‹ Histoire du Cotentin et de ses îlesChapitre 24 sur 54 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Tauban dans le Cotenlln. — État du port de Cherbourg.— Jaeques II réfugié en France. — .Alarmes en Basse-Normandie. — Démolition des forLifica lions de Chertwurg et du cbàleau de Valognes.— Jacques passe en Irlande. — M. Foucault, intendant -- Sa première inspection. — Fortifications élevées depuis QuiucvlUc jusqu^à Cherbourg. — La milice et la noblesse dans le Colentin. — Retour de Jacques H. — Camp de Sl-Vaast. — Los régiments irlandais. —Combat cl désastre de La Hougue. — Î68(î-409î:.

11 est certain que la révocation de Tédit de Nantes fut une des causes qui hâtèrent la révolution de 1688 et en assurèrent le succès. Cetle révolution fut, avec la ligue d'Augsbourg, le plus grave échec que la politique de Louis XIV eût jamais éprouvé ; ses conséquences furent immédiates; elle fut comme le point de départ des revers qui assombrirent les dernières années du grand règne.

Le roi, très-bien servi par ses habiles diplomates, n'igno-

(t) Gazme, 4689, n"* 5.

(2) D. Tupper, p. 381.

rail ni les desseins de son ennemi le plus redoutable, ni les dangers que courait son allié, auquel il n'avait pas ménagé lès avertissements. Jacques, atteint de la plus incurable infatuation^ n'avait rien voulu entendre. Louis comprit qu'il ne lui restait qu*à prendre ses précautions contre une éventualité désormais inévitable, et dont il aurait seul à supporter le poids. L'un de ses premiers soins fut de. mettre à labri d'une surprise cette partie avancée de la Basse-Normandie, qui semble avoir été, de tout temps, une proie enviée par l'Angleterre. En 1686, il envoya Vauban dans le Gotentin.

Vauban, après une scrupuleuse inspection du littoral, depuis Caren tan jusqu'à Créances, rédigea ou fit rédiger un long et lumineux rapport sur l'état de la presqu'île, au point de vue de la défense maritime et des travaux qu'il était utile d'y entreprendre (1). Il signala « cinq « endroits bien marqués où Ton peut faire descente avec < des armées navales » ; c'étaient : La Hougue, Barfleur, Cherbourg, Nacqueville et Vauville. Il y avait, en outre, les trois lieues de plage entre Rozel et Carteret, « où l'on n pourroit descendre, mais avec difficulté, h cause de la « violence des courants (2). » De ces divers endroits, Cherbourg était, sans contredit, le plus important par les c suites terribles » que son occupation entraînerait. Les Anglais, en effet, s'ils en devenaient les maîtres, s'établiraient facilement et solidement dans la presqu'île ; « ce pays « qui, un peu ménagé, pourroit nourrir une armée de

(4) Ce rapport ou mémoire o été publié in extenso par la Société acadé" mique de Cherbourg^ dans ses Mémoires^ ann. 1852, p. 11 et suir.

(2) Vauban délimitait la prcsqu^le proprement dite, ou ce qui, autrefois, était appelé le Clos du Cotentin^ par une ligne tirée de Carenlan à Créances. l\ é?aluail le nombre de paroisses situées dans cet espace à 300, et la population à près de 120,000 âmes.

t trente mille hommes, six mois durant (1). » Us s'ouvriraient ainsi une porte dans le cœur du royaume ; et, pour les chasser de là, il faudrait des forces considérables, qui ne seraient amenées qu'après de longs délais, et en dégarnissant les frontières de terre.

De ces considérations , Tillustre ingénieur tirait la conclusion que Cherbourg était « une place de la dernière a conséquence »^ quMl était urgent de fortifier « tout du « mieux que Ton pourra », et où un port de guerre devait être construit. Seulement, tout y était à créer. Il n'y existait qu'un havre naturel , formé par les deux petites rivières, la Divette, ou Ivette, et la Trottebecq, qui y confondaient leurs embouchures. Il n'y avait ni jetées , ni chenal , ni écluses. Ce n'était qu'une lagune sablonneuse sillonnée par un simple courant soumis h TacLion capricieuse des marées , et qu'on traversait sur un vieux pont mal entretenu. Le port n'était qu'une sorte de vasière garnie , d'un côté , le long du faubourg, par un mauvais mur en pierres sèches, que le gouverneur y avait fait b&tir parles habitants. Quant aux murailles, aux tours et aux bastions, négligés depuis longtemps, ils étaient dans le plus fAcheux état de dégradation (2).

Vauban , dans son rapport , accompagné d'un devis dé^ taillé (3), proposa de faire un arrière-port, ou bassin, à l'est de la ville, de restaurer et d'élargir le pont, en y ajoutant des écluses de chasse , d'établir une autre écluse au pied de la tour du Moulin , avec deux portes de flot ,

(1) Mémoires^ p. 27.

