CHAPITRE VIII
Monde John PeytoD. — Thomas JermyD. — Sire Philippe de Carteret, bailli et lieoteoant-gouTerneur. ^ La piraterie, — Le clergé. — Les royalistes et les parlementaires. » Prynne et Burtoo. — Le capitaine Georges de Cartereti Le Long parlement — Le doyen Bandinel. — 1630-16^2.
Pendant que la France, sous la main de Richelieu, subissait la monarchie absolue, TAngleterre prétendait s'en affranchir. Les îles normandes, nous Tavons dit, n'avaient, dans ce débat, qu'un intérêt indirect. De 1630 à 1640, elles n'y furent pas mêlées activement; leur histoire, dans cet intervalle de temps, n'offre que des incidents d'un caractère local.
(1) Bêg, du but, 1643 ^ A3 Terso, jeudi S6 mars. Le recereor général était «lors le S' Vtmk Vaaltier.
^S) lifid.i 1^09 Tcrso, vendredi S mai.
Depuis 1803, le gouvernement de Jersey appartenait à sir John P6yton,dontl*administration avait, naguère, nous l'avons vu (1), soulevé de nombreuses plaintes. II mourut vers la fin de Tannée 1630, à un âge fort avancé ; il avait 99 ans; —il fut peu regretté des habitants, si Ton en croît une lettre écrite par Tun d'eux, le 22 novembre (2). La survivance de sa charge avait été donnée à sir Thomas Jermyn, homme plein d'honnêteté et de droiture, qui conserva au roi, jusqu'à la fin de sa vie, un dévouement sans réserve (3).
Le nouveau gouverneur ne résida jamais dans l'île. II prit pour lieutenant sire Philippe de Garteret qui, depuis cinq ans, était déjà bailli. Ce cumul était fâcheux. Né au mois de février 1583, seigneur du manoir de St-Ouen et de l'île de Serk, représentant de l'une des plus anciennes familles normandes du pays, élu jurât dès l'âge de 22 ans, et créé chevalier en 1615, Philippe allait désormais réunir tous les pouvoirs civils, militaires et judiciaires. Il devenait une sorte de proconsul qui, non content d'exercer une autorité personnelle à peu près souveraine, ne résista pas à la tentation de l'exercer, en outre, par ses nombreux parents auxquels il distribua les places et les honneurs (4). Sa popularité, qui était grande, ne put longtemps se maintenir; et, dans la suite, sa conduite hautaine et arbitraire lui suscita des hostilités qui, en troublant son
(2) Calend.^ Ch. I", U IV, p. 387. > You tell me for certain that our old a govemor is dead, if it bas so pleased to God, we must be content s
(3) TIte hisU of the ReteL, t. IV, p. 265 et V, p. 355. (Édit. de Bâie, 4798.) (à) Il fit nommer son frère £lias, qui était avocat général, receveur des
revenus du roi et bailli par survivance. Un de ses parents était procureur général ; la plupart des juges étaient de sa famille, et, outre son beau-frère et deux de ses neveux, sept personnes portant son nom étaient capitaines de la milice. ( Charles U^ etc., par S.-E. Hoskins, t. I, p. 8&.)— Durell sarFftUe, p., S99.
repos, jetèrent la discorde dans le petit état dont il était le principal personnage.
A Tépoque qui nous occupe, la paix intérieure régnait dans les îles. Les esprits y étaient k peine remis des émotions que les craintes d'une invasion française y avaient entretenues ; ils n'avaient que Tunique préoccupation des dangers que faisait courir au commerce Tindestructible fléau de la piraterie (1). En 1630, un pirate normand avait établi son refuge à Serk, et répandait de là Teffroi dans tout Tarchipel (2). Le capitaine John Pennington, qui, plus tard, devint vice-amiral, reçut la mission de protéger les îles et de surveiller la Manche. Il eut sous ses ordres les Dix-Lionceaux — The Lion's ten Whetps^ — dont nous avons parlé dans un précédent chapitre (3) ; — petits navires qui servaient, en môme temps de garde-côtes et de bateaux de passage entre les ports d'Angleterre les plus voisins (4).
