CHAPITRE III
Conflit entre le gouvenieur et le bailli de Jersey. — John Hérault..— Edward Conway et W. Bird, commissaires royaux. — Leur mission et leur rapport au conseil privé. — État des châteaux de Jersey. — Leur ^mison. — La milice. — État de ragfricullure. *- L'Industrie des bas tricotés. -^ Division des héfitagef. -* I^a question rcligleuie. --- L'anglleaniame établi à Jersey« •<- Guemesey reste calviniste. — Le gouverneur lord Garew, — Lprd Dauby lui succMe. — Peter Osbom, lieutenant. -< Mort de Jacques I". — 1610-
Le règne pacifique de Jacques I" ne produisit pas plus d'événements extérieurs dans les îles que dans la Grande- Bretagne elle-même. Nous n'avons eu et nous n'aurons donc à mentionner, durant cette période, que des faits locaux qui n'ont qu'un intérêt relatif, mais qui, néanmoins, ne doivent pas être passés sous silence; car ils éclairent ceuxqui s'accompliront sous lé règne suivant.
Nous avons vu que^ de 1603 à 1610, la question religieuse et l'organisation administrative des îles avaient exclusivement fait l'objet des débats qui y occupèrent l'opinion : — à Jersey, le gouverneur, John Peyton, s'efforçant de substituer l'église officielle au calvinisme ; — à Guernesey, les habitants adressant au conseil privé leurs doléances sur les abus de pouvoir qu'ils reprochaient à Thomas Leighton, leur gouverneur. Nous avons dit aussi quelles réformes avaient été proposées, en 1607, par les commissaires royaux, et comment les ordonnances de Henri VII, relatives à la nomination des baillis, avaient élé remises en vigueur.
En 1611, le roi, par des lettres patentes du 28 juillet,
ET RIGHBLIBU. 30
donna à John Hérault la survivance de TofQce de bailli de Jersey possédé, depuis de longues années, par Georges PawleU gui se retira aussitôt. Lorsque le nouveau chef de la cour voulut prendre possession de sa charge, le gouverneur s'y oppofsa.sous le prétexte qu'il avaitî seul, en vertu de sa patente, le droit de nommer le bailli et les autres officiers publics de Ttle. II était certain, en effet, que, dans la formule délivrée par la chancellerie anglaise, était insérée une clause qui consacrait ce droit. La question fût portée devant le conseil privé. John Hérault présenta un long mémoire, dans lequel il rappelait que, de toute ancienneté et conformément à la Coutume de Normandie, le bailli avait toujours été à la nomination directe du souverain ; que ce principe avait été nettement proclamé par Henri YII, dans les lettres patentes du 8 mars 1404 et du 17 juin 1495, et reconnu sous Henri VIII, par un acte du parlement de la 27» année du règne (1536) (1) ; et que dès lors, la prétention du gouverneur était un véritable empiétement sur la prérogative royale (2). La réplique de John Peyton, remplie d'accusations perfides, ne le fit pas triompher. Le conseil^ par un ordre du 0 août 1615, maintint Hérault en paisible possession de son office , avec défense, à son adversaire ou à tout autre capitaine, de Vy troubler ou empêcher sous quelque prétexte que ce fût (3).
Cette décision ne termina pas la querelle. Le gouverneur renouvela bientôt ses dénonciations ; 11 alla jusqu'à insinuer que la loyauté et la fidélité d'un homme, né dans cette partie du royaume si voisine de la France et ancienne dépendance du duché de Normandie, pourraient n'être
(i) V. Mip., t. III, p. 167.
(2) A GmtUu hist,, p. S&5.
(8) Ibid^ p. SS4. Dur«U sur nille a trenierlt cette décision, p. SSi.
pas à Tabri de tout soupçon, et ne seraient, en tout cas, garanties par personne (1). Uîle fut, de plus belle, en proie à la discorde. Le gouvernement eut recours à Texpédient ordinaire. Il envoya deux commissaires, au mois d'avril 1617, avec mandat : 1^ d'inspecter les châteaux ou forteresses ; 29 de signaler les réformes qui seraient à introduire dans Tadministration militaire et civile; et 3" de redresser les abus qui s'étaient introduits dans Texercice du culte (2).
