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quelles le jeûne ne paraissait pas la plus dure à des hommes de plaisir comme Ovide, Properce et Tibulle (1). Il y avait de dévotes personnes qui, pour être plus sûres de ne pas rompre la suite des austérités qu’elles s’imposaient, allaient s’enfermer dans le temple et y restaient même la nuit (2). Properce ne cache pas l’humeur que lui causent ces exagérations ; il commence une de ses élégies par cette exclamation : « Yoici encore que reviennent les tristes solennités d’Isis, et Cynthie a déjà passé dix nuits près de l’autel! » Tibulle, gémissant sur la maladie qui le consume, n’est pas fâché de faire sentir à Délie qu’il n’a rien gagné à la ferveur avec laquelle son amie a toujours rempli ses devoirs d’isiaque. Soyons certains que Délie lui ferma la bouche et retourna au temple.
Les différents calendriers romains qui sont parvenus jusqu’à nous mentionnent d’une façon très exacte les fêtes du culte d’Isis. Il y en a une à laquelle les populations des bords de la Méditerranée semblent avoir donné, à l’époque impériale, une grande importance : c’est celle que l’on célébrait au printemps , afin de placer sous les auspices de la déesse la saison qui allait s’ouvrir pour les navigateurs. Elle s’appelait la fête du Vaisseau d’Isis (3) et avait lieu le 5 mars (4). Dans toutes les villes habitées par des marins, c’était une date attendue avec impatience; car elle marquait le moment où l’on pouvait se remettre en mer sans crainte des tempêtes. Apulée nous a laissé une description minutieuse du cérémonial que l’on observait dans cette circonstance à Kenchrées. Ce qui faisait l’intérêt principal de la journée, c’est que l’on consacrait à Isis un vaisseau neuf, que l’on abandonnait ensuite à la mer (5). La fête commençait avec le lever du soleil ; il va sans dire que le temps devait toujours être beau et que la nature ne pouvait manquer de favoriser l’allégresse générale (6). A la première heure, une procession'partait du temple d’Isis etdeSérapis
(1) Pour le jeûne, v. Apul., XI, passim. Ce sont les puri lsidis dies, v. üvid., Amours, I, viii, 74; III, ix, 33. Properce, II, xxxm, 1, 2; IV, v, 34. Tibulle, I, in, 26. Juvén., I. c.
(2) Properce, II, xxxm, 2
(3) « lsidis Navigium. » Menologium rusticum Colotianum, C. I. L., I, p. 358, pisces, ligne 15; Menolog. rusl. Vallense, ïbid., lignes 17, 18; Fasti Philocali, C. L L., I, p. 338; mensis Martius , ligne 5. V. le commentaire de Mommsen, ibid., p. 387, col. 2. — En grec IlXoïaçéaia. Lygd. , De Mensibus , IV, 32. V. Mommsen, l. c.
(4) 9 de Phamenoth de l'année alexandrine.
(5) Apul., XI, p. 764; « Diem, qui dies..., » etc.
(6) V. la charmante description d'Apulée, p. 767-768.
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et se dirigeait vers le rivage. Mais laissons parler Apulée. 11 vaut mieux ne rien retrancher du tableau si vivant que sa main a tracé (!). Nous nous bornerons à indiquer en note les commentaires que nous suggère l’étude des inscriptions et des monuments figurés.
« Peu à peu la tête de cette longue procession se mit en marche. On vit tout d’abord une troupe de personnes qui s’étaient travesties par suite de vœux (2), et dont les costumes variés, choisis par chacun suivant son goût, offraient le plus agréable coup d’œil (3). L’un, ceint d’un baudrier, représentait un soldat; l’autre, avec sa chlamyde retroussée, son coutelas et ses épieux, figurait un chasseur. Celui-ci avait des brodequins dorés, une robe de soie et des atours précieux ; à ses cheveux attachés sur le haut de sa tête, à sa démarche traînante, on aurait dit une femme. Celui-là, chaussé de bottines, armé d’un bouclier, d’un casque et d’une épée, semblait sortir d’une école de gladiateurs. Un autre, précédé de faisceaux et vêtu de pourpre, jouait le magistrat. Un autre avait le manteau, le bâton, les sandales et la barbe de bouc d’un philosophe. Ici c’était un oiseleur avec ses gluaux ; là un pêcheur avec sa ligne et ses hameçons. Je vis aussi une ourse apprivoisée qu’on portait dans une chaise, en costume de matrone; un singe, coiffé d’un bonnet d’étoffe, couvert d’une robe phrygienne couleur de safran et tenant une coupe d’or, représentait le berger Ganymède. Enfin venait un âne, sur le dos duquel on avait collé des plumes et qu’accompagnait un vieillard tout cassé : c’étaient Pégase et Bellérophon que parodiait ce couple risible.
