CHAPITRE II
État da Cotenlin à la mort de Maxarin. — Administration de Colbert. — Rapports du chevalier de Clairville et de Colbert du Perron. — Les havres dn Gotentin. -^ Le Mont-St-Mîchcl et Tombelaine. — Progrès du commerce.— La glaoerie de Tourlaville. — La recherche de Chamlllart — Souffrancei du commerce. — Vol de la recette de Carentan. » Contrebande. — Mine de cinabre. — Suppression et rétablissement du bureau des finanœs. -* Progrès de la marine militaire. — 166i-i67Â.
Il y eut, on le sait, à la mort de Mazarin, un changement immédiat dans la direction du gouvernement. Si le Jeune roi voulut être, comme le dit Boileau,
c seul, sans ministre, à Tezemple des dieux, i»
il sut, du moins, choisir ses collaborateurs avec une précoce maturité et avec une sûreté de jugement qui, plus tard, lui manqua. Il comprit le génie de Colbert. Avant de regarder au-delà des frontières, il regarda en deçà. La France eut une administration. Elle se sentit conduite par une volonté intelligente et forte. En peu de temps, une sève nouvelle circula dans toutes les branches de la fortune publique et y ramena l'activité et la vie. Henri IV, avec son fidèle Sully avait naguère, entrepris une tâche analogue. De grands progrès avaient été faits, mais un demi-siècle de guerres et de désordres financiers les avait arrêtés. Presque tout était à recommencer.
Nous avons vu, dans un chapitre précédent, quelle était, en 1661, la situation de la Basse-Normandie. Une lettre, datée de Caen, en traçait un lugubre tableau. Trois mau-
vaises récoltes successives avaient achevé la ruine des campagnes. Les pauvres manquant de pain, entraient en foule dans les villes. A Caen, les administrateurs du Grand-Hôpilal avaient été obligés d'en ouvrir les portes» faute de pouvoir subvenir à la nourriture des malades et des infirmes. Des paroisses entières avaient été dépeu* plées par les maladies (1). Le prix du blé atteignit, au mois de juin 1662, le chiffre excessif de 8 livres 10 sous le boisseau, alors que la moyenne ne dépassait pas 40 sous (2).
Les tailles n'étaient acquittées que très-difiicilement par suite de la détresse des contribuables, de la négligence et de rindélicatesse des agents du fisc, ou des exemptions plus ou moins illégales qu'on inventait chaque jour. Ainsi, on signalait à l'intendant des finances un procédé qui, entre beaucoup d'autres, était en usage dans la généralité de Caen (3). Les paysans riches envoyaient leurs fils dans les villes franches, comme Cherbourg ou Granville ; leur faisaient, à leur majorité, conférer la qualité de bourgeois; puis, ils affermaient leurs terres « par « intelligence », et s'affranchissaient ainsi de la contribution. Ailleurs, des gentilshommes, abusant de leur autorités « battoient et excédoient les collecteurs et autres », et levaient des deniers, sous prétexte d'être récompensés de la protection qu'ils donnaient aux habitants de leurs paroisses: soit en les exemptant du logement des gens de
(1) Journal ttOliv, <V Ormesson (ap, Docum, inéd,)y t. II. Introduction par M. Cliéruel, p. lit.
(2) Hecherche sur la valeur de r argent et »ur le prix du blet par IVf. CJi. Gervais (iuédit). On sait que le boisseau élail à peu près Téqui valent du demiheclolitrc.
(3) Corresp, adm. sous Louis XIV {Docum. inéd,)f t. 111, p. 9. -^ Lettre de Chaoïpiguy à Colbert, du 25 sept. 1662»
guerre, soit en leur procurant une diminution sur le montant de leur taille (i).
Plusieurs villes du Cotentin, dans l'espoir de se soustraire à ces désagréments, furent autorisées, sur leur demande, à payer l'impôt par amodiation, en percevant sur toutes les marchandises entrant ou sortant, un droit déterminé par un tarif. Goutances présenta au roi, à cet efTet, le 20 juillet 1660, un requête dans laquelle les habitants exposaient que leur ville était petite, peu peuplée et n'était composée, en grande partie, que de prêtres, de religieux et de gens de justice, qui étaient exempts; le reste ne comprenant que des personnes malaisées (2). Garentan et St-Lo suivirent cet exemple en 1661 (8) , Caen en 1662 (4) , A.vranches et Yalognes quelques années plus tard (5).
Mazarin était mort le 0 mars 1661. Dès le 2 avril sui-vaut, une décharge de 3 millions de livres fut accordée aux contribuables du royaume sur la taille de 1662, <c à a cause de la disette de blé et des maladies qui avoient « fait mourir une quantité de taillables en 1660 et
(4) Arcb. Galv. Recueil d^ édité reçvt par te bur, de» fin. —• Dédar. da 8 QOÙt 1666.
(2) Ms. de Tabbé Lefranc, ^ 165. — Vire, Argentan et Falaise étaient déjà amodiées,
(3) Reg, du bur,, i6Q\, 18 nov. et 1663, 8 avril.
(&) Jaum, d'un bourgeois, etc., f> S5 du ms. — Noos citons le ms. lorsque le passage cité ne se trouve pas dans le vol. imprimé.
(5) Reg, du bur,, 4668, f* 89, verso. — Valognes n'eut son tarif qa*en 1705 {Joum, d'un bourg,, p. 92). — On distinguait les villes franche*, abonnées et tarifées, Cherbourg et Granville étaient seules franches ; — Bayeuz, Caen et Valognes étaient abonnées ; les villes tarifées étaient, ou furent, plus tôt ou plus tard: Avranches, Coulances, Condé, Périers, Pontorson, St-T.o, Torigny et Vire (Arcb. Calv. État des viltes, etc., dressé, suivant la lettre de Af. te Contrôleur général, le 30 mai 1759).
