CHAPITRE III
Le jansénisme à Valogncs. — Élat du proleslantisme en Basse-Normandie. — Commencement de la persécution.— Le jugement des partages. -— Suppression des temples dans le Coleotin. — Déclaration du 43 mars 4679. — Mesures rigoureuses contre les protestants. — Les temples de Gavray et de Sl>Lo interdits. — Le temple de Caen démoli.— Les dragonnades» — Révocation de Tédit de Nantes. — Ses effets dans le Colenlin. — L'intendant de Morangis. --i07â-1686.
Le redoutable ébranlement imprimé à l'Europe par la réforme 'n'avait pas cessé de se faire sentir. En France,
étaient avec M. de Saint-Simon , prévôt général et leurs officiers t partis « depuis un mois, par ordie du roy, pour se rendre h Abbeville, et de là où « il plairoil ù Sa Majesté pour servir dans ses armées. > (l) llist. de CÉdit de ?innlcs, t. IV, p. 272.
les grands problèmes religieux et les questions théologiques étaient devenus, à défaut d'autre aliment, l'objet principal et permanent des préoccupations publiques. Les classes élevées y avaient apporté leur goût de la controverse, leurs préventions et leur parti pris d'intolérance; et les classes inférieures, leurs passions aveugles et leurs instincts de violence.
Vers la moitié du XVII* siècle, à côté du protestantisme, il s'était élevé une doctrine qui, quoique fortabstraite, et, par cela même peu populaire, n'en avait pas moins donné naissance à une sorte d'hérésie. La formule en avait paru, en 1640, dans YAugustintis de Corneille Jansen, mort évêque d'Ypres. Nous avons nommé le jansénisme. Le Cotentin n'avait pas échappé à cette nouvelle secte qui, d'ailleurs, n'avait recruté ses chefs que parmi les intelligences d'élite, et ses adhérents, parmi les âmes pieuses jusqu'au mysticisme; l'un de ses foyers paraissait être à Valognes.
En 1654, l'abbé de La Luthumière, flls de l'ancien gouverneur de Cherbourg et beau-frère d'Henri de Matignon, comte de Torigny, avait acheté à flef, de l'évêque Claude Auvry, moyennant une rente de 150 livres, l'ancien Mayioir de tévèque (1). La condition de cette vente était la fondation d'un séminaire diocésain. Cette fondation fut autorisée parles lettres patentes du 11 février 1658 (2).
L'établissement prospéra, et acquit bientôt une grande réputation. Ce fut son malheur. A peine ouvert, il eut des ennemis déclarés. Malgré les rélicences de Toustain de
(1) Ce domaine avait été donné par Guillaume-Ie-Conquérant, en i05G, à f é?êque Geoffroy de Monlbray, qui y avait bftti la cliapelle cl le manoir (Voy. notre i*^ vol., p. 269). En 1570, Arihur de Cossé, ponr payer la taxe qui lui était imposée, Tavait cédé, avec droit do réméré, & François de Carlot, moyennant 1,&A5 livres, et en était rentré plus tard en possession.
(2) Du CoBtenlin, ms., f« 227 et suiv.
Billy, il n'est pas difficile de deviner de quel camp ils sortaient, lorsqu'on sait que l'accusation portée contre Je fondateur et son enseignement était d'être jansénistes. Il n'y avait pas à se dissimuler le péril , car, à cette époque, les jésuites, un moment étourdis du coup que leur avaient porté les Lettres Provinciales, avaient bientôt repris courage. Ils étaient soutenus par le roi, qui avait en horreur les puritains du catholicisme, à l'égal au moins des hérétiques, et qui voulait à tout prix les anéantir (1),
L'abbé de La Luthumière pensa que son plus sûr moyen de salut était de s'adresser à l'évêque récemment appelé au siège de Coutances, Eustache Leclerc de Lesseville. Il le pria d'ordonner une enquête sur les doctrines professées dans le séminaire, et d'y apporter les réformes qu'il jugerait convenables. L'évêque n'était point suspect, puisqu'il était du nombre de ceux qui, dans la conférence de Pontoise , du 15 avril 1660, souscrivirent les bulles d'Innocent X et d'Alexandre VII condamnant les cinq propositions de Jansénius (2). La commission qui procéda à l'enquête ne pouvait davantage être soupçonnée de partialité. Elle se composait, sous la direction de Toflicial, d'un chanoine, d'un curé, d'un jésuite, d'un dominicain et d'un capucin. Le 31 mars (1660), après un examen scrupuleux, elle proclama la fausseté de l'accusation (3).
Les adversaires ne se tinrent pas pour battus. Ils renouvelèrent leurs dénonciations auprès du successeur d'Eustache de Lesseville, M. de Loménie de Brienne (4). M. de
(1) On connaît Tanecdole racontée par Duclos (Mim. secrets^ p. Â72, coll. Micbaad, 3' série, t. X), qui ferait supposer que le roi préférait encore, en i706, les athées aux jansénistes.
(3) Uist» teeié$, du dioc ms. t* i6S5 et suiv.
(8) Du Costentinf ms., f* ?&3.
