CHAPITRE IV
Les iles sous Charles H. ^ Confirmation de leurs privilèges. — Mort de lord Halloo. — Son fils lui succède. — Catastrophe au cbftteau Cornet. — Guerre arec la France. — La question religieuse à Guernesoy. — Mort de Charles II. — Jacques H. — Garnisons catholiques. — Les réfugiés français, -r Chute
* de Jacques H. — Adresse des États ft Guillaume et Marie. — 1668-4692.
Pendant les dix années qui suivirent la paix de Bréda, les îles ne furent pas mêlées aux guerres du continent et jouirent d'un calme que rien ne tro*ubla. Leur histoire se réduit à quelques 'faits d'ordre intérieur. Charles II ne cessa de s'occuper de leur prospérité et de Tamélioration de leurs institutions. Une ordonnance du conseil privé, du 24 avril 1668, rendue sur la requête du bailli, Edward de Carteret, avait réglementé l'administration de la justice à Jersey. Sur l'observation des États, qui regardaient plusieurs des articles comme contraires aux droits et privilèges du pays, une commission fut chargée d'en demander îa révision. La rédaction définitive de cette ordonnance ne fut arrêtée, et son enregistrement n'eut lieu que trois ans plus lard, en 1671. Elle se composait de dix-huit articles relatifs à la tenue des audiences» aux devoirs des jurats et des avocats, aux rôles et appels de causes, etc. Ces diverses dispositions, à l'exception de trois, ont encore aujourd'hui force de loi (1).
En 1669, le roi désirant effacer toutes les traces des discordes passées, décida que les confiscations prononcées, en 1645 et 1646, par les trois commissaires Vaughan, Janson
(1) ConsiiU hisl.t p. 380 etsuiv.
et Poley (1), seraient réputées non avenues, et que les biens séquestrés seraient rendus à leurs légitimes propriétaires (2).
A la même époque, sir Georges de Garteret, qui, depuis la restauration, avait fixé sa résidence en Angleterre, n*en continuait pas moins de s'intéresser à son pays natal. Il essaya de le doter de trois établissements dont il avait reconnu Timportance : — un collège, une maison de correction et un port. Déjà, en 1642, il avait offert de contribuer généreusement à cette œuvre patriotique. N'ayant rencontré chez les habitants que peu d'encouragement, il avait dû renoncer à son projet. Il revint à la charge, en 1662, et obtint, de la couronne, des lettres patentes qui furent expédiées le 14 avril 1669, et qui autorisaient la levée d'une taxe sur les liquides importée dans l'île. Les États ordonnèrent Tenregistrement des lettres, le 24 juillet suivant. Ils exprimèrent au « seigneur vice chancelier » leurs sentiments de reconnaissance, tout en faisant des réserves en faveur « des anciennes libertés, chartes et « privilèges de l'île » , et en déclarant que les sommes perçues ne pourraient, en aucun cas, être « diverties, en « tout ou en partie^ à aucuns usages que ceux en con- « sidération desquels ils sont présentement reçus ^ ni « qu'ils préjudicient, à l'avenir, en manière quelconque, « à l'autorité libre du magistrat (3). » Le nouvel impôt mis eii ferme ne produisit , pendant plusieurs années , que des sommes sans importance. On s'aperçut, en outre, que l'introduction de quantités considérables de vins de France et d'Espagne avait enlevé à la circulation une notable partie du numéraire, et avait porté une grave
(i) Voy. sup., p. 165, n. 1.
(S) Contlit. Ai«(., p. 358.
(3) Ibid., p. 36A.
atteinte au commerce du cidre , gui était l'une des ressources principales de Tagriculture. Les États se crurent obligés, en 1670, de restreindre Timportation. Les projets de sir Georges furent donc une seconde fois abandonnés ; de longues années s'écoulèrent ayant qu'ils ne fussent repris et réalisés (1).