« 1661 (1). » Un édit du mois d'août supprima plus de la moitié des officiers des élections (2).
Au mois de novembre, le roi adressa h tous les bureaux des finances une lettre ainsi conçue : « Nos amez et féaux, « depuis que j'ay prins moi-môme la conduite et Tadf ministration de mes finances, Mon intention a esté que M vous appréciez Mes Volontés sur ce subject par les « lettres que le sieur Colbert, conseiller de Mon conseil < royal et intendant de mes finances, vous escriroit de ma « part, eta »
Une dépèche de Golbert, renfermée dans le même paquet, demandait aux bureaux un rapport immédiat sur tous les services, et les invitait à témoigner leur zèle envers Sa Majesté par leur diligence à veiller à la rentrée des impôts (3).
Colbert commençait Tœuvre à laquelle il consacra toute sa vie. La disgrAce de Fouquet en signala le début; les circulaires, véritables monuments de sagesse, de précision et de patriotisme, qui se succédèrent de 1662 à 1683, en marquèrent le développement Rien ne fut oublié; aucun détail ne fut négligé. Il n'entre pas dans notre pensée, on
(1) Reg. du bur.^ «661, 7 avril. - Rêc. d'édits (Arcb.). — Eo 1662, le pain était à 6 s. A deu. la lif . En 1663, la disette continua ; beaucoup de paufres moururent de faim {Journ, d'un bourg., p. 27 et SO).
(2) Ibid,, 1663, 12 janvier. — L'édit était suivi d*un règlement du 8i déc., qui Gxait la taxe à |>aycr par les officiers conservés (Arch., Reginre des provisiont d*of[icierSf 1660-1667). — Dans la généralité de Caen, sur 150 offiden, 86 étaient supprimés. La somme totale ù payer par les a réservés ■ s^élevaità 185,500 liv., et celle des remboursemeuls à 197,800 liv. La différence devait être prise sur les tailles de 1662. L^élection de St-Lo était supprimée; elle fut rétablie par un édit de mars 1691 {lieg, du bur.^ 1692. Séance do vendredi 2 mai).
(d) Ibid,t 1662, .23 novembre. — Les lettres du roi et de Colbert sont à la date do 10.
le comprend, d'indiquer, même en nous renfermant dans le cercle de notre étude, le vaste plan que le plus grand génie organisateur qu'ait eu la France avait conçu et qu'il exécuta. Nous nous bornerons à noter ce qui intéresse plus particulièrement le commerce, Tindustrie et ragriculture de notre contrée.
L'attention de Colbert se porta de suite sur la marine. Dans un rapport du 18 mai 1663, le chevalier de Glerville (1) lui exposait qu'elle était dans un état déplorable ; que le littoral de la Normandie et de la Picardie redoutait les attaques des pirates barbaresques qu'un traité récent liait avec les Anglais; et que cette crainte empêchait de construire des vaisseaux, et assurait le monopole des transports aux Hollandais (2).
Le frère du ministre, Colbert de Terron (3), intendant de la marine, reçut la mission d'inspecter les côtes du Cotentin, et d'y rechercher le lieu où il serait le plus facile et le plus avantageux d'établir un port. La Hougue, Barfleur, le Gap Lévy, Cherbourg, Omonville et La Hague furent successivement visités. L'intendant émit l'avis qu'à Omonville, à quatre lieues de Cherbourg^ « il y « avoit de quoy faire un port flottant pour servir de j< retraite à vingt-cinq grandes frégates. » Il évaluait la dépense à 3 ou 400,000 livres, et il observait que, dans cette partie de la Manche, il était fort rare de trouver « une fosse qui se pût fermer, et qui eût assez de proc fondeur pour tenir à flot, à marée basse, des navires de
(1) Louis Nicolas, ciiev. deClervillc, ingénieur, avait élé nommé, en 4659, • commissaire général des forlincations et réparations des TilIcB de France. > l\ mourut en 4077 ; Vauban lui succéda.
(î) Corresp» adm.t clc., t. III, p. 935.
(3) Ce fui ce même iutcudaiit qui, en 1671, dirigea les travaui du port de Rocberort {Joum, (COI. d'Ormesscn, t. II, p. G12. Doeum, hUtor. inédits, etc., t. IV, p. 50b).
« guerre ou des galères, d II rappelait, en terminant^ que François P' avait, dans le dessein de se servir de cette même fosse, fait élever, en 1520 (1), quelques ouvrages sur ce point de la côte (2). Des plans et des devis étaient joints à ce rapport, auquel il ne paraît pas qu'aucune suite fut donnée.
Cependant, on engagea vivement les villes maritimes à construire des navires, à équiper des corsaires et à s'opposer aux courses des « Oslendois et autres'», qui troublaient entièrement le commerce du Cotentin (3). A Garentan, quatre vaisseaux marchands furent mis sur le chantier (4}. On encouragea les armements pour la pèche de Terre-Neuve, et on excita, par tous les moyens, les engagements dans la marine (5).
Les inconvénients qui résultaient de Tabsence de ports de refuge étaient encore aggravés par le mauvais état des places. Les fortifications de Cherbourg étaient mal entretenues et en ruines (6). Le château de Valognes exigeait
(f) Le fort élevé par François I*' était Uéj& abandonné en 15G2 ^voy. sup., t. m, p. 392).
(2) Corrttp. adm,^ t. ]V, p. 13. Lettre datée de St-Malo, l'idée. 4664. Une inspection semblable fut faite, en même temps, sur les côtes de la Haate- Normandie.
(3) Ibid., L III, p. 772.