Les pirates se recrutaient principalement parmi les marins de la Biscaye et des états Barbaresques ; mais il y en avait de toutes les origines (5j. Us montaient, en gêné-
(1) L*his(oire légendaire d'un pirate genlîlhomme, sir Henry Mannering, qui, tons Jacques I*', fut l'associé du roi de Maroc, écuma les mers avec vingt quatre galères qu*il avait armées, amassa dMmmenses richesses et qui, enfin, obtint son pardon, avec le titre de chevalier, en échange d'une grosse somme d^argent, vécut honoré à la cour de Charles I*% et accompagna, en 16^6, te prince de Galles à Jersey, —explique par quelles causes cette industrie, dont nous avons parlés! souvent, se maintenait et prospérait, protégée par la faiblesse,
la tolérance, et, perfbis, la complicité des gouvernements. ( Char lé» //, in ike ChanMl itlandë, t. I*', p. 957, — d*après le récit du ms. de ChevaKer.)
(S) Calend, of su pap,^ Cb. I, t. IV, p. SOd.
(3} Voy. SQp., p. 05, n* 5.
{à) Le Caiend of su pop, do règne de Charles 1*' fournit de nombreux extraits qui prouvent que les rapports entre les Iles et Portsmouth» Weymouth et Plymouth étaient fréquents à cette époque.
(5) Au mois de juin 1682, le capitaine Digby prit un vaisseau pirate de
rai, des bâtiments d'un faible tonnage, bons voiliers, mar-* chant aussi à la rame, et qui, se mettant à Tabri derrière les rochers, étaient difBcilement atteints. Le capitaine Simon Digby, commandant du Second Lion" s Whelp, dans un rapport adressé, le 20 juin 1632, aux lords de Tamirauté, en signalait trois venus de Biscaye, qui se ravitaillaient à Aurigny aux dépens des insulaires , et qu'il n'avait pu saisir (1). À cette date, la traversée de la Manche était si peu sûre, que Philippe de Carteret, qui en avait fait une fois déjà l'expérience personnelle, demandait, pour revenir avec ses trois flls de Wight à Jersey, la protection de ce môme capitaine et de son Lion's Whelp armé en guerre (2). Sîr Peter Osborne, retournant à Guernesey, réclamait aussi cette assistance (3).
Ce fut dans le but patriotique de mettre un terme à ce déplorable état de choses, que Charles !•' qui, en 1629, avait donné au lord trésorier la commission de faire équiper des vaisseaux contre les pirates (4), décréta, en 1633, sans vote des chambres, l'impôt qu'on appela Ship-money^ et qui fut, quoique très-mbdique et d'une utilité incontestable, l'un des griefs relevés contre la couronne par le Long Parlement (5),
Le roi s'intéressait beaucoup aux îles ; il désirait se les attacher par une assimilation religieuse aussi complète que possible : ce moyen lui paraissant le meilleur à opposer à l'influence de ses ennemis du dedans et du dehors.
Biscaye, qui était commandé par un Anglais de Jersey on de Guernesey ( CalemL^ t. V, p. 35(5 ).
{{) Catend.,L V, p. 357.
(S; Ibid., t. V, p. 368. — Lettre du 30 juin 1682.
(3) Jbid,, L V, p. 385. Lettre du cap. Pennington aux lords de TAmirauté du 19 juillet 163:2.
{à) Rymer, t. VllI, 3* part., p. 62. Acte du ii scpU 1629.
(5) HiêU ofihe Rebel^U I, p. il6«
Et RiCtiELlEt!. 125
Or, ruû des plus sérieux obstacles que Ton rencontrât en cette matière venait du recrutement du clergé. Pendant longtemps, la Normandie protestante y avait pourvu. Plus tard, les jeunes gens qui se destinaient au ministère furent envoyés à Saumur. Ils apprenaient, sans doute, dans la ville de Duplessis-Momay, à parier purement le français ; mais ils en rapportaient des doctrines qui s'accordaient mal avec celles de Téglise anglicane. L'inconvénient paraissait si sérieux qu'un individu poussa le zèle jusqu'à demander, par une pétition, que tous les enfants
nés dans les lies fussent élevés en Angleterre ! (1) Les
ressources d'instruction théologique y manquaient absolument. Sous Jacques P', un habitant de Jersey, nommé Clément Baudains, avait déjà donné une rente de trentedeux quartiers de blé et un moulin situé sur la paroisse StrLaurent, pour aider les jeunes gens natifs de Jersey dans leurs études à l'Université d'Oxford. Cette libéralité étant insuffisante, les États avaient, en 1617, prié les commissaires royaux, alors en mission, d'augmenter la dotation ; et le roi, par une ordonnance de Tannée suivante, avait décidé, en principe, que plusieurs places dans les collèges qui étaient sous son patronage, seraient réservées à de pauvres étudiants désignés par les États (2). L'engagement ne fut réalisé que du temps de Charles P', sur la sollicitation de l'archevêque Laud. En 1634, trois bourses furent fondées dans les collèges de Jésus> d^Ëxeter et de Pembroke, au moyen des revenus fournis par sept maisons et deux jardins situés à Londres ; 123 acres de prairies et 205 acres de bois dans le comté de Buckingham. Jersey et Guernesey devaient, alternativement, obtenir
(t) Caiend.^ CkarU I«% t MU, p. 252, 18 octobre 4633. (2) Sup., p. AS.
