclaré contre la Fronde. Le roi le savait ; il lui en avait marqué sa satisfaction par une lettre du 31 janvier, en lui recommandant de réunir autour de lui le plus de gentilshommes qu'il pourrait, et de rejoindre le comte d'Harcourt, lorsqu'il le jugerait opportun (1). Le baron de Saint-Pierre (2) et M. de Sibeville s'étaient enfermés avec lui dans le chàteau» qu'ils se préparaient à défendre. En prévision de l'attaque, Bellefonds, connaissant les arrêts rendus à propos de la perception des impôts, jugea prudent de prendre ses précautions. Le 1*' mars, il invita quatre des receveurs en résidence dans la ville à. se présenter au ch&teau. Il leur dit qu'il avait ordre du roi de prendre sous sa garde les deniers qu'ils avaient reçus ; et, comme ils lui objectaient une lettre de M. de Matignon, qui leur ordonnait d'envoyer le montant de leurs recettes à Gaen, il les fit enfermer dans le donjon, et envoya vingt soldats armés, qui enfoncèrent et rompirent leurs coffres et emportèrent l'argent qui y était contenu. Le gouverneur déposa cet argent dans une caisse dont il remit la clef aux receveurs eux-mêmes, afin qu'ils comprissent bien qu'il n'entendait agir qu'au nom et pour le service du roi.

Le bureau des finances, sous la pression de M. de Matignon et des commissaires des cours souveraines, protesta^ néanmoins, et déclara MM. de Bellefonds, de Saint-Pierre et de Sibeville solidairement responsables, « en leur propre

(1) Masseîille, t. VJ, p. 150.

(3) Charles Casiel , seig. cl châlelaiii de St-Pierre-Église , Glitoorps , Coarcy, VarooTiUe» Coquet ille, La MoUe-lès-Vast et Cantdoup, détenu, en i6A5, baron desdiU lieux, avait été nommé, le 23oct, 16Â3, gouverneur des ville et château de Valognes en attendant la majorité de son neveu, Bernardin Gigaolt de Beliefonds, sieur de Sainte-Marie [Heg., du bur, 4643, (^ 100. "•Reg. sec, I. XXVI, f» i05).

212 CROMWFXt

« et privé nom », des sommes dont ils s*étaient empapés, avec défense de troubler à l'avenir les officiers dans Texercice de leurs fonctions (1).

Les occasions de protester n'allaient pas manquer au bureau ; car l'exemple donné par M. de Bellefonds ne fut pas perdu; il fut bientôt suivi par M. de Matignon et par les capitaines et gouverneurs qui l'avaient suivi dans sa défection. Ce fut comme un mot d'ordre, et à qui mettrait la main sur les deniers du roi, en proclamant qu'on les consaccait à son service.

Une partie de l'armée, qui devait, un peu plus tard, assiéger Valognes^ était alors logée dans les environs. Odet d'Harcourt, comte de Croisy (2), qui en était le chef» envoya, le 4 du môme mois de mars, l'un de ses officiers, le sieur de Saint-Paul, avec un détachement de soldats^ enlever chez les collecteurs de la paroisse de Colomby une somme^de 4,620 livres reçue sur les tailles; elle devait être employée « aux expresses affaires de la dite « armée (3). »

Le 8, à St-Lo, M. de Matignon usa du même procédé à l'égard de Christophe Sotty, receveur des tailles. Il chargea le sieur de La Yillette, l'un de ses lieutenants, accompagné de quinze ou seize personnes armées d'épées, de pistolets et de fusils, de s'emparer des recettes recueillies sur les trois dernières années, et qui s'élevaient à 20,000 livres (4).

Le 18, le baron du Hommet-Ganisy, gouverneur d'Avran-

(1) lleg, du buv,, i6&9, f» ^6, séance du vendredi 5 mars.

(2) CouseiUer du roi en ses conseils, maréchal de camp de ses armées, gouverneur pour sa maj. des ville et cliAleau de Falaise (Reg, du bur,, 1628, r 60 verso; 1G54, ^ 253 verso). I.c comte de Croisy avalisa résidence à Tfaury-Harcourt {lieg, du bur. lur>5, (^ Al).