(à) Nommé le 5 déc. 1666, buUéie 12 déc 4667 et installé le 18 oct. 166S (Bisu du dioc, ms. f*1737 et suif.).
La Luthumiëre demanda alors à ce prélat de désigner luimême le prêtre qui serait chargé de professer la théologie. Cette concession, qui semblait concilier tout, fut, au contraire^ la cause qui amena la ruine totale de la maison. Le nouveau professeur était un homme plein de lui-même, emporté et vindicatif. Après quelques années d'une paix troublée, il prétendit que plusieurs séminaristes lui avaient donné des mécontentements, et que le séminaire n'était qu'une assemblée de jansénistes (1).
L'affaire ne se renferma pas, cette fois, dans le cercle ecclésiastique. L'intendant de la généralité (2) en fut saisi, et fit son rapport au roi ; il reçut du secrétaire d'état, de Chàleauneuf, le 6 juillet 1675, la réponse suivante: « Monsieur, j'ay informé le Roy ce matin de tout ce que a vous m'avezmarqué par la lettre qu'il vous a plu m'écrire, « le 2 de ce mois, touchant la maison de Vallognes où il :. y a quelques prostrés et escholiers portant l'habit ecclé- « siastique; sur quoy Sa Majesté m'a ordonné de vous « mander que vous ayez incessamment à faire retourner « de la dite maison les dits prestres et escholiers, de sorte « qu'il n'y en reste pas un, et qu'aussitôt après, vous « preniez la peine de m'en donner des nouvelles» pour lui 0 en rendre compte par le premier ordinaire. >»
L'ordre était péremptoire et l'exécution sommaire. Il n'y avait qu'à se soumettre. M. de La Luthumière demeura seul dans son vaste logis avec son aumônier et ses domestiques. Pendant vingt ans, il vécut dans Tespérance qu'on lui rendrait justice. Il attendit en vain (3). Quelques
(i) Du Costenlin, ms., f* 2A5.
(2) ToustaÎD de Diliy désigne ici par erreur comme iotendanl W. de Morangis, qui n'entra en foDcUonB qu'en 4088. Au mois de juillet 4675, c^était encore M. de Chamiliart, qui moTirut ù Cacn, au mois de septembre suivant.
(S) Le 3 rérrier 1696| M. de La Luthumière donna sa maison aux Pères de rOraloire. Mais après sa mort, survenue le 17 sept. 1699, i*évéqae de Cou-
ET LKS DâRMERS STUARTS. 3?7
pieux amis vinrent, parfois, partager sa solitude. Masseville y travailla à son Histoire et à son Nobiliaire de Normandie (1).
Quant à l'accusation qui avait attiré sur le séminaire un aussi rigoureux châtiment» il était difficile, au milieu des discussions et des colères qu'elle soulevait ailleurs, de savoir si réellement elle était fondée. Toujours est-il qu'elle ne produisit, dans le pays, qu'une émotion légère et qui ne sortit ni des limites du diocèse, ni du domaine théologique.
Il en était autrement de ce qui touchait à la grande hérésie. Ici, la question était générale, et troublait profondément les intérêts matériels de ceux à l'occasion desquels elle s'agitait.
Depuis la réduction de La Rochelle, les réformés avaient vécu en paisibles et fidèles sujets. Le temps était loin déjà où, organisés et en armes , ils menaçaient de renverser l'état. Le roi, à l'époque de sa majorité, avait, par la déclaration du 21 mai 1652, renouvelant celle du 8 juillet 1643, confirmé les dispositions de l'édit de Nantes. La Normandie comptait environ cent quatre-vingt mille religionnaires. La ville de Gaen seule en renfermait quatre mille, la ville de St-Lo huit cents, et il y en avait un certain nombre à Pontorson, à Carentan et dans la plupart des autres villes et bourgs du Gotentin (2). Le commerce presque tout entier était entreleursmains. Ils restaient avec les catholiques dans la meilleure intelligence (3). Le duc
tances revendiqua la moison cl en rentra en possession, le 7 afrii 1702. U rétablît le séminaire sous la direction de Tabbé Lallicr, curé de Valognes et archidiacre du Cotenlin ( Du Cosietuin^ ms., f^ 246 )•
(1) Ms. de l'abbé Lefranc, f» 469.
(2) Oist. du Pitrlein. de Norm,, t. Vf, p. 10 et suiv. — Mém, sur (a géniraliti de Caen ( ms. n* 50 de la Bibl. de Caen }.
