CHAPITRE V
Élats proTîncîaax de 1629. — Leurs remontrances. — Les gens de guerre dans le Colentin. — Les archers du seL — Émeutes à Coutances, Gaen et Rouen. — Êlat du clergé. — Léonor de Matignon, évéque. -- États de 4633 et 163^. — Établissement des intendants. ^ Émeute à Caen. — Inlervenlion du bureau des finances. — États de 1638. — Leurs grieÊ». — Érection d'une cour des aides à Câen. — Ordonnance de 1639 sur la gabelle. — 163S-1689.
La réduction de La Rochelle ne mit pas un terme aiix cabales et aux factions de la cour, mais elle assura k Richelieu cet ascendant sur l'esprit du roi, qui lui permit, jusqu'à la fin de sa vie, de braver toutes les attaques et toutes les haines , de briser toutes les résistances , de disposer en maître des forces vives de la France, et, enfin, d'accomplir son œuvre. L'histoire nous apprend ce que cette œuvre, qui fut glorieuse, puisqu'elle fonda lunité nationale, a coûté de sacrifices et de souffrances au pays. La vie provinciale fut profondément modifiée. Sous le joug de Tabsolutisme, Taristocratie nobiliaire, la magistrature et la finance courbèrent également la tète. Ce qui
restait d^indépendance locale fut bientôt étouffé. Entre le pouvoir et le peuple , il n'exista plus aucun intermédiaire propre à modérer les exigences de l'un et à diminuer les froissements de Tautre.
Les États de Normandie n'avaient pas été convoqués en 1628 ; ils le furent au mois de décembre de Tannée suivante. Us ne firent que reproduire , avec plus d'amertume, les plaintes qui semblaient stéréotypées dans leurs cahiers, tout en. proclamant, dans leur style habituel, que le roi, << couronné de lauriers par tant de triomphes, tf était non-seulement fils , mais semblable et vrayment < lieutenant en terre du Dieu vivant (1). » Seulement, les tailles étaient toujours aussi excessives; les agents du fisc aussi innombrables et aussi âpres au gain; la gabelle aussi vexatoire; les gens de guerre aussi indisciplinés; les chemins , ponts et passages aussi rompus et effondrés^ et les maladies contagieuses , engendrées par les privations, aussi fréquentes et aussi meurtrières (2). Les registres du bureau des finances renferment de tout cela le témoignage officiel (3).
Le Gotentin, pendant le temps où Ton y redoutait une
(1) Cak. du £<., L II, p. 162.
(2) Nous ne pourrions, sans tomber dans des rediies fastidieuses, donner ici les eilraits des registres qui indiquent que ces maladies étaient devenues endémiques dans le Cotentin. Ainsi, en 1630 et années suirantes, elles a?aient éclaté à Périers, St-Lo, Torigny et villages voisins, Les Oubeaux, VMouville, Ste-Sutanne, etc. {Reg, du bur,\
(S) Sur les doléances relatives aux officiers de la prévôté, dont la suppression était demandée, nous trouvons une mention qui nous apprend que, par des édils de janvier 4629 et mai 1631, ces officiers, c*est-à«dirc les prévôts généraux et particuliers, visbaillis et vissénéchaux, prendraient désormais le titre de chevaliers du guet, C*est ainsi quMls furent supprimés (Aitfa. Calv.» lettres pat. du 11 mars 1634. Pièce détachée et intercalée dam le reg. du bur. de 1658, P> 466).
descente des Anglais, avait été accablé de logements de gens de guerre et de subsides d'étapes. A St-Yaast, où ce fléau s'était abattu au commencement du mois de juillet 1627, beaucoup d'habitants , dont les meubles avaient été brûlés et les maisons pillées, avaient abandonné le pays (1). M. de Matignon avait ordonné une levée de 121,684 livres pour les étapes; et, sur cette somme^ les seuls régiments des capitaines de Torîgny et de Croisy, avaient touché 30,684 livres (2). A Pontorson, les bourgeois, en vertu d'ordres du roi et du duc de Longueville, avaient fourni au régiment du baron de Canisy 3,522 liv. 16 sols 1 denier, dont ils demandaient le remboursement (3). Ce n'était pas tout, aux étapes venaient s'ajouter les fournitures militaires. Ainsi, la généralité de Caen était imposée, en 1630, k 20,000 n habits, souliers et au- (( très nécessitez aux soldats servant en Italie (4). »
Observons ici, en passant, que cette contribution des étapes n'aurait pas dû atteindre un grand nombre des paroisses du Gotentin, celles qui sont situées sur les côtes maritimes, et qui, étant, par là môme, astreintes au guet et à la garde de mer, étaient, de temps immémorial, exemptes du logement des gens de guerre. Le fisc avait volontiers oublié cet ancien privilège, elles États avaient omis de le revendiquer. Ce furent les habitants de Séno-
(1) lieg, du bur,^ anu. 1639, [• 26.
(2) Ibid,^ aun. 1628, ^ 112.