(2) Voy. le |iian de Gierbourg, dans le Petit Atlas maritime ûe riiigéiiîcur BelliD.

(S) Ce devis iVlève à un total de 2,103, AG9 liv., ce qui, au prix comparé du marc d'or, représenlerail environ 9,740,000 livres, et plus du double en valeor relative. On était encore bien loin, on le voit, des 900 millioiis de francs que le Cherbourg actnel a coûté I...

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un quai sur la partie orienlale du bassia, el, en&n, entre deux jetées, distantes de trente toises Tune de l'autre . un canal pouvant donner passage à des frégates de 36 à 40 canons. Une partie de* ces travaux furent commencés en môme temps que Ton réparait « à la moderne » Tenceinte bastionnée de la ville, et que Ton restaurait le château (1). On construisit aussi , le long de la mer, des redoutes en gazon avec des fossés dont la terre servit à former des remparts palissades (2). M. de Seignelay vint à Cherbourg au mois de mai, et encouragea l'œuvre entreprise (3).

On en était là , lorsque survînt l'événement prévu. On savait qu'une flotte de plus de 500 bâtiments de transport et de 50 vaisseaux de guerre montés par une armée de 11,000 fantassins et 4,500 cavaliers, était réunie à Helvoetsluis , et se préparait à prendre la mer, au mois d'octobre. On crut, en Basse-Normandie, qu'elle allait se jeter sur le Cotentin. L'alarme se répandit avec une rapidité inouïe dans les villes et les campagnes. On sonna le tocsin dans toutes les paroisses. Le 7 octobre, la noblesse et les, bourgeois de Caen s'assemblèrent, et formèrent une troupe d'environ 1,000 hommes , à laquelle M. de Matignon joignit 800 miliciens de Bayeux et des environs , et qui fut dirigée sur Carentan , Valognes et Cherbourg , « pour empêcher (( que les Anglois et les Hollandois ne missent pied à « terre (4). »> Les paysans du littoral , appartenant aux paroisses sujettes au guet , conformément à l'ordonnance de la marine, du mois d'août lôSl, furent chargés « de t faire garde aux bords de la mer (5). » Un régiment de

(1) Le$ porté Maritimes dé France, t. III, p. 43* — Arch. Calf. , sér. C, D» 4659, Mémoire rédigé en 175i.

(2) Areb. Colv., sér. C, n» i»t3.

(3) Além. du marq. de Sourehes, t. II, p. 171. {h) Journ, d^un bourg, de Caen, ms., f° IC2. (5) Ane. lois franc», 1. XIX, p. 548.

mousquetaires, commandé par M. d'Artagnan, fut envoyé, d'urgence, à Valognes (1). Le 29 septembre, deux compagnies de la même arme^ sous M. de Jonvelle, entrèrent à Cherbourg (2). La panique fut telle , que la populace de Gaen, aussitôt que la milice fut sortie de la ville, se répandit dans les rues , en criant que les Anglais étaient entrés au Bourg-FAbbé, et que les protestants , d'accord avec eux , allaient mettre tout à feu et à sang. Le gouverneur du Ch&teau, M. de La Groisette, dut faire sortir la garnison pour apaiser le tumulte et protéger les protestants , dont plusieurs avaient été frappés et blessés (3). Beaucoup d'habitants s'enfuirent jusqu'à Mayenne. La duchesse de Guise ne se crut pas en sûreté à Alençon ; elle se réfugia à Paris (4).

Le 5 octobre, le roi permit à tous ses sujets d'armer en course. Les ministres, et jusqu'à M'"" de Maintenon, s'associèrent aux armateurs (5).

Bientôt, on apprit le débarquement de Guillaume à Torbay (15 novembre 1688), sa marche sur Londres et la fuite de Jacques II en France. L'immense portée de ce changement à vue, sans précédent dans l'histoire, frappa tous les esprits. La cour de Versailles fut profondément troublée. Elle s'imagina que le vainqueur, maître de l'Angleterre, et disposant des deux plus fortes' marines du monde, ne résisterait pas à la tentation de renouveler les exploits de ses prédécesseurs, Edouard 111 et Henri V, et voudrait faire, de la presqu'île du Cotentin. une sorte de .

(i) il/rm. tU Foucault, p. 257.

(3) Mém.du marq» de Sourches, t. II, p. 236.

(3) Journ» (Vun bourg, p. 283.

(&) Uim, du marq, de Sourckes, (• U, p. 2à7.