(3) Reg, du bur., 1669, f» 93 verso.

(6) Ibid., f- 58 verso. <

ET MAZABIN. 213

ches, se disant porteur d*une commission du duc de Longueville et des ordonnances des sieurs commissaires des compagnies souveraines, alla en personne, suivi d*une escorte, chez le receveur Jean Thevenin, alors en voyage àCaen, où il portait des fonds, fit briser les serrures du cabinet et du coffre, et prit 1,900 livres (1).

La même scène eut lieu à Garentan le 7 avril. M. de Longaunay, accompagné du sieur d'Heudreville, son lieutenant, et de douze ou quinze soldats, entra dans le « comptoir » du receveur, Pierre Hue, fit rompre le coflire de la recette et en retira 2,859 livres. Dans sa plainte au bureau, le malheureux receveur ajoutait que M. de Matignon avait frappé d*une taxe plusieurs des paroisses de son élection, déjà ruinée par les gens de guerre « vivant en « désertion, et qui avoient ravagé et dépouillé les tail- « labiés de leurs meubles, dévoré leurs provisions, et « gâté une notable partie de leurs blé et grains (2). »

Le gouverneur du château de Bricquebec appartenant au duc de Longueville, Antoine Girozé, sieur du Taillis, avait aussi, le 20 mars, par ordre de Matignon, imposé aux paroissiens de Bricquebec, du Vrétot, de Senoville et de Sotteville, une contribution de 600 livres, pour être employée à la défense dudit château et au siège de celui de Valognes (3).

Il en avait été de même à St-Rémy, à Boutteville, à Anneville et à Écausseville. Les habitants avaient été obligés^ pendant trois mois, à partir du 31 janvier, toujours par Tautorité de M. do Matignon , de nourrir et entretenir les cinquante hommes qui formaient la gar-

(1) Reg» du bur.^ 1049, r« €1 ?erso.

(2) Ibid., ibid., ^ 68 et suir.

(3) /6M., ibid., (" 82 rerso.

214 QROMWELL

nisoa du fort de Tatibou , commamié par Nicolas Jalot^ sieur de St-Rémy (1).

Le gouvernement, dans Timpuissanee de réprimer ces audacieuses exactions, essaya, du moins, d'en atténuer les effets en mettant, toutes les fois qu'il le pouvait, la main sur les recettes. Nous avons vu que le surintendant des finances avait enjoint aux trésoriers généraux d'envoyer ces recettes directement à St-Germain , et que M. de Longueville avait, au contraire, ordonné de les centraliser à Caen. La plupart des receveurs, se conformant à ces dernières instructions, avaient donc apporté les deniers provenant des tailles de leurs élections aux receveurs généraux ; mais ceux-ci avaient, sous un prétexte ou sous un autre, refusé de les prendre en compte. Un sieur Claude Girardin, qualifié « d'intéressé aux prêts « et avances de l'Épargne », était récemment arrivé à Caen, de St-Germain, nanti de quittances ou décharges signées par le trésorier ; il s'était logé dans une auberge « où pend comme enseigne l'image de saint Mar- « tin (2). »

Le receveur des tailles de Bayeux, Raphaël Le Royer, avait déposé sa recette chez la veuve de La Rue, tenant l'auberge S t- Jacques (3) ; et le receveur d'Avranches, Jean Thevenin, avait déposé la sienne chez PYançois Decaen, à la Coupe-d'Or. Le 13 mars, Girardin dépêcha sept ou huit cavaliers prendre, chez la veuve, la recette de Bayeux, qui était de 3,146 livres, pendant qu'il allait en personne faire la même opération dans l'autre auberge^ où il trouva

(11 Reg.du 6ur., 16Â0, f« 90.

(3) Ibid,, ibid., f» 53.

(3) Rue des Teinturiers {Reg., 1655, f» 33). l\ y avait dans la même rue une autre auberge ù l'cnsdgne de La CrotoxTOr {Reg»j 166S , f* du lundi 30 oct.}.

ET MAZÂRIN. 215

5,760 livres (3). La reeelte d'Avranches était alDsi partagée entre le roi et la Fronde.