(3) /Wrf., ann. 163!, f» AO. Cah, des fif., l. II, p. 323. Les bour. geois de Pontorson alteodireDt ce remboureemeot jusqu'en 1G36 {Reg, du 6ttr., ann. 1636, MIS).
(à) Reg, du bur,^ ano. 1630, f lôO. Les bourgeois de Mortain se plaignirent, à celte occasion , de ce que les taillables de Tinchebray et de St-Hilaire-du-Uarcouet, qui ne supportaient pas comme eux les charges d« grand passage de Bretagne, avaient été affranchis de cette cootribution (même rcg., f« 171).
BT RICHELIEU. 7j
Tille, dans la Hague> qui s'en souvinrent les premiers. Ils présentèrent, au mois d'octobre 1637^ une requôte au bureau des finances, aux fins d'obtenir la décharge de la somme de 143 livres, à laquelle ils avaient été taxés pour rentretien de la garnison de Valogoes. Ils justifiaient, par certificats du capitaine garde-côtes et du lieutenant de Tamirauté , qu'ils fournissaient, alternativement avec les paroisses de St~Paul-des-Sablons et de Baubigny, dix hommes qui faisaient le guet de nuit et de jour ; qu'en outre, ils étaient soumis ^des montres mensuelles, et que ce double service les avait toujours affranchis de la taxe des étapes. Le bureau reconnut le bien fondé de cette réclamation (1). L'exemple ne fut pas perdu ; on vit bientôt les paroisses du littoral présenter aussi leurs requêtes, en invoquant le précédent fourni par l'élection de Valognes (2). Du reste, le pays ne gagnait rien à l'exemption des paroisses sujettes au guet de mer, car les taxes dont elles étaient déchargées étaient reportées sur celles du plat-pays (3).
Les documents auxquels nous empruntons ces détails» nous apprennent aussi que les ponts qui reliaient les routes les plus importantes exigeaient, depuis longtemps, des réparations urgentes, ou même une reconstruction complète. Les ponts de Cherbourg, de Carentan, de St- Fromond, de Ménivitey, de Coutances, etc., étaient en
(4) Reg. du bur,^ année 1637, r> li à la date du 30 octobre (voy. sop., U III, ]!. 831).
(5) En 1638, nous trouvons dans le Registre, les requêtes des paroisses soifantes : Bemîèrcs-sur-Mer (f" 16), Coui'seuUes [t* 53), Ouistreham, St-Aubin-d*ArqucnQy, Colleville, Lion, HermanTille, Plumetot, Cresserons et BéoouvUle (f> 62 verso), Ravenoville, Foucarville, Sl-GennaiD et St-Marlin de Yarrcville et Aadouville (0 80), GeObsse-eo-Bessîn (f* 91), Langrane (f 93), etc.
(3) Reg^ du bur:^ loc. sup. cit.
ruines, et les trésoriers généraux, qui avaient les travaux publics dans leurs attributions, multipliaient les délibérations, les visites, les devis et les adjudications (1).
Les rigueurs des archers du sel croissaient en proportion de la détresse des campagnes. Les paysans du littoral, qui, ne pouvant plus acheter cette denrée, dont le prix venait d'être surchargé de 6 livres par minot, essayaient de la remplacer par de Teau de mer ou par de Técume des chaudières, étaient jetés en prison, ou s'estimaient heureux quand ils n'avaient que leurs vases brisés (2).
A ces plaintes, le gouvernement ne faisait jamais que la môme réponse : — celle que nous avons déjà reproduite plusieurs fois. — Le roi avait la meilleure intention de soulager ses pauvres sujets; mais l'état présent de ses affaires ne le lui permettait pas. En 1629, il fit mieux ; il ne répondit que quatre ans plus tard (3).
Le dénûment et la crainte de la famine, inspirée par de mauvaises récoltes et le prix élevé du blé. — le boisseau était à 59 et 60 sous»— entraînaient les classes populaires à sortir, parfois, de leur sombre résignation. Nous avons vu qu'à Rouen et à Cou tances il y avait eu des émeutes en 1623 (4). Elles se renouvelèrent, en 1628, à St-Lo, à l'occasion delà taxe sur les cuirs (5). Gaen eut la sienne au
(i) Reg, du bur„ 16S1, f" 432, d63Â, f* 135 et 156, etc. Le pont de Boulgate à Corbon, qui mettait en communication la Haute et la Basse- Normandie, dont il faisait la limite séparative, fut aussi reconstruit & cette époque (lieg.^ i63à, ^ 143).
(2) Cah. des Et,, t. Il, p. 154 et 373.
(8) f^.,ibid., p. 194.
(4) Voy. 8Up., p. 83.