(&} Ibid., ibid., p. 338. Cette permissiou fut révoquée quelques jours après, mais les armements n^en continuèrent pas moins « sourdement » (p. 3à1).

camp retranché, d'où il attaquerait le roi, déjà, sur toutes les frontières, en présence des forces de TEurope coalisée. La menace^ d'une seconde conquête de la Normandie et de la Guyenne avait été proférée en pleine chambre des communes par son président, M. Pawle (1). Sous Tempire de cette crainte. Louvois^ qui trouvait, du même coup, à satisfaire sa rancune contre Vauban et sa haine contre Seignelay, ordonna de raser, sans délai, les fortifications de Cherbourg, qui étaient déjà construites jusqu'au cordon (2), de démolir le ch&teau de Yalognes et d'en transporter, à Gaen^ les canons et les poudres (3). L'ouvrage, — une tenaille, — et le chemin couvert qui défendaient l'entrée de Granville, subirent, on ne sait pourquoi, le même traitement. Deux compagnies de gendarmes et de chevau-légers furent envoyées : la première à Bayeux, et la seconde à St-Lo (4).

Jacques déposé sur la plage d'Ambleteuse, le 4 janvier 1689, par une chaloupe que deux capitaines de la flotte à l'ancre devant Rochester lui avaient préparée (5)» arriva^ le 7, à St-Germain. 11 y fut reçu avec une solennité affectée. Le roi alla à sa rencontre jusqu'au haut de l'escalier (6). Cet accueil était un engagement, et impliquait une rup-

(i) Hist, ofthe RevoL in 4688, par Mackinlosh, t II, p. SOI.

^2) Arch. Calv., sér. C, n* i659,—Mim, de M. de Caux, du i«r fér. i73A. — Mém, de àt âe Liglisière^ etc., du i*' fév. 4779 (ap. Le Gouv. de /Vo»in.,

u IX, p. ei).

(3) Jouiti. d'un bourg,, ms. f* ihO. ~ Mém, de Foucault, p. S57. ^Massefille, t. VI, p. 24G. D'après les Além, dumarq, de Sourehes (t. H, p. 307), cet ordre aurait élé donné vers le 10 ûùc, IG88.

{à) Arch. Calv., sér. C, n* 4659. Mémoire de 173 A.

(5) Mém. du maréch, de Berwich, t. VIII, p. 33&. — > A^ci< du départ du roi Jacquet II écrit par lui-même (ap. Hist* of îhe révolution ^ etc., par Macfcimoeh, t. Il, p. 880).

(6) Gazette, 1689, n» 3.

ture avec TADgleterre. Depuis le 26 novembre précédent, la guerre était déclarée à la Hollande (1). Une escadre de trente vaisseaux, sous le commandement de M. de Cabaret, se forma à Brest. Jacques quitta St-Germain, dans les derniers jours de février, et débarqua à Kinsale le 17 mars (2).

Ce fut au milieu de ces circonstances critiques, que M. de Gourgues, intendant depuis trois ans, fut remplacé par M. Nicolas Joseph Foucault (3), qui venait de Poitiers, et s'était antérieurement distingué dans le Béarn par son zèle fougueux contre les hérétiques (4). Ce fonctionnaire était, cependant, d'après Daguesseau (5), un homme de mœurs douces, instruit et ayant le goût des lettres, mais « le dévouement trop ordinaire aux intendants pour les <c ordres de la cour » Tavait entraîné, ainsi que beaucoup d'autres, plus loin, peut-étre^ que ses sentiments naturels ne l'eussent porté. Quoi qu'il en soit, et cette faiblesse mise à part, il se montra, en Basse-Normandie, administrateur sage et modéré. Nous lui devons des Mémoires. qui sont un des documents les plus précieux et les plus consultés de notre histoire locale (6).

Le nouvel intendant prit possession de sa charge le

(1) Ane, lois franc, f t. XX, p. 65.

(5) Mém. du marieh, de Berwick^ p. 325. (3) Né à Paris en i6&3.

(6) Hist. de redit de Nantes, t V, p. 831. M. Foucault avait failli, eu 1688, être tué por des huguenots du Poitou (itfe'm. du marq, de Sourches, t. II,

p. ihs:.

(5) Œuvre» (édit. in-A»), t. XIII, p. 5i.

(6) Ap. Doc, inéd, — L*auteur de la Note sur tes mém, des intendants (ap. Antu de ta Soc. de l'hist, de Fr, 1878, p. 159), estime que Foucault a été un peu c surfait • par l^éditeor « heureuK de révéler pour la première fois les « détails d'une intCDdance au temps de Louis XIV ». Cette appréeiation ne semble pas tout-à*fiiit dénuée de fbndement, si on la rapproche des faits signalés par M. G« Lavalley dans son Catalogué des manuscrits (p. xii et suiv.)*

7 mars 1689. Le 26, il se mit en roule, et commença son inspection des côtes. Il salua eri passant à Torigny, M. de Matignon, oncle par alliance de M. de Seignelay (1). A Cherbourg, il ne trouva plus qu'un cahos de débris de tours et de murailles renversées. L'œuvre de destruction ordonnée par Louvoîs avait été accomplie avec une déplorable rapidité; M. de Vauban revint au mois d'avril, et, sur le commandement du roi, en arrêta la continuation. Depuis sa dernière visite, les travaux entrepris à La Hougue avaient été dirigés par un lieutenant des mous* quetaires, M. de La Hoguette. Une tour fut construite, à la pointe, vers Morsalines; la tour de l'île Tatihou fut restaurée, et une ligne de redoutes et de retranchements fut élevée depuis Quinéville jusqu'à Cherbourg. L'intendant aurait voulu qu'on y ajoutât, de distance en distance, de petits forts appelés martellos, comme il y en avait en Italie, et comme on en fit, vers cette époque, à Jersey et à Guernesey (2).

