‹ Histoire du Cotentin et de ses îlesChapitre 16 sur 54 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Cbarles II proclamé ù Jersey. — Mesures ordonnées par le parlement — Défection d*une frégate parlementaire. — Charles II et le duc d*York à Jersey. — Lord Percy. — Roger Rurgess.— Détresse financière de Charles II; il quiUe Jersey. — 1669-1650.

Par un de ces saisissants contrastes que l'histoire nous présente quelquefois, c'était au moment même où la guerre civile semblait, en France, un jeu presque ridicule, qu'elle faisait, en Angleterre, tomber la tête du roi. La fatale nouvelle n'avait été apportée à Jersey par un capitaine corsaire nommé Skinner (2) que le mercredi 17 février 1649 (n. s.), c'est-à-dire huit jours après l'exécution. Elle fut confirmée, le vendredi suivant, par deux gentilshommes, le colonel Pawlet et M. Mors, qui avaient, comme le capitaine, réussi à s'échapper de Londres. Georges de Garteret se refusa à y croire. Il avait reçu, la veille, disait-il, une lettre du secrétaire du prince de Galles qui n'en renfermait aucune mention. La vérité est

(1) Rtg, du bur,f 16Â9, ^ 209, il noT. - Arch, Tafo., InvenU som,, sér. C, D* 1701. — Nous pouvons signaler ici, parmi les faits locaux, un incendie qui, le 19 août, favorisé par un vent impétueux, détruisit une grande partie du bourg de Villedieu [ lUff, du bur,, i6A9, t* 1 >3. Séance du 27 août).

(2) Ce capitaine avait été, peu de temps avant, pris par un croiseur parle* mentairc, avec la fi*égatc TIte Creicent, qu*il commandait.

qu'il voulait gagner du temps et prendre quelques précautions contre les « malintentionnés. » Le vendredi 26, une dépêche envoyée de Caen par ce même secrétaire, Edward Nicholas, leva toute incertitude. Le lendemain, Charles II fut, avec toute la solennité requise, proclamé dans nie « roi d'Angleterre, d'Ecosse, de France et d'Ir- (( lande et duc de Normandie (1). » Les membres des États rassemblés signèrent Tacte de proclamation qui fut affiché sur la porte de la Cohue : ils y flétrissaient c le « crime horrible commis par les rebelles sur la personne « du roi de glorieuse mémoire (2). »

L'attitude que prenait en face d'une révolution triomphante une petite lie dont les forces étaient en si énorme disproportion avec celles de l'ennemi qu'elle bravait, était assurément un acte de courage chevaleresque qui ne doit pas être oublié. Le parlement, — réunion d'une centaine d'indépendants qui avaient pris ce titre, —en fut aussitôt informé. Le comte de Warwick fut remplacé par une commission, à la tête de laquelle était le comte deDenbigh. Cette commission eut la tâche de s'opposer aux prétentions de Charles Stuart et de préparer les moyens de réduire Jersey et le château de Guernesey (3). Les colonels Popham, Blake et Deane reçurent l'ordre de diriger une escadre sur les côtes de Normandie, d'y protéger la pêche, d'y réprimer la piraterie, etc. (4).

Il paraît certain que rien de cela ne fut fait. Le gouvernement républicain avait d'autres et plus graves préoccupations en Irlande et en Ecosse. Il n'était pas encore, non plus, à Fabri de ces résistances partielles que rencontre

ii) citron» de Chevalier (ap. Historié, nui.).

(2) Durell sur Falle, p. 3â6. — Constit, hisl. of Jers,, idm SSâ.

