‹ Histoire du credoChapitre 18 sur 33 · LA DESCENTE DE JÉSUS-CHRIST AUX ENFERS · texte numérisé non relu

LA DESCENTE DE JÉSUS-CHRIST AUX ENFERS

messe. Mais, s*il le disait partout ailleurs, il serait bérédque. En effet, l'Église a décidé depuis longtemps que les morts ne donnent pas» que les uns sont au purgatoire pour un temps, ou en enfer pour toujours; les autres, les bienheureux, et tout particulièrement les martyrs, en paradis, au ciel. Cette doctrine est doublement nécessaire à l'Église romaine, soit à cause du culte des saints (puisqu'il serait absurde de les invoquer s'ils dorment jusqu'au jour du jugement), soit à cause de la doctrine du purgatoire qui a pris un immense développement. Il n'y a pas d'arme plus puissante dans tout l'arsenal catholique pour maîtriser les vivants que le pouvoir qu'elle s'est attribué de retirer du purgatoire les âmes des morts qu'ils ont aimés; quel empire immense prendrait sur moi un prêtre qui me ferait croire que les morts que j'aime et que je vénère souffrent, et que par des prières, des privations, des offrandes, je peux hâter la fin de leurs tourments, les retirer des flammes, et leur

la nomma plus tard hérésie des Psychopannychistes . Son plus illustre et dernier champion fut le pape Jean XXII, qui résidait à Avignon. L'Université de Paris l'admonesta, et le roi de France, Philippe VI, prenant contre lui la défense de Torthodoxie, lui envoya l'ordre de se rétracter, en le menaçant de le faire brûler vif s'il n'obéissait. Le pauvre pape obéit, signa sa rétractation et mourut le lendemain. Il était âgé de quatrevingt-dix ans. (Dupin, Nouv. Bibl.y t. II, p. 319; Sismondi, Hùtoire des Français f etc.) Ce passage de l'office de la messe donna lieu a une vive controverse pendant le xvi^ siècle, entre le pasteur de Paris, Pierre du Moulin, le cardinal du Perron et bien d'autres.

I^otre contemporain, le Père Perrone, a soin de déclarer que les âmes des justes qui n'ont pas besoin des expiations du purgatoire jouissent immédiatement après la mort, de la vision béatifique, c'est-à-dire sont en paradis {Prœlect. Th,j p. lïl, c. v, not. 1, propos. 4). L'Église n'admet donc nullement le sommeil des âmes ; elle les croit toutes pleinement éveillées, soit au paradis, soit au purgatoire, soit en enfer. Mais pourquoi dire le contraire dans chaque messe ? Qu'il serait aise de retourner contre Rome VHistoire des Variations, de Bossuet ! Où se réfugiera l'orthodoxie puisque l 'office de la messe est hérétique ? C'est que l'idée même d'orthodoxie est un contre-sens, en histoire comme en religion. 11 n'y a jamais eu de prêtre ni de pasteur vraiment orthodoxe, excepté celui qui répète ce qu'on lui a commandé de dire, sans penser à ce qu'il dit et sans le comprendre.

acheter le paradis 1 Je m'étoDoe qae l'Église, par ce seul moyen, n*ait pas encore accaparé tous les biens, toutes les terres ; mais je ne m*étonne nullement qa'il faille prévoir des révolutions nouvelles d'époque en époque, tontes les fois qu'en dépit même des lois elle aura trop réussi à envahir le territoire et les trésors des familles et de la patrie. C'est pour les âmes du purgatoire que Ton quête sans cesse et partout en pays catholiques. Partout, en Espagne, en Italie, des figures nues d'hommes et de femmes plongés dans les flammes sollicitent des dons et chacon se dit : C'est mon enfant , ma mère, mon père qui sou&e ainsL

Ce fut la vente des indulgences, surtout pour les âmes du purgatoire, qui souleva enfin au xvi' siècle la raison et la conscience de l'Allemagne, et bientôt d'une moitié de la chrétienté, ce qui devint l'occasion de la plus féconde et de la plus glorieuse des émancipations de l'esprit humain.

La Réforme nia et supprima d'un seul coup le purgatoire, les limbes des Pères et ceux des enfants morts sans baptême. Mais elle eut le tort, moins humaine en ce point, moins habile d'ailleurs et plus franche que le catholicisme, de ne porter aucun adoucissement aux cruelles doctrines d'Augustin sur l'enfer, qu'elle renouvela. Elle enseigna que les morts tombent de ce monde dans le gouffre du feu étemel s'ils ne montent immédiatement à la béatitude suprême. Qui dira combien d'âmes la dureté de cette doctrine rejeta ou maintint dans le catholicisme, et combien la Réforme eût été plus forte si elle eût nié que les peines puissent être pour quiconque voudra, en quelque moment que ce soit, revenir au bien et à Dieu !

Tout au moins la Réforme aurait-elle dû être conséquente, et puisqu'elle niait à bon droit l'existence des limbes, nier aussi que Jésus y descendit et supprimer ou tout le symbole dit des apôtres ou au moins cet article du Credo. Au point de vue de la Réforme, rien n'eût été plus logique , plus naturel, plus nécessaire. Car enfin la méthode des réformateurs ne consistait-elle pas avant tout à comparer le dogme de TÉglise avec l'Écriture et à rejeter tout ce que ce dogme a de contraire aux livres saints? Or, la descente de Jésus-Christ aux enfers est implicitement niée dans l'Évangile, et c'est Jésus lui-même qui.

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