‹ Histoire du Cotentin et de ses îlesChapitre 20 sur 54 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

La restauration dans les lies. — Le général Lambert. — LV'glise anglicane rétablie. — Richard Ovcrlon à Jersey. — Les ministres presbytériens. — Lord Ilalton, gouverneur de Guerne&ey. — Son rappel. — Thomas Morgan. — La milice. — Le sieur de VaucourI, capitaine de Chauscy. — Sa condamnation à Jersey. — 166C-1C67.

La restauration monarchique, acceptée en Angleterre avec une facilité qui surprit le roi lui-même (1), causa, à Jersey, un sincère enthousiasme» et, à Guernesey, une satisfaction résignée qui ne laissa pas de se manifester par les signes ordinaires de la joie officielle. Les deux îles déléguèrent plusieurs notables (2) pour assister à l'entrée de Charles II à Londres (20 mai 1660) et lui porter leurs

(1) Uisl. of llie Rebel., L XII, p. 197.

(2) Les députés de Guernesey étaient : Ainias Andros, sieur de Saumarez, et de Beauvoir, sieur des Granges.

hommages. Elles avaient à la cour de puissants protecteurs dans les conseillers intimes qui, après avoir partagé la mauvaise fortune du souverain, assistaient à son triomphe. Edward Hydé, créé lord Clarendon, le marquis d'Ormond et le secrétaire Edward Nicholas furent les ministres de la première heure. Nous avons vu combien ils s'étaient préoccupés, pendant Texil, du rôle que Tarchipel normand pouvait, suivant leurs projets, jouer dans les événements. Quant à Georges de Garteret, il fut nommé chambellan et membre du conseil privé.

Sir Hugh PoUstrd, chevalier et baronnet, devint gouverneur de Guernesey. Le capitaine Sharp resta son lieutenant jusqu'au mois de juillet 1660. A cette date, le capitaine Waterhouse fut réintégré dans son ancienne fonction, et fut, au mois de décembre, remplacé, à son tour, par le capitaine Nathaniel Darell, fils de celui qui avait été le lieutenant du comte de Danby (1). Le gouvernement de Jersey fut conservé à lord Jermyn, devenu récemment comte de Saint-Alban (2), avec sir Charles Raleigh, comme lieutenant (3).

Au mois de juin 1660, les États de Guernesey députèrent quatre nouveaux de leurs membres auprès du roi. Ils lui exprimèrent leurs regrets pour le passé et leur entière soumission pour l'avenir, et sollicitèrent de sa clémence le renouvellement et la confirmation de leurs anciens privilèges (4).

Une commission fut instituée par le gouvernement. Elle se composait de Georges de Garteret, de Hugh Pollard, désir John Ashburnhara, gentilhomme de la chambre, et

(i)Calend., itf60-106l, p. 283. 18 juillet 1660. — ^fs. de P. Le Roy. . (2) Le comte de LichlQeld avait sollicité cette pince, [ Calend, eod. loc., p. 79. Lettre à Nicholas de juin 1660.)

(3) Catind.t eod. loc., p. àO et 123.

(4) Ms. de P. Le R07. Duncan, p. 106.

du colonel Ashburnham (1). Elle rédigea un rapport à la suite duquel le conseil privé, par un arrêté du 22 mars ' 1661, confirma les droits et privilèges de Jersey, de Guernesey et des îles adjacentes, conséquence de Tamnistie qui leur avait été accordée le 13 août précédent (2). Plusieurs gentilshommes furent nommés jurats. Les procé* dures suivies pendant les troubles furent ratifiées, sous la réserve des actes hostiles au gouvernement de Sa Majesté et de son prédécesseur, qui furent annulés et raturés sur les registres des records. Il fut, de plus, ordonné qu'une nouvelle extente des biens et revenus appartenant à la couronne serait dressée par les baillis et jurats, et qu'il serait exercé des poursuites contre les personnes qui se seraient emparées de ces biens et qui les auraient vendus (3). Enfin, un serment d'allégeance et de suprématie dut être prêté par tous les habitants, dans la forme où il l'avait été en Angleterre.

En ce qui concernait Âurigny, le conseil décida, qu'en exécution de l'acte passé dans la dix-huitième année du règne de Jacques (1621), un fort y serait construit, et, qu'immédiatement, six soldats et un sergent y seraient envoyés par chacun des gouverneurs des deux principales îles (4). Philippe de Garteret reprit possession de son fief de l'île de Serk (5).

(i) Dancao, p. 407. B. Topper, p. 807. Le Quesne, p. 853.

(2) Ms. HaTilland, 18 août i660: (Coll. Mac Culloch.)

(8) Le texte de celte Extenie^ qui ne fut terminée qu'en 1668, a été publié par la Société Jersiaise (Publication 7"", 188S). La somme totale des reveous du roi s'élevait à 14,957 liv. 11 sols 2 den. tournois, ou 1,150 liv. 16 sh. 7 1/2 d. sterl. Sur cette somme, le gouverneur toucbait 13,000 liy. tourn. et le bailli 065 liv. 9 s. de gages,

[h) Mss. Havilland.