(3) Calend., 16â9-1650, p. 6. — 13 fév. i6Â9 (v. 8.)* {h) Ibid,^ ibid.

d'ordinaire un pouvoir qui s'établit. Ainsi, Téquipage d'une frégate parlementaire, en rade des Dunes (1), s'était révolté en apprenant la mort du roi ; avait mis à terre son capitaine» et, sous la conduite de l'un des contre-maîtres, nommé Gollii\, était venu, le 12 mars (n. s.) Jeter l'ancre devant le cbftteau Elisabeth. Sir Georges usa sans retard de cette précieuse acquisition. Il compléta l'équipage en y adjoignant cinquante marins jersiais ; confirma Gollin dans son commandement et plaça à son bord les capitaines Bowden et Skinner. Il envoya la frégate à Guernesey, où stationnaient deux vaisseaux parlementaires, dont les capitaines, Nicolas Effart et Clément Lemprière^ étaient des fugitifs de Jersey. L*un de ces vaisseaux, récemment construit et armé , fut pris à l'abordage ; l'autre put échapper (2). La course reçut de ce double renfort une énergique impulsion.

Le jeune roi» cependant, n'avait pas négligé de correspondre avec ses fidèles insulaires. Il leur adressa, de La Haye, dans le courant du même mois de mars, trois lettres dans lesquelles, en les remerciant de la loyauté et de l'affection qu'ils avaient témoignées à son père, il leur recommandait de se prémunir avec soin contre les dangers qui pouvaient, au premier moment^ les menacer. Il leur conseillait de construire, k St-Aubin, une jetée qui y faciliterait le commerce ; les autorisait à lever une taxe d'un sou par pot sur le vin, et leur promettait un secours de 500 pis tôles sur son domaine (3).

La crainte des dangers auxquels le roi faisait allusion, lui était évidemment inspirée par les arrêtés que le parlement ne cessait de prendre en vue de la soumission des

(I) Celle frégale se nommail The Uart— Le Cerf»

(3) Chron, de Chevalier {op, Uistoric» mss,),

(3) Calend. of the ClarenthfC staU pap,j l. II, n** 28*

îles. Au mois de mai, une nouvelle commission, composée de six membres, fut envoyée à Guernesey (1). Le conseil d'état écrivit aux amiraux qu'il était décidé à réduire Jersey ; que Tétat de cette île était tel qu'il leur serait facile, avec quelques troupes, d'y réussir, et qu'ils eussent à s'entendre avec le lord général Fairfax (2), Des instructions furent aussi données au gouverneur de Guernesey relativement à Serk que sa garnison, qui n'avait pas touché de solde depuis deux mois, menaçait d abandonner (3).

Sir Georges, mieux renseigné qu'on ne l'était à La Haye, ne s'effraya pas de ces menaces; il ne crut pas sa présence indispensable dans l'île. Au mois de juillet, il résolut de se rendre à St-Germain, où Charles II, obligé de quitter la Hollande, venait rejoindre sa mère. IL s'embarqua, le 12, à Montorgueil, sur la frégate du capitaine Amy, avec trois de ses parents et trois autres gentilshommes, et descendit vers minuit à Goulainville. Il parvint sans encombre au terme de son voyage, malgré le peu de sécurité que présentaient les chemins (4). Il demeura plusieurs semaines à la cour. Pendant ce temps, on agita, dans le conseil, la question de résidence du roi. La France, comme la Hollande, ne désirait pas garder Texilé auquel, d'ailleurs, dans l'état de ses affaires et de ses finances, sans parler de la raison d'état, elle ne pou-

(1) Cattfid, of ttat. pap,, 1CÂ9, p. 5â. 2à mai. — Les commissaires élaient John Gook, Daniel Normao, Jos. Stockall, JoIid Widman et Thomas Moore*

(3) Ibid.f 29 mai, p. 461 et idà.

(3) lhid,,p. 213. 29 juin.

(A) Jolin Evelyn, dans son Journal, raconte que, dans le trajet de Calais à Paris, au même mois de juillet, ses amis et lui avaient àîï faire une partie de la route à pied et le pistolet au poing, pour se garantir des voleurs de grand chemin. {Historié, ms§.)

vait offrir la moindre assistance en hommes ou en argent. Le conseil fut d^avis que le seul lieu où le roi pût se retirer dignement, jusqu'à ce que les circonstances lui permissent de passer en Irlande, était Ttle qui Tavait déjà reçu^ et qui, à ce moment, était tout ce qui lui restait de son royaume (1).

