‹ Histoire du culte des divinités d'Alexandrie. Sérapis, Isis, Harpocrate et Anubis, hors de l'Égypte depuis les origines jusqu'à la naissance, de l'école néo-platonicienneChapitre 17 sur 63 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

LES DIEUX ALEXANDRINS AU MILIEU DE LA SOCIÉTÉ DE ROME ET DANS LE MONDE OCCIDENTAL.

Il n’y a pas longtemps que l’influence d’Alexandrie sur la civilisation romaine a commencé à être comprise et étudiée par la science moderne. Mais enfin la grande métropole de l’Egypte grecque a trouvé ses dévots, et ce n’est que justice. Les succès de l’éclectisme contemporain ont d’abord tourné vers elle l’attention des philosophes (1). Puis on s’est occupé de ses poètes (2), de ses critiques (3) ; on a cherché ce que l’Italie devait à ses artistes (4). Partout on a reconnu qu’elle avait apporté une large contribution à l’héritage précieux que Rome nous a transmis. Jusqu’au troisième siècle de notre ère , Alexandrie est , après la capitale des Césars, la première ville du monde (5). A plusieurs reprises , peu s’en est fallu qu’elle ne fît déplacer en sa faveur le siège de l’Empire et qu’elle ne reléguât sa rivale au second rang (6). Tant de grandeur et d’ambition nous explique comment ses dieux ont conquis le monde occidental sous les successeurs d’Auguste , après avoir, sous les Ptolémées, envahi les rivages de l’Orient.

Les Alexandrins ont laissé des traces à Pompéi. Non seulement on y retrouve des preuves indirectes de leur influence, par exemple dans le choix des sujets de certaines peintures et dans la présence d’un temple d’Isis au milieu de la ville gréco-romaine,

(t) Travaux de MM. Matter, Simon et Vacherot sur l’Ecole d'Alexandrie.

(ï) Couat, thèse sur Catulle, La Poésie alexandrine sous les trois premiers Ptolémées.

(3) Pierron. Edition d'Homère.

(4) Helbig, Untersuchungen über die campanische Wand Malerei. Boissier, Promenades archéologiques, p. 318 et suiv.

(5) Lumbroso , L’Egitto al tempo dei Greci e dei Romani, capo XII, p. 86, 87.

(6) lbid.t p. 86, note 1.

mais encore ils y étaient représentés par une petite colonie (1). On a découvert , près de la porte de Noie , le long de la partie extérieure du rempart , des inscriptions qui témoignent de ce fait ; il y avait là des tombeaux où avaient été déposés les restes de plusieurs personnes d’origine alexandrine. C’étaient de pauvres gens , peut-être des émigrés , que la misère avait chassés de leur opulente patrie, et qui étaient venus chercher fortune dans l’Italie méridionale. Leurs tombeaux comptent parmi les plus humbles qui aient été découverts ; ils étaient situés dans une sorte de terrain vague (2) , à l’écart de la grande route. Un des défunts , une femme sans doute , portait le nom , moitié égyptien , moitié grec, de Nufe. A ses cendres et à celles de ses compagnons étaient mêlées des monnaies romaines qui datent d’une période comprise entre le temps de Sextus Pompée et celui de Tibère. On aurait tort d’en conclure, comme on l’a fait (3), que l’introduction du culte d’Isis à Pompéi doit être fixée à cette époque ; car nous avons vu par des témoignages irrécusables qu’elle eut lieu beaucoup plus tôt. Mais ceci nous montre comment le zèle des Pompéiens pour leurs dieux d’adoption était entretenu et réchauffé à l’occasion par des Alexandrins qui avaient élu domicile au milieu d’eux , tandis que d’autres , plus hardis , s’attaquaient à la capitale même.