Ces faits, immédiatement dénoncés au bureau, furent examinés dans une assemblée extraordinaire, et ne lais* sèrent pas d'embarrasser les juges. Girardin avait aussi présenté une requête, et il opposait aux plaignants le mandat que le surintendant lui avait donné et les quittances signées par le trésorier de l'épargne. Le bureau s'en tira en déclarant que les derniers ordres portant que les deniers seraient versés à la recette générale, il ne pouvait « pourvoir aux fins de la requête, laquelle dea meureroit au greffe à telle fin que de raison (2). »

L'affaire alla plus loin. Le parlement en fut saisi par son délégué, M. du Val ; il condamna Girardin à représenter ses papiers devant les trois commissaires des cours souveraines et à verser les deniers soustraits à la caisse du receveur général (3). 11 est probable que la sentence ne reçut pas d'exécution.

M. de Matignon avait rencontré de la résistance ailleurs qu'à Valognes. L'évêque de Goutances, Claude Auvry, le protégé et l'agent le plus dévoué de Mazarin, avait trèsvivement embrassé le parti de la cour et du ministre. Il avait pris possession de son siège en 1647, et, depuis cette époque, grâce à la faveur dont il jouissait, il avait réussi à garantir ses administrés du fléau des gens de guerre et de la charge des prisonniers espagnols (4). Lorsqu'à la suite des arrêts du parlement, il vit les frondeurs menacer de se saisir du produit des impôts, il monta à

(1) Reg. du lur;, 16&9, ^• 53 et 58.

(2) I(rid,t f«* 53 et 5& verso.— Assemblée extraord. du samedi 13 mnrs

(S) Reg. êee,, t XXVI, ^ 1A8 et soiv» (A) Bisu eeetés»j ms*, f 1635 et suir.

216 CROMWËLL

cheval, et. armé de pied en cape, parcourut les rues de la ville épiscopale, et y maintînt Tordre au nom du roi (1). Le duc de Longueville, sur Tavis qui lui fut envoyé, » des « pratiques et cabales que faisoit journellement l'éves- « que contre le repos public et son autorité », invita, le 21 mars, Matignon à le saisir et à le mettre « en bonne et « sûre garde (2). » Le prélat trouva bon de se retirer à la cour et d'y attendre la fin de Forage. Son absence ne se prolongea pas au-delà de quelques mois (3). Goutances, comme toutes les autres villes du Gotentin, sauf une seule, tomba au pouvoir de la Fronde.

Matignon qui, au préalable, s'était emparé du ch&teau de rUe-Marie appartenant au marquis de Bellefonds , marcha sur Valognes. Il disposait d'environ si:^ mille hommes, recrutés un peu partout (4); dans leurs rangs figurait la garde bourgeoise de Bayeux appelée en renfort et qui rendit de médiocres services (5). Le siège du châ-

(i) Cluudc Auvry, auquel Nfazarin reconnaissant donna la trésorerie de la Stc-Chapellc , qui valait environ 10,000 lîv. de rente, serait, diaprés la tradition, le héros du poème Le Lutrin» Boileau ignorait-il que son a prëla t terrible » avait préludé aux exploits bérol^comiques qui l'ont immortalisé sous le voile de Tanonymc, par un acte de courage et de fidélité, qui n'était pas sans danger et qui ne fut pas sans inconvénients pour son auteur? {Hist, eeclés, du dioc, ms., f^ 4632). Claude Âuvry permuta son évôché, en 1658, avec Euslache Leclerc de Lcssevilie, coiUre Tabbaye de St-Crespin de Boissons; il vécut à Paris, et ne s*occupa plus que de la direction de la Stc- Chapeiie. Il Tut aussi l*un des administrateurs des Qninie-Vingts {Docum, origin. du 29 juin 1670; ap. Caialogut de Voisin, juillet-août 188â).

(3) Hist, eccL, loc. sup. cit.

(3) 11 revint à Coutances dans le courant du mois d'août (Lettre de Maxarin citée par M. Chéruel, ap. Hist. de la in/nor... t IH, p. 233).