Cette détermination une fois arrêtée, on pria le prince d'Orange d'envoyer deux vaisseaux de guerre à St-Malo, pendant que sir Georges reviendrait à Jersey, et y ferait les préparatifs que comportait un séjour plus ou moins prolongé du roi et de la cour (2).

Charles II, accompagné de son frère, le duc d'York, quitta St-6ermain le 19 septembre, suivi d'un cortège d'environ trois cents personnes et cent vingt chevaux. D'après la Chronique de Chevalier, il y avait trois carrosses magnifiques; les deux premiers, affectés aux princes, étaient attelés de chacun six chevaux noirs ; le troisième, qui portait les lords du conseil, était traîné par six chevaux bais. Deux fourgons couverts renfermaient les bagages (3).

De Paris, le cortège se dirigea sur la Normandie. Le projet primitif avait été modifié, k la traversée de St-Malo, on avait préféré celle de Coùtainville : on en avait l'habitude et elle était plus courte.

Le roi s'arrêta à Caen, où beaucoup de familles anglaises s'étaient réfugiées; il y visita la marquise d'Ormond, dont le mari, Y&mi dévoué de Charles P% soutenait alors, en Irlande, une lutte suprême contre Cromwell en personne. On arriva à Coutances dans la journée du 26 septembre. L'évêque. Claude Auvry, rentré dans son diocès

(i) Hi»U ofthg BâbêL, t. X, p. 81.

(S) IHd., p. 81.

(8) Historié. m$$.

depuis quelques mois, ût aux princes une réception empreinte de la plus i*espectueuse courtoisie. Il alla au devant d'eux, et les amena à son palais, qu'il mit à leur entière disposition. Le lendemain, il les escorta jusqu'à Goutainville ; il y avait fait préparer un superbe banquet^ et y assista à leur départ (1).

Pendant la nuit, une petite flottille était arrivée de Jersey dans le havre de Blainville : elle se composait de la frégate du capitaine Saddleton, de la corvette du capitaine Barnet, d'une hourque flamande et de seize ou dix-huit barques naviguant à la voile et à la rame. Sir Georges avait pensé que ces bâtiments légers et rapides valaient mieux que les deux grands et lourds vaisseaux hollandais. Vers midi, le temps étant beau et la mer calme, le roi monta sur le yacht qui, jadis, lui avait servi de bateau de plaisance, et que commandait toujours le capitaine Bowden. Quatre heures plus tard, il entrait dans le château Elisabeth, au bruit de Tartilierie et aux acclamations enthousiastes des habitants.

Le conseil d'état avait été informé, à Londres, de ce voyage, avant même qu'il ne fût accompli. Le 22 septembre, le colonel Popham reçut l'ordre d'envoyer une escadre devant Guernesey, afin d'empêcher « Charles « Stuart, qui avait été transporté à Jersey sur deux vais- « seaux de l'état (2), de correspondre et de faire quelque « pratique dans l'Ouest de l'Angleterre et d'accroître ses (( forces qui étaient de quatre cents soldats français prêts » à le suivre. » La dépêche rappelait, en outre, que le

(t) Chvon, de Chevalier, — Hist, du diocèie^ mss, f« 1651. Le roi, en reconnaissance, offrit à l'évéquc quatre chevaux de carrosse et un cheval de selle.

(3) L*envoi à St-Malo des deux vaisseaux hollandais avait évidemment attiré Tatteniion des agents du parlement sur le projet de voyage du roi et causé leur erreur sur les détails quMls envoyaient dans leurs rapports. La Gazette (no 121, p. 911) mentionne aussi ces deux vaisseaux.

