LES GNOSTIQUES
trop disposé à voir en ]a chair son bien suprême, son tout« L'idéalisme des gnostiques n*est pas ie danger qui nous menace ; le matérialisme, eniendez-le bien, le sensualisme abject, le culte effronté des plaisirs physiques, la passion de l'or et des jouissances sensuelles, voilà ce qui déborde, ce qui menace de tout envahir ; voilà ce qui dégrade les nations et les prosterne aux pieds du plus fort. Laissez dans Toubli la résurrection fabuleuse de la chair, justement niée par le plus grand apôtre des chrétiens ; faites prévaloir, si vous le pouvez, un dogme tout opposé. Ressuscitez l'esprit qu'on nie, qu'on méconnaît, dont on foule aux pieds l'autorité.
Le Credo est aujourd'hui une réponse superflue et surannée à des questions que personne ne pose plus, ne comprend plus; c'est un phare indiquant un écueil que les tremblements de terre ont englouti, ou l'entrée d'un chenal ensablé depuis des siècles.
Or, des questions terribles se posent, auxquelles vous ne répondez rien; des drames effrayants se jouent, sans que vous sachiez y iniervenir. L'Église, en récitant son Credo au milieu des orages de nos jours, ressemble à un capitaine de vaisseau qui répondrait à ses marins dans le plus fort d'une tempête ou d'une bataille navale, en leur donnant au lieu d'ordres décisifs et urgents, une leçon de géométrie descriptive.
Oui, la religion en notre temps court des périls que le Credo est impuissant à conjurer. Les uns se fbnt d'elle un moyen de compression, la jettent en travers de tous les progrès, vont à la messe ou à la procession sans y croire ou écrivent, quoique rationalistes, des manuels d'orthodoxie courante, et pei^sécutent la libre conscience,' parce que l'Église est pour eux une alliée nécessaire contre toutes les libertés qui les gênent. Ceuxlà compromettent la sainte cause qu'ils croient protéger et font haïr ce qu'ils veulent faire vénérer. D'autres déclarent la religion détestable et despotique, ennemie des petits, complice des oppresseurs; ils veulent, dans leur ingratitude insensée, rendre Jésus responsable des usurpations de ses disciples infidèles, et Dieu lui-même des torts de ses prêtres ; ils déclarent la guerre à l'idéal au nom du progrès, à la charité au nom des pauvres et des faibles, à la religion au nom de la morale.
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Ed face de pareils adversaires, égrener un chapelet on faire du Credo noire égide, c'est abdiquer misérabiemeot, puérilement.
Répondez qu'on a raison de fuir les religions qui deviennent des écoles de haines sociales, de compression on de désordre, mais que la religion, qui est sacrifice de soi-même, aspiration énergique à Tidéal, élan vers Dieu, imitation de Christ, communauté d'esprit, est la plus grande et la plus sainte de toutes les puissances de l'ordre moral, édifie et affranchit, éclaire et sauve, sanctifie et régénère. Effacez ou laissez tomber de votre Credo les détails sans grandeur, les dogmes contradictoires ou sans valeur religieuse. Laissez chacun libre de comprendre comme il le peut toutes les questions de dogme ou d'histoire, de théol<^ie ou de philosophie ; mais, pour agir sur notre siècle, le convertir, le racheter, écrivez sur votre symbole ce mot unique, essentiellement chrétien : Je crois à l'esprit. Car l'esprit, c'est ce dont Jésus a annoncé l'avénement, c'est ce dont Dieu nourrit et illumine nos âmes, c'est ce dont Jésus a parlé quand il a dit : Dieu est espHt^ et il faut que ceux qui l'adorent, l'adorent en esprit et en vérité.
HISTOIRE DE Li. PEeSÉGUTION. 65