(4) ibid., ibid. , p. 779.
(5) Ibid.. ibid. M. de Cliamillarl Q?ait établi, à Caen, une sorte d'école de mousses recrutés parmi les enfants pauvres. On les exerçait aux manœu- Tres, et, pour les encourager, on leur distribuait, à certaines occasions, des prix qui consistaient vn pains attachés an haut des niAts ou ù IVxtrémité des vergues.
(6) lieg, du 6ur., ann. 1G68, f^ 109 verso. Le gouverneur, M. Le Berseur, lieur de Fontcnay, voulait contraindre Tadjudicataire, Thomas Le Bouteiller, & faire les réparations, et celui-ci répondait qu'il ne s'était pas obligé ù relever des ruines.
de continuelles réparations (1). Le Mont-St-Michel et Tombelaine, que l'on supposait appartenir « en propre » au surintendant Fouquet, avaient vu changer leurs gouverneurs et leurs garnisons. Le nouveau capitaine, M. de La Ghastière-Gandé, vieux soldat mécontent, qui se trouvait peu récompensé par ce double poste, déclarait que ses trente soldats n'avaient pas de munitions, et que les deux forts n'étaient bons qu'à être démolis. Il prétendait, en outre, (Jtie plusieurs gentilshommes, prévenus de crimes et réfugiés aux îles, avaient armé un petit bâtiment avec lequel ils <( rôdoient » dans le voisinage, et que, si les Anglais se rendaient mattre de Tombelaine, ils pourraient, de là, battre le Mont-St-Michel et s'en emparer (2).
Cette dernière hypothèse était absurde; on l'accepta néanmoins. La démolition du fort de Tombelaine fut décidée, aux vifs regrets des moines qui furent obligés d'abandonner leur prieuré. Le Mont-St-Michel échappa à ce sort. M. de La Ghastière s'en vengea, en exerçant sur Tabbaye et sur la ville toutes sortes de vexations (3).
Après la marine, le commerce intérieur occupa Golbert. Des renseignements très-complets lui furent fournis par le lieutenant-général, M. de Matignon.
A Caen, ce commerce était presque exclusivement entre
(1) Beg, du bur.f ann. 1668, fol. I65& verso. Le gOQTerneur de Valogoes élail alors Edmond Auger, siear de Saiot-Luc.
(2) Corretp, adm„ L IV, p. 689. Lettre du 12 sept. 1665.
(3) OisL gin, du Monl-SuMichel^ par D. Huyoes, t. lî, p. 156et8aiv. M. de La Chaslière mourut, au Moût, le 18 juin 1667. Dom Etienne Jobard, dans ses Additions, raconle ses aventures matrimoniales. M. de Chamillart s'était rendu, à celle époque, à Avranclies, pour faire une enquête sur les plaintes qui lui avaient été adressées par les moines et les habitants; déjà, il était venu dans le pays l'année précédente ( Corretp, adm,, etc., U UI, p. 769 }.
les mains des protestants. La conformité de religion leur fournissait des correspondants en Angleterre et en Hollande. C'était avec ces deux pays que s'échangeaient les produits des manufactures de draps et autres tissus de laine» que deux négociants, nommés Massieu et Jemblin, avaient établies dans la ville à Taide d'ouvriers hollandais (1). Les marchands catholiques ne paraissaient pas disposés à s'engager à leur suite, quoiqu'ils eussent à leur service les nombreux jeunes garçons qu'ils employaient à la fabrication toute locale et déjà ancienne des petites serges ou lingettes (2), et qui auraient été facilement mis au courant des nouveaux procédés de tissage.
Dans le Gotentin, la fabrique des draps et des serges, dites i^ Espagne et de Hampton-Court, existait depuis longtemps à St-Lo, à Goutances et à Avranches; mais, dans cette dernière ville, « où le peuple est fort fainéant », elle avait beaucoup déchu. Elle y reçut une vive impulsion du nouvel intendant, M. de Chamillarl(3), et fut établie, par ses soins, à Valognes, à Garentan et à Bayeux (4).
Golbert eut aussi à cœur d'affranchir la contrée du tribut qu'elle payait aux lies. Un négociant de la compagnie des Indes, visitant, par son ordre, la Basse-Normandie, dans Tespoir d'y provoquer rétablissement de l'industrie qu'il s'agissait d'importer, lui écrivaîl de Gaen, le 25 mai 1662 (5): « Je tascheray de leur faire entreprendre
(i*i Corretp, adm., r. III, p. 700. Letlre da 41 fér. 1605.
(3) /6tV/., ibid. ( Voy. sup., p. 79.)
(3) Guy de Chamillart a? ait pris pouession de Pintendance le dimanche 10 janvier i(i66{Reg, du bur., 1666, f> 9). 11 succédait à Bernard Hector de Marie, seigneur de Versigoy, qui lui-néme avait succédé, en 1665, à François du Goé {Journ.tCOL d'Onutuon, 1. 11, p. û2i, â22. Doc. inéd,),
{h) Corretp, adm,, U III, p. 703, 769, 770, 771, 775 et 778.
(5) llnd., ibid., p. 708,
a la fabrique des bas d'estame dont ils voient leurs voisins « estrangers en apporter journellement pour grosse « somme d'argent dont Ton se passeroit très-bien (1). » L'essai réussit. M. de Ghamillart, dans divers rapports envoyés dans le courant de 1666, constatait que l'on fabriquait des bas d'Angleterre à Gaen, Bayeux, St-Lo, Coutances , Valognes , Beuzeville , Cherbourg , Granville , Torigny, Cerisy, Trévières, bouvières, Coigny, Sommervieu et Neuilly, et que cette industrie commençait à se répandre dans les campagnes environnantes. A Goutances. plus de quatre cents ouvriers y étaient occupés, et trouvaient tt plus de débit qu'ils ne pouvoient fournir. ^ Au premier jour, ils devaient envoyer directement leurs produits à Paris (2). Il était même question de faire des bas de soie (3).
