‹ Histoire du credoChapitre 17 sur 33 · LA DESCENTE DE JÊSUS-GHKIST AUX ENFERS · texte numérisé non relu

LA DESCENTE DE JÊSUS-GHKIST AUX ENFERS

Chose curieuse; ce colloque entre deux êtres imaginaires, reproduit à bien des reprises par les arts et considéré au moyen âge comme parfaitement réel et historique, a pour origine un dialogue fictif inséré par Eusèbe d'Emèse , évêque d'Alexandrie (1), dans un de ses sermons, et qui n'était alors qu'une figure de rhétorique, un mouvement oratoire trop prolongé et détaillé 3uivant le goût du temps. Une abstraction devient un personnage^ une métaphore donne lieu à un récit soi-disant historique. N'est-ce pas chose curieuse et très-digne d'attention que de pouvoir prendre ainsi sur le fait le changement de la poésie en dogme, de saisir une image oratoire chez le poëte ou le prédicateur qui l'a imaginée et qui ne songeait nullement à la donner pour réelle, et de la suivre de bouche en bouche et de livre en livre jusqu'à ce que, réduite à l'immobile précision d'une doctrine obligatoire , elle ait pris rang dans le Credo ^ pour être répétée de siècle en siècle comme article de foi par tontes les générations catholiques (2) ?

Voilà donc enfin la légende entière, voilà achevé le drame étrange qui se trouve résumé dans l'article ajouté sons Juslinien au Credo ; voilà ce qu'affirme TÉglise catholique quand elle dit de Jésus : il est descendu aux enfers.

Strasbourg, in-8o, 1868) a cité les vieux théologiens qui représentent le diable comme dupe de la mort du Christ. Isidore de Se ville dit qu'il fut trompé comme un oiseau, et un évêque de Paris, Pierre Lombard, le fameux Maître des sentences, fait de la croix une souricière et du sang de Jésus Tappât où Satan se prit^ etc., etc.

(1) Sermons, p. 691 et 702, apud Ang, Mai, Spicilegium Romanum, t. IX. Maury, op. cit,, p. 314. Cet Eusèbe vivait au iv® siècle.

(2) La victoire de Jésus sur la mort et Tenfer était le thème préféré des prédicateurs. M. Maury a traduit une page très-curieuse de saint Ephrem que M. Nicolas a reproduite, Revue de théoL, 3« série, t. III, p. 266. Non-seulement on commentait de la sorte ce mot de Técrivain sacré : « Il affranchit ainsi ceux que la peur de la mort rendait esclaves toute leur vie {Hebr., Il, 15) », mais on foulait aux pieds avec jubilation tout le vieil appareil des terreurs et des superstitions païennes. — M. Max Muller a très-bien montré comment les métamorphoses deviennent des mythes ; il aurait pu dire des dogmes (op. cit., t. Il, 3® et 12« leçon).

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On sait parfaitement où, quand, par quelle tnain il y fut introduit. Rufin, prêtre d'Aquilée» personnage qui est connu pour mériter peu de confiance et que saint Jérôme , autrefois son intime ami, appelle un amateur de fausses légendes et un collecteur de traditions suspectes ^ introduisit ce nouTéau dogme dans le Credo en avertissant lui-même qu'on ne le trou*vait ni dans le Credo de Rome, ni dans ceux de TOrient (Exposit, in Symb.^ c xx).

C*est d'après cette autorité personnelle fort penconsidérable^ mais généralement acceptée parce qu'elle était conforme à Tesprit du siècle et au goût du moment, que TÉglise catholique adopta peu à peu la singulière innovation qui est demeurée dès lors un des articles de son Credo.

m. — Cependant elle néglige assez volontiers ce dogme bizarre. A vrai dire, elle en est secrètement embarrassée, et la preuve c'est que jusqu'à nos jours ce dogme demeure incomplet £n effet, il est une question subsidiaire qui n'a guère été tranchée. Supposons que Jésus a tiré des limbes les saints personnages de l'ancienne Alliance et même qu'il les a présentés sur la terre à Marie. Que sont-ils devenus ensuite? Les conduisit-il au ciel? et cela avant d'y monter lui-même au moment de son ascension, quarante jours après sa résurrection ? Non, suivant la doctrine de l'ancienne Église, car elle croyait que le ciel demeure fermé jusqu'au jugement; que les morts et même les martyrs dorment en attendant le jugement dernier. C'est ce qu'aflBrme positivement une très-ancienne prière qui a été introduite dans l'office de la messe quand cet office se forma, et où l'on prie Dieu pour les martyrs qui dor^ ment (1). C'est ce que récite chaque jour tout prêtre qui dit la

(1) « Souvenez-vous aussi, Seigneur, de vos serviteurs et de vos servantes, qui nous ont précédés avec le sacrement de la foi et qui dorment dans le sommeil de la paix; accordex-leur et à tous ceux qui reposent en Jésus -Christ^ le lieu du rafraîchissement et de la paix. » {Canon de la messe, Gabriel Biel, p. 78.)

Quoique conservée dans l'office principal et journalier du catholicisme^ cette hérésie fut condamnée par des Conciles et des Pères de l'Église, entre autres par Origène et par Augustin qui l'appelait hérésie arabesque. On

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