La levée et l'organisation des milices donnèrent lieu à quelques difTicultés. D'après le règlement de 1688, chaque village avait à désigner un homme «* non marié , âgé d'au a moins 20 ans et point plus vieux que 40 ; ayant un bon « chapeau , un juste-à-corps de drap , des culottes et des a bas aussi de drap , bien chaussé » et armé d'un mousquet, d'un baudrier et d'une épée. Chaque groupe de villages formait une compagnie de 50 hommes commandée par un capitaine. L'uniforme n'était pas exigé. Enfin, chaque milicien , après deux ans de services, pouvait se

(1) n 6*!i{^it ici (le Jacques 5« du nom, Dé en i^kk et mort en 1715. Ss nièce, Catlierine-TIiérèse de {^f atignon, épousa le marquis de Seignelay en secondes noces.

(3) Mèm, de FoueauU, p. S58. Martello élait le nom de ringéoteur corse qui avait inventé ces petits fortins que l'on voit encore dans les lies.

retirer^ et , s'il se mariait, était exempt de la taille pendant le même nombre d'années (1). Malgré cette faveur, Tempressement des paysans normands laissa beaucoup à désirer. L'intendant eut à lutter contre leur mauvais vouloir et leurs chicanes. Foucault cite une femme qui déclara que son fils était bâtard^ c parce que le roi ne (I vouloit pas de bastards dans ses armées!... » Ce fut dans Télection de Vire que le recrutement se fit le mieux. Le régiment de 12 compagnies qu'on y leva fut trouvé si bon et si beau , qu'on l'envoya servir en Guyenne (2). Le marquis de Fontenay fut nommé commandant des milices de la généralité (3).

Le 2Q avril (1689), la noblesse des trois bailliages fut convoquée à Gaen, Le seul bailliage de cette ville fournit 1,500 gentilshommes , plus ou moins bien montés , et plus de 300 fantassins. On en détacha 300 hommes qui , avec un pareil nombre tirés des bailliages du Gotentin et d'Alençon , deux régiments de milice, venus du Poitou et de la Champagne, et un régiment de troupes réglées, formèrent un petit corps d'armée , qui fut employé à la garde des côtes. Pendant toute Tannée , « il ne cessa de « passer des soldats, gendarmes, chevau-légers, suisses et t< infanterie de milice (4). »

Tout cela coûtait cher; car la plupart des gentilshommes étant obérés, et ayant leurs revenus saisis, le gouvernement était obligé , sur le produit des tailles , de subvenir à leur nourriture et à. leur entretien (5). Or, depuis 1679, les tailles, dans la généralité de Gaen, avaient subi une

(i) Ane, luis franc, f U XX, p. 66. Le règlement est du 20 novembre. (3) àiém. de Fouc, p. 268 et 351, (3) Le vieux Cherbourg, etc., p. hid, ik) Journ. d*un bourg,, vas,, t. I, f" 173. (5) Mém, de Fouc,^ p. 251.

diminution de près de 500,000 livres. De 1,033,333 livres, elles étaient descendues à 1,445,603 livres (1). Il fallut en revenir aux augmentations de gages, c'est-à-dire aux suppléments de finances imposés aux fonctionnaires , et , bientôt , à la création de nouveaux offices. Au commencement de 1600, la détresse financière était si grande, que le roi envoya son argenterie à la monnaie et invita les églises à s'imposer le même sacrifice ; ce qui fut exécuté, notamment, dans les diocèses d'Avranches, de Coutances et.de Bayeux (2).

La campagne d'Irlande mal organisée et mal conduite n'avait pas relevé la fortune de Jacques. Son gendre s'était mis en personne à la tête de ses troupes, était descendu, le 11 juin (1690), dans le nord de l'île et avait remporté, le 11 juillet, la victoire sur la Boyne, près de Drogheda , qui détermina le vaincu à retourner en France. Le 19 juillet, il débarquait à Brest.