(5) B. Tupper, p. 330. Lettre du licut gouverneur de Guernesejr du 25 août 1660.

Charles II n'avait rapporté^ de sa longue infortune, ni ressentiment contre ses adversaires, ni désir de se venger. A Jersey, où sa popularité était telle qu'il aurait pu, sans la moindre opposition, satisfaire ce double sentiment, il pardonna même à Michel Lemprière, Tun de ceux^ nous Tavons vu, qui, pendant la guerre civile, avaient le plus fomenté les haines et semé la discorde. Lemprière. c quoi- « que coupable de grandes offenses », fut, au mois de décembre 1660, confirme dans ses fonctions de bailli (1).

Toutefois, la clémence du roi ne s'étendit pas jusqu'à ceux qui avaient fait tomber la tète de son père, ou avaient commandé les armées qui l'avaient vaincu. Dix des régicides condamnés à mort furent exécutés ; les autres furent bannis. Parmi ces derniers était le célèbre général Lambert. Il fut relégué à Guernesey ; il y arriva le 17 novembre 1661 (2). Il fut d'abord enfermé dans le château Cornet. Peu de temps après, au mois de janvier 1662^ il fut transféré à Londres et condamné, le 19 juin^ à être pendu. Recommandé par les juges du Banc du roi à la clémence de Sa Majesté (3), il fut renvoyé dans l'île, et obtint bientôt l'autorisation d'habiter une maison particulière. Sa femme vint l'y rejoindre, avec ses trois enfants et trois domestiques, à la condition de se soumettre au régime pénitentiaire qu'il subissait (4). Au mois de novembre 1662, il ne fut plus que prisonnier sur parole (5).

Une réaction religieuse était inévitable après la réaction

(1) Calend. ofst. pap», 1660-1661, p. &&2. Le Quesne (p. 351), dit que Georges de Carleret résigna roffice de bailli en faveur de son cousin Philippe.

(2) Ms. de P. Le Rojr.

(8) La Gazette, 1663, n^ 18 et 76.

{h) Calend. of st. pap., 1661-1663, p. 376. 17 février 1662: c Uoder the c same confinement lie bimself is, uniill our further pteasure be known. t (5) Ordre du 18 noT. 1663 adressé à lord Hatlon. (Mss. HaTilland.)

politique. Elle fut relativement modérée dans les îles. Une lettre du roi, du 20 mars 1663^ recommanda aux États de ne présenter, désormais, comme candidals>ux places, que des hommes d'une loyauté éprouvée et d'un attachement sincère aux doctrines de Téglise anglicane. Les États se conformèrent docilement à cet ordre. Tous les officiers des paroisses furent avertis que s'ils s'abstenaient des saints sacrements, n'assistaient pas aux prières publiques et au service divin, ou faisaient « paroître quelqu'autre « défaut de conformité », ils auraient à se trouver par-devant le lieutenant gouverneur, le bailli et le doyen « pour « être avertis de leur devoir et afin qu'en cas de désobéis- « sance, l'on procédât à mettre en leur place d'autres « officiers mieux affectionnés (1). » On facilita l'observation des pratiques orthodoxes en approuvant la traduction française du Livre de prières faite par le rév. John Durell, et en défendant de se servir d'une autre édition (2).

En Angleterre^ la [chambre des communes avait poussé le zèle beaucoup plus loin. Elle avait voté, contre les dissenters ou non-conformistes, des lois d'intolérance et de persécution. Un simple juge de paix eut le droit de prononcer, sans l'intervention du jury, et, à la troisième contravention, de condamner les dissidents à la transportation pendant sept années (3). Les prisons furent remplies. Il y eut des mouvements séditieux^ à la suite desquels on transféra, de la Tour, dans divers châteaux du Pays de Galles, à Tynemouth, à Hull, dans les îles et

(1) ConstiL /lisr., p. 355 et 356. Il existait dans diaqae paroisse un registre sur lequel on inscrivait les noms de ceux qui prenaient part ù la Cène. La Soc. Jersiaise a publié un des registres de la paroisse de Slc-Trinilé, de Tannée 1613 (7« Bulletin, 1882).

(S) Caltnd, &/*«£., 1C6 1-1663, p. 508. 6 oct. 1662. CoHStil. hist,, p. 597. 3^ Macaulay, Hist, of EnglantU

jusqu'à Tanger, quelques fanatiques et incorrigibles anabaptistes (1).

Richard Overton, Tami et l'émule de Johu Lîlburn, et Tun des sept commissaires chargés par le Rump-parlement de diriger Tarmée après la destitution de Lambert (2), fut arrêté, au mois d'octobre 1663, et déporté à Jersey, au commencement de Tannée suivante (3).

Charles II gardait un agréable souvenir de son double séjour dans cette île et du loyal accueil qu'il y avait reçu, li sentait qu'il y était aimé et qu'il y resterait populaire. Les rudes épreuves qu'il avait traversées, avaient rendu plus vives et plus précieuses ces premières impressions de sa jeunesse. Il voulut en donner à ses fidèles insulaires un témoignage écIatanL Au mois d'octobre 1663, il leur fit présent d'une masse en argent doré qui, aujourd'hui encore, est portée par l'un des dénonciateurs (4) devant le bailli et les jurats, dans les cérémonies officielles. Une inscription gravée sur cette masse (5) rappelle que

(1) Catend., i 662-1 663. p. 539 et 5^3.