Les fabricants furent encouragés par des diminutions ou remises d'impôts. A Gaen, à Bayeux, à Sl-Lo et à Valognes, on exempta des logements militaires ceux qui travaillaient les draps d'Espagne et d'Angleterre , les serges de Londres et le coton (4). A St-Lo, ils ne payèrent que la moitié des droits établis par le tarif (5).
Aux manufactures de tissus de laine se rattachait naturellement la production de la matière première. Golbert recommanda l'élevage des moutons. Il fit déclarer ce bétail insaisissable, et défendre, pendant un certain
(I) Le même correspondunl sigualuit à Colbcrt l'imporlalioa (\c bandes de cuir prêt t qui (uisuïcni une concurrence ruineuse au cuir ûii vache de 5^ Lo qui avait uue grande réputation, et servait à faire l^empeignc des souliers {àlém, sur lagènév, de Çaen^ ms. n^ 50, in-f> de la Bibl. de Gaen).
(2} Corresp, adm,, 1. 111, p. 769 et suiv.
(3) Ibid., ibid,, p. 773. Lettre du 22 nov. 1666.
(h) Ibid., ibid., p. 775. Lettre du 29 nov. 1666.
(5) Arrêté du Conseil des 19 et 31 aoCkt 1661 (Ap» Ksg» du bur,^ ano. 16G9, f- 82).
temps, de tuer les agneaux. L'intendant lui annonçait, en 1666, que, par cette double mesure, le nombre des moutons s'était notablement accru dans la généralité de Caen (1).
L*éldvage des chevi^ux avait aussi une certaine impor* tance dans le Gotentin. A la foire St-Floxel de cette môme année, on comptait deux mille de ces animaux mis en vente. Le roi, voulant établir des haras, avait envoyé à Valognes six chevaux barbes. M. de Ghamillart écrivait au contrôleur général (2) que les gentilshommes et autres avaient tous été « curieux y> d'avoir des poulains de cette origine ; mais qu'il était à regretter que la race ne fût pas plus forte, à cause du mauvais état des routes, qui ruinaient, en peu de temps, les chevaux de taille médiocre (3).
Ce fut aussi à cette époque que s introduisit, auprès de Cherbourg, une industrie récemment conquise par la France : la fabrication des verres de cristal et <c des glaces « pour miroir », dont, jusque-là, Venise avait gardé, avec un soin jaloux, le secret et le monopole. Golbert était parvenu, en 1665, par l'entremise d'un sieur Guymont et le concours de l'ambassadeur, à faire venir à Paris, à force d'adresse et d'argent, quatre ouvriers de Murano (4),
(1) Curretj), adm, , t. III , p. 775. Quelques années plus lard, en 1G70, Colbcrt fit venir des béliers à laine fine de Ségovic el d\\ngk'lcrre (/6iW., ibid., p. 8Â3 et 866).
(2) Colberl avait reçu ce lilre le 26 janvier 1060 (fl^/y, du 6«r., 1666, f* 22 verso).
(3) Correap. adm., t. Ilf, p. 778. Lettre datée de Valognes le 17 sept. 1666. (A) M, Foucault , dans une lettre adressée, le T^ oct. 1700, au contrôleur
général à l'occasion d^une pétition des c gentilshommes > employés dans la glaccrie, qui réclamaient le privilège exclusif de la fabrication, nous a conservé les noms de ces h ouvriers. Cétaient : Antonio de La Rincta / Uieronimo barbini, Jouan Siveranoet Domenico Moraso [Corre$p, du contrai. gin,, t. II, p. 208).
3i2 LOUIS XIV
qui furent installés au faubourg St-Antoine, siège de la manufacture autorisée par les lettres patentes du mois d'octobre 1666 (i). Des difficultés s'étant élevées entre ces ouvriers et leur directeur, Tun des associés de la compagnie, nommé Dunoyer, proposa, dans un mémoire présenté en 1668, de transporter la fabrique dans un lieu <£ où le bois coûteroit peu et où la rivière seroil à com- (( mandement. » Ces deux conditions se rencontraient à Tourlaville, où il existait déjà une verrerie dont le maître^ était connu par son habileté. Il s*appelait Richard de Néhou. L'établissement du faubourg St-Antoine fut donc» en grande partie , transféré dans la forôt de Brix , sur le bord de la rivière de Trottebecq (2). Vingt-cinq ans plus tard, le neveu et successeur de Richard, Louis de Néhou, y faisait la mémorable découverte du coulage des glaces (3).
Le mouvement imprimé au commerce et à l'industrie n'avait eu que peu d'influence sur la levée et la répartition des impôts. La taille n'avait pas diminué : en 1664, elle s'élevait à 1,733,859 liv. (4); l'année suivante, à 1,808,000 liv. (5); et les mêmes obstacles, ou plutôt les mômes abus en empêchaient le recouvrement régulier. Le nombre de ceux qui s'en prétendaient exempts augmentait sans cesse. Le roi , par la suppression de nombreux possesseurs d'offices, avait bien retrouvé quelques
(4) L*ôtablissement de Paris fut transféré, en 4671, ù Sl-Gobaiii (Corretp. des eonirôL, eod. loc).
(3) Corresp, adm„ U III, p. 790. Le mémoire est du 29 nov. 1666.
(5) CcUe découverte fut fuite en 1691. En JG93, Louis de Néhou quitta Tourlaville, et prit la direction de St-Gobain, qu'il conserva jusqu'à sa mort, arrivée en 17S8. Une plaque de marbre, placée à l'entrée de la chapelle » a consacré ce double souvenir.