» Au milieu de ces mascarades qui couraient de côté et d’autre pour le plus grand amusement du peuple , s’avançait, dans un ordre solennel, la procession proprement dite de la déesse protectrice. Des femmes vêtues de blanc, le front ceint de couronnes printanières, et portant d’un air joyeux divers attributs, prenaient des fleurs dans un pan de leur robe et en jonchaient le chemin par où devait passer le cortège sacré. D’autres portaient sur leur
(1) Nous avons tâché, dans cette traduction, de combiner celles de Bétolaud et de la collection Nisard, en les contrôlant l’une et l'autre à l’aide de l'édition d'Hildebrand.
(2) P. 769. Bétolaud et Hildebrand entendent votivis dans le sens de charmants.
(3) Cf. la fête des Innocents et celle de l’Ane au moyen âge. Ces sortes de réjouissances ont encore lieu en Amérique. V. Maury, Relig. de la Grèce, t. III, p. 158.
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dos des miroirs retournés, afin que la déesse pût y voir l’empressement de la multitude qui suivait. D’autres , tenant des peignes d’ivoire, feignaient, par les mouvements de leurs bras et par les inflexions de leurs doigts, de peigner et d’orner les cheveux d’Isis leur reine. D’autres enfin répandaient goutte à goutte un baume précieux et divers parfums, et en arrosaient les places. On voyait en outre une fouie de personnes des deux sexes , munies de lanternes, de torches, de bougies et autres luminaires [qui devaient attirer sur elles les bénédictions de la Mère des astres] (1). Puis venaient de délicieuses symphonies, des chalumeaux et des flûtes qui remplissaient l’air de leurs doux accords; et derrière, un choeur charmant, formé de jeunes gens d’élite, tous vêtus d’une robe blanche complètement fermée (2) ; ils chantaient , en strophes alternées , un bel hymne qu’un poète habile inspiré par les Muses avait composé; [il était entrecoupé de temps en temps par d’autres chants , prélude de vœux plus solennels] (3). A la suite marchaient des musiciens consacrés au grand Sérapis , qui , sur leur flûte traversière tournée vers l’oreille droite, jouaient les airs propres au culte de ce dieu ; ils étaient accompagnés d’une troupe d’officiers chargés d’ouvrir la voie au cortège sacré. Alors arrivait à flots pressés la foule des initiés aux divins mystères , des hommes et des femmes de tout rang et de tout âge , vêtus d’une robe de lin d’une éclatante blancheur ; les femmes portaient sur leurs cheveux parfumés un voile transparent; les hommes avaient la tête complètement rasée et montraient à nu leur crâne luisant : c’étaient les astres terrestres de la grande religion ; de leurs sistres d’airain , d’argent ou même d’or ils tiraient un tintement aigu.
» Ensuite paraissaient les ministres du culte. Ces grands personnages, couverts d’une longue robe blanche qui leur serrait la poitrine et leur tombait jusqu’aux pieds en moulant exactement le corps (4), portaient les attributs augustes des dieux tout-puissants. Dans les mains du premier on voyait une lampe qui répandait la clarté la plus vive ; mais elle ne ressemblait en rien à celles qui éclairent nos repas du soir; c’était une nacelle en or
(1) C'est le sens le plus raisonnable que l'on peut tirer de ce passage, qui est corrompu. Y. Hildebrand, ad. h. I.
(2) Cataclista. On n’est pas d’accord sur le sens de ce mot.
(3) Le texte est corrompu.
(4) V., par exemple, notre Catalogue, n° 117.
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jetant de sa partie la plus large une grande flamme (1). Le second portait dans ses mains deux autels que l’on appelait des secours , en raison de la providence secourable de la puissante déesse (2). Le troisième s’avançait, élevant une palme en or d’un travail délicat et le caducée de Mercure (3). Le quatrième montrait à tous les yeux le symbole de la justice; c’était une main gauche ouverte ; la gauche , en effet , étant naturellement lente à agir, peu souple et peu adroite , on avait trouvé qu’elle était mieux faite que l’autre pour représenter la justice (4). Le même personnage avait aussi un petit vase d’or arrondi en forme de mamelle, avec lequel il faisait des libations de lait. Le cinquième portait un van d’or chargé de petits rameaux de la même matière (5) ; et un dernier, une amphore (6).
