‹ Histoire du credoChapitre 8 sur 33 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

(2) M. Nicolas^ dans la Nouvelle revue de théologie. ~ Origines du gnosticisme^ t. Y; p. 324^ et YIl, p. 65.

LES GNOSTIQnS& kl

grande énigme. Cette science s'appelle par excellence la Gnose (mot grec qnî signifie connaissance), et ceux qni la possèdent^ les Gnostiques. La Gnose ne procède point par les voies ordinaires d'investigation ; elle a sa façon à elle de comprendre, de deviner et de révéler les choses ignorées^ d'expliquer ce qae nnl n'a compris sans elle. Elle contemple, elle saisit directement, par intuition, des vérités inconnues et d'ordre sopérienr.

A ces premiers mots, je m'arrête un instant pour protester contre des prétentions pareilles; saint Paul Ta dit : la gnose gonfle d'orgueil ceux qui croient la posséder, tandis que la charité seule édifie (I Cor. , viii, 1). Il est vrai que la charité, le cœur saisit par intuition certaines choses , il est vrai que la conscience sent, même malgré elle, les impressions contraires du bien et du mal. Il est vrai que le sens religieux peut être ému, éveillé, exalté directement, mais ni le cœur, ni la conscience, ni le sentiment religieux ne peuvent repousser le secours de la raison. Un caractère habituel des nombreux systèmes dont je dois vous entretenir, c'est la plus chimérique jactance, c'est le dédain du sens commun. Rien n'est moins philosophique Il n'y a pas au monde deux bon sens, l'un pour le vulgaire, l'autre pour les initiés. L'esprit scientifique lui-même n'est qu'un bon sens exercé et sûr de sa méthode : observations ingénieuses et scrupuleusement exactes, déductions rigoureuses et sans écart ni solution de continuité , vues d'ensemble qui s'étendent sans confusion et s'élèvent graduellement comme un arbre grandit en s'attachant toujours plus fortement au sol inébranlable où plongent ses racines. Le génie lui-même qui, d'un coup d'œil, embrasse tant d'objets avec leurs rapports, qu'il semble toucher aux extrémités sans avoir besoin d'intermédiaires, le génie n'est qu'un essor plus hardi et plus rapide de l'indispensable, de l'inexorable bon sens. Il en est comme du télescope, il allonge à travers l'espace la vue de ceux qui savent voir, mais ne sert de rien à ceux qui ferment les yeux ou n'en ont pas.

La tentative des Gnostiques pour regarder ce qu'il est impossible de voir, pour savoir sans apprendre, pour se passer de la raison, de la conscience même, et pour tout saisir par l'imagination n'est qu^une orgueilleuse démence.

M niSTOIRB DU CREDO.

Yoici les idées principales que la Gnose adopta : ce inonde où règne le mai n'est pas 1 œuvre da Grand Dieu , du Principe premier. L'absolu ne peut pas se communiquer directement à ce qui est fini, et l'esprit à la matière. La matière et la chair c'est le mal, les ténèbres, la mort. L'esprit c'est la lumière^ la vie, le bien. Tous deux sont éternels. Il est impossible à la matière qui est maudite et à tout ce qui lai appartient de s'élever jusqu'à l'esprit. L'esprit lui-même ne peut s'abaisser assez pour se communiquer à elle. Entre les deux existe un troisième ordre de faits ^ ordre transitoire destiné à être absorbé dans l'esprit, mais qui, en attendant, çst un terrain commun où l'esprit et la matière peuvent aboutir, chacun de son côté. Entre les choses spirituelles et les matérielles, il y a les choses psychiques qui appartiennent à l'ordre intermédiaire, et qui relèvent de ce qu'on appelait l'âme sensible, la psyché.