(â) Lettre du duc de Longueville au parlement de Paris, du 15 mars 1649 (ap. JouvH, de ce qui s*ett fait au parlem, de Paris),

(5) Reg, du bur, 16A9, ^ 78. Ce chiffre nous parait exagéré. Le cardinal de Betz, dans ses Mém, (t. IF, p. 17), évalue les troupes que le duc put

teau commença le 23 mars. Bellefonds n'avait avec Jui que la faible garnison de cent à deux cents hommes et quelques gentilshommes. H résista pendant quinze jours. Mais, le baron de La Luthumière ayant amené de Cherbourg cinq gros canons, il fut obligé de capituler, le 5 avril. Il obtint les conditions les plus honorables (1). On lui avait laissé ignorer que la paix avait été signée à St- Germain, le 30 mars, et publiée le 2 avril. Le duc de Longueville voulait ménager un succès facile à Matignon et à son parti.

En apparence donc, tout le Cotentin était soumis aux frondeurs ; en réalité, la population des villes et des campagnes était restée indifférente à tout ce qui ne la touchait pas, c'est-à-dire à tout ce qui n'était pas impôts, passage et séjour des gens de guerre, etc. Elle n'avait pas oublié le colonel de Gassion et le chancelier Séguier; elle savait , de plus , que le mobile exclusif de ceux qui poussaient à la discorde était leur intérêt particulier, ainsi que le duc d'Orléans Tavait publiquement reproché aux députés du parlement de Normandie, en pleine conférence de St-Germain (2).

Les officiers publics avaient aussi gardé une grande réserve entre les deux partis, qui prétendaient également à leur obéissance. Ils inclinaient visiblement beaucoup plus du côté du roi. Les trésoriers généraux à Gaen avaient, en fin de compte^ encouragé leurs subalternes à

réunir, à â,000 hommes do pied et 4,500 chevaux. Les frondeurs voulaient fîiire croire qu'ils disposaient de 7,000 fantassins et de 3,000 chevaux.

(1) Hist, miliu des Boeains^ p. ÂiO. — Masseville (t. VI, p. 166 et suiv.) donne le texte de la capitulation.

(2) Reg, sec.^ t XVi, f* 271. Dans le long et prolixe rapport fait au parlement, le 8 avril, il est facile de voir que la compagnie n'avait en vue que la suppression du stmeUre,

218 CROMWBLL

ne pas se dessaisir des deniers publies, malgré les injono lions du parlement de les leur faire verser sur des mandats signés par le duc et visés par les commissaires (1). Ils avaient agi sagement, car, depuis plusieurs semaines, on négociait la paix à travers des propositions, des intrigues et des compromis qui se croisaient en tous sens.

Dans les articles arrêtés entre eux, outre la diminution des tailles, la suppression du semestre et l'approbation de l'emploi qui avait été fait des sommes prises dans les caisses des receveurs, le duc de Longueville et le parlement avaient demandé des brevets de duc pour MM. de Matignon et de Beuvron, avec survivance de leurs chaînes au profit de leurs fils ; un brevet de chevalier de l'Ordre pour le comte de Croisy, que le duc avait nommé son lieutenant général au bailliage de Gaen* au mois de février (2) ; une charge de la couronne et un gouvernement « de considération » pour le duc de Longueville, avec survivance à ses enfants ; le remboursement de toutes ses avances, pensions, etc. (3).

Le parlement de Normandie ordonna, le 9 avril, qu'on célébrerait la paix, dite de Ruel, par un Te Deum et des feux de joie (4). C'était trop se hâter. Cette paix ne contenta personne, ne changea rien aux dispositions de la noblesse et de la magistrature, et ne diminua rien des charges qui pesaient sur le peuple. Publiée le i'»* avril, à Paris, elle était connue à Caen deux jours plus tard, par des imprimés vendus dans la ville, et si bien respectée que, le 7 du même mois, la comtesse de Croisy, femme du lieutenant général, prenant, sans doute, modèle sur la

(I) Reg. sec, l. XXVÏ, ^* 177, 19à el ÎOl. (1) Reg.t du bur, 16A9, f« 93 Terso.

(») Rtg, sec, t. XVI, ^ 337.