ET mazârin. 231

colonel Deane avait envoyé à Popham quelques navires avec lesquels il pouvait déjà agir, et auxquels il joindrait, au besoin, ceux qu'il trouverait sur les côtes d'Irlande. Les quatre nouveaux commissaires nommés au mois d'août (1) pour régler les affaires intérieures de Guernesey (2), l'attendaient à Portsmouth et s'embarqueraient avec lui (3). Le 26 septembre, le conseil arrêta que cinq cents hommes seraient envoyés dans Tile avec trois mois de solde et deux mois de vivres (4).

Les passagers de Coutainvîlle avaient été protégés par un hasard heureux. Dès le lendemain de leur arrivée à Jersey, six ou sept vaisseaux parlementaires avaient poursuivi, sans toutefois avoir pu l'atteindre, la frégate de Saddleton, qui avait convoyé les barques portant les chevaux et les bagages du roi, et s'étaient avancés jusque sous le canon du château Elisabeth, en arborant le pavillon du parlement (5).

Tout se borna à cet insolent, mais inoffensif déû. Les jeunes princes ne furent pas sérieusement troublés pendant leur séjour (6). Ils reprirent leur vie oublieuse du passé et insoucieuse de l'avenir. Ils chassèrent, se promenèrent, passèrent des revues, coururent les fêtes. Le gouverneur eut seul à porter le fardeau de la prévoyance. Ce n'était pas, en effet, une médiocre difficulté que de

(1) Calend, of»t, pap.<, p. 307.

(3) La discorde retenait entre les notables et le gouverneur sur des (f uestions loGoies sans intérêt pourTliistoire. {Hht, de Guernaey, par Duncaii, p. 85.) (3) Calend. ofst. pap.^ p. 307, 22 septembre. {h) Ibid., p* 319.

(5) Chron, de Chevalier {HisU mss,). Mémoires de Jacques il, t I, p. 67 (édiu Guizot)»

(6) La Gazette de France fn» U8, p. il63) rapporte que le roi fit chasser de nie les femmes et les enftnts des parlementaires, dans la craiute qu'ils ne donnassent avis de ses desseins à ses ennemis.

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subvenir à Tentretien de la suite nombreuse qui avait accompagné le roi, et qui, chaque jour, s'augmentait de royalistes arrivant de France ou d'Angleterre. L'île- fut ouverte à la libre importation du bétail et des autres denrées, et, dès lors, abondamment approvisionnée par les paysans du Gotentin et de la Bretagne. Sir Georges ût, de plus, voter par les États une taxe de 20 livres par quartier de rente sur tous les contribuables; le produit en fut offert au roi à titre de don de joyeux avènement. L'offrande, quoique modeste, fut bien accueillie, car il ne restait rien des 300 pistoles qui étaient, parait-il, l'unique ressource des princes en quittant St-6ermain (1).

Le conseil privé rédigea, au mois d'octobre, une déclaration, datée du ch&teau Elisabeth, qui fut envoyée en Angleterre. Charles II y atQrmait ses droits; s'engageait à venger la mort de son père ; promettait le pardon à ceux qui n'avaient pas participé au crime, et conviait tous ses fidèles sujets à lui aider k recouvrer son patrimoine (2).

Lord Percy fut nommé gouverneur du château Cornet en remplacement de sir Osborne, qui résigna définitivement ses fonctions, et continua de résider à St-Malo, sans avoir rieti obtenu des promesses qui lui avaient été faites. Le lieutenant gouverneur, Baldv(1n-Wake, qui n'était pas revenu à son poste, et qu'on supposait être sur la flotte du prince Rupert, eut pour successeur le colonel Roger Burgess. Celui-ci prit possession de son commandement le 4 novembre. I>a garnison, décimée par le scorbut, le vit arriver avec joie ; elle comptait que ses longues épreuves, supportées avec héroïsme, auraient peut-être un terme,

(4) D'après Whitelock, Mazarin aurait donné 400,000 couronnes an dac d*York pour hâler le départ des princes. {Bisloric, mss. )

(ï) Déclaration donnée an cbdteau Éli8al)etii, le 96 octobre. i6A9 ( Oisf. mssn}

OU, du moins, seraient adoucies par la sollicitude directe du roi (1).