Ces commissaires étaient sir Edward Conway, chevalier, et sir William Bird, docteur es lois et l'un des maîtres de la cour de chancellerie. Nous résumons rapidement, d'après les extraits que nous en donne M. Le Quesne, dans son excellente Histoire constitutionnelle^ le rapport qu'ils adressèrent, au mois de janvier 1618, au conseil privé (3). Ils commencèrent par l'inspection des deux châteaux. Ils y firent l'inventaire de l'artillerie et des munitions. Ils constatèrent qu'il y avait 20 soldats au château Elisabeth et 19 à Montorgueil» qui recevaient une paie ; mais que, d'ordinaire, il ne restait, la nuit, dans chacune de ces places, que huit soldats et^ quelquefois, un peu plus ; que le gouverneur, depuis plus de trois ans, réduisait la solde de ces hommes de 16 shellings par an, afin de les punir, disait-il, de leur négligence dans leur devoir, et qu'il profitait personnellement de cette retenue ; que, de plus, un certain nombre d'autres soldats, que le gouverneur appelait surnuméraires, ne recevaient que demi-solde, pen-
(1) ConiUtJtitt,, p. 251.
(3) Calend, of state papers, Dom. sir, James I, t. H, p. àà5. Lettre du 13 mars 1617. « Sir Ed. Conway is appointed to reriew tbe isltfnd of Jersey for • redress for abuses in religion, >
(S) CoMttih /i»r., p. 269 et sui?., Calend,, sap. cit., t. II, p. 511. Lettre du comtf d'Arundel à Ed. Conway, du S janr. 1618,
dant un ou deux ans, et jusqu'à ce qu'ils fussent réputés suffisamment au courant du service.
On ne savait comment, dans les premiers temps, la solde était payée ; d'abord, elle Tétait en vivres et en fournitures ; depuis, elle avait été fixée à 5 shellings par jour, non compris rhabîllement. Sir W. Raleigh avait supprimé ce dernier article, et donnait à chaque homme 8 livres par an.
Avant la construction du ch&teau Elisabeth, la garnison de Montorgueil s'élevait, en temps de guerre, à 60 soldats environ. Il y avait, en outre, devant la porte principale, un corps de garde où 12 miliciens veillaient chaque nuit ; ils recevaient 5 shellings et 6 pences un quart. Par Tordre de Raleigh, le corps de garde avait été démoli.
Le conseil statuant sur cette partie du rapport, décida que la sécurité de Tlle exigeait qu'une garnison de 30 hommes au ch&teau Elisabeth, et de 20 à Montorgueil, plus le maître portier et le maître canonnier, fût constamment entretenue et logée dans l'intérieur de ces deux places ; que chaque homme serait payé, tous les mois, à raison de 6 pences par jour ; que le corps de garde de Montorgueil serait reconstruit, et, enfin, que les officiers et soldats seraient recrutés en Angleterre et dans le pays de Galles.
Ce dernier détail impliquait une certaine défiance du gouvernement envers les insulaires ; il s'expliquait par Tétat déplorable dans lequel on avait laissé tomber la milice. Cette institution remontait fort loin ; elle avait été, pendant longtemps, la seule force que les îles eussent à opposer à une attaque du dehors. Au commencement du XVII® siècle, la milice comprenait, à Jersey, un effectif de 1,956 hommes, qui aurait pu s'élever à 2,675 ; à Guernesey, elle comptait 1,157 hommes (1). Mais, d'après les
(1) HUt, of Guemeti^f by Brock Tupper, p. A68» — ConitU* hUu, p. S78.
commissaires» elle était mal armée et n*avait aucune instruction militaire. Il résultait de tout cela que les îles étaient loin d'être à Tabrl d'une invasion, et qu'il était urgent de réorganiser une troupe qui, bien exercée, bien armée et bien commandée, défendrait facilement, contre deux ou trois mille ennemis, le pays déjà défendu par la disposition des champs, entrecoupés de banquettes ou de fossés, et de chemins étroits et à peu près Impraticables (1).