MM. de Matignon et Foucault, avertis par le maréchal d'Estrées, allèrent au-devant du roi jusqu'à Pont-Farcy, et l'amenèrent au ch&teau de Torigny. Il y passa la nuit du 23 ; une nombreuse société l'y attendait, et fut trèssurprise du détachement parfait avec lequel il acceptait ses disgrâces. Il s'entretint gaiement avec les dames et avec M. de Segrais ; il leur laissa voir qu'il poussait l'illusion jusqu'à s'imaginer que ses sujets l'aimaient encore, chasseraient l'usurpateur et le rappelleraient spontané* ment. L'intendant l'accompagna, le lendemain, jusqu'à Gaen, et le reçut dans son hôtel. Le 26 juillet» il était de retour à St- Germain (3).

Louis XIV « fidèle à la politesse d'un seigneur particu-

(i) Reg» du Bur.^ ann. 4679 et suiv.

(2) Mém. de Fouc, p. 260.

(8) Ibid., p. 205.

< lier qui sait bien vivre (1) >, ne laissa percer aucune des impressions que ses courtisans ne se donnaient pas la peine de dissimuler. Il persista dans sa résolution, plus chevaleresque que politique et facile à réaliser, de rendre à son hôte la couronne qu'il n'avait pas su garder. De nouveaux renforts furent envoyés en Irlande sous la conduite de Lauzun, et Ton continua de veiller sur les côtes.

Au mois d'octobre, un ingénieur, nommé de Combes, proposa au roi de faire un port de guerre à La Hougue. Il soutenait que nul endroit n'y convenait mieux. Louvois, on ne sait trop pour quel motif, s*y opposa (2).

Au printemps de 1601 , Tarrière-ban de* la noblesse fut convoqué. On établit un camp de 4,000 hommes à St- Vaast. La milice fut envoyée à Avranches. Une partie de la noblesse se logea à Ste-Marie-du-Mont, et deux bataillons d^Allemands mercenaires furent, au mois de mai, dirigés sur Cherbourg et sur l'extrémité de la presqu'île (3). La milice revint au mois de novembre, et rentra dans ses foyers pendant le quartier d'hiver (4).

A la faveur du trouble causé par ces mouvements, la contrebande entre le Cotentin et les îles avait repris son ancienne activité. Les bas, le tabac et d'autres marchandises étaient introduits sur de petits bateaux, montés par des marins de l'un ou de l'autre pays. Les fermiers généraux en éprouvaient un préjudice si sensible, que, d'accord avec l'intendant, ils. proposèrent à. M. de Pontchartrain (5) d'armer à leurs frais une patache qui croiserait depuis St-Malo jusqu'à Cherbourg. Un des bateaux

(1) Souvenirs de J/"* de Caylus, U VIII, d< sér. (édit Michaud).

(2) AÊinu de Fouc, p. 2G9.

(5) Journ, dfun bourg, de Caen^ ms. t. III, f> 5 et suiv.

(6) Ibid.^ ibid., f^ 6.

(5) Ministre de la marine après Seignelay.

coQtrebaadiers fut saisi à ce moment, et une partie de son équipage fut condamnée aux galères (1).

L*armée jacobite , en Irlande, n'avait pas été plus heureuse après qu'avant le départ du roL Ses débris enfermés dans Limerick avaient capitulé, au mois de décembre 1601. Ceux des soldats qui ne consentaient pas à mettre bas les armes et à rentrer dans leurs foyers , furent autorisés à passer en France , où des vaisseaux anglais les portèrent. Au mois de janvier 1692, 15,000 environ débarquèrent à Brest, et furent mis en quartier dans la Bretagne. Jacques vint les passer en revue ; il en forma oeuf régiments d'infanterie, deux de cavalerie et deux compagnies de gardes du corps , tous , bien entendu » à la solde de la France (2).

Louis XI Y, convaincu que le meilleur moyen de terminer la guerre était de la porter en Angleterre , rassembla à La Hougue des troupes de débarquement , pendant que s'équipaient deux flottes : Tune de quarante-quatre vaisseaux à Brest, et l'autre de trente-cinq à Toulon. Ces troupes se composaient de douze bataillons irlandais, neuf bataillons français et douze escadrons de cavalerie et de dragons (3). M. de Barbezieux, qui avait hérité des défauts de son père, sans en posséder les qualités (4), n'avait tenu aucun compte des observations que M. Foucault lui avait adressées à propos de cette composition , qui paraissait n'offrir aucune garantie. Les Irlandais étaient de détestables soldats. Lorsqu'ils arrivèrent à La Hougue, au

(i) Mém, de Fouc, p. 278.

(2) Mém, du maréch, de Betnoîckt p. 336. >- Mém, de Villars^ p. àà (coll. Michaud, 8* sér., t. IX).

(3) Le Journ. d^un bourg, de Caen (ma t. III, ^ 8), donne le nom des bataillons français qui passèrent par Caen du 15 au 19 avril.