Guemesey ne fut pas traitée avec moins de faveur que Jersey. Cependant ses États , dans un but dont il est assez difQcile d'expliquer la véritable portée, avaient, peu de temps après la restauration, sollicité, par une pétition au conseil , l'union de Tlle au royaume d'Angleterre : — ce qui aurait eu pour conséquence de la soumettre directement aUx actes et aux décisions du parlement II semble que cette demande , qui réveillait des souvenirs récents , et rompait avec les anciennes traditions , ne pouvait être que peu agréable au roi. Néanmoins, le conseil ne la rejeta pas ; il se borna à répondre que le parlement la prendrait en considération, lorsque ses nombreuses affaires le lui permettraient. Il est superflu de dire que le parlement ne fut jamais saisi de la proposition. Le roi , au contraire » pour montrer qu'il n'entendait pas renoncer à ses droits, délivra, en 1668, aux insulaires, une charte de confirmation de leurs privilèges , dans laquelle il les félicitait de leur courageuse conduite en 1467, lorsqu'ils avaient aidé Richard Harliston à reprendre le château de Montorgueil sur les Normands de Jean Carbonel (2). Il leur concédait ensuite la faveur de commercer librement dans tous les ports d'Angleterre, sans payer aucune taxe, et'
(I) La construction de la prison n*ent lieu qu*en 1693 ; la jetée de St- HéKer ne fat entreprise qn^en 1699, et la fondation du collège ne fut décidée qn*en 18 â7, à Poccasion de la risite de la i-eioe Victoria.
(S) M* Duncan, p. 110 et suir» Voy. sup., t. III, p, 5S et suir.
de reeevoir dans leurs havres tous les navires maréhànds amis ou ennemis , sans être inquiétés ni molestés (1).
Le gouverneur, lord Hatton, mourut en 1670. Il n'avait laissé dansTîte^ nous Favons vu, que de mauvais souvenirs <2). Son fils, qui lui succéda en vertu de son droit de survivance, ne Tiraita pas. Il vint avec sa famille occuper le château Cornet, où d'importantes constructions furent élevées, et se consacra tout entier à ses fonctions. Deux ans plus tard, il fut douloureusement frappé dans ses affections. Le 29 décembre 1672, la foudre tomba sur le château» mit le feu au magasin à poudre, et détruisit une partie des bâtiments d'habitation. Sa mère, sa femme, deux servantes et plusieurs autres personnes furent tuées. Cette catastrophe consterna la population, qui y vit le signe de la vengeance divine. La cour royale ordonna un jour de jeûne et de prières. A partir de ce moment, le château cessa d'être la résidence officielle du représentant du roi. Lord Hatton retourna bientôt en Angleterre (3).
En 1674, une ordonnance analogue à celle qui avait été rendue, en 1671, pour Jersey, réglementa ce qui concernait, à Guernesey, les prérogatives du bailli, les devoirs des jurats, la tenue des audiences, etc. (4).
La tranquillité des îles ne fut un instant menacée qu'en 1678, lorsque Charles II fut forcé, par le parlement, d'entrer dans la coalition formée par la moitié de l'Europe contre Louis XIV, et de déclarer la guerre à la France. Au mois de février, les garnisons de Jersey et de Guernesey furent renforcées, et les châteaux mis en état de défense.
(1) Duncan, p. 416.
(2) Voy. sup., p, 292.
(3) Dancan, p. 111. — Ttipper, p. 338. Le BlnckwoofCs EMimburg JUagazine, du mp\s d'avril 1873, a reproduit un récit de la catastrophe diaprés le témoignage d'un nègre qui étûit uu serficede lord Hatton.
(6) Duncan, p. I1&.