(5) Reg. see», t. XX, ^ 49. - Janr. 1628. — Cah. des Et., t. lU, p. 218. La sédition des tanneurs eut aussi lieu à Rouen en 1628 et en 1634 (ffi«(« du parU, t. IV, p. 538).
mois de mai 1630 (1). Deux vaisseaux chargés d'oi^e, ap. partenantà deux commerçaats de la ville, un sieur Jean Marie, dit Treuilly, et une dame Garbonnet, furent pillés. On opéra sept ou huit arrestations. Le lendemain, Témeute recommença. Le 27, comme Ton menait les condamnés faire amende honorable, la foule se rassembla place St- Pierre et tenta de les délivrer. Les trente soldats qui les escortaient s'y opposèrent. Les séditieux se jetèrent alors sur la geôle , en rompirent les trois portes et firent évader un grand nombre de prisonniers, « tant pour le criminel * que pour le civil. • Delà, ils allèrent au Bourg-l'Abbé, et y saccagèrent les maisons de Jean Marie et d'un négociant anglais, nommé Yaubourt (2). Le parlement envoya deux conseillers pour assurer Texécution de Tarrêt qui avait été rendu le 16 juin.
Les entraves mises au commerce et à Tindustrie par des taxes excessives, Tintroduction des marchandises anglaises et les formalités vexatoires, qui ne profitaient qu'aux titulaires d'offices, excitaient, chez les artisans de tous les corps de métiers, des émotions analogues. — C'est ainsi qu'au mois de juillet, les compagnons drapiers firent, dans diverses localités, quelques manifestations tumultueuses (3), et que, vers la fin de l'année, les cultivateurs du Val-de-Saire furent obligés de présenter requête au parlement et d'attendre de longs mois pour être autorisés à exporter par mer « quantité de pois et de fèves qui sont « du crû du pais (4). » Le commerce maritime" tout entier protestait contre les ravages exercés par les pirates bar- Ci) La récolte de 1630 s'annonçait comme trës-mauTaisc (Cah, det ÉU^ t n, p. i79}.
(2; Reg, i«c., t. XX, f* 142. — Journ. de Le Marchand, P ikh, (8) Jbid., ma., ^ 157. Lundi 15 juillet 1630.
{h) Ibid.^ ibid., ^ 182. La date de Parrêt ordonnant une enquête est du landi 23 déc. 1630.
74 LES PREMIERS STUÂRTS
baresques sur les côtes normandes. Depuis une ou deux années, plus de cent navires avaient été pris, et plus de quatre mille hommes emmenés captifs à Alger, à Tunis et au Maroc (1).
L'état moral de la contrée ne s'était pas plus amélioré que Tétat matériel. A la mort de Tévèque Nicolas Bourgoing, arrivée en 1625, après un court épiscopat de deux ans, le siège avait été donné au plus jeune fils du comte de Matignon, — Léonor, baron de Saint-Lo. C'était un jeune homme de vingt ans à peine, et qui, depuis quelque temps déjà, était abbé de Torigny et de Lessay. L'illustration de sa famille lui avait tenu lieu de titres (2). Nous devons dire, néanmoins, qu'il ne se fit sacrer que dix ans plus tard environ, et qu'il se montra administrateur éminent. En attendant, son diocèse, laissé à Tabandon, fut, suivant l'abbé Le Franc, <* comme le champ des paresseux, « couvert de ronces et d'épines. » Le clergé était tombé dans le plus grand relâchement ; « les uns se faisaient « marchands, d'autres journaliers, quand ils étaient pau- K vres, et consommaient leurs bénéfices en jeux et fes- « tins, lorsqu'ils étaient riches (3). •»
Le diocèse voisin présentait le même spectacle. Un grand nombre de prêtres du comté de Mortain avaient des concubines, fréquentaient les tavernes et s'en trebattaient dans les églises (4). D'autres ravageaient les récoltes avec leurs chiens et leurs chevaux de chasse, et maltraitaient
H ) Cah. des Éu, t. II, p. 409.
(3) Tottstain de Billy (Hist, des évêques, etc., ms., f** 1565), fait remonter, diaprés un ms. de l'abbaye de St-Âubin-des-Bois, les Goyon Matignon au IV* siècle, au temps de l^empereur Maxime et du roi breton Conan Mériadec, et le nom de Matignon, d'après le même auteur, vient de Matibern ou MatiniOt clief des chevaliers bannerels qui accompagnaient le roi ?...
(S) Ms. de rabbé Le Franc, f* IGl.
{à) Arch. de la M., sér. A, n»* 523, 523 et 536.
ceux qui essayaient de leur résister (1). Le clergé régulier ne i^ivait pas beaucoup mieux (2).
Ce tableau lamentable paraîtrait chargé de trop sombres couleurs, si des documents authentiques n'eu attestaient la stricte vérité. On rendait le premier ministre responsable de toutes ces calamités publiques. La cour était plus que jamais livrée aux intrigues. La reine mère et le duc d'Orléans, vaincus par leur adversaire dans la Journée des dupes (il nov. 1630), s'étaient retirés : la première à Bruxelles, et le prince, dans son apanage. Les seigneurs recommençaient leurs complots, et ne reculaient même pas devant la pensée de livrer à l'ennemi l'entrée de la France. M. Gédéon de Magneville, baron de La Haye-du- Puits , soupçonné d'être l'un des agents de Monsieur, frère du Roi, fut arrêté par Saint-Clair-Chergot et enfermé dans le* château de Caen; il n'en sortit que le 5 janvier 1633, après deux ans de captivité (3).