{h) On saK que Barbezieux était le fils de Louvois; né en 1668, il n*âtait alors que ^h ans.

mois d'avril (1), ils étaient sans souliers, sans bas, sans chapeaux et sans linge. Ils avaient vendu tous les effets qu'on leur avait fournis. Et, pour ajouter encore au désordre gui résultait de leurs habitudes d'indiscipline et d'intempérance, ils avaient failli manquer de pain pendant quinze jours. Les munitionnaires ^ qui ne craignaient plus les sévérités de Louvois (2), ne s'étaient pas pressés de venir au camp. M. Foucault dut subvenir, k leur place , à la nourriture des hommes.

C'est avec ces forces sans cohésion et peu sûres que Jacques espérait reconquérir son royaume. Il quitta Paris le 21 avril, accompagné du comte de Melford. Il voyagea à petites journées ; passa par la Trappe, près Mortagne^ y séjourna jusqu'au 23; coucha, le 24, à Caen, au palais de l'évêque ; s'arrêta pendant trois jours à TIle-Marie, chez le maréchal de Bellefonds, et, le 28, s'établit au camp de Quinéville, sur le bord de la mer, à une petite distance de La Hougue (3).

M. de Bellefonds (4) avait le commandement de l'expédition que les flottes réunies des amiraux de Tourville et d'Estrées devaient transporter en Angleterre.

Dans l'intervalle, on apprit que les Anglais faisaient de

(1) Les régiments irlandais avaient passé par Caen du 10 au 1 A avril (Joum, du bourg. ^ nis. t. III, f^ 8).

(2) Louvois élait mort subitement le 16 juillet 1691.

(3) Mém. de Fouc, p. 281.

{h) Louis-CIirislopbc Gigauli, marquis de Bellefonds, était maréchal de France depuis 1668. il était 1" écujer de la Daupbine; il avait épousé Harie-Ëmmanuel de Mazarin {lieg. du hur.^ 1700, 18 mars); sa mère était Madeleine Fouquet, dame de L*Armor, fltle d*un président du parlement de Bretagne. Il avait espéré ôire nommé gouverneur du donpliin, puis gouverneur de Paris. 11 fut déçu dans ce doub'e espoir. 11 avait commis la fiiute de s^attachcr ù M'** de La VaUièrr, alors que le crédit de M'°'* de Montespan était à son apogée. U avait subi une disgrâce passagère en 1G70 {Louise de La Vnlliérfy par J. iHir, |J. 20i).

grands préparatifs ; qu'ils étaient en correspondance avec les protestants du continent, et qu'ils projetaient une descente en Basse-Normandie. Ils avaient, disait-on, près de quatre cents voiles à leur disposition. Ces renseignements, transmis à Versailles par le maréchal, décidèrent le roi à ne pas attendre la flotte de Toulon, que les vents contraires retenaient, depuis deux mois, dans la Méditerranée, et à donner à Tourville Tordre d'entrer immédiatement dans la Manche, avec son escadre, et de combattre l'ennemi « fort ou'foible », partout oîi il le rencontrerait (1).

Tourville ne fit aucune objection. Froissé de ce qu'à l'occasion de sa dernière campagne, pourtant si glorieuse, la cour l'avait accusé d'éviter les batailles, il obéit strictement, plutôt en soldat esclave de la consigne qu'en chef toujours moralement responsable de ses actes. Il alla, sans hésitation, au-devant de Tennemi, dont il connaissait la supériorité numérique. Il ne put sortir de Brest que le 12 mai. Il avait trente-sept bâtiments. Le 25, le marquis de Villette le rallia avec cinq, et deux autres le rejoignirent le lendemain. Sa flotte comptait donc quarantequatre vaisseaux, plus onze brûlots, portant ensemble trois mille deux cent quatre-vingt-quatorze canons et vingt mille huit cents hommes (2).

On avait été informé en Angleterre du projet de Louis XIV et de Jacques, vers le mois d'avril. La reine Marie, en l'absence de Guillaume, parti le .5 mars pour la Hollande, donna immédiatement l'ordre de réunir les flottes dans la Manche. L'escadre de Cadix fut rappelée.

(1) Mém, du maréch, de Berwick, p. 396.

(S) àtém, du tnarquii de Villette fédit. de la Soe. de ChUu de Fraitee), |k ils et suiv. L'auteur donne la liste détaillée des vDtsseant avec leur armement et leurs équipoges. Diaprés Ledyard {Uitt, nav,, t, III, p. ,88), la (lotte française comptait 63 vaisseaux de ligne et 56 petits bâtiments.