126 LES t>REMlfikS StUARTS
tantôt une, tantôt deux de ces bourses (1). Le 30 août 1635, Torateur public de TUniversité, William Strode, dans un discours solennel au roi, le félicita de sa munificence envers « ces régions éloignées de son empire (2). »
Le but évident du bienfaiteur était de favoriser les progrès deTéglise anglicane dans les îles, à une époque où elle était si violemment attaquée par le parti puritain^ qui mettait la religion au service de sa politique. A Jersey, cette politique avait peu de partisans. Philippe de Garteret en était l'adversaire ; mais son influence même et l'abus qu'il en fit, donnèrent naissance à une opposition qui, sans avoir d*autre mobile que des intérêts personnels froissés et des ambitions déçues, et sans vouloir, comme les puritains, renverser la royauté et l'épiscopat, arriva cependant à combattre Tune et Tautre, et à se ranger derrière le parlement A Guernesey, il y avait moins de division. La population y restait en grande majorité cal* viniste, et, dès lors, plus disposée à suivre le mouvement presbytérien. Le gouverneur et son lieutenant représentaient à peu près seuls le parti royaliste ; toutefois, la possession du château Cornet leur donnait un avantage dont ils surent user pendant de longues années, en résis* tant à leurs adversaires avec une rare énergie.
Dans cet entre-temps, l'antagonisme du roi et du parlement avait grandi ; aucune préoccupation extérieure ne Tatténuait. La paix conclue, en 1630, avec la France et TËspagne avait dissipé toute crainte d'agression extérieure. Et si, en 1634, le secrétaire d'État Windebank proposait au roi d'augmenter les fortifications des lies du
(1) Conslit. hist, of Jersey ^ p. 17â et suiv. — B. Tapper, p. 228, etc.
(2) Calênd,^ t. VIII, p. 360. Le discours débutait aiusi: ■ Âugustissime et « Christo proximus homo DeusU... « Sous Chapes H, Tèvèque Morlejr fonda cinq nouvelles bourses, — scholarships.
Et RICHELIEU. 127
canal « sur lesquelles, disait-il, les Français portaient « toujours un œil d'envie (1) y*, c'était certainement par un sentiment patriotique exagéré ou mal renseigné. Richelieu, absorbé par la guerre et par les intrigues de cour, se contentait d'encourager secrètement les troubles qui paralysaient les forces de ses aaciens ennemis, et qui les conduisaient & la guerre civile.
Le roi, avec une conviction qui n'a jamais été mécon* nue, défendait ses prérogatives comme une tradition de la monarchie, comme un dépôt sacré que Dieu lui avait confié^ et dont il ne lui était pas permis d'abandonner la moindre parcelle (2). Il défendait de même la foi dont il avait été constitué le gardien, et qui, à ses yeux, était Tun des éléments essentiels et inséparables de son autorité. Sur ce double terrain, il rencontrait des adversaires ardentSt fanatiques, disposés à marcher vers leur but sans reculer, ni devant la violence, ni devant ThypoGrisie des procédés. On l'attaquait par la presse, dans la chaire, partout, sous toutes les formes et sous tous les prétextes. Trois hommes s'étaient particulièrement signalés par leur hostilité. Ils se nommaient William Prynne, Henry Burton et John Bastwick. Le premier était légiste, le second ministre du culte, et le troisième médecin (3).