(2) The Itist, of lUb.y t. VIII, p. 325, el t. Xll, p. 65. En 1655, ce môme 0?erton avait fait au roi des propositions d^alliance pour renverser Cromwell iCaUnd. of Clarendon, t. III, d*457), et en 4660, il avait élé arrêté, sur le «oupçon d'avoir participé à un complot contre le roi et la reine-mère (Rap. Thojras, t. IX, p. 172).

(3) Calend, of st. pap,, 1662-1663, p. 311 et 661.

(à) f^s manuseripts de Ph. Le Geyt^ t. IV, p. 163. Les dénonciateurs sont des agents d*eiécution analogues & nos huissiers. On les appelle souvent sergents de justice ; ils sont les subordonnés du vicomte. ( LeQuesne, p. 26.)

(5) Voici le texte de l'inscription ( Faile, p. 22â ) : « Tali haud dignatnr « Honore. — Carolus secundus, (Vfugns Britanniœ, Francis el Hibernie Rex

• screnissimus, afleclum Regium crga Insulam de Jersey, in qua bis babuit <r receptum dum caeteris ditionibus excluderetur, hocce monumcnto verè

• Regio postcris consecratum voluit. Jussitque ut deinceps BalUis prxferatur,

• in perpeluam Memoriam Fidei, (um Augustissimo Parenti Carolo Primo, ■ lum sua! Majestati ssvienlibus Bellis Civilibus, serval» à Viris clarissimis,

S88 LOCIS ÎCIV

Charles II a, par ce don, consacré sa royale affection envers Tile de Jersey, dans laquelle il a été reçu deux fois, alors qu'il était banni du reste de son royaume, et qu'il a ordonné que ce « monument royal » serait porté devant les baillis en perpétuel souvenir de la fidélité que Philippe et Georges de Garteret avaient gardée à son auguste père et à lui-même, pendant que la guerre civile sévissait.

La guerre civile était maintenant éteinte; la guerre religieuse ne Tétait pas. Le roi professait, cependant, dans tous ses discours, de sages principes de tolérance, tout en protestant de sa ferme intention d'appliquer scrupuleusement V Acte (T uniformité. Il devançait son époque. Il ne réussit qu'à mécontenter tous les partis et à exciter une défiance que le temps etles préjugés ne firent qu'augmenter. On était loin encore, en Angleterre et ailleurs, de comprendre et d'admettre que chacun a le droit d'adorer Dieu, selon sa conscience, et le devoir de respecter la liberté d'autrui. A Jersey, l'église anglicane ne rencontra point de contradiction. Plusieurs recteurs dépouillés de leurs bénéfices, à cause de leur royalisme, en reprirent

possession sans difficulté (1). Il n'en fut pas ainsi à Guernesey,où le presbytérianisme était entré plus profondément dans les habitudes. Le rétablissement de la liturgie y causa une vive émotion. Pierre Le Roy raconte « que le « 24 septembre 1662, il arriva une compagnie de cent solc( dats et un majeur capitaine pour quelque rébellion à « cause du service établi, dans l'île, par le Roy et son « conseil. » Presque tous les ministres protestèrent contre l'acte d'uniformité, se retirèrent de leurs paroisses,

c Philippo et Georgio de Carient^ Equittbus AaraUs, hujus Insulc Bali?, et « fteg, Prsfect. • (4) LeQnesm*, p. 358.

et furent remplacés (1). Parmi les démissionnaires figurait Thomas Le Marchant, recteur du Vale et de St-Samson, ardent presbytérien, qui avait passé quelques années à rUniversité de Gaen, et s'y était lié avec les deux illustres savants, Samuel Bochart et Daniel Huet(2]. Jean de Sau^ marez, recteur de St-Martin, fut nommé doyen par le roi et révêque de Winchester. Le 12 octobre 1662, il célébra la Gène < d'à genoux. » Â St-Pierre-Port , M. Richard, de Jersey, a ministre absolu >», observa le même cérémo^ niai (3). Aux yeux des presbytériens» c'était un acte d'une extrême importance, et qui leur inspirait autant d*horreur que le papisme aux anglicans.

Au mois de février 1664, lord Hatton, nommé gouverneur de Guernesey, en vertu de lettres patentes qui accordaient à son fils aîné la survivance de sa charge^ arriva de Londres accompagné de son frère et de ses deux fils. Il ramenait avec lui deux des anciens ministres : les révérends Le Marchant et Hérivel, auxquels il rendit leurs cures (4). Il eut aussi à calmer une querelle qui s'était élevée entre le lieutenant-gouverneur Darell et le lieutenant-bailli de Quetteville. Ce dernier venait d'être arrêté sur son siège et enfermé au château (5). Lord Hatton

(1) Pierre Le Roy cite les paroisses suivantes: Le Vaic, Sl-Samson, Si' Pierre-du-Bois, St-Souveur, Le Caste), La Foresl et Torteval. Â Âurigny, Pancien ministre, Hélie Piquet, Tut rétabli. Une partie de ces ministres étaient d^origine française ; quelques-uns des nouveaux en étaient aussi.