De VaMme infini ont émané successivement des êtres ou des idées personnifiées et toujours décroissantes, divisées en puissaneeSy principautés, trônes, dominations et qui s'appellent le Silence, la Parole, la Sagesse, Y Esprit ^ la Vie, la Gloire, V Unique engendré, Sophia Achamoth, Jaldabaoth, et bien d'autres, au nombre de 365. Ces 365 émanations de Dieu s'appellent Eons; réunis, ils remplissent rabîme et forment le plérôma ou la plénitude de la divinité. Le dernier de tous les Eons selon quelques gnostiques (1), ou tout au plus l'an des derniers, a créé le monde, ou plutôt (car, la matière étant éternelle, rien n'a été créé), il a organisé l'univers. On l'appelle le Démiurge ou auteur du monde. Le mal se trouve nécessairement et partout dans son œuvre puisque ce monde est matériel, et l'homme ne fait pas exception ; mais le Dieu suprême , ou plutôt un Eon supérieur a, par pitié, fait tomber en l'homme, créature malheureuse et mauvaise^ un rayon de la vraie lumière. Selon les uns^ si le Créateur ou Démiurge a fait le monde mauvais (souffrez l'impiété de ces idées ; il ne m'est pas possible de les omettre), c'est qu'il était malfaisant à dessein ; selon d'antres , il manquait de lumière^ il était en démence.

(1) BasilidC; etc.

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C'est ce Démiurge qai a été le Dieu des Juifs; et toute leur religion, en conséquence, est étrangère à l'esprit; elle est au plus psychique , si ce n'est même matérielle , et doit être abolie.

On alla si loin contre le judaïsme, dans quelques sectes, qu'on prit tout l'Ancien Testament au rebours, blâmant tout ce qu'il approui^e, louant tout ce qu'il condamne; dans cet esprit^ quelques-uns firent du serpent de la Genèse une émanation divine qu'ils opposèrent à Jéhovah (les Ophites, etc.). D'autres cnti-eprirent de défendre tous les ennemis de Jéhovah et s'appelèrent Caînites en l'honneur du premier fratricide. Cependant telle fut la mobilité capricieuse et infiniment \ariable des rêves du gnosticisme, qu'après maintes sectes très-nombreuses acharnées contre le judaïsme, il en parut d'autres, en particulier à Rome, qui étaient au contraire entièrement judaïsantes quoique chrétiennes (1).

Je poursuis. Une œuvre immense de réparation est nécessaire au monde; elle ne peut être accomplie que par une autre émanation divine beaucoup plus élevée, le Messie ou Christ. Comme le Démiurge nous montre le divin se dégradant en tombant dans la matière, le Messie c'est le divin remontant de ce monde à Dieu, réconciliant, sauvant ; et le seul moyen de salut que le Christ emploie, c'est la Gnose, c'est la connaissance de ce système, la sagesse, la perfection qu'il donne à ceux qui le connaissent, aux initiés^ aux vrais gnostiques. Ceux-là sont spirituels et parfaits ; les autres hommes sont ou matériels et perdus, ou psychiques, pouvant encore être sauvés, c'est-à-dire instruits du gnosticisme. Aussi on constitua une société secrète, mystérieuse, à deux degrés au moins, où les gnostiques parfaits occupaient le pins haut rang.

Les conditions exigées pour arriver à la perfection se résument en une sévérité de mœurs excessive et outrée. Les privations, le célibat, les macérations, étaient rigoureusement imposés aux adeptes, sauf en une des branches de l'école gnostique, où d'un extrême on tomba, comme il arrive souvent, dans l'extrême

(1) C'était avant le v* siècle. Les Homélies dites Clémentines appartiennent à des gnostiques de cette catégorie.

contraire, et où, par mépris pour la matière, on autorisa Tabsence de toute loi et les plus infâmes désordres.

Tel est le fond du système ; il fut diversifié et compliqué de mille manières. A l'époque où le Credo commença à en tenir compte, le gnosticisme se divisait au moins en trente systèmes divers ; il est vrai que ce fut le moment de son plein épanouissement, de sa plus menaçante extension.

IL — Depuis i]u*une multitude de nations étaient réunies en un seul empire, confondues toutes ensemble dans Tuniié de l'empire romain, il semblait naturel et désirable que toutes les religions nationales n*en formassent plus qu'une seule. Cette idée fut la grande chimère .de l'époque qui commence à César et finit à Constantin. La Gnose parut à beaucoup d'esprits la meilleure ou l'unique solution du problème.