{h) Reg, du Ifur,^ 1665 (séance du à juin). (5) Arch. Calv. Recueil d'édiu.
taiUablesÉde plus. Gela ne lui avait fourni qu'un supplément de recettes insignifiant. Il eut recours au moyen déjà employé en 1463, 15d8 et 1634. Au mois d'août 1664, la cour des aides de Normandie enregistra des lettres patentes portant « révocation de toutes lettres de noblesse a expédiées depuis le 1*' janvier 1630 jusqu'à présent et « règlement général des tailles à la décharge de ses sujets « laillablesy avec injonction d'imposer aux dites tailles « ceux quis*en sont prétendus exempts par le passé (1). »
L'intendant de Chamillart eut à remplir la mission délicate dont, aux dates que nous venons de rappeler, MM. de Montfaut, de Roissy et d'Aligre s'étaient naguère acquittés. Il en fut chargé en exécution d'un arrêt du conseil, du 22 mars- 1666, et en vertu d'une commission délivrée le 30 avril suivant.
Les nobles s'étaient tellement multipliés qu'on ne distinguait plus ceux qui l'étaient réellement de ceux qui ne Tétaient que par usurpation. Le commissaire parcourut toute l'étendue de la généralité de Gaen, et procéda à sa « recherche > dans chaque cheMieu d'élection, et en formant trois catégories. Dans la première étaient rangées les plus anciennes familles nobles reconnues et avouées, soit par titres, aveux, possession immémoriale, etc.; dans la seconde, les familles anoblies avant la déclaration du roi du 1" janvier 1611 :— tous les nobles postérieurs à cette date ayant été annulés et supprimés par la déclaration de 1617; -- dans la troisième, enfin, les « bonnes et « très-anciennes familles » n'ayant pu produire leurs titres primitifs, soit par perte pendant les guerres, ou quelque autre accident, soit parce qu'elles n'étaient pas originaires de la province, ou descendaient de cadets de
(1) Ce» lellret patentes ont été imprimées t à Rouen, chn Jean Viret, au • baat dea degrés du Palais t, 1664, i9 pages ln-S« (Arch. du G^lfados).
famille, mais pouvant justifier d'au moins quatte degrés de noblesse.
Nous ignorons quel fut le nombre de ceux qui eurent rhumiliation de redevenir taillables. Dans les cinq élections du Cotentin, il y eut mille quarante-un nobles qui reçurent la nouvelle investiture. En 1464, Montfaut n'en avait trouvé que quatre cent vingt-neuf dignes de figurer au livre d'or (1) !...
Par une sorte de compensation, les édits de novembre 1666 et août 1667 (2) accordèrent des pensions aux gentilsbommes et aux bourgeois qui auraient un nombre déterminé d'enfants • non prêtres, religieux, ni reli- « gieuses, aucuns desquels porteroient les armes. » Dans le Cotentin, nous n'avons rencontré qu'une application de ces édits; Richard de Saint-Simon, sieur de Méautis, et sa femme, Jeanne Lepetit, réclamèrent la pension de 2,000 livres : ce qui indiquait qu'ils étaient riches d'au moins douze enfants (3)
Les six années qui avaient suivi la mort de Mazarin, et qui venaient de finir, avaient vu se dérouler, dans sa simple et majestueuse ordonnance, le plan économique de Colbert. Si rien n'en eût arrêté l'exécution, il est probable que la France eût atteint un degré de prospérité et de grandeur inconnu jusque là. Mais il est dans la destinée des sociétés humaines de ne jamais suivre la voie du
(1) Hiclierche de ChamiUarlj ms. n» 18â, in-f' ilc la Bibl. de Caen. Copie faite, en 1607, par Alex. Le Sauvage, prèfrect, depuis, religieux de Pabbaye de Si-Étienne de Foutenay. Voici le nombre des nobles par élocUon : Coulances, 239 ; Careniao, Zh9; Valognrs, 305 ; Avrancbes, 130 ; Mortain, 128. — Le comié de Morlain n'était pns compris duns la Recherche deMonlfuut.
(2) Arcb. du Calv. Hccueil (Cédits, etc.
(3) lieg, du bur,, 16G9, fo 3.1. La pension n'était que de 1,000 livres pour 10 enfants. Les bourgeois non taillables RTafcnt la moitié de ces pensions et, de plus, ëtaiont exempts de guet , g^ardc et autres charges de ville.
progrès, aans se heurter aux passions des maîtres qui les dirigent, ou aux événements qui entraînent gouvernants et gouvernés. C'était le travail sous toutes ses formes que le génie du ministre avait organisé. Or, le travail a besoin de la paix, et Louis XIY Tavait efficacement protégé, en n'intervenant qu*avec réserve dans la lutte qui existait entre l'Angleterre et la Hollande. Malheureusement, cette attitude ne se maintint pas longtemps. En 1667, la guerre pour le droit de dévolution éclata. Au mois de février
1668, les Pays-Bas espagnols et la Franche-Comté étaient soumis. La victoire était décisive ; le traité d' Aix-la-Gha-
pelle (2 mai 1668) la consacra. La gloire du jeune roi était célébrée par les mille voix de Tadulation ; elle brillait d'un incomparable éclat. Il en fut ébloui. Son orgueil ne connut plus de limites^ et son autorité n'admit plus d'entraves. Il se lança, avec son siècle, sur la pente fatale où il ne s'arrêta plus. Les conquêtes pacifiques de Golbert, qui avaient préparé et assuré les triomphes des armées, furent, sinon perdues, du moins très-compromises. On s'en aperçut bientôt.