(6) /6iV., t. XVI, p. 308.

ET SIAZARIN. 219

célèbre duchesse de Longueville^ s'en allait, par les rues, dans son carrosse, accompagnée d'un gentilhomme, nommé de Sorteval (1), et suivie de quelques soldats de la garnison du ch&teau armés d*épées et de pistolets; s'arrêtait devant la maison d'un bourgeois de la ville, le sieur Thomas Brunet; y pénétrait de force; faisait briser à coups de hache un coffre-fort dans lequel le receveur de Mortain, Thomas Lelièvre, beau-frère de Brunet, avait déposé l'argent des tailles, qu'il était venu verser à Gaen, et emportait chez elle, sans autre formalité, les dix sacs dé toile et le sac de cuir qui renfermaient une somme de huit à neuf mille livres (2).

Le 13 du même mois, à Vire, une bande conduite par un Thomas Goisel, sieur des Longschamps,et composée de vingt-cinq à trente individus, parmi lesquels plusieurs portaient la casaque des gardes de M. de Matignon, usa d'un procédé semblable vis-à-vis du receveur des tailles, Guillaume Jouvin Girardière. Avec l'aide d'un serrurier, requis à cet effet, la caisse fut forcée, et la recette, qui montait à 8,000 livres, fut enlevée. Au nom du duc de Longueville et de Matignon, on ût plus : outre l'argent, il s'était trouvé dans la caisse un certain nombre de blancsseings préparés par le receveur; on força ses commis, en son absence, et le pistolet sous la gorge, à remplir ces blancs-seings avec les noms des taiilables qui n'avaient pas encore payé leurs impôts des années 1647 et 1648. Puis des Longschamps et son assistance parcoururent les

(I) La comtesse de Croisy était Dée Marie du Poêrier; sa famille liabilait le Cotentin (Reg. du bur. 1055, ^ Al). M. de Sorte?al commandait la garnison da [château {Reg,^ même année, f> 15).

(3) Reg, 16&9, ^ 71 et suir. Séance du 15 avril. Le procès- verbal , dressé ft Toccasion de cet eiploit de la comtesse, est un document des plus curieux. Noos regrettons de ne pouvoir, à cause de sa longueur, le transcrire en entier.

paroisses^ et se firent remettre les sommes portées sur les quittances, sans que personne, bien entendu, s'avis&t de les refuser. Par ce moyen, une recette de 15,000 livres s'ajouta facilement à la première; ce qui donna un produit de 22,000 livres (1).

Il régnait, dans les affaires et dans les esprits, un tel désarroi, que le bureau des finances, sans exprimer le moindre blâme contre les auteurs de ces soustractions, se borna à décider que les receveurs seraient admis à passer en compte les sommes détournées de leur caisse, et que la comtesse de Groisy et M. de Matignon en seraient responsables (2). Or, la déclaration de St-Germain, du mois de mars , enregistrée au parlement de Normandie, le 9 avril, affranchissait de toute recherche ceux qui auraient reçu ou payé les deniers de Sa Majesté, de quelque nature qu'ils fussent (3).

Le pays n'avait pris aucune part à cette folle et criminelle guerre civile ; il en avait supporté toutes les calamités. Il se plaignit énergiquement. La ville de Valognes et les paroisses environnantes avaient surtout été éprouvées; c'était la seule région du Gotentin où Ton eût échangé des coups de canon. Pendant dix-sept jours, l'armée de Matignon avait vécu sur les habitants. La plupart des bourgeois avaient dû quitter leurs maisons « pour la sûreté de leur vie », et, en rentrant, les avaient trouvées pillées et à moitié démolies. Ils estimaient le dégât & plus de 200,000 livres. Quant aux réquisitions en vivres, fourrages, argent, etc., elles s'élevaient à plus de 36,000 livres, qu'ils avaient été contraints, à main armée, de verser sans délai à un sieur Nicolas Le Conte, agent de

(4) Reg. du 6tir., 1649, f* 75 verso. Séance du lundi 19 avril. (») IbiiL, f« 76.

(5) Ibid., f» 95. Lundi 10 mai.