Ces étrangers établis à Rome , qui formèrent comme un foyer permanent d’où rayonna la religion isiaque, appartenaient aux classes et aux professions les plus diverses. Les uns étaient des marchands qui faisaient venir par Pouzzoles et vendaient ensuite au détail du papier, de la toile, des verreries (4). Les autres étaient des artistes, comme ce peintre chez qui logea Ptolémée Philométor (5). Il y avait aussi des rhéteurs, des philosophes, des lettrés et des savants de toute espèce. Plusieurs Grecs d’Egypte remplirent successivement , dans la maison impériale , des fonctions de la plus haute importance. Le premier fut Chérémon de Naucratis , qui , après avoir été directeur de la Bibliothèque d’Alexandrie, fut appelé à Rome , vers l’an 40, comme précepteur de Néron ; il écrivit plusieurs ouvrages sur l’Egypte , entre autres une étude théologique sur Isis et Osiris , qui eut un certain

(t) Minervini, Bullettino di archeologia napolitana, Nov. 1854.

(2; « Afisliu locu. » V. l'explication de M. Minervini.

(3) Ibid.

(4) Cic., Pro Rabir. Post., 14.

(5) V. plus haut, page 43.

succès; Porphyre en fit plus tard une analyse, dont Eusèbe a conservé quelques fragments (1). Denys d’Alexandrie, élève de Chérémon , hérita de ses charges ; de Néron à Trajan , il fut directeur des bibliothèques , préposé à la correspondance , aux ambassades et aux rescrits (2). Il faut citer encore ce Crispinus , cet ancien marchand de papier , qui devint un des favoris de Domitien. Juvénal (3) le traite de « vil enfant du peuple égyptien , esclave de Ganope. » Il se moque de sa toilette recherchée , de ses parfums « qui suffiraient pour deux pompes funèbres, » de son goût pour la bonne chère; il flétrit ses passions coupables (4). Mais ce parvenu avait de vastes domaines et une belle demeure près du Forum , et il disposait si bien de l’oreille du maître , que Martial se courbe jusqu’à terre devant lui , lorsqu’il le prie de patroner ses vers (5). Sous Hadrien résidait à Rome un personnage considérable, qui exerçait à la fois les plus hautes fonctions sacerdotales de l’Egypte et la première charge que l’on pût confier à un membre du corps savant de ce pays. C’était un certain

L. Julius Vestinus , auquel une inscription donne les titres de souverain pontife d’Alexandrie et de l’Egypte tout entière , directeur du Musée, préfet des bibliothèques grecques et latines de la ville de Rome , précepteur et secrétaire de l’empereur (6). Ce haut dignitaire, comme l’indique son nom, était un Romain , qui n’avait que la présidence nominale des prêtres des bords du Nil , où peut-être il n’avait jamais paru. Mais personne ne pouvait mieux que lui protéger les ministres d’Isis et de Sérapis établis an milieu de ses concitoyens, et patroner les Alexandrins auprès de son puissant élève. Les marins et les officiers de la flotte qui apportait à date fixe les blés de l’Egypte formaient un élément important de la population mixte qui allait et venait entre Rome et Alexandrie. On retrouve leurs traces dans la capitale (7) et à Porto (8) ; leur chef est , sous Septime Sévère , un

(t) Bullet. de corr. hellén., 1877, p. 173 à 177.

(2) Egger, Mémoires d’hist. a ne., p. 237.

(4) IV, 1 à 33, 108, 109, et Schol., ad h. I.

(5) VII, xctx. V. encore VIII, xlviie.

(6) C. I. G., 5900. Inscript, de la Via Ostiense. V. Letronne, Inscr. gr. de l’Egypte, t. I, p. 278, 279 et 359. Une incription grecque de la collection de

M. Péretié, à Beyrouth, mentionne encore un personnage dont le nom est inconnu et qui a exercé des fonctions semblables à celles de Vestinus. V. Bull, de corr. hellén., 1879, p. 257 à 239.

Çl) C. I. G., 5889 (Commode).

(8) Ibid., 5973 (202 ap. J.-C.).

