‹ Histoire du credoChapitre 13 sur 33 · LA DESCENTE DE JÉSUS-CHRIST AVX ENFERS · texte numérisé non relu

LA DESCENTE DE JÉSUS-CHRIST AVX ENFERS

latéraux de IVdifice et où figurent soixante personnages beaucoup plus grands que nature. A Saint* Vital (1), nous verrions représentés, au milieu d'une foule d'antres sujets analogues, d'un côté, l'empereur /ustinien entouré de ses grands, ses gardes qui portent les initiales de Jésus sur leur bouclier d*or, et Téfêque saint Maximien avec ses prêtres debout à côté du souverain; de Tautre côté, Timpérairice Théodore, ses dames et ses serviteurs. Toutes ces figures sont des portraits du temps, froids et même roides, mais pleins d'individualité ; les costumes sont surchargés de toutes les complications du luxe le plus extravagant : orfèvrerie, pierres précieuses, broderies à personnages, étoffes éblouissantes de couleurs et surchargées d'or. Tbéodora et Justinien y paraissent comme princes chrétiens, orthodoxes, constructeurs d'églises; l'un et l'autre apportent au sanctuaire des dons magnifiques représentés par des vases de grand prix. L'un et l'autre ont la tête entourée du nimbe ou auréole antique, commune aux saints catholiques et aux dieux du paganisme. Autour d'eux, tout est compassé, lourd, imposant et pompeux. A la seule vue de ces curieuses représentations, s'évanouissent toute idée de simplicité évangélique et la dernière ombre de la liberté chrétienne. On sent que sous ces souverains l'ordre règne au plus haut degré, mais non la vie; l'esprit s'est retiré; on reconnaît, à mille traits laborieusement compliqués, le caractère d'une de ces époques pesantes où tout est surchargé à la fois de réglementations inutiles et d'ornements importuns. Yoilk un temps où le pouvoir doit imposer à tous, avec une froide insolence, ses lois, ses caprices et ses opinions ; où la crédulité officielle n'aura pas de bornes, où un joug accablant sera porté sans conteste et par tous. En effet, ce même Justinien est le restaurateur habile de la loi romaine, le compilateur tout-puii^sant des

(1) Je décrif ici ces moiaïqueft d'après des notes que j'ai prises sur les Ueux ; mais on peut les trouver reproduites par la gravure dans divers ouvrages, tels que le Handbook of painting de Kugler, trad. en anglais par lady Eastlake, 3* éd. London 1855, t. I, p. 36. — Il y a une mauvaise planche qui reproduit la scène oui figure Tbéodora, dans le grand recueU de Voit, Caspar et Lûbke, Denkmâler det' Kumt, Stuitgard, 1858, t. 1«% c. iv, 7.

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InstituteSf des Pandectes, des Novelîes, c'est-à-dire d'an code savamment élaboré, minutieux, remarquable pour son temps et que les âges futurs étudieront et vénéreront longtemps, mais qui pèsera sur bien des siècles. <l'est le constructeur superstitieux et magnifique de Sainte>Sophie, cette immense et merveilleuse église de la Divine Sagesse, toute resplendissante de lumière, qui ne ressemble à aucune autre et dépasse non en gravité religieuse mais en majesté, toutes les basiliques et les cathédrales de l'Occident. Sa voûte surélevée semble porter un défi aux lois de la pesanteur; mais tant d'audace n'inquiétait pas l'impérial architecte; de quinze en quinze briques^ il en avait fait mettre une creuse et remplie des reliques des saints, ce qui, du reste, n'cmpéclia pas la voûte de tomber peu d'années après. Ce magnifique et crédule despote pense être essentiellement orthodoxe et catholique, mais il sera le fléau des évêques de Rome ; trois d'entre eux, Agapet, Silverius et Vigile, seront forcés de plier sons sa violence et ses dures menaces.

Théodora, fille d'un gardien des bêtes féroces du cirque, autrefois danseuse au théâtre, encore admirablement belle, pâle et hautaine, blasée et hardie, ayant fait pour vivre les plus infâmes de tous les métiers, était montée de la lie des grandes villes au rang d'épouse de l'héritier du trône, et plus tard s'y assit avec lui; devenue souveraine, c'était aux questions de dogme les plus épineuses et les plus abstraites qu'elle occupait sans relâche son esprit passionné et pédantesque, persécutant sans aucune pitié ceux qui ne pensaient pas comme elle on qui prononçaient contre sa conduite un mot de blâme; elle avait dans son palais des prisons qui ne dépendaient qne d'elle et où elle faisait enfermer quiconque avait le malheur de lui déplaire.

Justinicn ferma les écoles des philosophes ; il contraignit les païens au baptême et exclut de tous droits ceux qui s'y refusaient. Sous son règne, les païens et les juifs, les hérétiques et les excommuniés n'étaient pas moins en dehors de la société civile que de la société ecclésiastique; en cessant d'être membre de l'Église ou en refusant de le devenir, on se trouvait en dehors de l'Etat. Les païens relaps, c'est-à-dire tous ceux qui.