Et MAS^ARIN. 221

M. de Matignon (1). •— Les habitants de Montebourg, Pontenay et St-Marcouf formèrent la môme réclamation pour une somme de 15,000 livres (2).

Les élections de Vire et de Mortain avaient aussi beau** coup souffert du passage des troupes avant et depuis la paix. Du mois de Janvier au mois d'avril, les compagnies de cavalerie des sieurs de La Ferté-Imbault et de Bougy et du baron de Maure les avaient plusieurs fois traversées. Au mois de mai, il restait en garnison un régiment de cavalerie k Pontorson, et un autre à St-James. Sept compagnies d'infanterie du régiment du comte Dunois et deux compagnies de chevau-légers avaient séjourné & Cou tances (3).

Un procès-verbal dressé par le président des élus à Mortain^ les 17 et 18 mai 1649, nous donne de curieux détails sur les excès que commirent ces régiments. Il est douteux qu'une bande de malfaiteurs eût dépassé, dans leurs hauts faits, les soldats du roi (4).

De toutes parts on réclamait des remises d'impôts.

(1) tteg. du bur,f 1649, P 78 etsuiv. Mercredi 31 avril. Voici ua relevé de ces réquisitions et du prix des denrées fournies :

2,600 boisseaux de fromenl à Â5 s. le boiss 0,018 liv. 1 5 s.

3,690 boiss. d*avoine à 12 s. le boiss 2,15A ■

3,600 boUeaux de foin à 13 liv. pesant chacun et valant à

raison de 3 den. la livre qui font S s. 6 den. le botteau . • 3,â50 »

1&4 tonneaux de cidre à 83 Ht. le tonneau â,153 a

Total 15,77& 15

Plus 20,855 liv. en deniers 20,355 »

Total 36,130 lir. 15 8.

(2) Reg, du bur,, 16Â9, f« 85.

(3) Ibid., ibid., (^ 187 et 98. 1651, f* 75. Lundi 7 mai.

[h) Voj. Les agilationt de In Fronde, etc., p. 35 et suiv. L'auteur donne une analyse complète de ce procès-verbal, qui fut trouvé, il y a quelques années, par M. l^m. Renault, aujourd'hui décédé.

222 GROMWELL

Provisoirement, on ne payait pas. Claude Oirardin, dans une requête du 26 mai, informait le bureau que, depuis cinq mois, et à cause des derniers mouvements, soit par le peu de zèle et d'affection des oi&ciers, soit par les empêchements qui y étaient journellement apportés par les gentilshommes et les paroisses, le paiement des trois dernières années était suspendu dans la généralité. U demandait une enquête. Les trésoriers généraux entreprirent une nouvelle chevauchée, qui ne produisit pas plus de résultat que les précédentes (1).

Le gouvernement, non plus, n'y pouvait rien. 11 avait, par une ordonnance du 8 mai, essayé de diminuer la charge des logements et subsistances en réglant les étapes, comme il le faisait chaque année. Mais le remède était usé. Le duc de Longueville lui-même reconnaissait dans une assemblée générale du parlement, le* 15 dudit mois, que les ravages et violences des gens de guerre continuaient, et qu'il était urgent d'y mettre un terme. Dans le plat pays, la majeure partie des terres n'étaient plus cultivées. La cour, sur les réquisitions de l'avocatgénéral, rendit un arrêt qui enjoignait à tous les -officiers publics « d'y pourvoir », et qui déclarait les capitaines responsables de la conduite de leurs hommes (2).

Au mois de juillet, les choses ne s'étaient pas améliorées. Le duc qui, dans l'intervalle, avait visité la Basse- Normandie, disait, à son retour, au parlement réuni, qu'il avait vu <( beaucoup de lieux où les ennemis n'eussent pas « fait tant de mal (3). »

Quoique la paix fût proclamée depuis longtemps, quoique le Cotentin n'eût pris aucune part active à la rébellion

(1) Reg, du bur., 46&9, fo 101 verso.

(3) Reg, sec, t. XXVil, (^ 22. Samedi 15 mai 16^9.