(2; Thomas Le Marchant est Tauleur de Touvrage de droit intitulé : Aemarques et emimadveraions sur Capprobation de» lois et coustumes de Normandie usitées es juridiciiom de Ouernezé, 2 vol. in*8°. Guernesey, 1826. On regrette que sa correspondance et ses manuscrits aient été brûlés, en 1713, dans le violent incendie des Grand'Maisous.

(3) Ms. de P. Le Roy.

(6) Ibid.

(5) Ibid. L*arrestation avait eu lieu le C février.

délivra immédiatement le prisonnier, et appela devant lui tous les membres de la cour. Ayant cru reconnaître q)ie trois des jurats avaient été complices de cet acte arbitraire^ il les retint à son tour, et ne leur rendit la liberté qu'après une détention de huit ou neuf jours et sous caution. Le conseil privé, saisi de l'affaire» blâma, dans un ordre du 17 juin (1664), le capitaine Nathaniel Darell, et le destitua. II accorda de plus à John de Quetteville une indemnité de 20 livres, que les jurats de Beauvoir et Garey furent condamnés à lui payer (1).

Lord Hatton ne tarda pas à être lui-même Tobjet de plaintes qui prirent, des circonstances où elles se produisirent, une signification particulière. Depuis plusieurs mois, le roi et le parlement se préparaient ouvertement k faire la guerre aux Provinces-Unies, et il était facile de prévoir que la France, liée parle traité de 1662, y serait entraînée à leur suite. Le commerce et la marine qui, sous rhabile gouvernement de Cromwell, avaient pris un si rapide essor, ne toléraient qu'avec peine des concurrents et des rivaux. Charles, de son côté, favorable à la politique traditionnelle du Mare clausum (2), comptait bien, en rappliquant, trouver le moyen de reconquérir sa popularité, que la vente de Dunkerqueàla France avait beaucoup diminuée, et de se procurer des subsides ; les quatre millions, prix de cette vente, ayant été rapidement dépensés.

Suivant le procédé constant des Anglais» les hostilités précédèrent la déclaration de guerre (3). Au mois de novembre 1664, le duc d'York, grand amiral, s'en alla

(1) Duncan (p. 409} donne le texle de cet arrêlé signé par Edw, Nickolas.

(2) En 1652, récrivaia qui avait traduit en anglais le Mare etauium de Selden, avait reçu du gouvernement une récompense nationale {C^ilenii. of stat, pap.f vol. IV, Commonrvealth, p. àa'ô),

(3] La déclaration ofiicieHe est du mois de janvier 1665.

ET LES DEaNlERS STUARTS. 291

avec ses vaisseaux à la rencootre de la flotte marehaade hollandaise, qui revenait de Bordeaux chargée de vins et d'eaux-de-vie. Il s'empara de cent trente navires, et les fit déclarer de bonne prise.

La mer cessant d'être libre, les îles cessaient d'être en sûreté. C'est leur perpétuelle histoire. Le gouvernement ne les oublia pas. À la fin du même mois de novembre, 11 expédia des armes au capitaine William Sheldon, à Guernesey (1); et, au commencement de l'année suivante (1665), il imposa aux commandants des vaisseaux de guerre (( privés », munis de lettres de marque, la souscription d'un blcmkfomi de 2,000 liv. sterl.^ comme garantie qu'ils n'attaqueraient aucuns bâtiments anglais et, nommément, ceux de Jersey et de Guernesey (2).

Le secrétaire d'état Bennet, dans un rapport au roi, du 8 février, exposait que les dépenses faites au château Cornet étaient peu utiles, parce que cette forteresse, isolée par la mer, ne commandait pas le lieu le plus voisin où pouvait s'opérer un débarquement; qu'il suffisait d'y conserver une garnison de soixante hommes et d'en réparer les greniers ; qu'il serait, au contraire, très-important que chaque paroisse construisît un magasin dans lequel, en cas de danger, ses habitants pussent mettre leurs meubles à l'abri, et, qu'enfin il était nécessaire d'avoir constamment vingt-cinq soldats dans le château du Yale, qui, à la différence de Tautre château, commandait un point de débarquement (3).

Les presbytériens avaient vu avec un secret méconten-

(i) Catend,t I6G3-I66â, p. 86. Ordre au comité d'arlUlerie, dn 23 no?.

iMà.

(2) IbU., 1664-1665, p. 182. 38 janvier 1665.

(3) lbi(Lt ibid., p. 107, — Rapiiorl du secret, Bennet au roi, da S fi&Vt

tement la guerre déclarée à leurs coreligionnaires de Hollande par un parti auquel ils attribuaient des tendances catboliques. Ils prétendaient même que le roi avait plus que des tendances, et qu'il s'était soumis au pape. Les anciens ministres de Guernesey avaient entretenu une certaine agitation dans Tîle. Le bruit courut que, d'accord avec le général Lambert, ils avaient noué des rapports avec les Hollandais, et que sir Richardson était venu, avec six vaisseaux, conférer avec eux. Et, chose singulière, on signalait le gouverneur comme leur complice (1). On l'accusait, en outre, d'avoir vendu aux Français plusieurs canons de bronze enlevés du château Cornet.