Le Cardinal exaspéré devint alors ce despote impitoyable qui fit « faucher » les plus hautes têtes de l'aristocratie^ et porta à la féodalité son dernier coup. Tout céda. Nous nous trompons. Les États de la province, qu*on laissa se réunir en 1633 et 1634 (4), eurent le courage, sous Tinfluence du tiers-état, qui en était l'élément actif, de formuler, dans leurs cahiers, leurs sentiments de mécontentement et de déception.
Dans un lit de justice tenu avec une grande solennité, le 18 janvier 1634, le Cardinal avait déclaré que le roi
(1) Arcb. de la M., sér. A, ii« 602.
(2) Ibid., sér. H, o" 21à7, 2i50, 2159, elc A celle époque, le gouvernenr de Cherbourg élail Hervé Le Berseur, s^ de Fonlenar, Sl-Marcouf et Lilefaairc (ù« 2158).
(8) Mis. de M. de Qium^ d» 102 (Bibl. de Caen).
Le cahier de 1633 n'a pu être retrouvé {CcJu de» £<•, t. III, p. 165).
76 LES PREMIERS STUÂRTS
voulant voir son peuple, « qui avoit tant pftti et souffert <, soulagé de son écrasant fardeau, accorderait la remise du quart de la taille » la révocation de près de cent mille oiBciers de création récente, la diminution des exemptions de tailles, etc. , — « moyennant quoy la France seroit au « comble de ses joies (1). » Or, à la fin de cette nième année (2), les États affirmaient que toutes ces paroles « s'en étoient allées en fumée ; » que les contribuables à un écu du corps principal, n'en étaient pas quittes à moins de sept, au lieu de cinq et demi qu'ils payaient Tannée précédente; que le paysan accablé en était réduit « à s'accoupler à la charrue comme bête de somme, à « paistre l'herbe et vivre de racines », et parfois, quand le désespoir l'emportait, « à se précipiter dans la mort », ou à fuir son foyer et à se réfugier à l'étranger ou dans des provinces moins misérables que la Normandie, etc. (3). Richelieu avait pourtant montré sa bonne volonté d'accomplir sa promesse du 18 janvier, en chargeant deux commissaires, MM. Etienne d'Aligre, sieur de La Rivière, et Jean Gardinet, sieur de Logny, » du règlement des tailles (( en la généralité de Caen, sur les exemptions prétendues 0 par les gentilshommes et autres privilégiés. » Cette nouvelle recherche, commencée àValognes etCarentan, au mois de septembre 1634, se termina, à Mortain, au mois de mai suivant (4).
(1) Mercure françoiSt t. XX, p. 1, 49 et 84. — Cah, des Éu, t III, p. 305.
(2) La session de 1634 se tint h Gisors sous le prétexte que la contagion régnait à Rouen , mais, en réalité, à cause de la sédition des tanneurs que le parlement s^occupait de réprimer {Cah, des Ét,^ t IH, p. 212).
(3) Cah. des Éu, ibid«, p. 212. Déjà en 1631 le duc d'Orléans avait tracé un tableau pareil dans sa lettre au roi [Ree, de pièces par Lecointe, t. III, p. 93). — Voy. sup., L III, p. 620.
(à) Le procës-yerbal de celte recherche se trouve dans le ms. in-f* 6& (n* 20 du catal.) de la Bibl. de Caen.
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Quoi qu*il en soit, les députés n'obtinrent aucune réponse, et restèrent trois ans sans être convoqués. Le roi se borna à dire, dans les lettres patentes du 8 septembre 1636, qu'il n'avait pas jugé à propos «t de tenir les États c ordinaires de la province pour aucunes considérations c importantes au bien de son service (1). »
Dans l'intervalle, Richelieu avait trouvé le moyen de simplifier les rouages de son administration, en les réduisant à un seul qu'il dirigea à son gré. U avait créé, au mois de mai 1635, les intendants de province (2). Ces nouveaux fonctionnaires ne portaient point cette dénomination dans le texte de l'édit ; ils étaient censés remplacer les présidents des bureaux des finances de chaque généralité, auxquels on devait rembourser leurs charges, — ce qui n'eut jamais lieu. En fait, les intendants, qui ne furent établis, sous ce titré, que deux ans plus tard (3), eurent dans leurs attributions : la justice, les finances, le domaine, la voirie, les travaux publics, les impôts, les eaux et forêts, etc., etc. Us remplirent, mais d'une façon permanente, le rôle des maîtres des requêtes en mission. Us furent, et sont restés, sous un autre nom, Tinstrument de centralisation le plus puissant qu'on ait jamais inventé. Avec eux, le ministre put, sans s'arrêter aux remontrances des parlements, aux observations des bureaux des finances et aux doléances des États, lever autant de taxes qu'il lui en fallait (4). Et, à ce moment, il lui en fallait de considérables ; car, il venait d'engager directement l'épée de
(i) Cnh. des Èu^ t. lit, p. S22.
