LA DESCENTE DE JÊSUS-GH&IST AUX ENFERS
l'Ancien Testament dont on maintenait l'autorité divine, se trouvait être un livre de Dieu écrit par des damnés; et si d'un autre côté on exemptait de l'enfer les saints Israélites» on accordait en fait qu'il est possible d'être sauvé sans Jésus- Christ
Mais, demandera- t-ou sans doute, où a-t*on trouvé cette idée de Jésus descendant aux limbes ? D'où a-t-elle sui^i ? De l'évangile? nullement; je vous montrerai facilement que le texte sacré est inconciliable avec celte fable et la dément à l'avance.' £Uc est née d'une légende ; elle est elle-même une légende.
On a fait sur l'origine des légendes qui se rattachent aux textes sacrés une remarque aussi juste dans le fond que pittoresque et charmante dans la forme. Comme les plantes murales germent et se développent dans les fentes des anciens édifices, certaines légendes ont poussé d'elles-mêmes dans les lacunes et comme dans les interstices de i'Écriture-Sainte. Nos quatre évangiles, par exemple, ne nous apprennent rien de ce que devint Jésus enfant, depuis l'âge de deux ans jusqu'à celui de douze; une foule de légendes pieuses ont été imaginées, une multitude d'évangiles apocryphes ont été composés par de bonnes âmes qui avaient plus d'imagination que de critique et qui ont cherché à se représenter ce qui, selon elles, avait dû se passer. On appelle ceux de ces livres que nous avons encore : V Evangile de V enfance, le Protévangiie, etc. Ils ne sont qu'un tissu de fables, mais ils n'ont pas manqué de lecteurs crédules et convaincus.
Or, on crut remarquer, dans l'histoire de Jésus, une autre lacune qui assurément n'avait rien de surprenant. Les quatre évangélistes, dit-on, rapportent que Jésus mourut sur la croix le vendredi et qu'il ressuscita avant l'aube, au troisième jour, le dimanche ; mais ils ne disent rien de cet intervalle. Que devint son esprit pendant cet espace du premier au troisième
les autres serviteurs de Dieu qui avalent vécu avant la venue de Jésus- Christ. D*où vient qu'ils n'étaient pas dans le ciel ? — Parce que Jésus- Christ devait y entrer le premier et nous en ouvrir l'entrée par son san^ (Bossuet, Catéchisme de Meaux),
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jour, OU pendant ces trois jours, suivant la manière vulgaire de connpter? Où alla son âme en attendant l'heure de la résurrection 7
La réponse qui parut la plus naturelle fut celle-ci: Son âme séjourna où vont toutes les âmes après la mort. Or, sur ce point mystérieux, le séjour des trépassés, la théologie juive avait une doctrine à elle dont je dois vous demander d'étudier rapidement avec moi le développement.
Vague à son origine, elle fut peu à peu, comme il arrive, singulièrement précisée. Jésus, disaient les premiers chrétiens issus du judaïsme^ est allé où vont toutes les âmes, où nous irons tons, au CheoL Ce mot hébreu n'a en notre langue aucun équivalent exact; il désigne un immense et sombre caveau, situé, d'après les Israélites, sous la terre, qu'ils se représentaient plaie et surmontée des cieux, qui étaient de cristal et avaient la forme d'un demi globe. Selon les plus anciens monuments de la poésie et de la foi des Hébreux, le Gheol reçoit dans son vaste sein tous les morts, bons et mauvais, endormis pour toujours. Par d^rés cependant le besoin d'immortalité et de justice à venir qui existe en tout homme, et les lumières d'une religion très-avancée sur d'autres points, jetèrent quelque animation dans les mornes torpeurs du Cheol et établirent entre ses habitants bons ou méchants une juste inégalité.
Le plus puissant des poètes et des prophètes hébreux, Esaîe, dans un transport de patriotique et juste indignation, anime tout le Cheol qu'il montre prêt à recevoir avec dérision et colère le conquérant et oppresseur de la patrie juive, l'ennemi de Dieu et de son peuple, le terrible et détesté Nabuchodonosor. Avec une intrépidité sublime, Esaïe annonce à ses frères que ce cruel tyran qui a ruiné Jérusalem, dévasté les lieux saints et déporté Israël dans les États de Babylone, tombera du faîte des grandeurs dans le Cheol qui, à sa venue, s'ébranlera tout entier et enverra à sa rencontre, pour le saluer, avec une ironie vengeresse, les rois morts de tous les peuples et de tous les temps.
Écoutez cette amère et triomphante invective, en vous rappelant qu'au temps où le poêle l'écrivit et où son peuple le