Quant aux deux forteresses de Jersey, elles présentaient des Inconvénients et des avantages que signalait le rapport. Le ch&teau Elisabeth offrait aux habitants de St- Hélier, en cas d'attaque, une retraite oîi Ils pourraient attendre l'arrivée d'un secours d'Angleterre ; mais II serait nécessaire, pour parer à tout danger, de comprendre dans les fortifications l'îlot entier, sur lequel l'ancienne abbaye avait été construite, La colline qui domine la ville devrait aussi être fortifiée et occupée par une force suffisante (2). Le château de Montorgueil, quoique susceptible de protéger la partie orientale de l'Ile, était dominé par des hauteurs sur lesquelles l'ennemi pourrait établir des canons qui rendraient la résistance impossible.
Après s'être ainsi occupés de la situation militaire, les commissaires portèrent leur attention sur les difficultés qui s'étalent élevées entre les autorités civiles ; ils s'efforcèrent de renfermer, dans leurs limites respectives, les attributions du gouverneur et du bailli.
La prospérité des îles laissait beaucoup à désirer. L'agriculture y était en décadence ; on en attribuait la cause
(1) Canstiu InsL^ p. 385. Acte du 20 9o(lt 4691, dlé par M, LeQuesne. Les chemins ne furent remis en bon état que sous Padministration du gou- Terneur, le général Don, de 1803 à ISU.
()) G*eit la colUne sur laquelle 8*élère auJourd*liui le fort Régent.
principale h une industrie qui occupait la majeure partie de la population, et qui constituait TarLlcle d'exportation le plus important avec le Cotentin et la Bretagne (1). Il s'agissait de la confection des bas tricotés. On prétendait que le gain produit par ce travail facile, qu'on apprenait dans les écoles, détournait les hommes eux-mêmes du labourage, et leur donnait des habitudes d'indolence et de paresse. A cette cause, on en joignait une seconde. Le nombre des navires à voiles et pontés était, à Jersey, d'environ quarante, sans compter une quantité d'embarcations plus petites. Or, ce nombre dépassait de moitié celui que les nécessités du commerce exigeaient. Il arrivait alors que les patrons et capitaines, cherchant l'emploi de leurs bâtiments, rapportaient, des marchés du dehors, des denrées et objets de toutes sortes, qu'ils vendaient à un prix inférieur à celui que les agriculteurs étaient obligés de demander; ou bien trafiquaient, à leur grand profit, avec la Normandie et la Bretagne, grâce aux troubles qui régnaient en France, et, surtout, au traité de commerce qui avait été conclu avec ce dernier pays en 1606 (2). Les jeunes gens étaient ainsi encouragés à se faire marins et à délaisser le labourage (3).
Au XVIP siècle, on admettait difficilement qu'il y eût une autre source de richesse et de bien-être que la culture du sol. Les États de Jersey, partageant cette idée économique, s'efforcèrent d'apporter des entraves à l'industrie
(1) Lorsque, en 1637, la poix fut rompue arec la France, rimportation des bas fat prohibée. Les habtlanU de Guernesey adrcssôrent au conseil une p6lîlion dans laquelle ils déclaraient que cette mesure cotrainoU leur ruine, la confection des bas étant leur unique ressource. (Ext. de J. D. W. Utermarck, commnniqué par Sf. Mac Culloch. Voy. aussi Hist of Guem,, par B. Tupper, p. «87, 2* édit.)
(2) Rymcr, t. VU, 2* partie, p. 150 et sui?. (Voy. lup., t III, p. 071.)