» Immédiatement après s’avancaient les dieux, daignant se laisser porter par des hommes. D’abord venait le messager monstrueux du ciel et de l’enfer, à la face tantôt sombre et tantôt brillante; il élevait au milieu de la foule sa tête de chien et tenait dans la gauche un caducée, tandis que de la droite il agitait une palme verdoyante (7). Il était suivi par une génisse dressée sur ses pieds de derrière, symbole de fécondité représentant la déesse mère de toutes choses ; elle était portée sur les épaules d’un des membres du bienheureux collège, qui marchait d’un pas majestueux. Un autre tenait la ciste, contenant les objets mystérieux, qui cachait à tous les regards les secrets de la sublime religion (8). Un autre serrait sur son sein fortuné l’image vénérable de la toutepuissante déesse ; elle ne ressemblait ni à un animal domestique, ni à un oiseau, ni à une bête sauvage, ni même à un homme ; mais on avait su la rendre vénérable par l’étrangeté même de la forme qu’on lui avait donnée ; et ce symbole ineffable représentait bien cette profonde religion dont les mystères doivent être enveloppés du secret le plus absolu; c’était une petite urne d’un or éclatant et d’un travail exquis, dont le fond était parfaitement
(1) V. notre Catalogue, n° 132.
(2) On a trouvé un autel de ce genre à Modène. V. Bullettino dell’ Instüuto di Corrispondenza archeologica di Borna, 1846, p. 28.
(3) Ce sont les attributs d’Anubis. V. notre Catalogue, Anubis, passim.
(4; C’est l’attribut d’Isis-J ustice : Yat? Aixaioauvr). Plut., Dels. et Os., ch. III, C. 1. G., 2295, 3544.
(5) Aixvâ<popoç. Y., plus bas, p. 142, n. 10.
(6) AouTpôçopoç. Id., n. 11.
(7) V. notre Catalogue, Anubis, passim.
(8) Kca~r6<pop oç. V. plus bas, p. 142.
arrondi et dont la panse était ornée extérieurement de figures égyptiennes (1). L’orifice, peu élevé, s’allongeait d’un côté de manière à former un long bec ou une sorte de rigole ; sur l’autre bord, qui s’élargissait sensiblement en arrière, venait se rattacher une anse que surmontait un aspic aux replis tortueux, levant sa tête pleine d’écailles et gonflant son cou traversé de mille raies (2). »
L’ordre que suit Apulée dans cette description n’est pas indifférent. Il est évident que ce qui attire surtout le regard, dans ce long défilé, que l’objet principal auprès duquel tout le reste n’est qu’un cortège, c’est cette urne qui contient l’eau sacrée, émanation d’Osiris. Ces musiciens, ces initiés, ces prêtres, rangés suivant leur importance et leur degré de sainteté, ne font que précéder et annoncer le vase où est enfermée la substance divine; c’est là ce que l’on montre à la fin de la procession comme à la fin de l’office , c’est l’objet du grand mystère sur lequel est fondé le culte tout entier. Le miracle qu’Isis accomplit sur la personne de Lucius n’a lieu que lorsque l’urne sainte est passée devant lui, comme si le moment où il s’en approche était celui que les destins ont marqué pour sa délivrance. Sa métamorphose et la leçon édifiante qu’en tire le grand prêtre arrivent fort à propos pour compléter l’effet produit par le spectacle précédent. La multitude a sous les yeux une preuve palpable de la puissance de ces dieux dont elle vient de contempler les images. Une fête qui s’annonce par un miracle et par une conversion doit laisser dans les âmes une impression profonde.
« Cependant la procession s’avançait peu à peu au milieu d’un concert de prières et d’acclamations joyeuses et déjà elle approchait du rivagede la mer... Arrivés là, on plaçales images comme le voulait le rituel, et le grand prêtre se dirigea vers un navire artistement construit, dont les flancs étaient tout bariolés de merveilleuses peintures égyptiennes; il le purifia dans toutes les règlesavec une torche allumée, avec un œuf et du soufre, tandis que sa bouche sainte récitait des prières solennelles. Il le dédia à Isis dont il lui donna le nom (3). La blanche voile de cet heureux navire portait une inscription (4), qui signifiait que c’était un
(1) V. notre Catalogue, nos 81, 89, 118, 223.