Le parlement, à cette même date, changea aussi le gouverneur de Guernesey. Le colonel Russell, disgracié en 1648, avait été, nous Tavons vu, rétabli au mois de juin 1649 (2). De nouvelles plaintes le firent bientôt révoquer une seconde fois. Le lieutenant colonel Ashfleld fut nommé à sa place, mais, bientôt aussi mis de côté — spared,— comme suspect d'avoir des rapports trop intimes avec son prédécesseur. Le colonel Goxe fut rappelé; il s'embarqua à Weymouth, le 12 novembre, et emmena avec lui les cinq cents hommes dont renvoi avait été décidé au mois de septembre précédent ^3).

Ces changements répétés, joints aux dissensions intestines qui troublaient TUe (4), inspirèrent à plusieurs membres du conseil privé, représentant le parti irlandais, la pensée de tenter de nouveau la conquête de Guernesey. Ils espéraient qu'ensuite le roi se mettrait à la tète de Tarmée en Irlande. Le roi, cédant à ce conseil, écrivit au prince Rupert, qull croyait sur le point de quitter la baie de Kinsale, où la flotte parlementaire le bloquait: il le priait de s'arrêter à Brest, à La Rochelle ou au Blavet, parce qu il avait l'intention d'aller le trouver dans l'un de ces ports, et de lui soumettre le double projet délibéré par son conseil. Le prince ne répondit pas, ou, ce qui est probable, ne reçut pas la lettre; car, au mois de décembre,

(i) Chron» de Chevalitr»

(S) Sup., p. 183, uole à.

(3) Caiend.of$U pap., l6â9-!650« p. 875, 879, 383 et 387, ans dates des 8, 6, 7 et 11 nor. 16à9«

(é) ll»d., ibîd., p. 375, 18 août i6à9. Lettre du conseil d^étel aax bailli et juges de Gaernesey relative aax t divisions et factions qai continuent et • s'aggravent. »

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poursuivi par Blake, il entrait dans le Tage, avec ce que la tempête avait épargné de sa flotte (1).

La petite cour du château Elisabeth était, à Timage de plus grandes, remplie d'intrigues et de rivalités mesquines, qui se disputaient la direction des affaires et avaient beaucoup augmenté par l'arrivée de gentilshommes ruinés qu'il fallait nourrir. Le roi en vint aux expédients; il signa d'abord des billets appelés blanks, sorte de promesses ou obligations de payer à échéance fixe des sommes déterminées de 1 ,000, 500 ou 50 livres ; puis, il aliéna les rentes en blé qui dépendaient du domaine de la couronne à Jersey. Ces rentes furent rachetées par les débiteurs à raison de 85 écus par quartier; ce qui, pour les deux cents quartiers vendus, produisit une somme d'environ 2,000 livres sterling (2)-

Pendant tout le mois de décembre, on discuta, dans le conseil, la question du passage du roi en Irlande. La majorité fut d'avis qu'il y avait lieu d'attendre des renseignements précis sur la vraie situation des belligérants. Le bruit s'était répandu qu'après un rude combat, le marquis d'Ormond avait obligé Cromwell à battre en retraite sur Wexford; mais la lettre qui rapportait ce bruit remontait au 22 novembre et n'était parvenue à Jersey que le 12 décembre. Dans cet intervalle, des rumeurs beaucoup moins favorables avaient circulé et faisaient pressentir des événements absolument contraires.

Vers la fin de ce mois de décembre, le laird de libberton, commissaire du parlement d'Ecosse , arriva à Jersey avec plusieurs gentilshommes. Il apportait à Charles II l'offre

(1) Hitt, of ihe RebeLy t. X, p. p. 40& et suiv. Ciarendoa dît qae le prince Ruppert alleadait inipatiemmeDt des nouTeltcsda roi, t qui était & Jersey », lorsqu'il parlil pour les côtes d'Espagtte.