Le roi, par un acte du 10 février 1665, rappela lord Hatton en Angleterre, et investit sir Jonathan Âtkins du gouvernement, pendant la durée de la vie du titulaire, dont le fils, nous l'avons vu, avait obtenu la survivance (2). Par un autre acte du même jour, le capitaine d'une frégate reçut l'ordre d'embarquer le révérend Thomas Le Marchant et de le remettre aux mains du lieutenant de la Tour de Londres (3).

L'Ile d'Âurigny fut aussi mise en état de défense. Sir Georges de Carteret y transporta quelques pièces d'artillerie, qui lui furent envoyées par le colonel William Le^, et qui furent payées à cet officier sur un warrant de 205 liv. 19 sh. 11 d., délivré le 4 mars (4). Le comité de la flotte compléta ces mesures. Cinq cents livres furent employées aux fortifications ; la solde de la garnison et de la

(4) CalentL, 4666-1665, p. 135. — Lettre du 3 mars 1665, de Christian SaDdereon à sir Pb. Musgrave.

(2) DaDcan, p. 109. — B. Tupper, p. S3â.

(3) Catend.t 1665, p. 198. — B. Tupper, p. 33f. — Th. Le Marchant ne recouvra sa liberté qn^au mois de septembre 1667.

{h) iind., 1665, p. 238.

compagnie Sheldon fut assurée par des mandais réguliers. Les arrérages dus k la garnison s'élevaient à 1,484 liv. 5 sh. 4 d. ; la compagnie Sheldon coûtait 241 liv. 19 sh. 4 d. par mois (1).

Les nouvelles du dehors n'étaient pas favorables. La guerre maritime avait pris, dès son début, des proportions inconnues jusque-là. Le combat du 13 juin, livré sur la côte de Suffolk, avait été le choc de plus de deux cents vaisseaux armés de près de dix mille canons. Les Anglais avaient été vainqueurs, mais au prix de pertes énormes, et après une lutte acharnée de neuf heures, qui n'avait pas abattu le courage des Hollandais et de leur héroïque Jean de Witt. A ce moment^ la ville de Londres était décimée par une épidémie meurtrière ; les équipages de la flotte en étaient atteints. Louis XIY n'était pas pressé de se jeter dans la mêlée. Depuis plusieurs mois, il lou* voyait. Il fut, à la fin, obligé de s'exécuter. Dans le courant de l'automne 1665, il donna l'ordre au duc de Beaufort de ramener sa flotte de la Méditerranée (2) dans l'Océan et la Manche, et de livrer bataille aux Anglais partout où il les rencontrerait (3).

Ces nouvelles portèrent à leur comble les inquiétudes qui régnaient dans les îles depuis l'ouverture des hosti-< lités. Avec la Hollande, elles n'avaient à craindre que les dangers maritimes et les corsaires de Flessingue (4) ; avec

(1) ai/«R</., 1664-1665^11. 656 Juio 1665.

(2) La flotte, après une longue et glorieuse campagne, avait obligé les états barbaresqucs à signer un traité et h rendre leurs coplifs (Dumont, Corps diptom., t. VI, m*, p. 57. — Reoue indépendante du 25 nov. lHâ3).

(5) La déch*ralion ofirciclle d^intcrveotîon esl du *26 janvier 1G6G (Ane, lois franf,^ t, XVIIl, p. 71 ).

(6) Cateud., 1066-1665, p. 23 et 103. — Pendant les derniers mois de 1665, de nombreases prises avaient été faites entre les lies et les côtes de La Hague.

rintervention aclive de la France, elles pouvaient redouter une invasion de leur territoire.

Le 11 décembre 1665, les États de Jersey députèrent en Angleterre le bailli Edward de Garteret. Il présenta au roi une requête réclamant un secours immédiat en hommes, en armes et en munitions. Le roi répondit, le 2 janvier suivant, par une lettre adressée au bailli, et qui, traduite en français, fut lue dans toutes les paroisses de Tîle, & rissue du service religieux. Charles y exprimait a sa satis* « faction d'avoir trouvé, dans la requête, la confirmation « de l'opinion qu'il avait toujours eue de la bonne et (f loyale affection des habitants ; que ce sentiment était le « sien et le portait à se préoccuper sans relâche de leur tt prospérité. » Il leur annonçait que, sans attendre leur demande, il avait résolu de confier le soin de leur défense à un capitaine expérimenté, et que ce capitaine allait incessamment se rendre dans leur île et leur amener de rinfanterie et de la cavalerie (1).

I^ général Monk, devenu duc d'Albemarle, avait, dès le 12 décembre, prescrit à lord Arlington, secrétaire d'état, d'envoyer de Portsraouth à Jersey et à Guernesey des vivres et des munitions. 11 avait ajouté que, probablement, les Hollandais et les Français tenteraient de surprendre les îles, et qu'alors il conviendrait que le colonel Morgan s'établît à Jersey, comme le colonel Atkins s'était établi à Guernesey. Déjà, cinq cents mousquets et cinq cents piques avaient été expédiés; on délivrerait 2,000 livres à M. Godolphin pour être appliquées aux réparations du chAteau Élîsabelh (2).