Prynne, qui s'était plus occupé de théologie que de droit, avait, dans le courant de l'année 1633, publié un énorme et lourd pamphlet sous le titre bizarre de Histrio* mastyx.,.^Le Fouet des comédiens (4). On persuada au
(I) Caiend,, t. VI, p. A89. Rapport du 5 mars I6dâ.
(S) Charles l" avait conserré jusqu'au privilège de guérir les écrouelles. Oo trouve dans Ryroer, à partir de i625, et, presque chaque année, une ordonnance qui Gie les jours et le lieu où se faisait cetle cérémonie. (Rymer, U VIII, l** part, p. 86 et passim. )
(S) UùU of the RebeL, t I, p. 161.
{h)ttistriO'Mn$tyx or Players icourge or Aeiors tragedy (in-A* de 1000 p.).
128 LES PftBM)£ttS STÛARTS
roi qu'il renfermait une attaque contre la personne de la reine. Quoique le livre eût été soumis, au mois de janvier 1634, à Texamen du chapelain de Tarchevèque de Cantorbery et qu'il eût été approuvé (1), son auteur n'en fut pas moins, au mois d'avril suivant, par décret de l'Université d'Oxford, expulsé du barreau, privé de son grade académique et déféré à la Chambre éloilée, qui le condamna au pilori, à la perte de ses oreilles, à une grosse amende et à la prison perpétuelle. Il fut envoyé dans le château de de Caëmavon (2).
Burton, recteur de la paroisse St- André, à Londres, avait été, avant de recevoir les ordres, conservateur du cabinet du prince de Galles. A l'avènement de Charles I*% il s'était flatté d'être maintenu dans cette fonction; le docteur Neyl, évoque de Durham, y avait été nommé. II avait crié à l'injustice, avait été éloigné de la cour, et, de dépitt avait voué à l'épiscopat et à la royauté une haine qu'il avait exhalée dans ses sermons (3). Décrété d'accusation en 1636, il avait été privé de son bénéfice, condamné aux mêmes peines que Prynne et enfermé dans le ch&teau de Lancastre (4).
Bastwick, ancien médecin dans l'armée , ayant obtenu ses grades à l'étranger , tête folle, mais non sans esprit, avait répandu dans Londres un malicieux libelle imprimé en Hollande et dirigé contre la prélature. Il eut le sort des deux premiers délinquants (5).
Les parlementaires firent de ces trois personnages frappés, il faut le reconnaître, avec une rigueur excessive, des
(1) Calend^tt V, p. 52A, 84 jonv. 1633, y, s.
(3) /6t(/., t. IV, p. 575. 30 avril 463â. Le chapelain Backner ftit con» damDé à 50 liv. d'amende pour avoir approuvé le livre.
(8) Biit. o{ the RebeU. t. il, p. bà* — Calend,, t. XI, p. 498 et 960.
(4) Calend., t XI, p. ASi.
(5) HitU of the RebeL, t. H, p. 5A.
victimes de la tyrannie ; ils célébrèrent leur héroïsme et leur martyre avec tant de bruit, que la cour jugea prudent de les éloigner. Le 17 septembre 1637, le roi, sur l'avis de son conseil privé, envoya Tordre au shériff de Gaêrnavon de remettre son prisonnier, W. Prynne, au capitaine Robert Amwill, chargé de le transporter à Jersey (1). Le même ordre fut donné au shériff de Lancastre, relativement à H. Burton, qui devait être transféré à Guernesey [2]. Bastwick fut envoyé aux tles Scilly.
Burton fut enfermé au château Cornet, le 16 décembre 1637, sur un warrant signé par le capitaine Nathaniel Darell, lieutenant du comte de Danby (3). Prynne n'arriva à Jersey que le 18 janvier suivant, après une longue et périlleuse traversée. Il fut conduit à Montorgueil, où, depuis plusieurs mois, on faisait, pour le recevoir, et par ordre du conseil^ des préparatifs qui prouvaient l'importance qu'on attachait à le garder sous les verrous. Toutes les fenêtres avaient été garnies de barreaux de fer ; les planchers et les cloisons réparés ; les murailles recrépies» etc. (4). L'accueil généreux que le prisonnier reçut du lieutenant gouverneur ne ressembla guère au traitement que ces précautions semblaient lui réserver. Il fut regardé comme un hdte, et admis dans l'intimité de la famille (5).
(I) Calend., t XI, p. &31.
(3) /^iV., t. XII, p. 1A9.