(3) An accounty etc., p. 100 et notes de Dorell, n"« 78 et itA.
qui assurait la vie de la moitié des habitants, et qui donnait lieu à une importation considérable des laines d'Angleterre. Par un premier acte, du 19 juillet 1606, ils défendirent, sous peine de subir, dans le château, un emprisonnement au pain et à Teau, de fabriquer des « chausses d'estame » pendant le temps de la moisson (1).
Le 21 avril 1608, ils renouvelèrent cette défense. « Pour « aultant, portait Tacte, que partie de l'occasion de Tes- « carcité (rareté) des bleds provient du défault du « labouraige, en ce que les laboureurs ne sont point « pourveus d'aide aux saisons nécessaires de leurs labou- « raiges, parce que plusieurs personnes vallides et puis- « sants s'occupent à l'œuvre des chausses, desdaignant le « labouraige, les aultres mendiants, qui aultrement pourri roient travailler : A ces causes il est trouvé expédient « que l'œuvre des chausses et de môme espèce, cesse en « toute nie durant les saisons du vraie et de Taoust entre tt toutes personnes au dessus de 15 ans, sur peine de « forfaicture de l'œuvre qui sera trouvée en leurs mains « durant les dites saisons ; et commandé d'aider aux « laboureurs esdites saisons au prisz ordinaire , sous « peine de telle pugnition qui sera jug'ée par justice (2). »
Ce règlement n'eut pas reificacité que les États en espéraient La misère ne fit que grandir. Les jurisconsultes et les économistes jersiais pensèrent que Textrème division de la propriété foncière pouvait être, autant que le tricotage des bas, un obstacle à la bonne culture de la terre. C'était aussi, nous l'avons vu (3), l'opinion de sir William Chamberlain, le seigneur d'Aurigny. En 1617, le conseil privé fut prié d'autoriser des substitutions qui
(1) Constit. hitt,^ etc., p. 287.
(2) Darell, sur Falle, p. 362, note 73. (8) Voy. 8op«, t. m» p. 060.
rendraient impartageables, entre les ayants-droit, les héritages qui y seraient soumis. Un ordre du 29 juillet 1(510 répondit à celte requête. Les substitutions furent permises jusqu'à concurrence de 100 quartiers de froment, mesure de Jersey, Nous n'avons pas besoin de dire que ce second remède n'eut pas plus d'action que le premier; qu'il ne reçut, d'ailleurs, que de rares applications, et que, bientôt, on reconnut que la division de la propriété, loin d'avoir les inconvénients signalés, était, avec la liberté de l'industrie et du commerce^ l'une des conditions de la prospérité des îles (1).
Les commissaires avaient réussi à ramener, sinon à la conciliation, du moins à l'observation plus exacte des règles constitutionnelles, les autorités administratives et judiciaires de Jersey. Ils eurent, comme leurs collègues, en 1607, beaucoup moins de succès sur le terrain religieux.
La querelle entre les presbytériens et les anglicans avait continué, en redoublant de vivacité. Les premiers étaient les plus nombreux ; mais ils avaient à lutter contre le gouvernement central et contre les préférences bien connues du roi; de plus, ils étaient divisés entre eux, et s'étaient rendus peu sympathiques aux classes populaires, par leur système d'intolérance et d'inquisition (2).
Nous avons vu qu'en 1604, ce qui avait donné lieu au dissentiment entre le clergé et le gouverneur, avait été la nomination, par ce dernier, à l'une des cures de l'île, d'un titulaire non agréé par le colloque. En 1613, le même fait s'était reproduit. Sir John Peyton avait appelé, à la cure de St- Pierre, un Jersiais, nommé Elias Messervy, qui avait été ordonné par un évêque anglican. Le colloque protesta
(1) ConttU, kitU^ p. 289 et suiv.