(3) Ane» lois franç,^ L XVI, p. Aâl, le premier intendant de la généralité de Gaeo, de 1636 à 1638, fut M. de Hiromesnil.
(3) De r administration en France fous le cardinal de Richelieu , par Caillet, p. 43.
{à) Nous rappelons que ce fut en mai 1636 que, dans le but d^établir un troisième intendant en Normandie, on forma une nouvelle généralité à
la France dans la guerre de Trente- Ans, et avait à organiser et à entretenir les quatre armées gui garnissaient lès frontières du Nord, de TEst et du Midi.
Les charges que cette grande guerre entraînait s'accrurent dans une effrayante proportion. Avec Targent, il y avait à fournir les hommes. Le ban et Tarrière-ban de la noblesse normande fut convoqué sur les bruyères d'Évreux, au mois d'août 1635. Le contingent du Gotentin, comprenant huit cents gentilshommes, partit, sous les ordres du bailli, René Le Cesne (1), de Vlsle du Palais, à Paris, pour Gh&lons, le 15 septembre de la même année (2). Au mois de février 1637, un édit prescrivit la levée, dans la province, de douze compagnies de chevau-légers et de six de carabins (3).
Pendant les années 1636, 1637 et 1638, Tirritation se répandit sur tous les points du royaume. En Provence, en Guyenne, en Saintonge, dans le Maine et en Bretagne, on vit des bandes armées se réunir, tantôt sous un prétexte, tantôt sous un autre, et tenir tôte aux forces que Ton dirigeait contre elles (4).
La Normandie, la plus foulée de toutes les provinces, était aussi la moins à Tabri de ces mouvements populaires. Il y en eut un, à Caen, le 29 décembre 1637. Il fut provoqué par une surtaxe de six deniers par aune, arbi-
Alençon, aux dépens de celles de Rouen el de Caen (Le Mercure, L XXII, !»• part., p. 69. — Voy. sup., !. III, p. 662, n* iu
(1) René Le Cesne, bailli depuis 1626, fut tué, en Lorraine, dès le com* mencement de celle campagne {Mém, ivr les baillis du Cotentin , par L. Delisle — ap. Mém, des Antiq,, t XiX, p. 118).
(2) Recueil des nouvelles gazettes, etc., par Théophraste Renaadot, ann. 1635, p. â50 et 5^2. Ce recueil, fondé en 1631« devint, on le sait, la Gaulte de France,
(3) ArcI», du Calv,, sér. C, n« 1785.
(A) Uist, du Parlent, de iSorm,, L IV, p. 553.
traîrement assise sur les étoffes de serge, vulgairement appelées //n^^//e5, qui se fabriquaient, en grande quantité, dans la ville et ses faubourgs, et dans les villages des environs, à cinq lieues à la ronde. Les compagnons peigneurs et tisserands, menacés d'être congédiés par leurs maîtres, qui refusaient de continuer & travailler dans les conditions ruineuses que le nouvel impôt leur imposait, se rassemblèrent au nombre de quatorze ou quinze cents, et se rendirent, en tumulte, à l'hôtel où les trésoriers généraux tenaient leur séance. On leur ouvrit les portes , et quelques-uns vinrent, en criant « miséricorde », supplier qu'on ne les réduisit pas à mourir de faim. Le bureau agit avec sa prudence accoutumée ; il calma les ouvriers, en les assurant de la bienveillance du roi et en les avertissant qu'ils s'exposaient à être traités en perturbateurs du repos public, s'ils ne rentraient paisiblement dans leurs maisons ; mais^ en même temps, il ordonna que le Ueutenant-bailli et les échevins déposeraient, au greffe, les pièces qui autorisaient la levée de la taxe, et, qu'au préalable, la perception en serait suspendue, jusqu'à ce qu'il eût été statué par le roi en son conseil.
Il fut reconnu, par ce dépôt, que le malencontreux tarif avait été arrêté entre les échevins et le commissaire du roi député en cette partie, au mois de mars 1637, autrement dit l'intendant, qui se nommait M. de Miromesnil (1), et que les échevins comptaient employer le produit de la taxe à rembourser la ville d'un prêt qu'elle avait plus ou moins volontairement consenti à l'État, Le 27 octobre, en effet, des lettres patentes du roi, apportées par la poste, avaient annoncé aux taillables de la généralité de Gaen, qu'ils auraient à payer, l'année suivante (1638), pour les tailles, crties, taillon, gages et droits des ofliciers des
(1) M. Élipnne d*Aligre lui succéda en 4638 et 1639.
80 LES PRBMIBRS STOARTS
élections, etc. , la somme de 1,600,720 livres 3 sous 4 de* niers (1).