(3) ibiéUt ibid., |i. 298. Rapport du 8 mare 1687.
(4) Le doclear Hoskios, dans son élude (HUtorieal manuscripts) reproduit ane pièce ms** inédite qui lui a été communiquée par le savant conaervateur des Publie recoriUf M. W. Hardy, et qui porte ce titre : « The boohe of rtparalioHt of th» Cmtles of Montorffueil and Elisabeth tii the itle of Jersey.,» beginning from the 10^*' of july 1634 siiice the passing of the Uat boohe of aecount, •
(5) Prynne fit, en Thonneur des membres de la famille, des pièces de vers qui figurent dans le recueil de ses poésies imprimé en d6â6. ^ Lemprière,
Son compaguon d*iaforiiine, Burton, vit aussi adoucir sa captivité sur des recommandations venues de Montorgueil. Il se forma» dès iors, entre Prynne et son gardien, des relations d'une sinxsère amitié. Le proscrit, devenu, par le cours des événements, Tun des hommes politiques les plus influents, défendit Philippe de Garteret contre ses ennemis, et composa un livre pour venger sa mémoire de rinjustice de leurs attaques (1).
Le 6 mai 1630, sire Philippe maria sa fille Elisabeth à son neveu^ le capitaine (leorges, qui est, sans contredit, un des hommes les plus éminents que les ties aient produit, et qui tient une grande place dans leur histoire. Fils d'Elias, alors procureur général et bailli par réversion en vertu d'un warrant du 18 juin 163^, Georges de Garteret était entré de bonne heure dans la marine, et s'y était bientôt distingué. En 1635, il était capitaine du navire Mary-Rose (2).
L'année suivante, il recevait, avec le commandement de six vaisseaux et pinaces, la mission de croiser entre Douvres et les côtes de France, et de convoyer un des Lion's Whelps qui portait des munitions à Jersey et à Guernesey (3). En 1637, il prenait part, avec le grade de vice-amiral, à l'expédition envoyée, sous Gainsborough, contre les pirates barbaresques et le port de Salle, qui
dans un libelle inlilulé : Pseudo masty» or Lyan's Wkip {Le fouet du Menteur), reprochait à sire Philippe d'avoir permis à son prisonnier de jouer aux cartes «t€C lady de Carteret et ses filles I... (Durell sur Fblle, p. 347).
{\) Ce livre, publié après la mort de sire Philippe, portait le titre de Lyar eonfcmnded (L« Menteur confondu), Lemprière et Baodinel, qui y étaient désignés, y répondirent par le Pseudo mattyx, qui ne fut pas imprimé» mais dont il eiiste une copie et dont le rév. Durell a donné de nombreux extraits.
(2; Catend., t VIII, p. 171.
(S) llnd., U IX, p. 561.
ET RICHBLIEU. 131
était leur repaire (1). Après sod mariage, il reprit ses croisières. Au mois d'avril 1639, il adressait ud rapport au vice-amiral, sir John Penninglon. et lui signalait les armements qui se faisaient en France. Cent voiles étaient prêtes à prendre la mer à La Rochelle, à Brest et au Havre, et il était à craindre que cette flotte ne vtnt attaquer Dunkerque, pendant que le roi envahirait la Flandre (2). D^autres renseignements, fournis par des capitaines de navires marchands, ajoutaient que des soldats levés en Normandie et en Bretagne, étaient dirigés sur Brest, où une armée de 5,000 hommes serait embarquée (3).
L'Angleterre et la France étaient en paix, et» néanmoins, il existait entre elles une sourde hostilité. C'était à ce moment, nous Tavons vu dans un précédent chapitre (4), qull avait été question, entre les ambassadeurs d'Espagne elle représentant de la Grande-Bretagne, du débarquement d'une armée anglaise en Normandia C'était alors aussi que des vaisseaux anglais avaient porté à Dunkerque des troupes espagnoles, appuyant ainsi la déclaration faite par Charles I" qu'il s'opposerait par les armes aux projets d'attaque contre les ports flamands formés par les Français et les Hollandais alliés (5). Richelieu avait répondu à ces provocations en envoyant sous main, aux convenantaires d'Ecosse, des subsides et des armes.