(2) An aecountf etc., p. 201.
et chargea quatre des ministres en exercice» parmi lesquels était le ministre de St-Brelade, David Bandinel ou Bandinelli, d'obtenir, du conseil privé, le maintien de la discipline existante. Cette démarche provoqua une démarche contraire de la part du gouverneur et des États, qui produisirent une pétition revêtue de nombreuses signatures, dans laquelle ils sollicitaient l'adoption officielle du Livre de prières et le rétablissement de la juridiction épiscopale.
Uaflaire fut soumise à Texamen d'une commission composée de l'archevêque de Gantorbéry, de lord Zouch et de sir John Herbert, le principal secrétaire d'État. La commission décida que^ pour ramener la paix et le bon ordre dans l'île , Sa Majesté devait rétablir l'office de doyen, et que les députés du clerçé s'entendraient aveo leurs confrères, et rédigeraient un nouveau corps de canons ou constitutions, qui serait conforme à la liturgie de l'église d'Angleterre, autant que les lois et usages du pays le permettraient, et qui serait soumis au contrôle de commissaires que le roi désignerait.
En 1618, une ordonnance royale, du 14 juin, invita le gouverneur et les États à proposer à Sa Majesté une liste de trois candidats sur laquelle elle choisirait et nommerait directement le doyen. Ce fut Bandinel qui, à la date du 8 mars 1619, fut préféré quoiqu'il eût été l'un des plus fervents adeptes du presbytérianisme, et qu'il eût été chargé d'en défendre la cause devant le conseil. Mais il était d'origine italienne, ambitieux et intrigant. Il expia, nous le verrons plus tard, par les agitations de sa vie et par de dures épreuves, ce que ses anciens coreligionnaires regardèrent comme une apostasie.
Quant aux canons, dont l'établissement avait été recom-
(1) A comtU, hisUi etc., p. 171.
ET RIGHELIBU. 47
maDdé par la couronne, ils furent délibérés et rédigés par les ministres devenus anglicans (i), après avoir été soumis au contrôle de Tarchevêque de Cantorbéry, assisté des évoques de Lincoln et de Winchester, et approuvés par l'ordonnance du 30 juin 1623. Us consacraient la conversion définitive de Jersey à Téglise établie, et sa dépendance hiérarchique de Tévôché de Winchester (2).
Guernesey ne suivit pas cet exemple. Une tentative fut faite» h Tinstigation du secrétaire du conseil, Galvert^pour y rétablir le doyen; mais, sur les explications données au roi, Sa Majesté décida qu'il ne serait pas donné suite à cette proposition et qu'aucun changement ne serait introduit dans Torganisation de Téglise (3). Le calvinisme se maintint donc longtemps encore dans Tlle, où les dissidents de Jersey trouvèrent un refuge. L*un des députés de 1613, Samuel de La Place, recteur de Ste-Marie, auquel on avait promis le décanat, s'y retira, et y devint Tun des plus ardents partisans du parlement révolté contre Charles P^
Le gouverneur, lord Carew, était loin, d'ailleurs, d'avoir le zèle de prosélytisme de son collègue. Il ne résidait pas dans File. Depuis sa nomination» il avait presque constamment s^ournè en Savoie. Il correspondait de là avec
(1) farml les noms des mlntslrcs des douze paroisses de iMie, î) ne s'en ren« waire «ucuti qui soit Angtttis. {A conttu, Adl», fk 577, noie XL.)
(I) FiUe» p. S02. Par innStOtion, on autorisait les insuliiras à ne pos adopter la surplis, le signe de croix dans lobaplèma et radminist ration do la oène à genoux, ainsi que Tempereur Cbarles-Qulnt Tavait permis par l'acte célèbre, appelé Intérim, pour apaiser les troubles religieux de rAUemagne en
(3) Raiiom données par lord Danby contre U changement de la discipline de CÉglise aujourd'hui observée dans CUe^ (Pièce sans date, mais postérieure ft la mort de Jacques I*' , ap. Oabome^s mss. Communication do M* Mac CoUoch.)