Romain nommé C. Valerius Serenus, qui s’intitule « néocore de Sérapis. » Alexandrie fut aussi, sous l’Empire, le point de départ d’associations d’athlètes , instituées sur le modèle de celles de la Grèce , qui se transportaient de ville en ville. L’une d’elles a laissé un souvenir de son passage à Naples dans une inscription (1) où elle déclare être « toute dévouée à l’empereur et aux Romains. * Elle était dirigée par T. Flavius Archibius, athlète que des victoires extraordinaires avaient illustré , Alexandrin comme ses compagnons , et grand prêtre à vie du xyste tout entier. Sous les Antonins, un collège du même genre s’établit à Rome , auprès des Thermes de Titus (2). C’étaient encore deux Alexandrins, M. Aurélius Démétrius et son fils Asclépiadès, qui en avaient la présidence ; tous deux furent , l’un après l’autre , grands prêtres à vie du gymnase ; le fils portait , en outre , le titre de « néocore du grand Sérapis (3). » Ainsi une communication incessante s’établissait entre les deux cités , grâce au mouvement qui poussait hors de leur patrie tous ces gens avides d’argent , d’honneurs et de réputation. Lorsqu’ils débarquaient sur la terre du Latium, ils apportaient avec eux le culte de ces dieux puissants dont les images les avaient suivis jusque sur le vaisseau qui les amenait (4).

Ce ne furent pas tout d’abord les plus hautes classes de la société romaine qui adoptèrent les divinités nouvelles ; les inscriptions et les textes classiques (5) nous montrent que les prêtres alexandrins trouvèrent leurs premiers adeptes parmi les affranchis et dans ce monde élégant, mais léger, où les Délie, les Cynthie, les Némésis et les Corinne donnaient le ton. Tandis que les citoyens, par amour-propre national, et les matrones par obéissance pour leurs maris , fermaient leurs maisons aux importations étrangères, le peuple et les femmes indépendantes ouvraient les leurs sans scrupule. Les affranchis étaient souvent en contact avec leurs anciens compagnons d’esclavage , dont beaucoup venaient de pays éloignés ; de plus , ils représentaient le petit commerce, et, comme tels, ils avaient des rapports fréquents avec les marchands d’outre-mer. Si les belles maîtresses des poè-

(t) C. I. G., 5804 (103-116 ap. J.-C.). V. encore 5807.

(2) Ibid., 5906 à 5913 (134-143 ap. J.-C.). Cf. 1427.

(3) Ibid., 5914.

(4) V. Annali dell’ Instit. di corr. arch. di R ., 1865, p. 323. Cf. C. I. L., III, 3 (104-114 ap. J.-C.).

(5) V» chapitre IIL

160 LES DIVINITÉS D’ALEXANDRIE HORS DE l’ÉGYPTE.

tes à la mode accouraient vers les temples d’Isis, ce n’était pas parce qu’elles étaient plus superstitieuses et plus ignorantes que les graves épouses des Romains de vieille souche. Au contraire, c’était précisément parce qu’elles appartenaient à un monde de lettrés et de délicats , qui cherchaient en tout le nouveau et le rafüné. Elles poursuivaient l’originalité en matière de religion comme leurs amants en matière de poésie. Lorsqu’elles allaient s’enfermer pendant dix jours et dix nuits auprès des autels d’Isis, elles cédaient au même entraînement qui poussait Tibulle et Properce à imiter Callimaque et Philétas. Au plaisir intime de se sentir remuées par un culte qui frappait plus fortement les sens , se joignait pour elles la satisfaction d’entrer les premières dans une nouvelle voie de salut et de montrer le chemin aux âmes pieuses. Délie et Tibulle étaient deux disciples d’Alexandrie dont chacun innovait à sa manière.