(2) V. notre Catalogue, n°* 3, 228.
(3) En général, on n’a pas bien traduit deæ nuncupavit. V. 1. R. N., 2807, 2810, un vaisseau de la flotte de Misène qui porte le nom à’ Isis. De même un bateau marchand du port d'Osties, Annali dell’ Inst, (li Corr. arch. di R., 1865, p. 323 ; un autre en Crète, C. I. L., III, 3.
(4) Ici quelques mots tout à fait corrompus.
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vœu pour la prospérité du commerce auquel la mer s’ouvrait de nouveau. Alors on dressa le mât ; c’était un pin élevé, aux contours luisants, et dont la hune surtout attirait tous les yeux ; la poupe [au col recourbé, était revêtue de lames dorées] (1) et la coque entière était en bois de citronnier, dont la surface polie flattait les regards. Bientôt, tous les assistants, initiés et profanes, apportèrent à l’envi des vans chargés d’aromates et d’offrandes diverses ; en outre, ils firent des libations dans les flots avec une sorte de soupe au lait ; jusqu’à ce que le navire rempli de riches présents et de pieux objets de dévotion eût été dégagé des câbles qui le retenaient à l’ancre et que, poussé par un vent doux qu’envoyait la déesse (2), il eût été abandonné à la mer. Quand il fut assez éloigné de la côte pour qu’on pût à peine le distinguer, les porteurs des objets sacrés, ayant repris leurs fardeaux qu’ils avaient déposés, s’en retournèrent vers le temple [dans l’ordre où ils étaient venus] (3).
» Dès qu’on y fut arrivé, le grand prêtre, ceux qui portaient les saintes images et ceux qui avaient été initiés depuis longtemps aux mystères vénérables entrèrent dans le sanctuaire de la déesse et y déposèrent suivant les rites ces statues que l’on aurait dites vivantes. Alors l’un d’eux, que tous appelaientle Scribe, se tenant sur le seuil de la porte, convoqua comme pour une assemblée la troupe des pastophores (c’est le nom que l’on donne à ce collège sacré), puis il monta sur une estrade (4) élevée et récita, enlisant dans un livre, des prières pour le grand empereur, pour le Sénat, pour les chevaliers et pour le peuple romain tout entier, pour les matelots, pour la marine, pour tout ce qui compose notre empire. Et il termina par cette formule grecque : « Les vaisseaux peuvent prendre la mer (5). » Cette parole signifiait que la déesse était favorable au vœu général, comme le témoigna l’acclamation qui suivit. La population, transportée de joie, apporta des rameaux verts, des branches de verveine, des guirlandes ; et s’approchant
(1) Passage sur lequel on n’est pas d'accord. V. Hildebrand, ad. h. I.
(2) C’est ainsi que nous expliquons peculiaris d’après Hildebrand.
(3) Texte corrompu.
(4) Suggestus, et non une chaire. Y. plus bas, Seconde partie, chapitre Ier.
(5) « nXotatpécna. » C'est ainsi que Mommsen (C. 1. L., I, l. c.), corrige la formule « Aaoï; &<fc<nz » que donnent la plupart des éditions , que les commentateurs ne manquent pas de comparer à Vite, missa est de l' office chrétien, et qui pourrait rappeler aussi le KofÇ ô[ rira? des mystères (Maury, t. II, p. 336, note 3). Cette correction est d'autant plus juste, qu’il ne s’agit pas ici d’un office; Bôttiger et les autres ont eu tort de le croire.
d’une statue en argent de la déesse, placée dans un sanctuaire auquel conduisaient des gradins, elle lui baisa les pieds, après quoi chacun regagna ses pénates (1). »
Il est singulier que cette fête, dont l’importance était considérable pour toutes les populations des bords de la Méditerranée (2), ne soit pas décrite par Plutarque. Peut-être l’usage de la célébrer ne devint-il général qu’à partir du second siècle. Mais on ne peut douter qu’elle fût d’institution alexandrine et qu’elle correspondît à une des péripéties du mythe osirien ; on peut même admettre que c’est celle que Plutarque appelle « l’Entrée d’Osiris dans la lune, » c’est-à-dire celle qui rappelait l’union du dieu avec Isis (3).
Les calendriers romains mentionnent dans le courant d’avril une fête d’Isis Pharia (4) et pour le 25 du même mois (30 Pharmuthi de l’année alexandrine) une fête de Sérapis (5). On ne sait quel est l’événement mythologique dont elles perpétuaient le souvenir (6). Peut-être étaient-ce les Couches d’Isis ; on en célébrait l’anniversaire, nous dit Plutarque, après l’équinoxe du printemps (7).