En Basse-Normandie, il y eut, dans la production des manufactures, en 1668 et 1669, une diminution considérable. La consommation intérieure cessa d'être en rapport avec cette production ; l'exportation devint difficile, et les fabricants furent obligés d'envoyer leurs marchandises au Havre, à Dieppe, à St- Valéry, etc. Une statistique fournie par l'intendant apprit que le nombre des pièces de draps, serges et lingeltes provenant de Caen, St-Lo, Vire, Valognes et Cherbourg, vendues à la foire de Caen, en
1669, avait été notablement inférieur au nombre des pièces vendues en 1666 (1). La fabrique de toiles, qui constituait
(i) Cprresp, 4u/m», U III, p. 782. Les fabriques les plusimportanleséUteDt celles de Caen et de Vire ; venaient ensuite celles de St-Lo, Glicrbourg et
la principale ressource des habitants de Télectlon de Coutances, reçut une atteinte profonde de la guerre avec TEspagne, tout le commerce d'exportation se faisant par le port de St-Malo (1).
La sûreté des routes devint incertaine. Au mois de janvier 1669, le commis du receveur des tailles de Garentan, « voiturant » la recette à Gaen, fut arrêté presque aux portes de cette ville, entre Rots et « le lieu patibulaire « de Garpiquet », à deux ou trois heures de relevée. Un cavalier « ayant à la teste un carrapousse rabattu », et assisté de deux individus à cheval et armés de mousquetons^ brisa avec un marteau la serrure de l'un des paniers du receveur, et lui vola 6,200 livres (2).
Les marchands de la province se plaignirent de Tabandon dans lequel on laissait les grandes routes et les chemins de traverse. Un arrêt du conseil d'état renouvela, un an plus tard, les anciennes ordonnances, qui subsistaient toujours, et qu'on n'observait jamais (3).
Le malaise général s'accrut encore, lorsque Ton eut la certitude que le roi voulait tourner ses armes contre ses anciens alliés, les Hollandais. Dans une contrée dont les habitudes et les moyens d'existence se rattachaient à la mer, la guerre avec une puissance navale était particulièrement redoutée ; elle portait atteinte aux intérêts les plus divers. La propriété immobilière même en souffrit. M. de Ghamillart , au retour de Tune de ses tournées annuelles, écrivait, en 1674, au ministre, que^ depuis
Valognes. Le total des pièces vendues avait été de 3,013 en 1669 ; il était de â, 685 en 1666.
(1) Corresp, adm,t t. III, p. 783.
(2) Reg. du bur., 1669, f* 17.
(8) L'arrêt du Conseil est du 18 juillet 1670 et rendu sur les réclamations des commerçants de la Basse*NormaDdie {Reg, du lmr,f 1670. Séance du S? aoftt).
quatre ans, le revenu des terres avait diminué du tiers au quart; que les propriétaires ne trouvaient que très-difficilement des fermiers solvables ; — que le prix des produits agricoles avait baissé dans de fortes proportions, et que le nombre des ventes par décret était devenu considérable (1).
Golbert poursuivit néanmoins sa t&che. Il dut se résigner à servir la passion de conquêtes qui s*était emparée du roi, et à subir Tinfluence néfaste que Louvois avait acquise en excitant cette passion. Le temps était revenu où les dépenses delà guerre allaient absorber toutes les ressources^ arrêter les réformes utiles et ramener les anciens abus. Le 24 mars 1667, un arrêt du conseil ordonna qu'il serait dressé un état exact des charges qui grevaient le domaine de la généralité, et que ceux qui y prétendaient droit produiraient leurs titres ou justifieraient d'une possession remontant au-delà de Tannée 1635 (2). Puis, comme conséquence de cet arrêta on adjugea, pour six années, à un traitant, nommé Claude Vialet, la ferme générale des petits domaines. Dans cette ferme étaient comprises les receltes des vicomtes de Cou tances^ St- Sauveur-Lendelin, St-Sauveur-le- Vicomte, Bayeux, Caen et Vire (3).
Les souffrances de Tindustrie avaient encouragé la contrebande. De Jersey et de Guernesey, les marchandises fabriquées pénétraient dans le Gotentin. Une active surveillance était indispensable. Golbert la recommanda ins-
(I) Correip* adm,^ t. III, p. 798.
(S) Reg. du bur,, 1668, f^ S7.
(3) ibid,, 1677. Séance du 0 août. Les pelîts domaines comprenaient les fermes, manoirs, moulins et autres propriétés féodales peu importantes. Un second bail fut consenti à un autre traitant» Jacques Buisson , de 1675 à 1681.
H18 LOUIS XlV
tamment à Tintendant (1). Il lui signala, dans la même dépêche, une découverte gui aurait pu être une source de richesse pour la contrée, si un résultat pratique en eût été obtenu. Un sieur Marsigny annonça qu'il avait trouvé, à La Ghapelle-Enjuger (2), une mine de cinabre. Des ouvriers, en creusant une mare, « avoient piqué de la « marcante qui rougit Teau », et un apothicaire, avec les procédés connus, en avait extrait du mercure (3). Un échantillon du minerai envoyé à Paris avait été (< distillé », et avait produit près des deux tiers de son poids de métal. Les espérances que ce début inspirait ne se réalisèrent pas. Après avoir employé dix ou douze ouvriers, pendant un mois ou six semaines, le gouvernement remboursa à Marsigny toutes ses dépenses, et y ajouta une gratification de 400 livres. Un sieur Gires, se prétendant seigneur de la terre « où Ton fouilloit le cinabre », s'était plaint du tort qu'il avait éprouvé. L'exploitation fut abandonnée à cette époque et reprise plus tard, mais .sans succès (4).