Bientôt les grandes dames elles-mêmes se laissèrent gagner et suivirent l’exemple qu’on leur donnait avec cet empressement que d’honnêtes femmes mettent quelquefois à imiter celles dont la vertu est d’un aloi plus douteux. Les poètes galants nous assurent qu’elles couraient de grands risques en obéissant à cette impulsion , et qu’elles pouvaient par là prêter à des comparaisons fâcheuses. Mais ce sont propos de débauchés , auxquels les pratiques religieuses paraissaient toujours une affectation, une arme de plus offerte à la coquetterie. Ces plaisanteries traditionnelles sur les belles initiées qui fréquentaient les temples des divinités mystérieuses remontaient au temps d’Aristophane; aucune n’échappait au soupçon ; car les anciens éprouvaient toujours quelque inquiétude lorsqu’ils voyaient les femmes dérober au soin du ménage de longues heures, qu’elles passaient loin de toute surveillance, à contempler des scènes mythologiques, qui, ainsi que le remarque Ovide, n’avaient rien d’édifiant. De là un sentiment de défiance contre les prêtres qui les attiraient. Il était si général que les adeptes (des différents cultes l’inspiraient tous également et l’éprouvaient à l’égard les uns des autres. Le christianisme même subissait la loi commune ; c’est ce que prouve de reste l’insistance avec laquelle Tertullien recommande aux premières filles de l’Eglise d’observer dans leur toilette et dans leur tenue une modestie qui enlève tout prétexte à la calomnie. Il ne faut donc pas prendre au pied de la lettre les accusations des écrivains classiques. Elles n’étaient souvent que des représailles d’amoureux, que les exigences de la loi isiaque avaient privés pendant quelques jours de leurs compagnes. Cette rancune ne les

empêchait pas d’ailleurs de ressentir eux-mêmes une certaine crainte superstitieuse pour ces divinités qui tenaient une si grande place dans le cœur des femmes. Tibulle ne croit pas beaucoup à l’efficacité des pratiques auxquelles se livre Délie. Un jour qu’il se trouve arrêté à Gorcyre par la maladie (1), il dit dédaigneusement, en s’adressant à elle : ton Isis. Mais ensuite, quand il réfléchit qu’il est seul et près de s’éteindre loin des siens , il se prend à invoquer Isis à son tour, et il lui promet que, si elle le tire de ce danger, Délie ira s’asseoir deux fois par jour dans son temple. Le sceptique s’est ravisé en présence de la mort , et c’est lui cette fois qui se porte garant de la ferveur de sa maîtresse , quoique, en homme qui se connaît , il ne s’engage pas à l’imiter.

Grâce à cette connivence tacite de beaucoup d’amants et d’époux , le culte alexandrin put se procurer non seulement l’appui moral, mais encore les ressources matérielles qui lui étaient nécessaires pour vivre. On vit ses prêtres en habits religieux , et le sistre à la à la main , parcourir les rues de Rome en s’arrêtant de porte en porte pour demander l’aumône; personne, nous dit Ovide, n’osait les repousser (2). Les isiaques les plus dévots déposaient entre leurs mains des dons volontaires, dont la valeur, comme l’attestent les inscriptions, était quelquefois considérable. Puis il y avait des droits d’initiation , qui leur rapportaient des sommes assez rondes; aussi avaient-ils bien soin de presser les néophytes qui auraient été tentés de s’en tenir à une première épreuve , et de les engager à échanger contre un peu d’or un degré supérieur de sainteté. Lorsque Lucius arrive dans l’Isium du Champ de Mars, il apprend avec surprise qu’un des prêtres a reçu d’Osiris , pendant son sommeil, l’ordre de présider à l’initiation du jeune étranger et l’assurance d’être grassement récompensé de ses services. Cette nouvelle ne laisse pas que d’être assez désagréable à Lucius ; mais il fait bonne contenance et vend ses hardes. Il arrivait aussi quelquefois que l’initié, comme témoignage de reconnaissance, laissait, en partant, une certaine somme au temple et aux prêtres qui l’avaient consacré (3). C’étaient là des sources de revenus assez fécondes pour que le culte alexandrin pùt subsister au milieu de Rome , tant qu’il ne fut pas reconnu par les empereurs. Enfin, il vint un jour où ceux-ci lui firent con-

(1) I, in, 26.

(2) Ovid., Pont., I, i, 37. Val. Max., VII, 3, 8.

(3) V. Apul., ilétam., XI, passim.

162 LES DIVINITÉS D’ALEXANDRIE HORS DE l’ÉGYPTE.

struire des édifices magnifiques , et où Isis et Sérapis n’eurent plus rien à envier aux dieux du Latium.