Mais la plus grande fête du culte isiaque dans le monde romain était assurément celle qui avait lieu dans le courant de novembre, à l’occasion de la Mort et de la Résurrection d’Osiris. Le 12 de ce mois (17 d’Athyr) commençaient les cérémonies lugubres qui représentaient par des pantomimes accompagnées de chants la Passion du dieu (8). Elles n’avaient pas seulement un caractère
(t) Tout ceci s’anime d’une façon extraordinaire si l’on jette les yeux sur un plan de lTsium de Pompéi.
(2) V. encore Lyd., De Mens. , IV, 32. Lactance, I , xi, 21. Auson. , De Fer., 24, qui l’appelle « Nalalem ratis lsiacæ, » C.I. L., I, p. 412, col. 1. Cette fête se célèbre encore aujourd’hui, paraît-il, dans le Levant. V. une curieuse note de Silvestre de Sacy, à la page 168 de Sainte-Croix, t. II.
(3) « ’Ep.êao'iç ’OcipiSo; eîç ti)v Ee)^vï]v. » De ls. et Os., ch. XLIII. Elle avait lieu o à la nouvelle lune du mois de Phamenoth. » (Plutarque).
(4) « Sacrum Phariæ. » Menol. Rust. Col. Aries, lignes 15 et 16. Vallense, ibid., lignes 14 et 15.
(5) Rust. Col., ibid., lignes 17 et 18. Vallense, lignes 16 et 17. Philocal., mensis aprilis, ligne 25.
(6) Mommsen, Commentar. Diurn. , ad h. I.
(7) « Ao/sïoi fyj.Épai. » De ls. et Os., ch. LXV.
(8) lsia, v. notre Catalogue, n° 13. Il faut remarquer qu'il y a ici unedivergence sensible entre le texte de Plutarque et les Menologia Rustica, d’une part, et les Fasti Philocali de l’autre. Tandis que les premiers placent le jour de la Résurrection au 14 novembre (19 d’Athyr) , et, par suite , celui de la Passion au 12(17), les seconds placent la Résurrection au lor novembre et la Passion au 28 octobre. M. Mommsen explique cette difficulté en disant qu’on commit sans
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commémoratif et symbolique ; lorsqu’à cette date les prêtres alexandrins se mettaient, avec tous les signes d’une profonde tristesse et avec tout l’appareil du deuil, à la recherche du corps divin, dont les membres avaient été déchirés et dispersés par Typhon, ils étaient convaincus que cet événement se reproduisait chaque année à époque fixe; ils avaient la prétention, non pas de rappeler une scène dont le souvenir se rattachait aux traditions vagues d’une antique mythologie, mais bien de prendre part à un drame qui s’accomplissait périodiquement en un certain lieu du monde, toujours avec la même réalité poignante. C’est là ce que les auteurs latins, à l’exemple de Xenophane (1), ne veulent pas admettre. Ovide appelle Osiris le dieu « qu’on n’a jamais fini de chercher (2), » et Lucain (3) se moque de ses adorateurs « dont les lamentations mêmes attestent qu’il ne fut qu’un homme. » Ces railleries, que les chrétiens ont reproduites (4) , n’empêchaient pas les fidèles d’accourir dans les temples d’Isis ; ils se frappaient la poitrine en poussant de grands cris et « ils imitaient les gestes d’une mère accablée par le malheur (5); » car Isis avait le premier rôle dans ces scènes de désolation ; c’était elle qui était censée diriger les recherches et régler les explosions de la douleur publique (6).
Le troisième jour, 14 novembre (19 d’Athyr) (7), avait lieu la résurrection, ou, pour parler plus exactement, l’invention d’Osiris (8). Alors le peuple poussait des acclamations de joie ; Juvénal, qui les avait entendues, assure qu’il n’est pas possible de crier
doute une erreur lorsqu’on transporta les fêtes égyptiennes dans le calendrier romain (au temps de Caligula, suivant lui ; sous Néron, suivant nous), et que, par respect pour la lettre du texte, on la laissa subsister, mais que dans l’usage on célébra ces fêtes aux dates indiquées par Plutarque et les Rustica. Il y a là quelque chose qui n’est pas clair.
(1) V. plus haut, p. 69, n. 4.
(2) « Nunquam satis quæsitus Osiris. » Métam., IX, 692.