PROPAGATION DU CREDO
Basile et saint Jean Chrysostome de l*an 370 à Tan /lOO.
J'affirme donc de nouveau, avec la certitude la plus entière, que la plus ancienne et Tune des plus nombreuses entre toutes les Églises, celle d'Orient, n'a jamais adopté à aucune époque le Symbole, dit des apôtres, qu'on veut faire passer pour être * celui de la chrétienté. Ni Jérusalem où les apôtres fondèrent l'Église, ni Antioche où naquirent les noms de chrétien et de christianisme, ne connurent ce Credo, à aucune époque de leur histoire; et c'est seulement par des catholiques latins, venus du dehors, qu'il a pu et qu'il peut y être récité. Au concile de Florence, en i/(38, le cardinal Julien ayant posé la question aux délégués de l'Église d'Orient venus à cette. assem* blée, l'un d'eux, nommé Ephésius, lui répondit : Nous n'avons pas et nous ne connaissons pas de Symbole des Apôtres (1).
La prétention qu'ont les défenseurs du Credo de le présenter comme admis toujours, partout et par tous, est donc radicalement fausse. Elle prouve, chez quiconque ose la reproduire, une ignorance qui n'est plus excusable, ou, ce qui serait plus coupable encore, une de ces fraudes qu'on appelle ironiquement pieuses.
En résumé, le Credo est un document purement catholique-romain, qui s'est formé peu à peu dans les Églises de l'Afrique proconsulaire et de l'Italie, entre l'an 250 et Tan 550, et qui n'a jamais été admis que dans l'Occident seul, c'est-à-dire dans l'Église de Rome et dans celles qui ont accepté sa suprématie. Reste à voir comment, avec quel degré de facilité ou quelles luttes, par quels moyens plus ou moins religieux, plus ou moins respectables, Rome a imposé son Credo à toute la catholicité. Je prendrai pour exemple la France d'abord, puis l'Espagne.
II. — Longtemps après l'achèvement du Credo, un pays où il n'était point encore en usage, un pays où l'on résista tant
(1) Nicolas, p. 370, Vera historia unionis non verœ inter Grœcos et Latinos per Sylvestrum Gitropulum, translata a Rob, Creyghton, La Haye, 1660, p. 150.
i2k HISTOIRE DU CREDO.
qu'il fut possible à Rouie qui voulait Timposer, un pays où, bien avant ce qu*on nomma plus tard les libertés gallicanes, a toujours régné dans bien des esprits une opposition plus ou moins avouée à l'absolutisme romain, où l'on trouve, même au ix^ siècle, un clergé et des prélats souvent plus indépendants, plus spiritualistes, plus éclairés que ceux du reste du monde, c'est la France. A vrai dire, elle serait plutôt une fille cadette de l'Église que son aînée. Ce n'est pas seulement parce que le catholicisme n'a jamais été, à aucune époque, seul maître dans le midi de la France, depuis les Pyrénées espagnoles jusqu'aux Alpes du Piémont, puisque les Ariens, le^ Cathares, les Albigeois, les Yaudois, les Réformés enfin, se sont succédé sans intervalle sur ce sol indocile. Il y a plus; depuis Vigilance, qui, né près de Toulouse et prêtre à Barcelone, protesta énergiquement au y^ siècle contre le culte des saints, celui des reliques et le célibat , et s'attira les virulentes colères de saint Jérôme, certains dogmes avidement reçus par une partie de la population sont toujours demeurés pour d'autres inacceptables et inacceptés. A la fin du iv® siècle, Consiantinople et l'Orient, l'Espagne et la Gaule se servaient de symboles tout différents de celui des catholiques. Au commencement du Yii® siècle, le Credo actuel n'était pas encore connu des églises frankes. Elles ne se laissèrent imposer sans récla* mation, ni la descente aux enfers y ni la communion des Saints. Tantôt l'une de ces additions, tantôt l'autre, et même toutes deux manquent dans bien des rituels, dans maintes explications du Symbole, usités en notre patrie et entre autres à l'abbaye parisienne de Saint-Germain des Prés (1). A la fin du W siècle, le concile d'Arles imposa aux néophytes le Symbole des Apôtres (2), mais cet ordre ne fut pas généralement obéi. Même au ix" siècle, on trouve d'autres Credo en usage chez nos ancêtres. Le fameux Alcuin, l'ami de Charlemagne, faisait encore usage d'un Symbole très-peu conforme au nôtre et qui paraît dater au iv^ siècIe/On n'enseignait plus guère le Credo
(1) Voy. Nicolas, p. 265, note 1.
(2) Benj. Grawitz, Étttde historique sur le Symbole des Apôtres, MontpeUier, iSQà, p. 33,