Peu arrêté dans ses détails, prétendant tout comprendre et s'assimiler toules choses, le gnosticisme réalisa mieux que tout autre ce qu'on appelait le syncrétisme, c'est-à-dire la conciliation de toutes les doctrines et de tous les cultes. La religion dualiste des Perses, avec leurs deux dieux, celui des ténèbres et du mal, celui du bien et de la lumière ; les émanations divines et les incarnations, soit réelles, soit apparentes, qu'admettaient rÉgypte et l'Inde; les Idées de Platon, les allégories morales des stoïciens, les doctrines judaïques enfin furent absorbées par la Gnose, ces dernières avec les espérances messianiques, la Bible, la tradition, et la Kabbale. Le rang très-inférieur donné au Dieu des Juifs parmi les Eons est une forme de la haine persistante des Samaritains et des païens pour le plus exclusif de tous les peuples.

A son tour, le christianisme naissant fut envahi par les gnostiques, comme une riche étoffe à broder de leurs rêveries (1). Simon le Magicien demanda le baptême et voulut, après

(1) Voy. Roget (De Constantin à Grégoire le Grand), Ils firent passer dans le christianisme, par le moyen de Tallégorie, tout l'enseignement des divers philosophes païens (Baur, Kircheng, der drei ersten Jahrh,, 3. Ausg. I, p. 181. — Voyez les Philosophumena^ 5, 8, et TertuUien, Deprœscr, her,, c. vu).

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ravoir reçu, acheter aux apôtres le don du saint-esprit, qu'il considérait comme une initiation du second degré. C'est pourquoi rÉgiise romaine a appelé Simonie le trafic des choses saintes, un des péchés qu'elle a le plus sévèrement condamnés (il ne serait pas généreux de chercher si elle a eu autant d'horreur pour la chose que pour le mot). Beaucoup de gnostiques non-seulement furent chrétiens à leur manière, mais prétendirent être les seuls chrétiens véritables ou parfaits et regardèrent le christianisme ordinaire comme un enseignement inférieur que la Gnose pouvait seule expliquer et compléter.

Cependant entre le christianisme et la Gnose il y avait d'énormes, de radicales différences. D'abord le seul fait d'un enseignement supérieur révélé aux initiés et d'une vérité vulgaire, bonne seulement pour le peuple, est antichrétien. Après s'être longtemps perdu dans le dédale des orgueilleuses complications du Gnosticisme, on se sent l'âme reposée, le bon sens et la conscience vengés par la prière à demi ironique et cependant si touchante de Jésus : Je te loue, ô Père, Seigneur du ciel et de la terre^ de ce que tu as caché ces choses aux savants et aux sages et de ce que tu les as révélées aux petits en-* fants (1). Puis, la notion blasphématoire d'un Créateur malfaisant on malhabile révolte la conscience chrétienne ; la longue série des Eons ou émanations divines est attentatoire à l'uniié de Dieu; l'idée d'après laquelle le mal c'est la matière, est immorale et mensongère. Enfin, l'œuvre du Christ n'a plus pour but essentiel de régénérer l'âme et de l'unir avec Dieu, mais de réparer par la révélation d'une mystérieuse science les méfaits ou les méprises du Démiurge; Jésus devient non plus le rédempteur des hommes mais le réparateur des mondes. La grandeur même du rôle vague et mal défini qu'on lui assigne lui fait perdre toute réalité historique. La conscience chrétienne n'est plus rien ; la science cosmologique est tout.

Mais il y a bien plus encore. Puisque la matière est lé mal, le réparateur suprême n'a pu rien avoir de commun avec elle. Attendu qu'avoir un corps est une impureté, naître une déchéance, mourir un châtiment en même temps qu'une déli-

(1) Mattli., XI, 25. Luc, x, 2i.