Les inquiétudes exprimées par le capitaine Georges n'étaient que trop justifiées, si l'on songeait à la situation critique où Charles P' se trouvait, et qui le réduisait à
(i) Catend.f L XI, p. 430. Le rapport de Georges de Carteret est à la date du SI sept 1637. Georges montait V Antilope, frégate de 160 hommes d'équipage et de 500 tonneaux {Historié, mst,),
(S) Calend., t. XIV, p. 47, S6.
(3) Uid., ibid., p. 165.
{h) Sup,t p. 90.
(5) BiMt. d*Âttg^U de Hume, t. V, p. 130.
132 LES PREMIERS STUABTS
impuissance complète. Obligé, après sa campagne maltieureuse contre les Écossais, de convoquer le parlement, qu'il avait déjà dissous quatre fois, il se vit rapidement dépouillé de ses droits les plus incontestables et entraîné vers la guerre civile.
L'une des premières affaires dont le Long Parlement, qui se réunît le 3 novembre 1640, eut à s'occuper, était relative aux trois prisonniers d'État détenus dans les lies. Leurs femmes et leurs amis présentèrent à la chambre des communes une pétition dans laquelle ils exposaient que « la dure persécution et les longues a souffrances endurées par les condamnés, autant que la <c justice et que la rigueur de la sentence exigeaient qu'on « revisât leur procès et qu'on ramenât leurs personnes de « lieux éloignés et désolés — from remote and desolaie i< places, — dans la ville de Londres, où ils seraient à * même de suivre leur propre affaire (1). »
Le parlement saisit avec empressement cette occasion de tenir en échec l'autorité du roi; il décida que la chambre étoilée, ayant ordonné l'emprisonnement des condamnés dans une des geôles de Londres, c'était par une violation flagrante de cet arrêt que les lords du conseil les avaient fait transporter au-delà de la mer. En conséquence, le Speaker adressa, par un warrant, l'ordre aux gouverneurs et capitaines des divers châteaux de renvoyer, dans le plus bref délai, leurs prisonniers à Londres.
Les gouverneurs de Jersey, de Guernesey et de Scilly obéirent immédiatement. Prynne et Burton débarquèrent ensemble à Southampton. Us furent reçus en triomphe dans toutes les villes qu'ils traversèrent. Le 28 novembre, à deux heures de l'après-midi, ils entrèrent à Londres , au milieu d'une foule enthousiaste de dix mille personnes
(1) Hiit. of thê Rêbel., t. Il, p. 57.
qui portaient à la main des rameaux et des bouquets, et qui jonchaient de fleurs et de verdure les rues de la Cité, sous les pas de ces idoles du jour (1).
Le départ de Prynne du château de Montorgueil fUt le signal qu*attendaient les ennemis de sire Philippe, enhardis par cette victoire que le parlement venait de remporter sur le parti monarchique. La cause première de la rivalité qui existait entre les divers personnages de Ttle, nous ne Pavons pas encore dit, était, en elle-même, assez futile. Le lieutenant-gouverneur avait élevé la prétention, mal fondée, cela est certain, de confisquer à son profit les dîmes de la paroisse de St-Sauveur, qui appartenaient au doyen. Ce dernier en appela à la cour royale qui lui donna gain de cause. Philippe se pourvut devant le conseil privé, qui remit à l'archevêque d'York Fexamen de Taffaire. L'archevêque fut de Tavis de la cour royale. Le doyen, loin d'être apaisé par ce double succès remporté après de longs débats et de nombreux incidents, s'acharna à sa haine et à sa vengeance, secondé par son fils, Jacques Bandinel, recteur de St^Martin^ par d'Assigny, recteur de St-Hélier, ancien ministre calviniste français réfugié, et par cinq des jurats de la Cour (2). Il dénonça le lieutenantgouverneur au parlement, dans un factum qui fut imprimé et répandu dang toute l'île, et auquel il avait donné la forme d'une pétition présentée par les États et par les habitants. Ce factum ne renfermait pas moins de vingtdeux chefs d'accusation ; U concluait à la révocation de Philippe de Garteret de toutes les charges qu'il occu-
(I) HisL of thê RêM^ t H, p. 58.
(S) Ces doq jurais étaient : Francis de Garteret, seigneur de La Hagne, Henry Dumaresq, selgOi de Sansmares, Michel Lemprière, seign. de MaufiiDt, Beiyaniin Biason et Abraham Hérault, qui TOttlait être bailli.
pait, et à une enquête que recevraient les commissaires déjà nommés par le parlement (1).