En prévision de cette éventualité, on avait, depuis une année, adopté, à Jersey, de nouveaux règlements concer* nant la milice, à laquelle on avait donné Tuniforme écarlate des troupes régulières anglaises (1). L'inquiétude fut augmentée par les bruits qui circulèrent à propos de la révélation du prétendu complot papiste par quelques misérables imposteurs. L'un de ces derniers, William Bedloe, annonçait que des troupes rassemblées à Brest devaient surprendre les îles de Jersey et de Guemesey, et que la flotte française qui, pendant Tété précédent, avait croisé dans la Manche, n'avait pas d'autre destination (2). Ces bruits, accueillis par Topinion publique et par le parlement, n'avaient pas plus de fondement que le complot. D'ailleurs le roi, lié envers Louis XIV par un traité secret et une pension de 200,000 liv. sterl. , ne voulait pas engager sérieusement les forces qu'il avait envoyées en Flandre. La paix de Nimègue — 5 fév. 1679 — vint le dégager de cette situation équivqoue.
Sur ces entrefaites, îe lieutenant-gouverneur de Jersey, sir Thomas Morgan, mourut en plein exercice de ses fonctions. Le titulaire, le comte de St-Alban, ne voulant pas quitter la cour, fut encore remplacé par un ancien officier nommé John Lasnier. Cet oilicier avait fait autrefois^ sous le duc de Montmouth, plusieurs campagnes au service de la France. Il comptait achever sa rude carrière dans le repos et au milieu de ses administrés. La fortune lui refusa cette satisfaction. A la mort du comte, arrivée sous Jacques il, son neveu, Thomas Jermyn, réclama la survivance qui lui avait été accordée par les lettres patentes de 1660, ou, à défaut, la pension de 1,000 liv. sterL, payée à
(1) Constit, hiit.^ p. à90. Cet uDîrorme ne fut imposée la cavalerie qu*cn
(S) Bume, Bist. d*Angl,, t. VI, p. 340.
348 LOUIS xiY
son onde. Le roi, qui n*était pas riche, préféra rappeler sir John LAsnier ; il lui donna un régiment de cavalerie, et lord Jermyn prit possession de sa chaîne (1).
Charles II n'avait pas négligé la question religieuse En Angleterre, comme en France, elle occupait tous les esprits. — Ses efforts tendirent à faire accepter l'église anglicane par ses sujets de Guernesey. Il éprouva une certaine résistance chez un grand nombre d'entre eux qui, fidèles au presbytérianisme, n'acceptaient qu'avec répugnance Tautorité du doyen et de Tévèque de Winchester. U y eut, en 1665, 1671 et 1676, des ordonnances du conseil qui prescrivirent de reconnaître la juridiction de la cour ecclésiastique, de cesser tous conventicules et autres troubles à la paix de TÉglise, et de ne faire, dans les sermons, aucune allusion aux affaires civiles et politiques (2). Mais les dissensions n*en devinrent que plus fréquentes entre les ministres des deux confessions. Le roi, dont le zèle orthodoxe était en suspicion, fut attaqué avec violence. Le recteur des paroisses du Vale et de St-Samson, nommé Élie des Hayes, dénonça M* Jean Martin, recteur de St-André, par une déclaration déposée au greffe de la cour royale, le 4 juillet 1677. U affirmait avoir entendu son confrère dire que le roi sacrifiait les Hollandais à la France, malgré les instances du parlement; qu'il prenait le titre de Défenseur de la foi, et qu'il l'était plutôt de ses concubines ; qu'il se sentait bien fort de leur papisme ; qu'U était à craindre qu'il n'imitât son frère, le duc d'York, et qu'enfin Sa Majesté se laissait mener par le roi de France, et passait chez les Français et ailleurs pour un « jodelet n (3). Cette accusation produisit un grand scandale.
(1} John Lasnier fui tué à la bataille de Sleinkerque, en iOOS.
(2) Duncan, p. 3ââ.
(3) HaviUaad's mss.
Le recteur de St-Âodré répondit à Tattaque, en reprochant à son adversaire d'avoir tenu divers propos tout aussi séditieux que ceux qu*il lui imputait Une longue procédure s'engagea devant la cour royale ; elle ne profita à personne.