(S) Mém, de Segrais, t. II, p. iS2 (nouv. édtt. de 4755 ).
de MontausieretM. de Matignon leur étaient favorables (1); Golbert, qui connaissait le prix de leur concours pour la prospérité de Findustrie et du négoce, prenait leur défense autant qu*il le pouvait. Ils rencontraient leurs plus puissants ennemis dans la magistrature et dans les classes inférieures. Nous ne parlons pas du clergé catholique, dont rhostilité s'expliquait par ses croyances. Le roi, alors même que ses idées personnelles ne Toussent pas porté de ce côté, aurait donc difficilement résisté à Tentraînement de Topinion populaire. En 1659, il commença, d'accord avec les parlements et les assemblées du clergé, à mettre en pratique un système de restrictions et de défenses qui, peu à peu, conduisait à un but encore lointain, mais qu'il était facile d'entrevoir. On proscrivit le chant public des psaumes (6 mai 1659) (2). La vente des livres de controverse fut prohibée. Un libraire de St-Lo fut condamné, en 1660, pour en avoir gardé dans sa boutique (3). On lit quatre catégories des temples qui devaient ôtre démolis (4). On imposa aux protestants des conditions humiliantes dans la célébration des baptêmes et des inhumations. En 1664, un ministre de Gaen, Baillehache de Beaumont, qui avait conduit au cimetière, avec la pompe accoutumée, le corps de sa tille , et le ministre de Geffosses, qui avait procédé à deux enterrements où il y
(\) La Vie de M. du Base, p. 07. —Mém. de Segrais^ t. II, p. 29. c II
• n'y a dans notra Normandie, dit Segrais, que lés Matigoons et les BeuvroDS
• qui se soient comportés en bra?es seigneurs, et c'est pour cela qu*ils sont
• chers aujourd'hui. Mais les Mootgommcris, qui tyrannisoient et baltoient « leurs paysans, sont tous allés an diable. » Segrais n'ignorait cependant pas que M. de Monigommery s'élaît converti ( Mém, sur la généraliti de Caen^ f> 123 du ms. de la Bibl. de Cacn).
(2) Hisf, de redit de Nantes, t. UI, pièces justif., p. 59.
(3) Ibid., ibid., p. 837.
{à) Ibid,t Ibid., p. 869 et suiv.
avail plus de trente assistants, furent condamnés à l'amende (1).
Pendant les dix années qui suivirent, le parlement de Rouen lutta de zèle avec le clergé et le gouvernement pour enlever aux réformés Texercice de leurs droits civiques. La majeure partie de leurs écoles furent fermées (2). Us ne purent être membres des bureaux des finances, juges seigneuriaux, consuls, notaires, procureurs, huissiers, etc. (3). Les lettres de maîtrise de métiers furent déclarées nulles, si elles ne contenaient la mention de catholicité, etc. (4).
Après la découverte du complot du chevalier de Rohan, la défiance du roi redoubla. 11 fit faire, dans chaque généralité, un dénombrement secret des familles protestantes. Il voulait en connaître le nombre exact, la condition et la fortune. Les intendants furent chargés de dresser ces listes, que Ton regarda comme les tables de proscription de l'avenir (5).
Les réformés obtinrent cependant un répit de quelque durée. Ils le durent bien moins à un sentiment de tolérance plus étranger que jamais aux esprits, qu'aux embarras éprouvés par la cour. L'augmentation constante des impôts et la création de nouvelles taxes (6) avaient déterminé, dans l'ouest et le sud-ouest de la France, des troubles sérieux. La Normandie ne s'y mêla pas ; mais on vit, dans son voisinage, renaître une jacquerie qui fut durement réprimée. En Basse-Bretagne, il suffisait « de crier:
(!) iJist. deVédit de Nantes, I. IIÏ, p. 60A, el Pièces jusiif., p. 473. (3) Ibid., t. IV, p. A3 e( 313. Déclar. de mars 1666 et h dC'C. 1G71. (3; Ibid,^ ibid., p. 3S et suiv.
{h) /6iU,îbid., p. 361. Arrêt des req. deTHÔtel, 30* mars 1673.
(5) llfid., p. 373.
(6) Entre autres, le monopole du tabac créé par la déclaration du 27 sept. 1673 {Ane, toisfranf.^ U XIX, p. 165).
tt Voilà un maltôtier, pour faire assommer son eane* « mi(l). » La taille levée sur la généralité de Caen montait, en 1675, à 1,930,000 livres (2). Enfin, la campagne sur le Rhin s'était terminée par un accident de guerre qui s'éleva à la hauteur d'une catastrophe : -^ la mort de Turenne atteint, sur le champ de bataille de Sasbach, par un boulet allemand (27 juillet 1675 ).
Ce ne fut qu'après la paix de Nimëgue (11 août 1670), qui le rendait Tarbitre de l'Europe, que Louis XIV reprit l'exécution de ses desseins contre les réformés.
Dans ce qu'on appela n le jugement des partages », c'est-à-dire Texamen, par des commissaires départis, des titres de chaque église (3), la Basse-Normandie avait été, jusque là, épargnée. Son tour arriva en 1679. Le 13 novembre, la démolition des temples de Ghefresne et de Grouchy, du diocèse de Coutances ; quinze jours plus tard, celle des temples de Ste-Honorîne-d'Alhis, de La Scellière et de Colombières ; et, au mois de décembre, celle des temples de Basly et des Essarts, fut ordonnée et opérée. Gavray fut conservé, comme lieu de bailliage, ainsi que l'importante église de St-Lo, qui fut l'objet de longs et vifs débats (4).