vrance, les gnostiqaes chrétiens préteindirent que le Christ n'avait pas en de corps réel, n*avait jamais véca d'ane vie terrestre, n'avait pu naître, ni souffrir, ni mourir. Quant à sa naissance, Marcion la supprimait entièrement et selon lui le Christ adulte avait apparu tout à coup dans la synagogue de Capharnaûm. Plusieurs affirmaient qu'il avait fait semblant de naître (1). C'est à leurs yeux surtout que la mort de Jésus sur la croix était un intolérable scandak et une horrible folie. Selon les uns, le véritable Christ, l'émanation divine s'étaitunie avec un simple homme, Jésus de Nazareth, au moment de son baptême, etTavait abandonné en Gethsémané avant l'agonie. Selon d'autres, le Christ n'avait point été crucifié, et Simon de Cyrène, l'homme qui Taida à porter sa croix, avait subi le dernier supplice à sa place. La résurrection était également niée, nullement comme miracle, mais parce qu'elle supposait la mort qu'on ne pouvait admettre. On s'accorda parmi les gnostiques à enseigner que le corps de Jésus n'était point matériel, mais était une simple apparence sans réalité. Saint Jérôme indigné s'écria dans son bouillant langage que le sang de Jésus fumait encore en Judée lorsque l'on commença à ne faire de son corps qu*un fân^ tome (2). Ce système, qui attribuait au Sauveur un corps apparent, fut appelé docétisme (3); adopté par presque- tous les gnostiques et même par quelques autres sectes, il eut pendant pr^s de trois siècles une vogue immense.

Le danger pour le christianisme était réel et menaçan*. La Gnose séduisait beaucoup d'esprits parson apparente grandeur, par l'immensité d'un système où venaient aboutir, disait-on, toutes les philosophies de tous les temps et de toutes les religions et qui prétendait les concilier, les expliquer toutes. On se targuait d'agrandir le christianisme lui-même, de lui faire

(1) Le Credo opposa à ces doctrines les récits de deux évangélistes« saint Matthieu et saint Luc, dont on ne trouve aucune trace chez saint Paul, saint Jean, saint Marc ni aucun autre écrivain du Nouveau Testament.

(2) Hieron, ad, Lucif. , cap. viii. — « Âpostolis adhuc in seculo su- » perstitibus, apud Judœam Ghristi sanguine récent!, et phantasma Do- » mini corpus afferebatur. »

(3) Du verbe grec ^gjcsiv, paraître. Yoy. Baur, op. c, p. 227 et sufv.

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un piédestal immense de tous les cultes et de toutes les doctrines, pour Téiever au-dessus de toute chose et de luj-inême.

En même temps que Tesprit élaitébloui, la conscience distraite perdait de vue ses propres devoirs; la régénération personnelle, la lutte intérieure perdait de sa valeur dans le drame éternel de l'univers, et Ton se donnait satisfacliuu, chacun selon ses goûts, ceux-ci par cet ascétisme rigide qui a toujours tenté l'Orient, ceux-là par le dévergondage le plus dissolu.

Tandis que les chrétiens encore Juifis avaient fait courir au christianisme le péril d'être étouffé dans l'exclusivisme Israélite, les chrétiens sortis du paganisme l'exposaient à s'abîmer dans le gouffre sans bords des rêveries cosmogoniques du Gnosticisme. Tandis que le philosophe du bon sens, Socrate, avait dit aux Grecs perdus dans la recherche des origines de l'univers : apprenez à vous gouverner vous-mêmes; la Gnose disait aux disciples de Jésas-Christ : au lieu de songer ù devenir parfaits comme Dieu et à aimer vos frères, cherchez le mot de l'énigme des mondes et refaites parla science un nouvel et parfait univers.

L'Église, dès les premiers jours, réagit. La lutte éclate dans les livres même du Nouveau Testament, et c'est faute de connaître' ce fait, qu'une foule de paroles des auteurs sacrés restent inintelligibles pour beaucoup de lecteurs modernes. Saint Paul, dans son épftre aux Golossiens, combat énergiquement les gnostiques sur les points principaux de leur doctrine et de leur caractère. Il flétrit leur ascétisme outré et l'excès de leur orgueil spirituel; il subordonne à Jésus ceplérôma, cet ensemble des émanations divines où sont cachés les trésors de la Gnose ; ainsi que la longue série de ces émanations ou puissances divines, les principautés, les dominations y les trônes; il se déclare énergiquement contre la création par un être inférieur, et, en réponse aux gnostiques qui faisaient le Christ très-supérieur au Créateur, et même son adversaire, il le montre créateur lui-même et déclare que rien n'a été fait sans loi (1).