Le commandant du chftteau, en .rabsence du gouverneur, avait fait savoir au bureau des finances que^ d'après les renseignements qui lui étaient parvenus^ Tagitation des faubourgs était extrême • et que , si une sédition éclatait, il ne serait pas en son pouvoir de l'arrêter. Le bureau ne trouva pas de meilleur moyen de ramener la paix que de désigner l'un de ses membres^ le sieur de Beauprey, qui se rendrait à Paris et s'efforcerait d'obtenir^ du conseil d'état, la réduction de la taxe, pendant qu'on procéderait, à Gaen, k une enquête dans laquelle seraient appelés tous les fabricants de serges ou lingettes, ainsi que les officiers de la ville. — On eut soin de donner à cette ordonnance line grande publicité et de l'afficher à l'entrée de la halle aux draps (2). L'émotion parut se calmer.
Les États provinciaux se réunirent au mois de février 1038; ils n'avaient pas été convoqués, nous l'avons vu, depuis 1034. Leur tâche était difficile et pénible. Ils ne conservaient aucune illusion sur le sort qui était réservé à leurs demandes et à leurs plaintes. Leurs griefs passés semblaient légers à côté de ceux qu'ils avaient à exposer, et qu'ils exposèrent, avec une liberté indignée et presque menaçante, qui contraste avec les humbles adulations qu'ils croyaient devoir, jusqu'alors, inscrire en tête de leurs cahiers.
Après avoir dénoncé, entre autres abus, l'odieuse avidité des partisans, qui allaient jusqu'à s'emparer des biens des fabriques et des hôpitaux (3), — la désorganisation de la
(1) Beg. du 6ttr., année 4637, f« 31.
(S) /6t</., ibid., f^ 5Â, 55 et 56, et année 1638, r> 2.
(3j Cah. des £/., L III, p. 39.
BT RIGHBLIBU. 81
justice, par la création des ofBces de lieutenants mi-partis^ de vicomtes séparés en quatre^ des alternatifs et triennaux des forêts, qui remplissaient les prétoires d'autant de juges qu'il y avait de justiciables (1); — la multiplicité « â*un tas d'exploictans qui, comme chenilles édoses « dans les brouillards, achevoient de rogner les restes de a la substance du peuple (2) ; » — la pratique des évocations qui permettait, au moindre écolier de TUniversité de Paris, de citer, devant le Ch&telet, « un habitant du fond t du Gostentin (3), » -— les députés abordaient les deux questions qui, dans cette partie de la Normandie, primaient toutes les autres : le passage des gens de guerre et rimpôt du sel.
L'indiscipline des gens de guerre n'avait plus de limites. On eût dit que le temps des Grandes compagnies était revenu. Il y avait telle compagnie de chevau-légers qui vivaient à discrétion sur les habitants, les battant, les pillant, les rançonnant, les traitant en cravates (lisez croates) ; perçant leurs tonneaux, brûlant leurs maisons et « ne s'étant enrôlés que pour se gorger du sang du « peuple sans avoir quasi veu ni sceu où estoit Tennemy « que par la lecture des gazettes (4). » — Ailleurs, un sieur de Servigny, se prétendant capitaine du plat pays en Cotentin, s'était, depuis plusieurs années, sous ce titre inconnu avant lui, arrogé le droit d'incorporer, dans sa
(1) Cah. des Et,, t. Ilf, p. 66.
(S> Itnd., ibfd., p. 57.
(8) IM., ibîd., p. A8.
{h) Ibid,f ibid., p. 61. Les Êiats faisaient peut-être ici allusion à une compagnie de clievau-légers, commandée par un s' de Boisguéroult, et à 160 matti-es carabins, sous la conduite d'un capitaine Biscarat et du baron de Mailloc, qui avaient vécu ù discrétion à Bayetix et aux environs, ei avaient réduit les habitants à une extrême pauvreté {Rêg» du bur.^ 1638, f* h).
compagniei les malheureux paysans, de les passer en revue et de les obliger, sous peine d'amendes dont il faisait son profit, à se procurer des armes qu'il revendait ensuite à vil prix (1). A Coutances, le sieur Charles de RoncheroUes, baron du Pont-Saint-Pierre, capitaine d'une compagnie de chevau*légers, voulait imposer aux habitants une taxe de 10,000 livres (2). A Périers, il y eut, vers le mois de mai 1638, des scènes d'une incroyable sauvagerie. Un soldat, appartenant à un détachement qui logeait dans le bourg, ayant, nous ne savons à quel propos, rompu le cou à un enfant, et ayant été arrêté, fut délivré par ses camarades, gui brisèrent les portes de la prison. Les bourgeois se plaignirent vivement au bailli de ces actes de violence ; et, le trouvant peu disposé à les protéger, le menacèrent de brûler sa maison. Le bailli appela la noblesse à son aide. Trente ou quarante gentilshommes du voisinage répondirent à son appel, se réunirent dans son jardin, et envoyèrent quatre d'entre eux auprès du maréchal-des-logis qui commandait la troupe. Quoique fort mal reçus, ils pensèrent qu'il valait mieux éviter les querelles ; ils proposaient un accord, lorsqu'une femme arriva sur la place du marché, en criant que des soldats l'avalent violée. Son mari la suivait, en adressant des reproches énergiques à ces derniers. L'un d'eux tira son sabre et lui coupa la main. Un domestique du vicomte, ayant voulu intervenir, fut tué. Le vicomte sortit alors, seul et sans armes, de la maison du bailli, et saisit le meurtrier. Mais cinq ou six soldats se jetèrent sur lui; un gentilhomme nommé Rouaille, parent de M. Duperron, baron de Périers, s'élança à son secours, et renverea d'un coup de pistolet un soldat qui s'avançait, « tête baissée », et allait
(1) Cah, iie$ EL, L lU, p. 70.
