‹ Histoire du credoChapitre 19 sur 33 · LA DESCENTE D£ JÉSUS-CHRIST AUX ENFERS · texte numérisé non relu

LA DESCENTE D£ JÉSUS-CHRIST AUX ENFERS

d'avance, Ta démentie. La prétendue lacune de l'histoire évangélique, l'interstice où la légende a germé et grandi, n'existe point en réalité. A la question : Que fil Jésus, où alla Jésus après sa mort? il foUait répondre : où sont les meilleurs et les plus heureux. C'est lui-même, vous le savez, qui, sur la croix, dit au malfaiteur repentant crucifié à son côté : En vé» rite, je te dis que tu seras aujourd'hui avec moi dans le paradis (Luc, xxiii, lid).

C'est au nom de l'Évangile et par l'autorité de Jésus luimême qu'il fallait dire : Il n'est pas descendu aux enfers. On n'y songea point ; on n'osa. Un superstitieux respect entourait le Credo. Malgré la démonstration d'Érasme et de Valla^ une foule de gens croyaient que ce symbole était l'œuvre des apôtres; il existe encore aujourd'hui des gens assez ignorants pour le penser !

On admettait, sans l'examiner , la fable d'après laquelle le Credo aurait été accepté par toutes les Églises, tandis que tout rOrient chrétien n'avait que les symboles de Nicée et de Constantinople.

D'ailleurs, les révolutions s*arrêtent presque toujours trop tard et trop tôt à la fois; elles démolissent trop ici, trop peu là, non selon la logique et le bon scns^ mais selon l'état des esprits, leur degi*é de lassitude ou d'emportement. Ces mêmes réformateurs, qui eurent le tort de nier le libre arbitre, eurent celui de conserver le Credo. *

Leur embarras à l'égard de la descente aux enfei*s est fort curieux et triste à constater.

Luther sur ce point eut trois avis diiïérents. £n 1521^ avant d'avoir suffisamment porté sur ce point spécial ses investigations {Explic. desÉp. etÉv. de VAvent, 1521, et Comm. sur Osée, VI, 2), il croit et il enseigne que Jésus descendit en esprit dans les enfers. En 1523, plus émancipé, dans la période la plus libre de son développement religieux {Comm. sur Pierre, 1, 3, 19), il rejeite ce dogme. Plus tard, parce qu'il croit devoir maintenir le Credo, il maintient ce même dogme tout entier, il affirme que Jésus, corps et esprit , homme et Dieu, est allé aux enfers ; c'est l'époque où l'intérêt politique de la conservation et le besoin d'une base déjà connue et acceptée

ilO ÎIISTOTRB DTJ CREDO.

lui font perdre quelque chose de sa liberté d'esprit {Concio Torgaviensù, Op. y U VI, fol. 77. lena, et Noies du N. T. de 1540}.

Calvin ne put se résigner ni à abolir le Credo ni ^ conserver ce dogme; de fait il le supprima, mais il sauva les apparences d*<ine façon inacceptable pour nous à tous les titres. Selon kii, il faut interpréter cet article du Symbole, en l'appliquant aux souffrances vraiment infernales que Jésus endura dans le jardin de Gethsémané et sur la croix pour expier les pécliés des élus, lorsqu'il fut abandonné et maudit par le Père comme chargé des péchés du monde. Effroyable doctrine qui prête à Dieu l'injustice la plus abominable et la plus barbare^ et contre laquelle tout proteste en moi (1). Cette doctrine, qui fait partie intégrante du système de Calvin, est d'ailleurs ici aussi déplacée qu'elle est fausse. Calvin échappe à la question. Qui croira que le Credo, après avoir dit de Jésus : // souffrit sous Ponce- Pilate, il fut crucifié, il est mort, il a été enseveli, revienne en arrière pour dire qu'il avait souffert en Gethsémané et sur Golgotha des tortures infernales, et le dire sous celte forme inintelligible : // est descendu aux enfers (2) ?

Zwingle ne voulut voir dans la descente du Christ aux limbes que la réalité de sa mort, qui a sauvé ceux même dont la fin avait précédé sa venue au monde (3).

(i) tes protestants même que Ton cite comme orthodoxes n'ont pu s'en tenir à cette explication de Calvin. Ni Ostervald dans son catéchisme, ni son illustre abbréviateur^ Paul Rabaut, n*ont pu s'en contenter. On peut consulter sur ce point le journal ultra-orthodoxe l'Espérance (24 janvier 1868), en remarquant que le concile de Trente pour les catholiques,, et Calvin pour les réformés, y sont invoqués naïvement comme des autorités tout à fait de môme ordre. Autorité pour autorité, catholicisme pour catholicisme, Rome est encore, après tout, moins inconséquente et plus poétique.

(2) Voyez sur les moyens pitoyables qu'employèrent bien des théologiens protestants pour échapper à l'idée de la descente aux enfers tout en gardant les paroles du Credo, le livre de M. Nicolas, p. 238 à 243. Il passe en revue la Formule de Concorde, le catéchisme de Heidelberg^ Vossius, du Moulin , Drelincourt, Pearson, etc. Cf. aussi Haag, Hist. des dogmes, t. Il, p. 151 $q.

(3) Op., t. IV, p. 49.

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