(1) CoHstit, /i«f., p. A87 cl A88. — L'aulcur donne le texte de celle lettre QTec sa date du 2 janvier iQQ5 ; nous n'avons pas besoin de rappeler qa'il s*agit ici de ranciea style, la nomination du capliainc dont ii est qaestîou n'étant que du mois de fé?rier 4666 (n. s.).

(2) Caleiid., 166ii-I665, p. 98. — Lettre de Monk ù lord Arlington, da

£T LES DERNIERS STUÂRTS. 295

Des pourparlers furent donc engagés avec le gouverneur. Henry Jermyn» comte de Saint-Alban, était, selon le rév. Ph. Falle (1), un beau courtisan, mais de nulle réputation militaire. Il était chambellan ; il vivait en Angleterre, aimait ses aises, et préférait aux devoirs de sa charge les profits que lui procurait sa patente. Il fut facile de s*entendre avec lui. Moyennant une pension viagère de 1,000 livres^ il céda volontiers sa place, qui fut donnée au colonel Thomas Morgan (2).

Il y avait entre les deux hommes un contraste complet Morgan était un capitaine d'une valeur éprouvée. Sous Gromwell, il avait été le commandant réel (3) des six mille Anglais qui avaient si brillamment contribué à la prise de Dunkerque en 1657. Turenne l'avait, à cette occasion, pris en grande estime • il avait vanté ses services à la cour de France. Après la mort du Protecteur, il avait été, en Ecosse, major général de Monk, dans la campagne qui se termina par la restauration du roi (4).

Le nouveau gouverneur releva les courages défaillants. Il réorganisa la milice qu'il divisa en quatre régiments et en compagnie^. Le corps d'artillerie, qui existait depuis longtemps, fut placé sous la direction d'un contrôleur, et chacune des douze paroisses eut deux canons de campagne. Cette partie de la milice compta environ trois cents hommes auxquels on adjoignit un certain nombre de forgerons et de charpentiers. L'île put mettre en ligne

IS déc. 1665. -* /frir/., années 1065-1666, p. 199. - Warrant du 11 janvier

(4) Inlrod,^ p. xxf.

(3) Calend., 1665.1066, p. 116. — Instrudions ù lord Arlinglon datées de Windsor, 25 déc. 4665. — Ibiti,^ ibîd., pr 237. — Warrant adressé à Mouk, le 8 fêv. 1666, et ibitL, ibid., p. 277.

(5) L*aoiba6Sudeur Lockard était le chef nominal.

(4) tiUu of the Hebel., t. XII, p. 81.

deux mille hommes (1). A Guernesey, une revue, passée, le 29 juin 1664, par lord Hatton, avait constaté la présence dans les rangs de treize cent vingt-quatre hommes (2). Les fortifications du ch&teau Elisabeth reçurent, sous l'active surveillance de Morgan, des augmentations considérables. On y dépensa les 2,000 livres annoncées par Monk (3).

La confiance des insulaires s'affermit. La flotte française n*avait pas paru. Malgré les ordres reçus, elle n* était pas sortie de la Méditerranée. Elle ne quitta Toulon qu'au mois d'avril 1666. Les bruits de préparatifs belliqueux dirigés contre les lies n'en circulaient pas moins. Le bailli Edward de Garteret, à son retour de Londres, retenu à Weymouth par les vents contraires, écrivait, le 17 février, qu*une barque de Guernesey avait appris que six mille hommes étaient rassemblés auprès de Goutances, et qu'ils se vantaient, dans leurs « rodomontades », de faire un déjeuner de Jersey, un dîner de Guernesey, une collation de l'Irlande et de l'Ecosse, et un souper de l'Angleterre. Le bailli, en répétant ce racontage, avait, disait-il, l'espérance que les Français iraient rejoindre Opdam (4) au fond de la mer, et Gromwell sous terre (5).

L'alarme s'était répandue jusque dans la Gomouailles : à Falmouth et à Pendennis. On parlait d'une descente de l'ennemi au cap Lizard (6). Des miliciens furent dirigés

(0 LeQuesne, p. &87.

(2) Ms. de P. Le Roy.

{3} Fiille, p. 133. — Calend,, 4665-1666, p. 199. — Warrant du 11 jan?. i666.

(h) Opdam élail ramiral hollandais qui Tul tué dans le combat du 19 juin

(5) Caiend., 1665-1666, p. S5S. — Lettre d'E. de Carterel 6 Williamson, du 17 fév. 1666. — L*origiual est eu français.

(G) ibid.^ ibid., p. â64.~- Lettre du 27 juin 1666 de Th. Holdenà Jos. Biclies, datée de Falmouth.

sar Weymouth et sur Dorchester (1). Le bruit était faux ; mais, au même moment, on apprenait qu'un navire suspect croisait en vue de Jersey, et interceptait le passage de plusieurs barques chargées de chaux pour les constructions du château. De plus, on découvrit que le capitaine des tles Ghausey entretenait une correspondance avec quelques habitants des lies, notamment avec le général Lambert, et qu'il tenait prête une armée que, par une exagération ridicule, on évaluait à vingt mille hommes (2).