L'évèque de Winchester, Georges Morlay, dans Fespoir de ramener les dissidents et de préparer un meilleur recrutement de son clergé^ fonda, à l'université d'Oxford, cinq bourses que les îles eurent à se partager alternativement, et dans la proportion de trois attribuées à Jersey, et deux à Guernesey. La charte de fondation fut transmise par le roi aux baillis et jurats, le 11 décembre 1678 (1). Cette libéralité ne parut pas avoir conquis à Tévèque la popularité qu'il recherchait. Il le comprit si bien qu'il s'abstint, comme, du reste, ses successeurs le firent, de visiter Farchipel normand. Le plus sérieux obstacle qu'il rencontrait était la différence de langage : le français était alors à peu près exclusivement en usage parmi les insulaires.
La fin du règne de Charles II ne nous offre aucun fait particulier à mentionner. En Angleterre, il y eut des conspirations , des procès et des supplices , qui témoignaient de la permanence et de Tardeur des passions religieuses. Ge qui se passait en France était loin de les calmer. Les persécutions dirigées par Louis XIY contre les protestants excitèrent jusqu'à la fureur la haine des Anglais contre les papistes , et leur inspirèrent , contre Charles et son frère ^ une méfiance qui s'accentua chaque jour. A Guernesey , ce sentiment fut si vif qu'il porta la cour royale à ordonner , par un arrêt du mois de janvier 1684, à tous les étrangers qui ne seraient pas munis d'une permission du gouverneur, de sortir de TUe dans le délai
(1) Duncon, i)« 8A0i
de six semaines, et h défendre au clergé de procéder à aucun mariage entre étrangers et indigènes, qui n'auraient pas obtenu l'autorisation du même fonctionnaire (1).
Par une coïncidence fûcheuse, le duc d'York monta sur le trône (6 février 1685), quelques mois seulement avant la révocation de Tédit de Nantes. Les réfugiés français ne manquèrent pas de raconter partout leurs épreuves et leurs misères. Depuis plusieurs années, nous Tavons vu, TAngleterre leur avait été libéralement ouverte. Jacques II ne put agir autrement que son prédécesseur, quoique per* sonne ne doutât de son intention de rétablir le catholicisme. Il envoya dans les îles des garnisons composées , en grande partie , de soldats catholiques , et des commandants professant la même religion. A Jersey, ce fut sir William , nommé lieutenant*gouverneur directement par le roi (2) ; et à Guernesey, le capitaine irlandais Charles Macarty, du régiment du comte de Litchfleld (3). Cette précaution n'eut d'autre effet que de mettre les habitants en garde contre les desseins du roi , et de les disposer en faveur de leurs coreligionnaires de France. Le chevalier Edward de Carteret fut nommé major de la milice de Jersey (4).
Il est resté peu de traces , dans Thistoire des îles et et dans celle du Coteirtin , des rapports qui existèrent , à cette époque , entre ces deux contrées. Ils durent cependant être fréquents. Les registres des deux cours ecclésiastiques nous en ont conservé quelques rares souvenirs.
A Guernesey, les réfugiés qui n'avaient pas abjuré avant de quitter la France , paraissent s'être immédiate-
(1) B. Tup|>cr, p. 353.
(3) Tableaux InsioriqueSf etc., par J.-P. Ahicr, p. 3^0.
(3) Duncan, p. 123.
{à) Lu GazdtCt 1686, n*" 37, p. 33^.