L'examen des commissaires porta également sur les églises de flef, ou, en d'autres termes, sur le droit que l'article 7 de Tédit de Nantes donnait aux seigneurs, gentilshommes et autres de la R. P. R. ayant haute justice ou plein flef de haubert, « comme en Normandie », d'exercer leur religion dans leur principale résidence. Deux gentils-
(1) Corresp, adm, boum Louis A*/ F, t. III, p. 2G3 cl 269.
(2) Reg, du Lur., onoée 1675, 45 juillet.
(3) Le premier jugement des partages avait eu lieu en 4665 pour les églises du Poitou {Uist, de l'édU,\. IV, p. 8},
{h) BiiU deCidit, t. IV, p. 87Â.
hommes du Cotentin , les seigneurs de Cerisy (1) et de Glatigny, obtinrent cette autorisation, à la suite d'une instance qui n'avait pas duré moins de douze ans« et sur la recommandation du duc de Montausier (2).
Le but évident de la cour était de multiplier les motifs ou les prétextes de suppression. Elle Tatleignit par la façon dont elle interpréta la déclaration .du 13 mars 1679» relative aux relaps, « amplifiant » celles du mois d'avril 1663 et du mois de juin 1665 (3). Une caisse entretenue par les produits du droit de régale avait été établie et mise sous la direction du nouveau converti Pélisson, pour venir au secours des protestants pauvres qui abjuraient. D'après Rulhière (4), on avait arrêté un tarif qui descendait jusqu'aux sommes les plus modestes (5). Mais il arrivait souvent, ce qui ne peut surprendre, que les convertis, peu fermes ou peu sincères dans leur foi, revenaient à leur première erreur, lorsqu'ils avaient touché la prime. Il fut donc décidé que tout relaps serait condamné à faire amende honorable, au bannissement et à la confiscation de ses biens. De plus, tout acte d'abjuration dut être consigné sur un registre qui, remis par l'évêque an procureur de chaque siège royal, serait communiqué par ce dernier au ministre et au consistoire du lieu où le nouveau catholique aurait sa résidence. Et il sulTirait, désormais, qu'un seul de ceux qui figuraient sur le
(1) Le nom palroDvmîque du seigneur de Ccrisy-La-Salle était Rîchcr. Celait son propre frère qui était son ministre {Hiêi. de Cédiu t. IV, p. 386 ).
(2) £n 1668, les deux commissaires, M. de ChamUlarl et Je marquis de Courtomer, n*a?aient pu se mettre d^accord sur la décision à prendre.
(3) UUu deCédit, t. V, p. 92 et t06 des pièces juslif.
{h) Eclaireissements historiques sur les causes de la révocation de Cédit de Nantes, etc., Paris, 1788.
(5) Ane. lois franc., U XIX, p. 18A. - Bist, de CédU, t. IV, p. 351.
registre fût reçu ou entrât dans un temple, pour que ce temple fût démoli, et le ministre interdit (i).
Dans ces conditions, les commissaires des partages eurent à faire de fréquentes applications des ordonnances. Âu mois de mai 1680, les temples de Ste-Mère-Église et du Fresne-Poret, et, au mois de décembre de la même année, celui de Condé-sur-Noîreau, furent supprimés (2).
Uéglise de Gaen était vivement attaquée. C'était l'une des plus importantes de la Normandie et même du royaume (3), « soit à cause de la qualité de ses membres, c entre lesquels il y avoit beaucoup de noblesse distin- « guée, plusieurs bons marchands et d'autres personnes ^ considérables de toutes les professions ; soit à cause du « mérite de ses pasteurs (4) ; soit, enfin, à cause de la « grandeur et de la forme de son temple (5). » Le principal grief invoqué était que ce temple s'élevait sur un fonds de terre appartenant à l'abbaye de St<Étienne. L'affaire attendait sur le bureau du conseil d'état depuis une année, lorsqu'enfln intervint, le 10 février 1681, un arrêt
(1) Déclar. du 10 oct. i679 (ap. Hisu de VidiU t V, p. 107 des Piècea justif.) Beaucoup de ces registres se trouvent aux Àrcli. naU
(2) Hist, de Cédii, t. IV, p. 380.
(8) Ibid., ibid., p. 397.
(A) Le pasteur de Caen était alors le célèbre Pierre du Bosc, Tun des orateurs les plus éloquents de cette époque, au jugement de Louis XIV lui-même.