Le 14 avril, le contre-amiral Carter avec cinq vaisseaux, reçut la mission de veiller à la sécurité des îles et d'y prendre des pilotes. Le 8 mai, la flotte hollandaise et la tlotte anglaise étaient réunies dans la baie de Ste-Hélëne. Informées de l'arrivée de Tourville, par un habitant de Guernesey, nommé John Tupper (1), elles quittèrent leur mouillage, et parurent, le 29, à la hauteur de Barfleur. Elles comptaient quatre-vingt-dix-neuf vaisseaux de ligne et trente-sept frégates et brûlots, et portaient quarante mille six cent soixante-quinze hommes et six mille neuf cent quatre-vingt-quatorze canons (2).

M. de Tourville fit le signal du branle-bas. Le vent était faible. La moitié de ses vaisseaux ne purent entrer en ligne. Le combat s'engagea verjs dix heures, et dura tout le jour sans résultat décisif. Les pertes de Tennemi furent sensibles. Pendant la nuit, neuf vaisseaux français furent entraînés au large. Les autres, lorsque la brume se dissipa, furent poursuivis par toutes les forces des alliés; la plupart avaient perdu leurs ancres et leurs chaloupes, et manquaient de munitions. Uamiral essaya de faire route à l'ouest, dans l'espoir de gagner une marée et de franchir le Raz-Blanchard (3). Vingt-deux navires y réussirent, et, sous la direction du vice-amiral de Pannetié, entrèrent heureusement dans le port de St-Malo. Les quinze autres, drossés par le courant, furent contraints de couper leurs câbles et de percer au travers de la ligne ennemie (4;.

(1) Hist, of GuerH,f par Duucan, p. 12A. — B. Tupper, 3ii8.

(3) Hist, nau,^ t. UI, p. 83 etsuiv.

(3) Le comle de Forbio, dans ses Mémoires (Coll. Micbaud, 3* série, t. IX, p. 256), déclare n'avoir jamais pu comprendre la raison de cette mancBUTre.

{h) Mim. du maréch» de Berwieh^ p. 337. Cet effet des courants dans le Rai-Blancbard est J)ieu connu dcsmarins. Dans un Mémoire sur les câteë. de France et d* Angleterre, rédigé, en i731, par Tingénieur de Caux, et dont nous parlerons phi9 loin, on conslalc que souvent Ips navires qui munqueiil Pliearc

Quatre d'entre eux Tinrent s'échouer devant Cherbourg, à rentrée de la fosse du Galet; ils furent brûlés le lendemain. Les dix qui restaient se réfugièrent dans la baie de La Hougue. Sept vaisseaux de la division du marquis de Nesmond les y rejoignirent et augmentèrent par là, « une a perte qui commençoit à être indubitable (1). »

L'amiral avait Tordre de ne rien arrêter sans avoir consulté le roi d'Angleterre, le maréchal de Bellefonds et M. de Bonrepos, intendant de la marine. Il se rendit donc à terre, le 31 mai. Le conseil se tint à St-Vaast. Le seul parti à prendre semblait être d'alléger les vaisseaux, en jetant les canons à la mer^ de les échouer aussi près que possible du rivage, et de les défendre à l'aide d'estacades et de batteries de terre. M. de Bellefonds s'y opposa (I en assurant que cela ne seroit pas du goût du Roy (2). » Il fut question d'armer cent chaloupes; mais on ne put s'en procurer. Le i'' juin, au matin, il n'y avait plus rien à faire. L'ennemi s'avançait avec cent cinquante embarcations, deux demi-galères, deux galiotes à rames et plusieurs brûlots soutenus par cent vaisseaux de haut bord.

On eut alors un spectacle lamentable. Les marins et les soldats ne songèrent plus qu'à piller et à fuir. La confusion et l'épouvante gagnèrent jusqu'aux troupes déterre. Le maréchal de Bellefonds ne donnait aucun ordre (3).

précise de la marée sonl rejetés à 10 eH2 lieues en arrière. C*est ce qui arriva ù Toiirville.

(0 Mém, du marq, de Vitlettet p. 133.

{ï) Ibid., p. \Zà.

(3) Eiécliiel Spanlieim le dépeint « comme un homme A>K entier dans ses « sentiments, eniêtè de ses airs et pen soumis naturellement aux ordres de la c Cour et aux volontés du ministère) et de plus d*une dévotion peu eompa- • tible avec toute la conduite qu'on tient dans la guerre présente, t [Retation de la Cour de Francet édit. do la Sçc, de l'hist, de Fr,^ p. 37 et 330. > CooCt Mém, du marq, de ViUetUt 1. 1, p. 3^ à la noie.

ET LBS DBRNIERS STUARTS. 371

L'intendant de la marine ne sortait pas de sa maison. Le roi d'Angleterre contemplait tout « avec la même tran- « quiliité d'esprit et sérénité de visage qu'il avoit fait c( parottre pendant la première action. » Lorsque Tincendie 'dévora nos vaisseaux, « il y assista comme à un feu d'ar* (c tiflce (1) », et, peut-être, avec une secrète satisfaction. Ses officiers eux-mêmes furent indignés de son attitude, et ne dissimulèrent pas le peu de respect qu'il leur inspi* rait Beaucoup d'entre eux se détachèrent de sa cause et se rapprochèrent du prince d'Orange (2).