ment confondus dans la population indigène. Les autres furent obligés de se soumettre à une sorte d'amende honorable , et de souscrire une profession de foi , dont la formule avait été arrêtée par la cour du doyen. Les premiers noms que nous rencontrons sont ceux d'une dame Anne du Vivier, de Bayeux , peut-être parente du gentilhomme d'Anneville-en-Saire , qui avait été condamné aux galères comme relaps (1); d'un sieur Adrien Viel, de Caen, el d'un sieur Jean Pichon, d'Alençon. Voici la déclaration publique qu'ils « répétèrent après le pasteur, « mot à mot» eux étans à genoux » dans Téglise de St* Pierre-Port , le dimanche 11 avril 1686 :
< Nous reconnaissons icy, en la présence de Dieu
« et de cette sainte assemblée : que nous avons péché a très-grièvement et d*une façon extraordinaire ; d'avoir « été à la messe : et par ce moyen en renonçant à la « Réformation : et à la pureté de l'Évangile ; ce dont nous « sommes très-sensiblement touchez : et marris de tout « notre cœur : et affligez en nos âmes : d'avoir commis u cet horrible péché r Nous supplions très-humblement le « Dieu de toutes miséricordes : de nous pardonner ce « grand et énorme péché : et tous les autres que nous « avons commis : promettant solennellement de ne l'of- « fenser jamais de telle sorte : Et nous vous prions « trèfr-instamment : vous tous qui êtes icy présens : de « nous assister continuellement de vos prières : et de « vous joindre plus particulièrement avec nous : dans a rhumble et cordiale prière que nous adressons au « Dieu tout puissant : en disant : Notre Père qui es aux « deux, etc. (2). »
(1) Voy.sup., |N3âi.
(2) ËaUraito tle$ records d« la cour eccié^iaslique de Gueroedey (GonuattiilcalioD de M. Mac-Cullocli).
La même épreuve fut imposée, dans Téglise de St-Hélier, aux protestants qui se réfugièrent à Jersey. L'émigration continua pendant les années qui suivirent, et un certain nombre de Français, originaires de la Normandie, de la Bretagne, du Poitou et de la Saintonge^ se fixèrent dans Tes lies (1). Leurs descendants y sont encore connus. Beaucoup passèrent en Angleterre, où ils espéraient trouver plus de ressources pour vivre et pour exercer leurs industries.
Du reste, le gouvernement de Jacques II n'eut aucune influence politique ou religieuse sur Tarchipel normand. Les tentatives faites pour y introduire le catholicisme n*y rencontrèrent qu'une résistance passive. On y assista avec indifférence aux progrès de l'impopularité du roi, et on y apprit avec satisfaction le débarquement du prince d'Orange à Torbay. Le duc d'York, à la différence de son frère, n'avait laissé à Jersey aucun souvenir du séjour qu'il y avait fait dans sa jeunesse. On s'inquiéta seule* ment des difficultés que la présence des garnisons, composées en majorité de catholiques, pouvaient créer au nouvel ordre de choses. Elles occupaient les ch&teaux ; on craignait qu'elles ne prissent la résolution de s'y enfermer. Les magistrats, dans l'une et l'autre tle, se concertèrent avec les officiers protestants, désarmèrent les soldats, et les remplacèrent par des hommes de la milice.
(1) Les premiers registres de 1q cour ecclésiastique de Jersey, avant et après 1685, sont sans doute perdus ; celui dont un extrait nous a été ccnnmuntqaé par M* L. de Grûcby, ne commence qu^en i7i7, et se termine en 175A ; il est ainsi intitulé : « Mémoire ou registre des personnes qui, ayant cédé à la force
• de la persécution en France et ayant adhéré aux erreurs, superstitions et
• idolftlries de T Église romaine, ont, par la grâce de Dieu, reconnu leur péché « en Téglise paroissiale de St-Hélier, à Jersey, entre les mains de Mous' Fran* « çois Le Goûteur, 61s François, recteur de la dite paroisse, et ont été reçues s à la paix de l'Église, t
ET LES DERNietiS STUÂRTS. â&â
Comme en Angleterre, le changement se fit sans effusion de sang, et par la seule puissance de Topinion publique (1). — Les habitants de Jersey arrêtèrent le gouverneur, le capitaine Arundel, et le chevalier Windham, son lieute* nant (2).