Le rév. Ph. Falle raconte, dans Y Introduction à son Histoiî'e (p. xx), que ce complot fut découvert à Tun des ministres de Jersey, Daniel Brevin (3), par la maréchale de Turenne, dont la maison lui avait été généreusement ouverte, au temps de Cromwell. « Cette excellente dame, « dit l'auteur, protestante et très-attachée à sa religion, « avait conçu une grande affection pour le peuple de ces

» îles et comme elle savait que nuls ne sont plus

<K insolemment cruels dans la victoire que les Français, « elle s'adressa aux principaux officiers qui étaient dési- « gnés pour l'expédition, et les supplia de tempérer la « rigueur de leurs ordres par la compassion et la miséri-

(1) Calend., 4665-1666, p. 507. — Lettre du 7 juillet 1666.

(2) /6iV/., 4665-1666. - Lettre du 30 juin 1666, datée de Lyme et adressée à Williamson.

(8) Ce ministre était d*origine française; son aïeul, Cosme Brévin, s*élait rëfuipé aui lies ?ers 1562 et avait été nommé ministre de Serlt. {Cfironi des Iles, p. 103 et 109). Daniel Brérin, qui avait le titre de chapelain du roi, correspondait avec le ministre de Caen, Pierre du Bosc. Celui-ci, à la restauration de Charles II, lui adressa une longue lettre, dans laquelle il manirestait sa joie et c son ravissement » Il exposait, en même temps, ses idées sur Tépiscopatf quMl n'était pas éloigné d'admettre dons TÊglise réformée, en s*appuyant sur les éplires de Calvin au cardinal Sadolet et de Pierre Martjr à Th. de Bèie, et sur Tautorité de St-Jérôme {La vie de M, Pierre Du BotCy p. 18 et suiv.)>

« corde, et de ne pas livrer un peuple innocent à la rage 6 et à la fureur d'une soldatesque brutale. »

Et, plus loin» avec un sentiment d'aoLour-propre national que nous ne songeons pas k bl&mer, mais que la critique historique justifie difficilement, le rév. Falle ajoute que le maréchal de Turenne, ayant entendu dire que le chevalier Morgan commandait à Jersey, dissuada Louis XIV d'une entreprise « qui ;coûterait trop de sang, « et qui échouerait, le chevalier étant un homme que « rien n'eifrayait et qui sacrifierait tout à la défense du « poste qui lui était confié » (p. xxiv).

Il est regrettable que Thistorien ne nous ait pas indiqué les sources où il a puisé ces renseignemets qui, s'ils pouvaient être exacts (1), révéleraient chez la maréchale un patriotisme équivoque, et, chez notre grand capitaine, une prudence singulière. Ce qui est certain, c'est que, dans le courant du mois de juin 1666, le gouverneur de Chausey, Jean-François de Briselon, sieur de Vaucourt, évidemment chargé d'une mission secrète, vint, sur un vaisseau, examiner les côtes de Jersey et de Guernesey; que, dénoncé, il fut pris avec son vaisseau ; que des lettres, dans lesquelles il était question d'une armée de dix-huit mille hommes prête à prendre la mer, furent saisies sur lui; et que ces lettres étaient à Tadresse du ministre Thomas Le Marchant et du général Lambert (2)

L'affaire fit grand bruit. Le roi, dans une dépêche expédiée, le 10 j-uillet, au gouverneur de Guernesey, lui disait

(i) Un simple rapptY>cheinent de diitcs rend le récit de Falle irès-inTraiserabiable: Cliarlotte de Ciiumont, (illc dMrmand de Caumont, dac de La Force, et femme (!e Turenne, èlnit morte ù Paris, le 48 avril 1666, à Vùge de 63 ans; quant à son zèle religieux, il était notoire aussi bien que son influence sur Tesprltde son mari {Hisi, de Céda de Nantes, par Elie Benoist, t. IV, p. 430).

(2) Caiend,, 4665-1656, p. &80. Lettre datée deWeymoutb, du 30 juin 1666, de John Pocock à James Hickes.

que c( le sieur de Vaucourt, commandant de Tlle Ghausey, « sur la côte de Normandie, pris avec son vaisseau, devait < être pendu comme espion, pour s'être engagé dans un « complot dont le but était de fomenter la rébellion dans « le royaume et de faciliter Tévasion de John Lambert. » La dépèche se terminait par un ordre de renfermer étroi* tement ce dernier (1).

M. de Vaucourt fut traduit devant la cour royale de Guemesey, et condamné à être pendu, suivant les uns» à être envoyé aux galères, suivant les autres (2).

Le roi de France n'était cependant pas encore intervenu par des actes sérieux et directs d'hostilité. On suppose qu'il laissait volontiers les deux flottes rivales s'affaiblir réciproquement par les combats acharnés qu'elles se livraient(ll juinet4aoûtl666) (3). La flotte du duc de Beaufort n'arriva à La Rochelle que le 23 août, et, à Belle- Ile, qua dans les premiers jours de septembre. Elle se composait de quarante à cinquante vaisseaux de guerre (4).