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après être entrés dans l'Église par contrainte, reprenaient» fût-ce un instant, leur liberté, étaient condamnés à mort. Le clergé était comblé d'bonnears, de richesses et de puissance.

Voilà en quelques mots l'époque où nous deyons nous transporter, époque d^asservissement et de pompe, d'ordre minutieux, rigoureusement maintenu et où régnait le goût le plus outré pour les complications bizarres de la théologie, pour les recherches d'un luxe effréné et d'un art beaucoup plus opulent qu'élevé.

Ce fut en ce temps qu'on révisa le code de la doctrine comme celui de l'État. F^es formules dogmatiques ou symboles s'étaient multipliés et variés à l'infini ; chacun proposait le sien. Dès la fin du iv® siècle, un évoque de Paphiagonie nommé Sophronius, entendant Acacios, évoque de Césarée, proposer une nouvelle profet^sion de foi, s'écria : Si nota voulons recevoir chaque jour les nouvelles opinions comme règles de foi^ nous perdrons bientôt la vérité (1). C'est du iv* au vi* siècle que, par degrés, on abrégea ou simplifia le Credo.

Il ne faut jamais perdre de vue que ce symbole était toujours censé oral et non écrit, enseigné et récité de vive voix, qu'on persista longtemps à le considérer comme une formule secrète ; or, tout mot d'ordre ou de passe, devant être confié à la seule mémoire, est nécessairement bref. On élagua tous les détails qui ne furent plus jugés indispensables. — C'est dans cette révision graduelle que le titre de Créateur des choses visibles et invisibles fut remplacé par celui de Créateur du ciel et de la terre^ plus scripluraire et plus simple. C'est alors qu'on cessa d'affirmer la rémission des péchés et la vie éternelle par la sainte Eglise^ non qu'on se permît le moindre doute à ce sujet, mais parce que l'idée exclusive sembla suffisamment exprimée et la symétrie générale du Credo mieux gardée par la formule nouvelle : Je crois la sainte Église catholique^ la rémission des péchés^ la résurrection de la chair et la vie étemelle. Alors aussi furent définitivement élaguées, comme n'étant contestées par personne, les affirmations de quelques

(1) Socrate, Hiêt. eccL, II, e. 37.

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anciens exemplaires du Symbole des Apôtres sur la sainteté et la vie de Jésas-Ghrist, la rédemption et le salut (1).

£nûn, le Credo tout entier se trouva tel qu'il est aujourd'hui, sauf les deux additions dernières faites sous Justinien et Théodora. Le d(^me orthodoxe était fixé; si Ton ajouta encore au Credo deux articles nouveaux, ce ne fut plus pour réfuter telle ou telle hérésie (2) ; ce fut bien plutôt par l'effet du goût passionné de celte époque pour les croyances bizarres, les superstitions recherchées, les ornements inutiles qui surchai^ent ce qui semblait trop nu, et compliquent ce qu'on trouvait trop simple.

N'exagérons rien cependant. Quoique fixé en théorie, le dogme catholique ne pouvait, dans la pratique, se passer d'un correctif. Il était devenu trop sombre et trop dur. D'après Augustin, étaient irrévocablement damnés tous ceux qui, par une raison quelconque, avaient été exclus de l'Église ou n'avaient point été reçus dans son sein : les excommuniés (non réconciliés}, les hérétiques, les persoimes- mortes sans baptême, fût-ce des enfants mort-nés, enfin tous ceux, païens ou juifs, qui étaient morts sans connaître Jésus-Christ, et tout le genre humain antérieur à lui. Il y a là un luxe de rigueur très-orthodoxe et même très-logique, mais qui révolte également la conscience et le cœur. On peut affirmer sans hésitation que si l'Église catholique s'en fût tenue là, elle n'eût pas duré longtemps; l'hérésie eût bientôt vaincu. Que fit-elle? renier ou démentir le cruel et sublime Africain, considéré par bien des âmes comme le plus grand des docteurs, c'est ce qu'elle ne voulut

(1) Voy. plus haut, p. 120.

(2) C'est ce que soutient avec raison, selon moi, H. Nicolas dans ses Études sur les évangiles apocryphes, 1j866, et dans la Revue de Théologie, 3« série^ t. III. Je dois ajouter cependant que le savant M. Maury, dans une édition revisée de ses Croyances et Légendes, vient encore d'affirmer que le but de cette insertion au Symbole fut de combattre l'hérésie des apollinaristes {Histoire d'un évangile apocryphe), et que mon regrettable ami Eugène Haag croyait l'article de la communion des saints dirigé contre les donatistes {Histoire des Dogmes, I, p. 177)- Cf. Yolborth, Quantum error Apolinar. contulerit ut dogma de descensu J, C, ad inferos Symbolo insereretur, Brunsw., 1795.