Les États envoyèrent leur adhésion dans une adresse au roi Guillaume et à la reine Marie. Ils y rappelaient qu'ils étaient les plus « anciens sujets de la couronne, le reste € de ce beau patrimoine qu'elle possédoit autrefois sur le c continent », et qui, préservé du malheureux sort d'être annexé à la France, n'avait pas aujourd'hui moins d*im* portance qu'autrerois ; *- que leur langue était française^ mais que leurs épées et leurs cœurs étaient tout-à-fait anglais, et qu'ils priaient le Dieu tout-puissant de continuer à protéger Leurs Majestés parvenues au trône d'une façon si miraculeuse, et de les aider dans ce grand ouvrage auquel elles étaient « si manifestement destinées, «( et qui éLoit d'augmenter la gloire de la nation, de « mettre une borne à 1 ambition effrénée de l'injuste per- « turbateur du repos de la chrétienté, et de procurer à « l'Europe une paix tranquille et durable (3). »
Ce dernier vœu ne devait pas être accompli de si tôt. L'avènement « miraculeux >> de Guillaume, qui n'était, à vrai dire, qu'une usurpation, c'est-à-dire un acte révolutionnaire, donna à la discorde et à la guerre un aliment nouveau. Les îles, au lieu d'y gagner la paix, y perdirent Fan tique privilège qui la leur assurait Par un ordre en conseil, du 8 août 1689, le roi décida que sa proclamation du 10 mai;;précédent, par laquelle, d'après la convention arrêtée avec ses alliés, toute importation de denrées et
(1) Duncan, p. 133. — Le Qnesne, p. /i06. — Falle, p. 88.
(2) Gatelte^ 1685, n* 5.
(.5) Chron, des fies, p. 161.
334 LOUIS XIY
de marchandises de provenance française était prohibée, serait adressée aux baillis et jurats, et serait rigoureusement appliquée à Jersey et à Guernesey. Sa Majesté protestait, toutefois, qu'elle n'entendait nullement révoquer ou enfreindre aucun des privilèges accordés aux habitants par ses prédécesseurs (1).
En fait^ il y avait longtemps que la neutralité des îles n'était plus qu*une fiction, et la bulle de Sixte IV, qu'un souvenir historique (2). Les insulaires invoquaient leur privilège lorsqu'il protégeait leurs rapports avec les bonnetiers de la Normandie et de Paris, et ils l'oubliaient, lorsque leurs corsaires ramenaient, à St-Pierre ou à St« Aubin, les prises qu'ils avaient faites sur leurs voisins qui, de leur côté, n'agissaient pas avec plus de sc.ru* pule (3).
La déclaration de 1680 fut, de Taveu de tous les historiens locaux, très -avantageuse aux îles. Sans rien changer à leur situation vis-à-vis des ennemis de l'Angleterre, elle les associa plus intimement aux progrès rapides du commerce anglais ; elles devinrent, en quelque sorte, l'entrepôt où négociants, corsaires et contrebandiers, vinrent déposer leurs marchandises. Les vastes magasins qui y furent alors construits ont, pendant de longues années , attesté cette prospérité , aujourd'hui bien déchue (4).
Les immenses armements que lit LiOuisXIV, résolu à soutenir la cause de Jacques^ obligèrent Guillaume à porter son attention sur larchipel normand. Dès les premiers jours de son avènement, le comte de Bath y
(1) Duiican (p. 230) donne It* Iczlc de ccl ordre.
(2) Voy. I. m, p. 113.
(3) Dtirell sur Falle, p. &28, — 13. Tuppcr, p. 12B et &S5* (h) B. Tnppcr, p. 502 (2* ijtl.).
envoya des troupes el trois vaisseaux de guerre (1) ; plus tard, lé comte de Peterborough y amena des renforts. Au printemps de 1692, la flotte du contre-amiral Carter se présenta deux fois devant Jersey et Guernesey et y prit des pilotes ; elle avait ordre de croiser devant les côtes de Bretagne et de signaler Feutrée de la flotte française dans la Manche (2). Les armées ennemies allaient se rencontrer devant La Hougue de St-Vaast.