(2) Reg. du bur,, ann. 4627, P â2.
le frapper. La populatioo s'amassa, s'arma de pierres et de bàtoQS, sonna le tocsin, et engagea contre la troupe un combat où périrent vingt soldats et trois habitants. Le lendemain, le bourg était fermé par des barricades, et plusieurs milliers de paysans étaient accourus en armes. Il ne fallut pas moins que la présence de M. de Matignon pour calmer les esprits et ramener la paix. Le sieur Rou aille fut poursuivi par le grand prévôt ; mais on espérait que la protection de son parent le garantirait d'une condamnation (1).
Quant à Timpôt du sel, le fisc, quoique la chose parût difficile, avait encore ajouté de nouvelles rigueurs à celles " qui, déjà, exaspéraient les populations. La taxe de 6 livres par minot avait été augmentée de 40 sols. Désormais, il y avait solidité (solidarité) entre les contribuables, c'est-àdire que ceux qui étaient solvables devaient prendre au grenier la quantité de sel que les pauvres n'auraient pas pu payer. Ce principe s'appliquait, du reste, à tous les genres d'impôts (2). — La fraude la plus légère était punie d'un emprisonnement qui, souvent, durait deux et trois ans avant que les juges ne fussent saisis du procès (3), et
(1) Le récit de cel înddcnt se trouve dans une lettre (en anglais] inédite, écrite de Jersey,. le ib mai 1638, par un membre de la famille de Carteret à M. Bafilland. On élait inquiet dans les iles des armements qui se faisaient en France, et, sur une communication de deux habitants de Guemesey, un émissaire avait été enroyé dans le Cotentin, el avait été témoin de ce qui 8*élait passé à Périers (Mss. Uavilland, collcct. de M. Mac Cnlloch).
(3) La cour des aides de Rouen refusa d\ippliquer ce principe inique. Ce fiit nn des motifs qui amenèrent son interdiction en 16Â0 [Hist. du parlent.^ L IV, p. 559). Rétablie en 10 H, elle persista dans sa jurisprudence par un arrêt du 9 jaillel 1663, qui fut invoqué par 1rs Étals tenus cette môme année. Le gouvernement parut se soumettre, mais avec de telles restrictions qn^n réalité le principe fat maintenu. (Ta/r. dei El,, L III, p. 110.)
(3) Deux habitants de CoIicville-sur-Orne, le père et le GU, chez lesquels on avait trouvé pour 5 sous de sel /aux, étaient, au mois de février 1039,
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qui était subi dans d'horribles geôles, où la faim, la saleté et rentassement des prisonniers engendraient la peste (1). Ce que le Gotentin craignait le plus, c'était de voir ce régime, auquel il avait échappé Jusque-là, remplacer rimpôt du quart-bouillon qui, du moins, lui laissait sa principale industrie.
Les États terminaient leurs cahiers, véritable acte d'accusation contre le gouvernement , en déclarant au roi qu'il était temps, ou jamais, qu'il prit son peuple en pitié, et que la Normandie qui, de ses anciens privilèges, ne possédait plus que le droit de se plaindre des torts qui lui étaient faits, s'oublierait elle-môme si elle ne lui demandait justice, « tout en lui gardant ses affections (2). *
Cette fois, la réponse du roi ne se fit pas attendre ; elle était empreinte d'une grande modération. La province n*y gagna rien. Les États cessèrent d'être assemblés (3) ; et Richelieu continua de prendre ses précautions contre les velléités d'opposition qui oseraient encore se produire.
Au mois de juillet 1638, il créa, k Gaen, une cour des aides « avec union au Bureau des finances > qui, par le
en prison depuis treize moit! {Reg. du fritr., ann. 1689, f" 18). L^année suivante, à son retour du Gotentin, le cliancelier Séguier fit élargir, de la prison de Caen, Ircnte-sii détenus pour amendes de faux . saunage, parmi lesquels il se trouvait de pauvres femmes octogénaires f auxquelles on ■ n^imputoit pas contravention de 10 sols, w (Joum, du ehane,, p. 3S9.)
(1) Cela était arrivé à Périers, en 1652. Le geôlier avait élé rune des premières victimes du fléau. Les prisonniers en avaient profité, et 8*étaient tous évadés. {Reg. du bur.^ ann. 1683, ^ 8.)
(2) Cah. des ÉU, t. III, p. 72. Les commissaires chargés de porter le cahier et d*eniendre les comptes étaient pour le Gotentin : M* Gilles Le Gartel, chanoine; messire Jean de Tourlaville, gentilhomme de la chambre ; et Raoul Jonrdain, de Gootances ; Louis Levavasseur, de Garentan ; Michel Le Biais, de Valogoes et Julien Le Got, s** de La Fontaine, de Mortain, représentants da tieiB^at.