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jamais faire. Le contredire sans en convenir valait l)eaucoup mieux ; et c'est ce que l*Église a toujours fait en pareil cas. C'est en particulier ce qu'elle a fait au XYiii^ siècle à propos du Jansénisme. Rome condamna les enseignements d'Augustin non dans les propres écrits de ce saint, mais dans le livre récent de Févêque d'Ypres, Jausénius^ qui, cependant, n'avait fait, en son Augmtinus^ que reproduire textuellement et rajeunir mai à propos les exagérations d'Augustin sur l'absence de tout bien et de toute liberté en l'homme ; ces exagérations, qu'il convenait à l'Église de laisser dans l'ombre, Jansénius, Saint- Gyran^ Arnauld, les mirent en pleine lumière. De là surgit le long débat des Jansénistes et des Jésuites ; de là les Provinciales de Pascal. Richelieu enferma Saint-Cyran à Yincennes, et Louis XIY fit brutalement démolir le monastère de Port- Royal, ni plus ni moins qu'un de nos temples.

Des dogmes nouveaux peu à peu introduits dans l'Église atténuèrent l'impitoyable doctrine augustinienne. On distingua diverses sortes d'enfers très-inégaux. Ici, pour éviter des complications extrêmes, je devancerai l'ordre des temps et je vous montrerai immédiatement la nouvelle doctrine sur le pied où la mit le concile de Trente. Voici, sur ce point, l'enseignement très-précis et détaillé de ce corps qui fait loi en matière de dogme pour toute la catholicité : il importe de distinguer nettement et dès ce moment les trois séjours infernaux auxquels l'Église catholique croit :

« Il y en a un qui est comme une très-obscure et trèsinfecte prison où les âmes des damnés sont continuellement tourmentées avec les démons par un feu qui ne se peut éteindre : ce lieu se nomme la Géhenne, l'Abime et proprement

l'Enfer.

» Il y en a un autre, qui est le feu du Purgatoire, où les âmes de ceux qui sont morts en grâce, y étant tourmentées pendant un certain temps, sont entièrement purifiées de ce qui les empêche d'avoir entrée dans la céleste patrie où rien de souillé ne peut entrer.

» Le troisième de ces lieux est celui où les âmes des saints étaient reçus avant l'avènement de N. S. J. C. et où elles demeuraient en repos sans aucun sentiment de douleur, dans

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l'espérance de lear rédemption, et c'est proprement les âmes de ces saints, qui attendaient leur Sauveur dans le sein d'Abraham, que notre Seigneur a délivrées par sa descente dans les enfers. Ainsi, avant sa mort et sa résurrection, le ciel n'avait été ouvert à personne, mais les âmes des justes qui mouraient étaient portées ou dans le sein d'Abraham ou dans le feu da purgatoire où elles étaient purifiées (1). »

L'enfer proprement dit, d'où personne n'est sorti et ne sortira jamais, le purgatoire d'où leurs propres mérites, les prières et les offrandes des survivants peuvent délivrer les trépassés, et enfin les limbes où les saints morts antérieui'ement à la crucifixion du Sauveur attendaient son avènement et d'où il les a retirés lui-même, voilà donc les trois divisions catho* liques de Tenfer, et c'est surtout la troisième, dite les limbe» des pères (2) qui doit aujourd'hui nous occuper. Je signale seulement en passant le triple adoucissement apporté à la doctrine orthodoxe d'Augustin : le purgatoire, refuge ouvert à tous les chrétiens qui ne sont pas mûrs pour le ciel (d), les limbes des petits enfants où ceux qui sont morts sans baptême, déshérités pour jamais du bonheur, sont cependant exempts de la torture inénarrable des damnés, et enfin les limbes despèreSj d'où Jésus a tiré les justes d'Israël qui avaient espéré son avènement (&). Ce dernier correctif à la doctrine d'Augustin était indispensable; car si l'on niait le salut de iMoise ou de David,

(1) Catéchisme du concile de Trente.

(2) Le mot limbe signifie le bord (d'un vêtement par exemple). Les limbes du Gheol ou de l'enfer représentent une zone extérieure du royaume des ténèbres, où l'on est déjà dans les enfers sans cependant en ressentir encore toute l'horreur.

(3) Augustin lui>mème avait reconnu la nécessité de ce complément de ses enseignements, et ce furent deux de ses plus zélés disciples^ saint Gésaire d'Arles et l'évéque de Rome saint Grégoire le Grand, qui constituèrent la nouvelle doctrine. Ce dernier déclara avoir vu en songe des âmes du purgatoire lui apparaître, lui attester la vérité de ce dogme et lui demander des prières. Ce songe, très-facile à expliquer, même sans aucune fraude, s'est souvent reproduit pour d autres. Bien n'a tant contribué que la croyance du purgatoire à enrichir TÉglise et le clergé ; rien n'a plus étendu et assuré leur empire.

(4) « Qui appelez-vous les pères? — Les patriarebes, les prophètes et

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