(1) « C'est lai qui est l'image du Dieu invisible et le premier-né de toute la création ; car toutes choses ont été créées par lui, les visibles et les invisibles, les trônes, les dominations, les principautés, les puis-

Dans les deux épîtres à Timotkée{{),?Bn\ condamne énergiquement les interminables généalogies (c'esl-à-dire les longues listes, variées de mille manières, des 365 Bons) et il s'élève contre ces hommes enflés d'orgueil dont la maladie est de n'aimer que des questions inutiles et des querelles de mots (2).

Saint Jean^ dans ea première épître, accuse très-justement ses adversaires, ceux qui faisaient le Créateur inférieur au Sauveur, de ne connaître ni le Père, ni le Fils II reconnaît comme appartenant à Dieu quiconque confesse Jésus-Christ, comme venu en chair, et déclare antichrétienne Terreur contraire (3). Dans le prologue de son évangile, loin de laisser le gnosticisme absorber la religion de Jésus, il revendique pour elle tout ce que la Gnose a d'acceptable à ses yeux; il emploie dans un sens chrétien les noms des Eous et les termes spéciaux de la Gnose : plérôma ou plénitude, vie, lumière^ gloire, unique engendré, la Parole ou le Verbe (/*). Comme saint Paul, il

sances, tout a été créé par lui et pour lui. Le Père a pris plaisir à mettre en lui le plérôma de toutes choses {Col,, i, 15-18, 19). Prenez garde que personne ne vous séduise par la philosophie et par de vaines subtilités appuyées sur les traditions des hommes, sur les principes d'une science mondaine et non sur Christ. Car en Christ habite corporenement tout le plérôma de la divinité ; vous êtes pleinement remplis par lui, qui est le chef de toute principauté et de toute puissance (Col.^ il, 8, 9) ». Yoy. aussi ib, 15-23. Epfi.,yin, 19, etc. — Ailleurs l'apôtre insiste avec une grande force sur la subordination du Fils au Père : « Après cela viendra la fin, quand il aura remis le royaume à Dieu son Père, et qu il

aura détruit tout empire, toute domination et toute puissance Car

Dieu a mis toutes choses sous ses pieds. Or quand il est dit que toutes choses lui sont assujetties, il est évident que celui qui lui a assujetti toutes choses est excepté; et quand toutes choses lui auront été assujetties, alors aussi le Fils même sera assujetti à celui qui lui a assujetti toutes choses, afin que Dieu soit tout en tous (I Cor., xv, c. 27, 28) ».

(1) M. Nicolas maintient l'authenticité des épîtres de saint Paul à Timothée et à Tite, où l'on croyait voir combattues des doctrines postérieures à l'époque apostolique. C'est une erreur : les rêves gnostiques étaient déjà fort répandus {Nouv, Rev. de théoL, t. VII, p. 69, 89).

(2) I ri>w.,vi, 4. Voy. aussi/6. 10 et 11, etc. T, 7;c.iv, 1,2, 3, 7.

(3) I Jean, n, 22, et iv, 3.

: (4) Jean i, 1-18. — Yoy. aussi n, 22.

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insiste sur la participation dn Christ à la création et comme lui il a pour but, moins encore d'élever le Christ que d'empêcher qu'on rabaisse le Père en faisant du Sauveur un être supérieur corrigeant Tœuvre mal faite par le Créateur.

Dans i'épitre aux Hébreux, l'écrivain sacré (débute en prouvant longuement que Jésus-Christ est supérieur aux Eons ou aux anges (1) et le premier dans la maison de Dieu.

L'épître de Jude voue les gnostiques aux peines éternelles et après les avoir appelés nuages sans eau, arbres sans fruits, flots de la mer rejetant leur écume ^ elle les nomme des astres errants auxquels Vohscurité des ténèbres est réservée pour toute V éternité. S'il s'agit des doctrines, rien de plus vrai ; mais si les hommes y sont compris, nous appelons de la sentence.

Enfin, dans celui des livres du Nouveau Testament qui fut le plus anciennement répandu et accepté, dans V Apocalypse, on a lieu de croire que ce que l'auteur sacré stigmatise d'une épithète effroyable : les profondeurs de Satan qu'on ne peut sonder (2), ce sont les dogmes ténébreux du gnosticisme (3).