Il fallait chercher ailleurs les 45 millions Jugés indispensables au succès des opérations de la campagne prochaine (1672). Le capital de la taille n'avait pas subi
(1) Corresp, adm,, t. III, p. 865. LeUre du 22 août j670.
(2) Aujourd^iiui, canton de Marigny, arrondissement de St-Lo.
(S) Arch. Calv. Lettre de M. de Fontetle à Tabbé Tcrray, du 19 juin 1770.
{à) Corresp. adm,, t. 111, p. BAS. Lettres de Colbert à de Cliumillart, des 2, 19 et 26 sepL 1670. Ces essais furent faits : d^abord, par une tcutc de Santerre, puis par une compagnie, qui y dépensa 200,000 liv. La mine fut encore signalée en 1698, dans un rapport adressé par un subdélégué à Pin- (Cndant Foucault; et, en dernier lieu, m 1770, sous Padministration de M. de Fontette, la concession élaiit demandée par un sieur dMubigny. L^expérience, d'après les rap|)orts de ces deux intendants, avait démontré quMI y avait, dans cette affaire, plus de dépense que d*ulitilé à retirer (Arcli. Calv., sér. C, cote 285, et carton du commerce. Lettre de Tabbé Terray, du 9 mars 1770, el réponse de M. de Fontetle, du 18 juin}.
Êï LES DEftNlERS STUAHtS. 3lO
d'augmentation ; il avait, au contraire, un peu diminué depuis 1665. En 1669 et 1670, il avait été de 1,647,000 liv. ; il descendait, en 1671, à 1,627,000 liv. (1). En attendant que ce chitfre remontât, —ce qui ne larda guère, — on s'adressa, selon le vieil usage, aux titulaires des offices publics. Un édit de février 1672 réduisit de quinze à dix le nombre des trésoriers généraux, dans les généralités de Rouen, Gaen et Alençon; et, le 20 septembre suivant, un arrêt du conseil déclara ^ éteint et supprimé » le bureau des finances de la généralité de Gaen. Cet arrêt fut signifié, le 17 octobre, aux intéressés, avec défense expresse '< de faire aucune fonction de leurs charges à « peine de faux ; et, au receveur, de leur payer aucuns " gages. » Injonction était faite à Tintendant de prendre les clefs du bureau et de se charger des archives « pour « les remettre es mains de ceux qui seroient commis par V Sa Majesté (2). »
Le bureau resta fermé jusqu'au mois de janvier 1673. Que devenaient les affaires pendant ces trois mois de vacances forcées ? L'aspect seul des registres l'explique. La centralisation administrative exercée par les intendants avait fait de rapides progrès. L'intendant de justice, police et finances sufilsait à tout. Les trésoriers généraux jouissaient de fréquents loisirs; plusieurs semaines se passaient quelquefois sans qu'ils pussent occuper les deux séances hebdomadaires prescrites par leur règlement (3). La plupart d'entre eux ne résidaient même pas dans la
(1) Reg, du bur,, 1669, f" 22 vers., 17 sepU. 1670.
(2) Ibid. , 1672 , 17 oct. L'ord. de Tintendant qui notifiait Tarrêt est transcrite sur le registre et suivie de la signature aulogruplie de M. de Chamillart.
(3) Chacun des registres reliés renferme, ù partir de 1670, plusieurs années réunies. A partir de 1673, les feuillets portent un timbre qui, d^abord, est de 8 deu. la feuille ; en 1674, de 12 den. la demi- feuille, et, en 1682, de 2 sous.
ville (1). Au surplus, leur suppression n'était rien autre chose qu'un expédient fiscal.
Le 10 décembre 16*72, un second arrêt du conseil, suivi d'une déclaration du roi, et rendu sur le rapport de Colbert, décida que Sa Majesté avait été « pleinement infor- « mée qu'il importoit à son service et à Tutilité publique a de faire le restablissement des ofiiciers du bureau au « nombre de quinze qui sont encore dans ces charges. » Les quinze ofBciers furent, en conséquence, admis au droit annuel pendant huit ans^ sous la condition de verser aux revenus casuels chacun une somme de 5,000 livres qui leur tiendrait lieu de finance. Le samedi 7 Janvier (1673), M. de Chamillart procéda à leur installation (2). Le roi, satisfait de leur offrande « volontaire » pour « contri- « buer aux grandes charges de la guerre >, modéra Té va* luation de leurs offices, sur laquelle se déterminait la quotité du droit annuel (3).
Cette remise toute gracieuse enlevait au budget une somme insignifiante. On la retrouva^ avec profit : d'abord, sur la taille qui s'éleva, dans les années suivantes, h 1,853,500 livres et à 1,930,000 livres (4); puis, sur la finance que tous les officiers, jusqu'aux archers de la
(1) Chaque année, au mois de mai, le bureau oonslale ce détail, en désignant les trésoriers chargés de la chevauchée, et en altribuant à chacun d'eus
20 liv. par jour d'indemnité de voyage. Le nombre de jours accordé pour chaque élection est ainsi réglé : Caen, 2 jours; Bajreux, 3; Vire, à; Coutances, 5 ; Carentan, 5 ; Valogucs, 5 et Morlain, 5 (Reg. du 6iir., samedi 7 janvier).
(2) Heg, du 6ifr., 1673. Samedi 7 février (non paginé).
(3) llnd.f i673, 30 janvier. Les offices de trésorier géuéral et de procureur du roi évalués à 20,333 liv. 6 s. 8 d. furent modérés à 26,000 ; Toflice d'avocat du roi de iA,G66 liv. 13 s. h d., à 12,000 liv. (Déclar. du
21 janvier 1677).