(3) IbifL, fo37. Jeudi !«' juillet 15&9.

de la noblesse et des cours de justice, quoique toutes les villes de la contrée fussent rentrées dans le devoir, il était permis de se demander si l'ordre s'y rétablirait un jour, et si jamais un pouvoir fort aurait raison, sans devenir despotique, de ces agitations factices qui n'étaient que la ligue des égoîsmes contre Tintérèt commun, et qui, dans un autre temps, eussent peut-être entraîné la ruine de la monarchie. Plus d'une fois, pendant cette crise, des libelles répandus à profusion avaient invoqué le droit des peuples de détrôner les rois, cité l'exemple de l'Angleterre et tracé le mot de république (1). La Fronde, heureusement, n'eut ni un Gromwell, ni ses sectaires; elle n*eut point l'appui des passions religieuses. Les protestants français, l'histoire leur doit ce témoignage, montrèrent, à cette époque* plus de patriotisme que les aristocraties de robe et d'épée. 11 eût été heureux que, dans son &ge mûr, Louis XIV eût gardé ce souvenir de son enfance (2).

L'année 1649 se termina sans incidents notables. Les intrigues misérables qui agitaient la cour et qui préparaient d'autres troubles, n'avaient point d'écho dans les villes paisibles et les campagnes appauvries du Cotentin. Là, on avait besoin de repos et de travail, et l'on ne gagnait rien à sacrifier l'un et Tautre aux grands personnages qui, eux, ne risquaient rien à être séditieux. Le duc de Longueville et ses lieutenants, MM. de Beuvron et de Matignon, ne perdirent même pas les gratifications que

(1) Mim. de M** de Mottevitle, p. 278 (édit. Mich.).

(2) Eo 1655, Louis XIV, répondant & Gromwell, à Poceasion de la penécusioD des Vaudois du Piémont, disait de ses sujets de la religion prétendue réformée : < J*ai tout sujet de me louer de leur Gdélité et zèle à mon service, « ne perdant aucune occasion de le témoigner et allant même au- devant de « tout ce qu'ils peuvent s*imaginer me devoir faire plaisir et contribuer au ■ bien et à Tavautage de mes affaires, > (Lettre du 42 juin 4655. Ap. Hisu detaRépub. d* Ângleietre^ par M. Guizot, t, il, p. 52.*5.)

les États de Normandie, qui étaient réputés exister encore, leur accordaient chaque année. Le 30 août, le bureau enregistra les lettres patentes qui ordonnaient la levée, sur la généralité de Caen, des 15,000 livres destinées à les récompenser d'avoir pris les armes contre le roi (1).

Un autre des gentilshommes frondeurs élevait, depuis plusieurs années^ une prétention qui montre avec quelle persistance la noblesse de province revenait à ses anciennes idées. Des lettres patentes du 6 mai 1630, avaient, en prescrivant sa démolition, donné remplacement et les matériaux du château de Vire à Louis de Guillebert, sieur de Sicqueville, qui en était capitaine, et qui n'était resté gouverneur que de la ville. Depuis ce temps, le but de l'ancien capitaine avait été : d'abord, de conserver son titre, quoique le château fût en partie démoli, et, ensuite, de réparer ou restaurer le château, de manière à en faire une forteresse à son usage particulier. Les habitants, auxquels il avait imposé des corvées, fatigués de ses exigences et de ses vexations, l'avaient à la un dénoncé au conseil d'état qui, par un arrêt du 14 juillet 1649, . déclara que Sa Majesté n'entendait pas tolérer de tels abus, et chargea le bureau des finances d'informer (2).

M. de Sicqueville protesta de ses loyales intentions et affirma qu'il ne voulait construire qu'une simple maison d'habitation (3). L'affaire ne se termina qu'au mois de novembre par une décision du bureau, qui, après visite et expertise, réitéra l'expresse défense au gouverneur de prendre le titre de capitaine et d'élever aucun

(i) Reg» du bui\, 16Â9, ^ 17&. Les lettres patentes étaient du 3 janvier et avaient été contrôlées le 1 0 avril.

(3) Ibid.t 16^9, f** 1^3. Séance du lundi i9 juillet. (3) Ibid., r* 451. 27 juillet.

bâtiment sur remplacement na^ère occupé par le château (1).

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