(2) Chron, de Chevalier,

de le proclamer roi, s'il consentait à signer le Covenant et à se soumettre aux conditions qui étaient exposées dans le long manifeste dont il était porteur. Le conseil, après une mûre délibération, estima que cette occasion de faire la paix avec les Écossais ne devait pas être rejetée, mais qu'il convenait de ne discuter le traité qu'à Bréda; Sa Majesté se proposait de s'y rendre et les deux parties y auraient leurs représentants (1).

Il n'y avait plus à songer, en présence des succès de Cromwell, à relever en Irlande la cause royale (2). Il n'y avait donc plus aucune raison de prolonger à Jersey un séjour qui ne tarderait pas à devenir peu sûr ; car, il était hors de doute que le parlement ne tolérerait pas davantage la résistance qu'il rencontrait de ce côté. Dans un conseil tenu le 17 janvier 1650 (n. s.)t il fut arrêté que le roi retournerait prochainement en Hollande, et que le duc d'York resterait encore, pendant quelques mois, dans l'île, avec les titres de gouverneur, de surintendant et de grand amiral des autres parties de l'archipel (3). On avait toujours en vue la soumission de Guernesey. Le gouverneur parlementaire, Alban Coxe, ayant menacé de prendre d'assaut le château Cornet avec ses cinq cents soldats, n'avait obtenu du capitaine Burgess qu'un fier refus (4), On avait l'espoir que le marquis d'Ormond pourrait, ainsi qu'il l'avait proposé, détacher deux mille ou deux mille

(«) Chrott. de Chevalùr, -. HisU of the liebeUy L X, p. 113.

(3) tiiiU of the RebeLt t. X, p. 111. Lettre du marquis d'Onnood au roi, du 15-SS déc. 1649 {Histor. nus. ).

(8) Caltnd, of Clarendon^ L II, p. }Sâ. Lord Jermyn avait résigné ses Iboctioos moyennant 6,000 pktoles. Le duc dTork resta à Jersey jusqu'au mois de septembre. Le 17, il arriva à Paris et en repartit peu de temps après pour la Hollande {Mim, de Jacques lU t. I, p. 68 ).

(6) Lettre du 9-1 C janvier 1650, de Roger Burgess à Alban Coie [Bistoric*

cinq cents hommes de son armée et les envoyer à Jersey. Ce projet, avons-nous besoin de le dire, avorta avec beaucoup d'autres : on aurait eu des hommes et pas de vaisseaux pour les transporter (1).

Le 22 février, le duc de Buckingham et un certain nombre de personnes passèrent en Normandie avec les équipages, les chevaux et les domestiques de la cour. Le roi monta, le lendemain, sur la frégate du capitaine Amy, et débarqua à Goutainville, vers trois heures de Taprèsmidi. Il alla coucher à Tévêché. De Coutances, il se dirigea par St-Lo, Caen, Lisieux, Ëlbœuf et Rouen sur Beau vais, où, le 15 mars, il rencontra sa mère. Dix ou douze jours plus tard , il arriva à Bréda (2). 11 était dans un tel état de dénûment, qu*il n'aurait pu subsister sans le secours que lui procura le dixième de plusieurs prises faites, dans la Mer du Nord , par des frégates de Jersey que les vents contraires avaient obligées de relâcher à Dunkerque (3).

Le séjour du roi à Jersey avait été de quatre mois et vingt-six jours (4). Après son départ, Tanimation que Taffluence des étrangers et la vie bruyante des gens de cour avaient produite, cessa tout à coup. Georges de Garteret resta en face des réalités peu rassurantes de la situation et avec la responsabilité que la présence du jeune duc d'York lui imposait (5).

(1) Lettre du roi au marquis d*Ormond du 13 mars i650. (Ap. Charles IJ, etc., t. II, p. 388 et 389. )

(2) HUU of the Rebel., t X, p. 415. — Charles U, t. II, p. 377. (8) Mém, de Jacques JI^ L I, p. 70.

(é) Histor* nus»

(5) Le duc d*York était né le i oct. 1638.

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