(8) Ils ne le furent qu'en 1668, à ravènement de Louis XIV.
ET RICHELIBU. 85
fait, fut supprimé (1). Cette cour, dont Texistence fut éphémère, se composait d'un premier président, d'un président, de neuf conseillers, d'un procureur général, de deux avocats généraux et d'un greflBier. L'ancien président du bureau, Jacques Morin, sieur d'Écajeul, fut nommé premier président ; plusieurs des trésoriers furent maintenus à titre de conseillers; le procureur général fut Jacques Le Marchand, sieur du Grippon (2). L'intendant^ M. d'Aligre» installa solennellement la cour, le 5 novembre 1638, après une messe célébrée en l'église St-Jean (3).
Le but du Cardinal, dans cette affaire, fut peut-ôtre, comme il l'énonça dans les lettres patentes (4), de récompenser la ville de Caen de sa fidélité au roi, et peut-être aussi, de punir la cour des aides de Rouen de son esprit trop indépendant. Ce qu'il voulut, à coup sûr, avant tout, ce fut, — rêve de tous les pouvoirs absolus, quel que soit le nom du régime politique, — de disposer d'une juridiction docile et prête à enregistrer, sans remontrances et sans hésitation, tous les édits bursaux qu'il lui plairait de rendre. Nous n'avons pas besoin d'ajouter que ces édits se succédèrent avec une rapidité croissante (5).
{i) Le Mercure français, t. XXH, 2* part., p. A A3.
(S) Heg, du bur^ 1638, P S22. - Cah, dei Éu, t. HI, p. 265. Le nombre des conseillers fut successivement augmenté. A Tépoque où la cour fut supprimée et réunie à celle de Rouen (avril 16Â1}, on en comptait jusqu'à quinze en séance. (Beg, du 6ur., 16d^ f« 60 t«.)
(3) Joum, de 5. Lemarchand, ^ 172.
(&} HUu du parUm., t. IV, p. 562.
(5) La cour des aides de Rouen éprouva un vif mécontentement d*étre privée ainsi de la plus importante partie de son ressort ; eUe réclama, par une requête, la révocation de Tédit, en offrant de rembourser « toute la finance ». Le roi^ par une ordonnance en conseil, du 19 mars 1639, maintint son édit, et confirma les lettres de provision des présidenls et conseillers de la nouvelle cour. — Cette ordonnance a été imprimée et forme une petite ^qnette iii-i2 carré de 6 pages, sans date ni nom d*imprimear ; elle porte la
Sô LES PREMIERS STUÂRTS
Au mois de janvier 1639 (1), parut une nouvelle ordonnance sur la gabelle. On essayait, dans le préambule, de prouver que l'impôt du sel était le plus juste et le moins à la charge du peuple, puisque le clergé, la noblesse et le tiers-état y étaient soumis : que c^était la négligence des oflQciers des greniers à sel, et la complaisance de certains gentilshommes et gens d'église, qui avaient obligé le roi à prendre les mesures rigoureuses qu'il regrettait, mais sans lesquelles il serait dans l'impuissance de faire face aux frais de la guerre et au paiement des rentes.
L'article 2 défendait à toutes personnes de « quelques «états et conditions qu'elles fussent», d'user d'autre sel que de celui des greniers.
L'article 6 visait spécialement le Cotentin.— Dans le Cotenlin, Tusage du sel gris, autre que celui de la gabelle, était absolument prohibé; et le sel blanc ne pouvait être vendu, apporté, ni amassé dans un rayon de deux lieues à partir des dernières « paroisses ou hameaux où il y avoit a greniers, v
Les dépôts de faux sel devaient être recherchés partout où l'existence en était soupçonnée : « abbayes, châteaux, € maisons et places fortes, caves, celliers et autres en- « droits. » Les archers, prévôts des maréchaux, commis, etc., avaient le droit de s'introduire dans les habitations par la force, avec toutes sortes d'armes, • mesme d'esté chelles et de pétards; » les propriétaires trouvés en délit seraient frappés des mêmes peines que les faux sauniers, c'est-à-dire des galères, et leurs maisons rasées « pour servir d'exemple à la postérité. » (Art. 15.)
ËnQn les capitaines, gardes ou archers, convaincus de
signature autographe de Hue, sans doute le greffier ; elle est annexée an registre de Tannée 1639.
(i) Ànc, lois franc,, U XVJ, p. ^97. — Cah. des États^ U UI, p. 280.
complicité avec les faux sauniers, seraient pendus et étranglés, et auraient leurs biens confisqués. (Art. 28.)
Telle était, dans ses principales dispositions, cette loi monstrueuse, monument d'iniquité, de barbarie et de provocation. Son effet dans le Cotentin fut terrible. Elle fut la goutte d'eau qui ût déborder le vase. La révolte des Nu*Pieds éclata.