(5) Ce temple, construit eu 1612, au Bourg-PAbbé, était, d'après Élie Benoist, le seul en France qui eût un cloclier surmonté d^une croix et d^an coq et renfermant une petite cloche. Le peuple Tavait surnommé le Pdié de Godiveau^ à cause de sa forme peu élégante. Nous en possédons une ancienne gravure que M. S. Beaujour a reproduite en tète de son Estai $ur Chistoire de C Eglise réformée ûe Caen (1 vol. in-S". Caen, J877). L*inauga ration en avait été faiic le dimancbe 9 septembre 1613. Il avait été bâti par Zacharie de Saint-Jean, maître maçon, et Jean Aubert, maître charpentier (Journ» de Simon Le Marchand^ ^'^0^
ET LES DERNIERS STUARTS. â33
favorable. Il n'avait pas fallu, pour en arriver là, moins que l'intervention de Charles IL
L'opinion publique, en Angleterre, était fortement excitée contre les papistes. Elle leur attribuait les plus noirs complots, et sindignait de la persécution que souffrait la réforme. La situation du roi était embarrassante. Il avait à ménager les sentiments de son peuple et son intérêt personnel, représenté par la pension qu'il recevait de Louis XIV. Il fit donc comprendre à Paris qu'il était prudent de satisfaire les réformés par quelques concessions, et, de préférence, dans la contrée la plus voisine de nie de Jersey, où les nouvelles du continent arrivaient en peu d'heures, et, de là. parvenaient rapidement au delà de la Manche. On croirait ainsi, en Angleterre, que la même tolérance était pratiquée ailleurs. C'est ce qui contribua> on le suppose, à sauver le temple de Caen et le petit nombre de ceux qui, Tannée précédente, avaient été conservés dans le Cotentin et dans le Bessin (i).
Cette concession, si la cause qu'on lui attribuait était exacte, ne profita guère aux protestants, même à ceux de la Basse-Normandie. Le roi manifesta de plus en plus son intention d'abolir leur culte. En 1681, les temples de Geffosses, Criqueville, Beaumont, Barbessin, les Veys et Vaucelles furent interdits (2). Le temple de Carentan, qui avait toujours été considéré comme lieu de bailliage, le fut également au mois de février, sous le prétexte que, depuis un certain nombre d'années, il n'en avait été fait aucun usage (3).
En même temps, les arrêts, les déclarations et les édits les plus sévères et les plus vexatoires se succédaient sans
(t) Bist. de VidU, t. IV, p. 897 et suiv. (S) /6fV/., îbid., p. 618.
(3) /6iV/., îbid. , p. Â19.
relâche (1). L*effet en fut désastreux. Bravant toutes les menaces, en dépit de toutes les entraves, les familles persécutées, en proie à la terreur, s'expatrièrent en foule. On évalua leur nombre à plus de trois mille (2). « N'était-ce « pas une chose effroyable, dit Segrais (3), qu'alors un « conseiller du parlement faisoit trembler tout le monde « à quatre lieues autour de lui ? » Dans beaucoup de villes, la populace, excitée par l'exemple qui lui venait d'en haut, témoigna sa haine et son intolérance contre les proscrits, qui ne se défendaient plus, en se jetant sur eux et sur leurs temples. A Alençon, l'intendant, M. de Horangis, aidé par le comte de Matignon, qui accourut de son château de Lonrey, comprima avec peine une violente sédition, et réussit à garantir les réformés et leur église du pillage et de la destruction (4).
Les états protestants saisirent avec empressement cette occasion de répondre à l'arrogante prétention à la domination universelle que Louis XIY, qui, bientôt» allait entrer à Strasbourg (5), ne dissimulait nullement. Ils ouvrirent leurs frontières. Charles II, par un ordre publié à Londres, le 28 juillet 1681, déclara que la dénization, ou droit de cité, était accordée à tous les réfugiés français, avec les privilèges attachés à cette condition pour l'exercice de leur commerce et de leurs métiers; que leurs enfants seraient reçus dans les écoles, comme les nationaux ; que leurs meubles, marchandises et instruments de travail entreraient en franchise, et qu'au premier
(1) Voir eolrc autres les édils ou déclarations de Tévricr, juin, août et no* vembre 1680, avril, mai, juin et juillet 1681, etc. {Uist, de Védit, p. 145 etsuiv.).
(2) Hiat. de Cédil, l. V, p. AOi.
(3) Mémoires, etc., t. Il, p. 29.
(4) ///s/, f/t- /Vf/i/, t. IV, p. /iG9. (j) Le 23 oclobrc 1G8J.
parlement qui serait assemblé, le roi proposerait, en leur faveur, un bill de naturalisation (1). Le même accueil leur fut réservé en Danemarck, en Hollande, en Suisse et en Allemagne (2).
Tout cela fut connu en France ; et monarque, parlements et clergé persistèrent, cependant, dans leur œuvre. En 1682 et 1683, plus de quarante églises furent fermées. Le temple d'Hermanville le fut en juillet 1684, par la raison que le titre présenté aux commissaires portait bien le nom du bourg, mais ne renfermait pas la mention qu'il y eût un temple (3).
Il ne restait plus, dans le Gotentin, que Gavray, St-Lo et St-Vaast. Dans cette dernière ville, c'était une grange qui servait de lieu de réunion ; les réformés s'y rendaient, le samedi, des parties les plus éloignées de la contrée, en parcourant à pied des chemins effondrés (4). Ges assemblées furent dénoncées, vers le mois de décembre 1684 (5), au parlement qui trouva bientôt le moyen de les suppri* mer, et, en deux ou trois mois, d'interdire l'exercice du culte dans toute la province.