(A) Ibid., 1676, 24 sept, et 1675, 15 juillet.
prévôté, versaient en échange du droit de survivance de leurs charges (1). Mais les dépenses marchaient plus vite encore que les recettes.
Colbert avait réussi, au prix de grands sacrifices, h imprimer une activité prodigieuse aux constructions navales. En 1667^ la marine royale ne possédait que cinquante - neuf gros vaisseaux de 30 à 80 canons et cinquante navires légers. — En 1672, elle comptait cent dix- neuf gros vaisseaux, vingt -deux frégates et cinquante-cinq autres navires de moyenne grandeur (2). Pour lutter contre les flottes formidables de la Hollande ou de l'Angleterre, et, peut-être, contre les deux réunies, il n'en fallait pas moins.
Au mois de mai 1672, l'invasion de la Hollande commençait. On flt partout des prières publiques pour Theureux succès des armes du roi. Elles eurent lieu dans la cathédrale d'Avranches, vers le milieu de ce mois. M. de Matignon, le comte de Torigny et M. de Ghamillart y assistèrent (3).
Les succès du roi et rimmense déploiement de ses forces ne garantirent pourtant pas le lilloral de la Manche des insultes de l'ennemi. En 1674, la Hollande avait en mer deux escadres destinées à agir, Tune aux Antilles, et l'autre en Normandie. On disait que cette province était prête à se soulever, ainsi que la Bretagne et la Guyenne (4).
(i ) Reg^ du bur.t i 677, 26 mars. Les arvéts du Conseil des 12 et 16 mars 1672 a?aieiit consacré Thérédilé des offices c» faveur des veuves et enfants, moyennant la reteiiue da quatrième quartier et sou versement « es coffres du roi. •
(5) Négociations relat. à la iucees, tCEspagne {Doe, inéd»)^ t. H , p. àS et A9, En 168 J, le marquis deSourclies {Mim,^ t. I, p. 10), évaluait à 100 ou 420 le nombre des vaisseaux de guerre porteurs de 20 à 480 canons, et k 22 le nombre des galères prêtes à prendre la mer.
{Z\ La GazetUt 1673, no 62, p. 691.
(6) Massevilir, t. VJ, p. 216.— A/on. du marq, de La Fan, pé 276.
Au mois de septembre, le complot du chevalier de Rohan et de Là Tréaumont avait été découvert ; son but était de livrer aux Hollandais Tune de nos places maritimes (1).
Le duc de Roquelaure fut aussitôt envoyé « pour assu- « rer les côtes » et prendre le commandement en chef des milices et de Tarriére-ban de la noblesse (2). Il vint dans le Gotentin accompagné de M. de Matignon (3). Sur ses ordres, on répara à la h&te les fortifications des villes, et, spécialement, celles de St-Lo (4). Il nomma M. de Saint- Denis du Gast colonel de la cavalerie de l'élection de Goutances, et dirigea les troupes sur (Iran ville et Gherbourg (5). 11 appréhendait d'autant plus une surprise, que tous les officiers et archers de la prévôté des deux bailliages de Gaen et du Gotentin avaient été appelés à l'armée, et venaient de partir pour Abbeville (6).
(i) Mém. du marq, de La Fare^ p. S78.— i//5t. de l'Édit de Santés ^ t. tV, p. 271.
(2) LeUres palcnles du 11 août (Ap., Ane, lois frauç.^ t XIX, p. 138}.
(3) Le duc conserva le conmandement pendant 7 mois. Il fut, en 1676 , appelé au gouvernement de la Guyenne. A son passajçe & Cacn, le ministre protestant, Pierre Du Bosc, lui adressa une harangue, et en adressa aussi une à François de Matignon, qui mourut peu de temps après, le 29 janvier 4675, et fut remplacé par ses deux fils nommés Pun et Taulre lieutenants du roi en Basse-Normandie {La vie de Pierre du liosc^ ministre du saint Evangile, par Philippe Legendre (1 vol. in-8*, Rotterdam, 169à), p. 8r>, 86, SÂi et A18).
(Â) Reg, du Our,, 1678, 1" décembre. Il s'agissait, dans celle séance, de statuer sur une requête des maire et édievins de St-Lo , réclamant contre le retranchement opéré par le bureau de la somme employée à la réparation des portes et des murailles de la ville. Celle dépense n'avait pas été justifiée par des pièces écrites. MM. de Roquelaure et de Matignon n'avaient donné qa*uo ordre verbal, et avaient menacé, tu Purgence , de faire exécuter « militairement s les travaux, si les liabitauts refusaient d'obéir.
(5} Éirennes Coulançaises^ par l'abbé Plton-Desprcz, 1835 à 1838.
(6) lieg, dubur., ann. £676, 10 ocl. Le greffier de la prévôté de Basse- Normandie exposait, dans une requête, que les archers ne pouvaient com|Mirallre à la montre annuelle \t ainsi qu'il est accouslumé t , parce qu'ils
L'amiral Tromp croisa avec son escadre devant les côtes normandes, jusqu'au mois de novembre, dans Fattente d'un mouvement populaire, qui devait lui faciliter une descente sur quelque point convenu d'avance. L'exécution du chevalier de Rohan et de ses complices (27 nov.) lui montra qu'il ne lui restait qu'à ramener ses vaisseaux en Hollande. Rien ne remua en Basse-Normandie.
Le duc de Roquelaure fut néanmoins, pendant quelques mois, maintenu à son poste. La cour était, à ce moment, très-inquiète. D'un côté, elle se défiait des protestants de la province, quoique M. de Matignon, dans une lettre au conseil, eût répondu de leur fidélité (1); et, d'un autre côté, elle se trouvait, après les deux campagnes en Hollande, aux prises avec l'Allemagne.