Ce désastre'^ dont le souvenir est toujours vivant dans le pays , causa une impression plus profonde encore que son importance matérielle ne le comportait; car les 15 vaisseaux brûlés furent facilement remplacés, et les pertes de l'ennemi avaient été plus fortes en hommes que les nôtres. Mais, en voyant avec quelle incurie le roi avait été servi , le peuple se demanda s'il n'y avait point là une cause cachée (3). Il la chercha, et crut la trouver dans la connivence des protestants et des nouveaux convertis. Il y était autorisé par une lettre de M. de Pontchartrain, qui ,'à'la date du 7 juin , recommandait à M. Foucault de surveiller., ces deux catégories de personnes et de les

(i) Mém, deFouCt p. 201.

(2) Ibid.^ p. 289. — On Irouvc encore un récit du combat de La Hougne : i* dans un document conserTé aux Archives de la Manche {In^eni, som., série H, n« 2180) et portant ce titre: Journal de ee qui a etié faict depuit que Je mie arrivé à Cabba^t de Cherbourg, Dom Jean Bréard de LoDgmare en est Tauteur ; 2* .dans un pamphlet en hollandais, imprimée Amsterdam, en i602, et appartenant k la biblioth. d* Anvers [Uém, de CAcad. de Cherb. 1875, p. 367) ; et S», dans la Gaielte, 1692, n*» 23, 2& et 25.

(3) Voy. sur la question de responsabilité du désastre, Tarticlc publié dans IMum. buHeiiH delà Soc. de ChisU de Fr. 4877. p. 88; Tauteur la résout contre M. de Pontchartrain et en faveur de M. de Bonrepos ; Jacques II, dans ses Mém. (t. IV, p. SOS), fait tout retomber sur Tourvillel ..

avertir qu'elles seraient, le cas échéant, sévèrement châtiées (1). A Caen , les catholiques se proposèrent de mettre le feu aux maisons de ces prétendus complices de l'Angleterre. Le maire, les échevins et le commandant du château parvinrent k maintenir Tordre (2).

L'intendant n'avait que trop de penchant à sévir. Déjà, à son arrivée, en 1689, il avait été sur le point d'expédier une compagnie de dragons contre les protestants d'Athis, qui s'étaient réunis en assez grand nombre; et, en 1690, il avait obtenu du présidial une sentence de mort contre six nouveaux convertis qui avaient, avec quelques autres, chanté des psaumes. Hâtons-nous d'ajouter qu'il y eut commutation de peine , et qu'on se contenta d'envoyer les hommes aux galères et les femmes au couvent (3). Il est probable qu'en 1692 , il ne fut pas nécessaire de recourir & de telles rigueurs.

Quant à l'armée qui devait envahir l'Angleterre, elle fut conduite en Flandre, et y servit sous le maréchal de Luxembourg.

Le roi Jacques repassa à Caen , le 20 juin , et rentra à St-Germain. Il se consola en écrivant au célèbre abbé de la Trappe , Armand de Rancé, « qu'il acceptoit avec joie « les châtiments qu'il plaisoit à Dieu de lui infliger, et « que lui et ses sujets n'avoient pas encore assez souffert « pour leurs péchés ! (4j. » Louis XIV accepla-t-il avec cette édifiante et facile résignation la perte de ses marins et de ses vaisseaux ?

M. Foucault insista de» nouveau pour qu'on ne laissât aucun Irlandais dans le Gotentin, et qu'on se bornât à

U) Uém. de FouCf p» 293.

(8) Ibid,, ibid.

(5> Jbid., p. S70.

{à) Mém. de Jaequei //, t. IV, p. 310.

dislribuer, dans les villes et bourgs voisins du littoral, 3,000 hommes de troupes réglées et un régiment de cavalerie. Il insista, également, sur la nécessité de créer un port à La Hougue, ou, au moins, d*y faire quelques travaux de défense, dont Tévénement avait si bien démontré la nécessité. La question ne fut pas résolue ; un siècle s'écoula avant qu'elle ne le fût au profit de Cherbourg.

Pendant les mois de juin et juillet, plusieurs vaisseaux ennemis croisèrent devant nos côtes, y firent quelques descentes et détruisirent par le feu un certain nombre de maisons (1).

La victoire de Steinkerque (4 août 1692) consola un peu la France de son désastre naval. Le fils du maréchal de Bellefonds trouva une mort glorieuse sur le champ de bataille. Ce fut comme Texpialion delà défaillance du père dans les funestes journées de La Hougue (2).

(î) Mém, de Fouc, p. S9&.

(3) Le maréchal ne survécut que deux ans ù son (ils; il mourut le 5déc. 469Â.

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