48 LES PREMIERS STUàRTS
son lieutenant, sir Amîce de Carteret. Il revint en Angleterre, en 1616, avec l'intention de visiter Guernesey, et, dans une lettre qu'il écrivit à cette époque (17 avril), il annonçait qu'il s'occuperait d'envoyer au château Cornet tout ce qui serait nécessaire en munitions et en provisions (1). Mais l'année suivante, il était déjà retourné audelà des Alpes^ et mandait à son lieutenant, au mois d'avril 1617 (2), qu'il était heureux d'apprendre que l'île jouissait de la paix, alors que ses voisins de France étaient « en combustion »» et qu'il était très-important de surveiller avec attention ce qui se passait de ce côté. Il ajoutait qu'il déplorait Tétat de discorde dans lequel la rivalité de John Peyton et du bailli Hérault avait jeté Jersey; qu'en ce qui le concernait, il ne pouvait rien dire de la question religieuse plus que n'en savait son correspondant, jusqu'au retour du roi qui, sans doute, ferait connaître sa volonté ; — qu'au surplus, il avait engagé Sa Majesté à recevoir gratuitement, dans l'un de ses collèges, quelques enfants de l'île, qui seraient instruits en conformité de ses désirs; — ce à quoi Sa Majesté avait gracieusement consenti.
Le 13 février 1620, lord Garevir n avait pas encore quitté la Savoie ; car, dans une lettre adressée aux membres de la cour, il leur recommandait de prescrire toutes les mesures de défense que les événements du continent comportaient (3). Cette même année, il résigna ses fonctions de gouverneur. Son successeur fut Henry, lord Danvers, comte de Danby, qui prit comme lieutenant sir Peter
(2) LeUre datée deGreenwich du i7a?rHl6i6. (Ap. BrockTupper, p. 18â.)
(3) Lettre datée de Savoie le 9 ou le 17 avril 1617 et reçue à Guernesey, le 6 maU (Âp. Cuillers mss. et Brock Tupper, p. 18Â.)
(1) Cette lettre en français, partie le 13 février de la Savoie, était parvenue le 22 mars à Guernesey. (Guille's mss. Communication de M. Mac CuUoch.)
Osborae, son beau-frère (1), auquel il fit obtenir, en 1621, la survivance de son office. Sir Peter Osborne fixa sa résidence au château Cornet. II lui était réservé de remplir, dans l'histoire des îles, un rôle d'une grande importance. Les dernières années du règne de Jacques ne furent pas exemptes de vicissitudes et de tracasseries. Le pauvre roi, infatué des idées d'absolutisme empruntées à ses prédécesseurs, les Tudors, n'avait ni l'énergie , ni la rectitude de jugement, ni l'autorité qui lui en auraient rendu l'application possible. Dominé par son insolent favori, le duc de Buckingham, il ne comprit pas que les temps étaient changés, et qu'il fallait, désormais, compter avec une puissance nouvelle, avec le parlement qui devenait le représentant et l'interprète des passions et des préjugés de la nation. La haine des masses contre le catholicisme était dans toute sa force ; Jacques sembla la braver en persistant à choisir la femme de son fils dans une famille royale catholique. Ce projet, avant même d-être réalisé, l'entraîna dans la guerre continentale» contrairement à ses sentiments pacifiques les plus persistants. Mais il n'était plus là lorsque survint la tourmente. Il mourut le 27 mars 1625. Il léguait: à son fils, la lourde tâche sous laquelle l'infortuné Charles I"' succomba; — et à son royaume 9 les ferments d'une révolution qui n'épargna même pas les lies normandes, protégées, jusque-là, contre ces tristes catastrophes par leur origine particulière, leur esprit d'indépendance et leurs vieilles institutions.
(1) Warbarlon, p. 32. Brock Tupper, p. 217. Lord Carew mourul en 1630. [CaUHd, of st. pap, Ch, I*% U IV, p. 387.)
50 LES PRBMISRS STUA.RTS