Après les auteurs évangéliques, les premiers pères, Irénée, Tertullien, et celui dont le livre a été retrouvé récemment et qu'on croit être Hippolyte, évêque du Port- de Rome, ont consacré à la réfutation de la Gnose leurs écrits contre les hérétiques.

Le danger fut si pressant, la chrétienté fut si préoccupée de se défendre et de se fortifier contre l'assaillant, que les mesures prises dans ce but contribuèrent, plus que toute autre chose, à organiser, à constituer l'Église catholique. Le pouvoir des évêques fut étendu et affermi, et se distingua de celui desprê-

(1) Hébr,, les trois premiers chapitres.

(2) Apoc, 11, 24.

(3) On a dit souvent des livres du Nouveau Testament énumérés plus haut qu'ils sont empreints de gnosticisme ; mais il serait impossible de combattre une tendance dominante et très-répandue, une philosophie courante, sans lui emprunter parfois sa phraséologie, sa méthode, quelque chose de son procédé et peut-être de son fonds. On est toujours de son époque, lors même qu'on la réforme et qu'on réfute ses croyances ; si l'on ne s'en rend pas compte soi-même, la postérité ne peut manquer de s'en apercevoir, et s'en étonne à tort*

très ou anciens, jadis leurs égaux (1). Le baptême conféré par les gnostiques fat déclaré nul. On composa le recueil des livres saints afin de les préserver du mélange de leurs écrits et aussi des coupures qu'ils y faisaient pour les rendre conformes à leurs systèmes. Enfin on inséra peu à peu au Credo la négation précise, formelle, toujours plus détaillée de leurs principales doctrines.

Pour contredire avec éclat Todieuse croyance, d*après laquelle un démiurge de bas étage, impuissant ou cniel, était le créateur, on ne se contenta plus de dire : Je crois au Père ; on ajouta : Je crois en Dieu le Père tout-puissant y ct^éateur des choses visi' blés et invisibles, c'est-à-dire desEons comme des objets matériels, formule à laquelle plus tard on préféra une locution empruntée à TAncien Testament : créateur du ciel et de la terre.

Pour prouver que le corps de Jésus-Christ n'était pas un fantôme, on insista tout particulièrement sur le côté physique de sa vie, passant sous silence le côté moral, non certes comme moins important, mais comme n'étant pas contesté. On insista sur sa naissance humaine quoique miraculeuse (2) ; puis, omettant ce que d'anciens Credo avaient jugé nécessaire de dire de la sainteté de sa vie (3), on passa immédiatement à ses souffrances et à sa R]ort; c'étaient alors les deux points controversés; le nom de Pilate fut cité ici non à cause de l'importance du personnage, mais comme date historique [k). Après avoir dit que

(1) Prêtre (irpeoPuTtpoç) ou ancien était un titre d'origine hébraïque ; évèque (éirîoxoircç) ou inspecteur^ un titre gprec. Aussi commença-t-on par se servir du premier de ces deux mots surtout chez les chrétiens sortis du judaïsme, du second chez ceux qui avaient été païens ; employés d'abord indifféremment comme ils le sont dans le Nouveau Testament, ces deux noms ne furent que plus tard distingués et considérés comme les deux degrés essentiels d'une hiérarchie.

(2) La formule : conçu du Saint-Esprit et né de la Vierge Marie, fut faite d'expressions empruntées aux règles on professions de foi d'Ignace, d'Irénée, de Tertullien et d'Origène.

(3) Par exemple, celui qui est renfermé dans les Constitutions aposioliques,

(4) C'était un usage assez général de dater un événement du règne,

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Jésus fut crucifié, et non un autre; qu'il mourut réellement et non eu apparence, on ajouta comme preuve de ce fait, son inhu • mation.