Le ministre de Gavray était un sieur Tirel des Isles, qui avait antérieurement administré l'église de Ghefresne et qui, le plus souvent, présidait le prêche de St-Yaast. Il lui arriva, durant la belle safson, d'aller, avec quelques amis, et suivant l'habitude des gens du pays, faire une promenade à Jersey. Son absence n'avait duré qu'un jour. Gela suffit. Gité devant les juges de GoutaDces, sous l'in-
(1) Hiit, de Cidit, t IV, p. &91 ct suiv.
(2) llnd.t ibid., p. A92. Le bourgmestre d*Anislcrdam fit construire 4,000 maisons ouvrièrrs, ct avança aux réfugiés pauvres Pargcnt nécessaire pour acheter des métiers et des meubles.
(8) UiêU de redit, t. V, p. 677.
(h) Ibid., ibid., p. 700.
(5) Le* premiers pnsleurs du Désert, par O. Doucn, I. î, p. 78.
336 LOUIS Xiv
culpation d*ètre sorti du royaume sans autorisation^ il fut condamné aux galères. Sur appel, le parlement confirma la sentence^ en commuant la peine en emprisonnement perpétuel. Après une captivité de huit années, le ministre mourut dans la prison de Rouen. Il est inutile d'ajouter que le temple, en vertu de la même sentence^ avait été fermé (1).
Il en arriva autant à St-Lo. Les deux ministres, Fleury et Jainblin, furent poursuivis sous les motifs les plus futiles, interdits de leur ministère, avec défense de résider à une distance moindre de vingt lieues de la ville, et condamnés à Tamende. La démolition du temple fut exécutée le 11 juin 1687 (2). Du prêche de Pontorson, on fit un magasin à provisions (3).
Le même sort était réservé au temple de Gaen. Il avait été interdit avant le jour de Noël 1684, par jugement du présidial. Un arrêt conflrmatif du parlement, du 6 juin 1685, se fondant sur ce que les trois ministres, Pierre du Bosc, Morin et Guillebert, avaient reçu des relaps, prononça leur suspension à vie et leur bannissement ; injonction leur était donnée de sortir de France dans un délai de quinze jours (4). La destruction de Tédifice eut lieu, le mercredi 25 juin, « aux fanfares des trompettes et des «c tambours, avec tant de' fureur que Ton déterra les ce morts qui étoient dans le cimetière joignant le temple, « pour jouer à la boule avec les cr&nes et faire toutes « sortes d'indignités à leurs os (5). »
En réalité, il ne restait plus rien de Tédit de Nantes; et
(4) Hùt, de Cédit, U V, p. 7. — Les premiers pasieurs du Désert, p. 98* (2) Iùtd,t ibid., p. 772.— ./ourn. d'un bourg., p. 332.
(8) iiém, sur la Généralité, r> 122.
(h) Les trois ministres se relirèrent en Hollande.
(5) La lie de i\J. du Bosc, p. 437. — Uist, de Cédit, i. V, p. 778.
ET LES DERIilERS STUARTS. 337
Ton se demandait pourquoi le roi, devant qui l'Europe tremblait, semblait hésiter à en proclamer officiellement la révocation. Cela tenait & plusieurs considérations. Le gouvernement et le clergé avaient fini par être inquiets du vide qui se faisait surtout dans les classes éclairées et commerçantes de la population; avec elles, l'argent, Findustrie et le travail sortaient du royaume. La détresse financière augmentait rapidement. On redoudait, d'un autre côté» que Charles II ne fût obligé, par son parle* ment, de prêter son assistance au prince d'Orange, qui s'efforçait, avec sa froide énergie, de former contre la France une coalition des états protestants (1). Cette dernière crainte se dissipa le 6 février 1685, jour où Charles II mourut. Louis XIY comptait que le duc d'York, devenu Jacques II, voudi*ait^ à son exemple, ramener TAngleterre au catholicisme. Il crut pouvoir, dès lors, agir en toute sécurité : il ordonna de nouvelles poursuites ; Louvois en fut l'impitoyable exécuteur. Il sembla naturel d'employer contre les sujets du roi l'armée que la trêve de vingt ans, signée à Ratisbonne (15 août 1684), avait rendue disponible (2). Les conversions se firent par les gens de guerre, et l'on sait à laide de quels abominables excès. Les dragonnades ont laissé dans l'histoire un sinistre souvenir* Elles servirent de préambule au trop célèbre édit du 22 octobre 1685, que rédigea le marquis de Châteauneuf, et que le garde des sceaux, Letellier^ arrivé aux extrêmes limites de la vie, voulut contresigner avant de mourir, comme le dernier et le plus glorieux acte de sa carrière!... La révocation de l'édit de Nantes fut célébrée en France à l'égal d'une grande victoire, tant il est vrai que chaque époque a son bandeau qui lui cache les vérités les plus
(I) Ui9t. de Cidiî, t. V, p. 788.