Ce fut sans doute alors , après avoir emporté la capitale , qu’ils continuèrent leur marche vers l’Occident. Ils se glissèrent au milieu des armées et pénétrèrent vers le Septentrion jusqu’aux extrêmeslimites du monde ancien. Au commencement du troisième siècle, un officier supérieur, qui commandait à Rome le camp des Pérégrins , adresse un hommage public à Isis Reine (1). Il n’est guère de province de l’Empire, où les légionnaires n’aient suivi l’exemple que leurs chefs leur donnaient. Laissons de côté celles qui étaient, comme la JNumidie et l’Espagne (2), plus voisines des pays grecs, et, partant, d’une conquête plus facile. Isis , Sérapis, Harpocrate, Anubis, portés par les vaisseaux marchands et par les troupes romaines , abordent sur les côtes de Provence et franchissent les Alpes. On leur élève des autels à Fréjus (3), à Nîmes (4), à Manduel (Gard) (5), à Boulogne (Haute-Garonne) (6), à Arles (7) , à Riez (Basses-Alpes) (8), à La Bâtie Mont-Saléon (Hautes-Alpes) (9), à Parizet (Isère) (1 U), à Lyon (1 1), à Besançon (12), à Langres (13), à Soissons (14). Le sistre, insigne de leur culte, figure sur des autels funéraires de la Lorraine (15). Des statuettes d’importation égyptienne, qui appartenaient sans doute à des Gallo-Romains, adorateurs de ces mêmes divinités, ont été trouvées à Clermont-Ferrand (16), à Nuits (Côte-d’Or) (17), et jusqu’en

(I) C. I. L., VI, 354 et 3692.

^2) Pour l’Afrique, v. les index du C. 1. L. , VIII, Mém. de la Soc. des ant . de Fr.. IIIe sér., t. VI (p. 40 du Bullet. de 1860), et: 4e trim. de 1881, Héron de Villefosse, Inscriptions d’Afrique en l'honneur de Sarapis. Pour l’Espagne, v. C. 1. L., II. Index.

(3) Orelli, 2312.

(4. Orelli, 2307. Gruter, LXXXIV, 1.

(5) Gruter, XLII, 1. Allmer, Revue épigraph. du midi de la France, 1880, n° 9, inser. n° 167.

(6) Orelli. 5856. Mém. de la Soc. des antiq. de Fr., t. II (1820), pag. 76.

(7) Orelli, 5835. Bullet. monumental, 1875, p. 741 ; 1876, pag. 750.

(8) Inscr. citée en dernier lieu par Desjardins, Table de Peutinger, p. 64, col. 1 .

(9) Bullet. épigr. de la Gaule, 1882, p. 148, et pl. xi.

(10) Orelli, 1775. Allmer, Inscript, de Vienne, t. III, p. 466.

(II) Reines., CCLXXXIX.

(12) Orelli, 2313.

(13) Gruter, LXXXIV, 5.

(14) Orelli, 1877. Bullet. delà Sor. des antiq. de Fr., 1870, p. 147 (t. XXXII, 4e sér., t. II). Charles Robert, Epigraphie gallo-romaine de la Moselle, p. 29.

(15) Montfaucon, Ant. Expi. Suppl., t. V, pl. xxxv, l, et xli, 6.

(16) Mélanges d’arch. égypt. et assyr., t. III, p. 65.

(17) Rev. archéol., 1865, p. 72.