Je ne parle point de la descente aux enfers^ introduite dans le Credo plus tard et par d'autres motifs. Mais on insista sur l'intervalle de trois jours qui donnait à la mort du crucifié plus de certitude. En d'autres temps, on aurait insisté sur la résurrection comme beaucoup plus difficile à croire que la mort. A cette époque, c'était exactement l'inverse. Il n'était douteux alors pour personne qae Jésus, s'il était réellement mort, avait dû ressusciter; on était bien loin d'hésiter à admettre un miracle (1). Aujourd'hui bien des personnes s'étonnent de ce qu'il y a de matériel, de corporel dans les expressions suivantes : Il est monté au ciel (2); \\ s' est assis à la droite de Dieu, et il viendra de là pour juger les vivants et les morts. Se représenter le Christ régnant près de Dieu non comme un esprit, mais en chair et en os; et plus lard, revenant sur la terre, comme juge de tous, revêtu de la même chair que ce monde a vue couverte d'ignominie, torturée et morte, c'était, selon l'Église, démentir de la façon la plus radicale les erreurs des gnostiques.

Celte idée de la réapparition, de la glorification du corps humain reçut une extension plus grande. Il me reste^ en effet, à vous signaler une addition d'un autre genrefaile peu de temps

du consulat, de la dictature de tel ou tel personnage plus ou moins connu.

(1) On peut dire que la résurrection de Jésus-Christ est partout dans le Nouveau Testament.

(2) L'ascension est rapportée deux fois par saint Luc, dans son évanfpXe (xxiT, 51), et dans le livre des Actes (i, 9). On la trouve aussi dans Tappendice de l'évangile selon saint Marc (xvi, depuis le verset 9), que H. Tischeudorf croit devoir rejeter hors du texte. Les deux évangiles des apôtres Malthieu et Jean n'en font aucune menlion, non plus que saint Paul et tous les aulres écrivains sacrés.

Le règne du Christ, assis à la droite de Dieu^ et son retour sur les nuées comme juge universel, sont des doctrines très-générales parmi les premiers chrétiens, tous sortis du judaïsme, et intimement liées aux espérances messianiques des Israélites. Elles se trouvent chez saint Paul comme chez les Ëvangélistes.

après au Credo et destinée encore à réfuter le gnoslicisme. Le point de départ de ce système, c'était, nous l'avons tu, le dualisme, ropposition absolue de la matière à l'esprit ; la matière, la chair, étant déclarée impure et criminelle. Ce fut pour renverser de fond en comble celle théorie qu'on enseigna la résurrection de la chair. On déclara que la chair, notre chair, loia d'être en abomination à Dieu, aura part à la gloiœ avenir, sortira du tombeau régénérée et triomphante et siégera avec Jésus à la droite du Père. Il y avait à la fois, à la base de ce dogme, une vérité aussi philosophique que religieuse et, dans la forme, un matérialisme charnel, qu'il semblait nécessaire alors d'opposer à l'idéalisme gnostique^ et qui d'ailleurs était du goût de bien des personnes, même parmi les chrétiens.

Cependant le bon sens, la simple observation constate que notre chair périt dans le tombeau, s'y décompose, s'y dissout et rend à la terre les éléments dont elle était faite. Notre corps ne s'anéantit pas plus que notre âme ; rien ne se détruit icibas; tout se transforme. Dieu ne laisse rien perdre; Dieu utilise à nouveau ce qui a servi déjà, et la végétation se nourrit des tristes restes de la nature animale, les change en sa propre substance, en racines et en tiges, en feuillage et en fleurs. A leur tour, les animaux et les hommes vivent de la création végétale, et les mêmes substances, sans cesse épurées et renouvelées, sont remises en œuvre alternativement de manières différentes dans le laboratoire universel.

Saint Paul avait insisté avec une éloquence véhémente sur celte idée que, dans la vie future, nous aurons un corps trèsdifférent du corps actuel et très-supérieur à celui-ci : « Je vous déclare ceci, mes frères : la chair et le sang ne peuvent pas hériter le royaume de Dieu, et la corrupiion n'héritera pas non plus l'incorruptibilité. » Insensé, dit-il encore, comparant l'ensevelissement aux semailles et la vie nouvelle à la végétation, ce n'est pas le corps qui renaîtra que tu sèmes. En d'autres termes, d'un simple gland sort un chêne, et l'apôtre, dans une brillante série d'antithèses, montre le corps semé corrompu qui ressuscitera incorruptible, semé immonde et ressuscitant glorieux, semé inerte et revivant plein de force, semé corps ani-

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