(S) /M(/., ibid., p. 8A5 et suif,
manifestée. ^ Elle fut le signal d'un nouvel exode. L'article 10 défendait, sous les châtiments les plus sévères, aux réformés de quitter la France ; mais ils bravaient tous les périls, plutôt que de subir les angoisses et les humiliations d'une persécution aussi contraire & la justice et à rhumanité qu'aux règles les plus élémentaires de la politique. De tous les ports^ des havres les plus déserts de la Basse-Normandie, sortirent, bravant la surveillance la plus active (1), des familles entières qui, par les plus mauvais temps, sans provisions, sur des barques fragiles, tâchaient de gagner les tles normandes ou les côtes de TAngleterre (2). On cite un gentilhomme du pays, le comte de Marancé, qui s*embarqua, dans ces conditions, avec trente-neuf personnes, hommes, femmes et enfants, et qui ne parvint à traverser la Manche qu'après avoir failli mourir de faim ou être englouti cent fois (3^. La comtesse de Montgommery-Ducey se réfugia en Angleterre, et la marquise de Fontenay en Hollande (4). Du reste, il y eut bon nombre de capitaines des navires garde-côtes et même d'officiers de l'amirauté qui se laissèrent émouvoir et sauvèrent les proscrits, qui pouvaient reconnaître leur humanité avec plus ou moins de générosité. Lie passage en Angleterre ou aux îles coûtait jusqu'à 4 , 6 et 8,000 livres (5).
Il est diflicile de donner une statistique exacte de l'émigration de 1685. Un historien normand Pévalue à
. (1) Uisu de CédiU t. V, p. 850. On avait établi sur les côtes du Cotentin des corps de garde spécialement chargés d^arréler les fugitifit. Celui de Genêts, près Avrauclies, élait de ce nombre (Ârcli. du Calv., sér. 2, liasse n* d659).
(2) Uume(£/ij/. d'Angl.t t VI, p. 4S3j estime à prèsde 50,000 les protestants qui se réfugièrent eu Angleterre.
(3) ilitU de Cédit, L V, p. 948.
{à) Mém, sur la Généralité, r> JI8.
(5) liist. de Cédif, p. 9^6 et suiv.
ET LES DERNIERS SlUAUTS. 339
plus de cent quatre-vingt-quatre mille personnes pour la province entière, et estime que plus de vingt-quatre mille maisons furent abandonnées (i). Ces chiffres nous paraissent exagérés. Ce qui est constant, c'est que nos indus-tries locales, transportées en Angleterre et ailleurs (2), reçurent une atteinte dont elles ne se sont Jamais relevées ; que beaucoup de nos marins prirent du service sur les flottes anglaises et hollandaises (3) ; que les différentes cours de l'Europe furent remplies de gentilshommes français dont les noms sont encore aujourd'hui portés parleurs descendants (4), et que Tagriculture elle-même eut ses émigrés (5).
Les abjurations furent, cependant^ très-nombreuses. Plus d'un million de personnes, en France, < succom-
(4) Bitu du duché de Norm., par Goube, t. II, p. &h&>
(2) M. F. Wuddiiiglon {Le pvoleHanlisme en Nvrmaitdie, etc., p. 17), cite ttoe sociélé de secours mutuels foimée à Londres, en 1703, par des ouvriers protestants, sous le titre de Société Normande, et qui existe encore aujourd'hui. Plusieurs autres sociétés semblables exigeaient, jusqu^à ces dernières années, que tout candidat justinai de sa descendance d*une fumille normande réfugiée pour cause de religion.
(5) Louis XIV chargea Tun de ses lecteurs, M. de Bonrepos, de demander ft rAogleterre «t à la Hollande le renvoi de ces marins ; il ne put Pobtenir { âlém» du marquis de SourchcSy t. II, p. 3Â5).
(Â) /iis/. de Céda de Nantêêf I. V, p. 957 et suiv. On sait qu'on forma en Hollande et en Prusse des compagnies entières d'émigrés. Seixc ans plus lard , dans un mémoire adressé au conseil du roi, le h mars 1701, le député de L>on aftffpaii que la décadence du commerce provenait, entre autres causes, delà dite «le réformés, qui avaient fundc clicz les étrangers des établissemcntB accompagnés d'exemptioMi et de privilèges ( Corresp, du Conlr, génér», t. II j p. A79}.
(6) Dans la seule province de ^randeboarg, le nombre des émigrés, de 1680 ^ 1096, s'éleva à prés de 30,000. La Prusse leur dut l'introduction de la cu|r ture de la pomme de terre et du tabac, des premiers mouUus à huile et à tan, etc. L'électeur Frédéric III leur emprunta à gros intérêt une somme relative* ment iroporliintc iJouni, des DéhiUs, 10 février 4885 ).
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« bërent, ou firent semblant de se réunir à i'église ro- (( maine (1). » Nous ne possédons pas de documents gui nous apprennent dans quelle exacte proportion les réformés de la Basse-Normandie seraient entrés dans ce chiffre (2). Si Ton en croit le pasteur Gautier qui, au milieu du XVIII* siècle , parcourait la contrée , cette proportion serait assez forte. Il constatait, en effet, qu*il régnait dans les villes de la généralité de Gaen une certaine tiédeur parmi ses coreligionnaires. 11 y en avait moins dans les campagnes ; mais il avouait , en somme , c que la Basse* « Normandie n'étoit pas aussi bien fournie de protestants « que le pays de Gaux (3). »
L'influence des intendants, aidée du concours des dragons, contribua évidemment beaucoup aux résultats obtenus. Ainsi, peu de temps après la révocation de Tédit, un régiment fut envoyé à Gaen. Il devait être logé chez les protestants et y vivre à discrétion. Gette seule menace amena des conversions en masse. Les soldats furent logés chez les catholiques (4).