Ou persistait, en Angleterre, à croire que vingt mille hommes étaient rassemblés entre St-Malo et le Cotentin, et on donnait ce détail : que le peuple de ia contrée était requis, de temps en temps, de leur fournir des vivres (5).

(1) Calend,, 1665-1666, p. 522. Lettre da roi au gon?crnear de Jersey, du iO juillet 1666. La fin de cette lettre, où Tinvasion est prévue • and in case of invasion... «, manque diins I^original. En i670, le général fut transféré de Jersey dans l'Ile St-Nico!as, près de IMymoulh, où il fut soumis au même régime rigoureux [Gazette, 1670, n« 13^, p. 1069).

(2) Tupper, p. 3d&. — Duncan, p. S3â. — Folle, p. xz.

(3) L'abstention du roi avait un autre motiC II se préparait à revendiquer, an nom de sa femme et en vertu du droit de dévolution ouvert par la mort de Philippe IV, son beau-père, la possession des Pays-Bas espagnols que la régente lui contestait.

' {h) Cfiiend,t sup. cit., p. àhB, Lettre datée dePorlsmonlh, le 3 sept. 1666, de Constans Piey à Samuel Pepys.

(5) Ibid., 1666-1667, p. 36. Lettre do 13 août 1666.

On ne cessa donc pas, sur la supposition gratuite que les îles étaient menacées^ de les garnir de soldats. Au commencement de septembre, il en débarqua trois cents à Guernesey, avec un colonel BuUer (i). Â Jersey, sir Thomas Morgan n'avait pas quitté son camp établi sur la colline de St-Hélier (2).

On commença, toutefois, à penser qu'il n'y aurait pas d'attaque avant le retour du printemps. Plusieurs vaisseaux étaient, disait*on, à St-Malo et y passaient l'hiver, en attendant ce moment (3).

La flotte française était allée Jusqu'à Dieppe; puis elle était rentrée à Brest, sans avoir rejoint la flotte hollandaise, et après avoir eu, avec les Anglais, un engagement d'arrière-garde dans lequel elle perdit un vaisseau de cinquante-quatre canons (4).

Au printemps, les préparatifs continuèrent. Cinq cents soldats et quarante chevaux attendaient, au mois, d'avril, leur embarquement pour Jersey et Guernesey, et un warrant de 20,300 livres était délivré au payeur de l'armée^ sir Stephen Fox, à destination de ces îles (5). Des navires avaient été armés par les gouverneurs, qui ne dédaignaient pas les profits de la course (6). Un agent des prises, le colonel Kinsbey, leur avait été envoyé par les

(4) CaUnd., 1666-1667, p. 116. Lettre da 11 sept. 1666.

(2) Ibid,^ ibid., p. 192. Lettre du 11 oct. i666.

(3) Ibid.t ibid., p. 210. Lettre du 20 oct. 1666, de Jobu Lysle à Williainson.

{à) Journal d*0rmesi0Ut t. II, p. 675 {Doc, inéd»), Rap. Tboyras (t. IX, p. 266), dit que Beaufort passa et repassa devant Wight, sans être attaqué; ce qui lui fait supposer une entente secrète entre Louis XiV et Charles IL

(5) CaLend.y 1666-1667, p. 612 et 606, vol. 4667, p. 8. Lettre du 2 avril, de Hugh Salisbury à Williamson.

(6) Ibid,, 1667, p. 50. Lettre du 26 avril

lords commissaires (1). La vieille industrie Jersiaise reprit activement. Le commerce du Gotenlin et de la Bretagne en souffrit beaucoup (2).

Les insulaires n'en accueillirent pas moins avec satisfaction les espérances de paix que, dès le mois de mai (1667) (3) , il était permis de concevoir. L*importance des prises faites par leurs corsaires ne compensait pas les pertes que leur causait la suspension de toute relation avec le continent. Ils avaient été menacés récemment de la saisie générale de leurs marchandises à St-Malo, en représailles de leurs exploits maritimes (4); et leur commerce principal, l'exportation des bas d'estame, allait être exposé, nous le verrons bientôt, à une concurrence nouvelle et redoutable en Basse-Normandie.

Le 31 juillet 1667» la paix fut signée à Bréda. Nombre de vaisseaux attendaient le moment de rétablir, entre les lies et le Gotenlin, les transactions qui devenaient de jour en jour plus fréquentes et plus nécessaires pour les deux pays (5).

(i) B, Tupper,p. 8S6. Lettre de J. Atkins au bailii Andros, du 18 mars 4667 (n. 8.).

(Sj CaUnd,^ 1667, p» S6I. Lettres des 11 mai et S juillet, ei p. 877, 11 aoftt,

(8) Ms. Havilland. Lettre, du 1'^ mai 1667, de W. Sbeldeu au capitaine James de Hafilland.

(h) Calend,, 1667, p. 15. Lettre, du 5 avril, de Clirist. Majnard à Wil- Kamson.

(6) Itnd,t ibid., p. Al 9, Lettre, du 26 août, de J. Peacock au même.

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