L'intendant de la généralité de Gaen était alors, et depuis 1682^ iil. Antoine Barillon , sieur de Morangis. 11
(I) HiêU des igliteë de France, par AiiL Court (Ms. de la Bibl* de Genève, cité par M. Waddington, p. iS, ii« 2).
(S) A Dieppe, on évalua à 5,000 le nombre des abjurations ; il fut également considérable dans la Généralité d*Âlençoo (La Gazette, 1685, n*' 57 et 59, p. 696 et 7S9).
(8) Le proietU en Norm,, p. 89. Le Mémoire sur la Ginérafitê confinne cette appréciation. l\ resta peu de protestants dans le Cotentin. La famille de Montgommery elle-même abjura (p. 422), à rexceplioo, nous Tavons tu, de It comtesse de Ducey.
(4) Journ, de S, Le Marchand^ P» 182. Simon Le Marchand était mort le 10 juin 4662, è TAge de 83 ans. Son fils avait continué son Journal^ mais d*one façon tiis-incoroplète, et en se bornant à mentionner les événements domesti* ques et ù noter quelques faits publics. La dernière mention porte la date do 31 jonUer 1609.
avait antérieurement exercé ses fonctions à AJençon r où il avait montré un esprit doux et conciliant, « ne se diver- « tissant qu'avec les réformés et n'aimant pas à faire du « mal (1). » Mais il était ambitieux, ne songeait qu'à sa fortune. « 11 avait donc changé de manière par politique « en venant à Gaen (2). » Il fit du zèle; il envoya les dragons chez les gentilshommes de la religion les plus signalés : notamment dans les châteaux de MM* de Gerisyla-Salle (3), de Colombières, du Homme t, du Sault, d'Estouteville, de La Bouillonnière , gendre du ministre du Bosc , et chez les dames de Tilly, de Montigny, de La Luzerne , de Saint-Contest, etc. (4).
Un gentilhomme d'Anneville-en-Saire, Pierre du Vivier deRuel,fut condamné aux galères, comme relaps, par les juges de Valognes. Un sieur Isaac Fouray fat frappé de la même peine , à Goutances. L'amirauté de la même ville condamna une dame Elisabeth de Ghastrefou des Foulleries, de St-Lo, à être rasée, puis enfermée dans l'abbaye des Anges, pour avoir tenté de passer en Angle- , terre. Samson de Gahanel, ancien du consistoire de St-Lo, coupable du même crime, fut condamné à la prison perpétuelle, etc. (5).
Les couvents des Nouveaux et Nouvelles Gatholiques de
(1) Hisl. de CédiU t IV, p. 452.
• (2) Ibid,, ibid. , p. 568.
(3) L^auieur de VHUt. de Cidii (U V, p. 892) raconle qa*ttn des dragoAs, étant ivre, alla se coucher dans le lit de la dame douairière de Cerisjr.
(6) Le protest, en Nornu^ p. 5.
(5) Ces différents faits s*accomplirent sous radministralion de M. de Morangis, en 16S6 et 1687. Notons , en passant, que ce fut sous cet intendant qne fut érigée, à Caen, sur la « Grand*Piacc », le 5 septembre 1685, la statue en pierre de Louis XIV. M. de Segrais, premier échevîn, donna, à cette occasion, un superbe banquet à sa maison de campagne [GazetiCf 1685, n<> ait p. 560).
St-Lo et de Gaeri furent remplis de jeunes garçons et de Jeunes filles appartenant aux meilleures familles d«i Cotenlin. On a conservé les noms des Parfouru, Montaigu, La Rivière , Baillehache , Glatigny, Des Hameaux / d*Ai* gneaux, Osmont-Courtisigny, La Pallière , Saint-Pierre, Du Hamel, etc., etc. (1). Les parents de ces enfants étaient en exil ou aux galères. En 1686 , on comptait déjà 600 réformés dans le bagne de Marseille, et il en arrivait tous les jours qui avaient trs^versé la France attachés à la chaîne (2).
La persécution n'était pas près de finir. Un siècle entier devait s'écouler avant que la royauté ne proclamât, et encore avec quelques réserves , le grand et salutaire principe de la tolérance en matière religieuse (3).
(1) Le protest, en Pform.t p. 7, d'après les listes d*ahju ration conservées aux Archives nalionales. Les registres des cou?ents, qui sont aux Ârcbives déparicmentales du Colvados et de la Manche , fournissent de nombreux détails sur ce sujet •
(2) tiist. de Cédit, U V, p. 902 et 965.
(3) L*éditde tolérance est du mois de novembre 1787, sous le ministère du baron de Brcteuil.