Alsace (1). Au musée Guinet, à Lyon , on en a réuni dans une même vitrine un grand nombre qui ont été exhumées sur divers points de notre sol; Arles notamment en a fourni beaucoup à cette collection et à d’autres que nous avons visitées. Des images des dieux égypto-grecs , d’un style plus libre, ont été découvertes au mont d’Uzore (Loire) (2). D’autres monuments , dont on rattache l’origine à l’extension du culte alexandrin , sont d’une attribution fausse ou douteuse. C’est ainsi qu’on a quelquefois vu une Isis dans une des statues qui décorent l’édifice octogone de Montmorillon (Vienne); il est reconnu aujourd’hui qu’elle date du moyen âge (3). Les antiquaires parlent aussi d’une statue colossale d’Isis qui se trouve dans Me de Groix (Morbihan) (4). Suivant d’autres, cette déesse aurait été adorée à Melun (5). Enfin, on prétend qu’il y avait à Paris, dans l’église de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés , une statue d’Isis , qui y resta jusqu’en 1514 ; à cette époque, le cardinal Briçonnet donna ordre de la détruire, parce que le vulgaire lui rendait encore un culte (6). Les moyens nous manquent pour contrôler la vérité de ces assertions. Mais ce qui paraît certain , c’est que le nom d’Isis n’est pour rien dans l’étymologie de ceux de Paris et d’Issy, et que ce n’est pas le vaisseau de la déesse alexandrine qui figure dans les armes de notre capitale. Ceci soit dit pour qu’on ne nous soupçonne pas de faire cause commune avec l’auteur d’un livre imprimé en 1879 (7), qui , fort de ces vestiges laissés par les divinités égyptiennes dans notre pays , propose aux Parisiens de rétablir le culte d’Isis ; il est vrai que la religion néo-isienne , dont cet ouvrage contient les commandements, serait débarrassée des éléments impurs qui se sont introduits à une époque de décadence dans l’isiacisme primitif. Nous nous permettrons de contester la valeur des titres antiques qu’elle s’arroge, tout en

(t) Schœpflin, Alsatia illustrata, t. I, tab x ; II, p. 496. Cf., p. 498, § cxii.

(2) Adolphe Joanne, Itinéraire général de la France. Auvergne, Morvan, Velay, Cévennes (1882), p. 207, col. 2.

(3) Millin, Mon. anliq. inéd., t. II, p. 329.

(4) Mém. de la Soc. des antiq. de Fr., t. II (1820), p. 33.

(5) Ibid., p. 78.

(6) Du Breul, Antiquités de Paris, pag. 2. André Duehesne, Antiquités et recherches des villes de France, pag. 10. Moreau de Mautour, Mém. Acad. Inscr. et B.-L., t. III, p. 297. Banier, Mylholog., t. V, p. 490. Mém. de la Soc. des anliq. de Fr., t. II (1820), p. 78. D. Ricard, trad. de Plutarque, De Is. et Os., note A*2. Dulaure, Histoire de Paris, 6e édit. (1837), t. I, p. 54 et suiv.

(7) Le Renouveau d’Isis , traduction libre de l’allemand , par Esslie. — Paris, Jouaust, librairie des Bibliophiles, 1879.

avouant que Lutèce a pu , aussi bien que le reste de la Gaule , connaître les dieux égypto-grecs. Les marchands d’Alexandrie venaient certainement jusque-là. N’a-t-on pas trouvé l’épitaphe d’un Alexandrin à Clermont, dans l’Oise (1)?

La Grande-Bretagne a reçu au moins Sérapis , comme l’attestent des inscriptions d’York ( Eburacum ) (2), de Brougham-Castle ( Brovonaca ) (3). Il a pénétré avec Isis dans la Dacie (Hongrie et Valachie actuelles) (4), dans la Pannonie (5) et le Norique (6) (Autriche), dans la Dalmatie (7) et dans l’Helvétie (8).

Enfin ils ont l’un et l'autre trouvé des adorateurs parmi les Germains (9). « Une partie des Suèves, dit Tacite, sacrifie à Isis. D’où vient ce culte étranger? Je l’ignore. Peut-être le vaisseau, qui en est le symbole distinctif, indique-t-il que cette religion fut importée chez eux (10). » Ce passage exerce, depuis de longues années, la sagacité des érudits d’outre-Rhin(ll). 11 peut donner lieu à deux hypothèses : ou bien il y avait dans la mythologie nationale des Germains une de ces divinités vagues et mal définies qui, chez presque tous les peuples, représentaient la Nature, et Tacite, ne sachant comment la nommer, l’identifie par comparaison avec l’Isis égypto-grecque; ou bien cette Isis, adorée en Germanie, était bien réellement celle dont les Alexandrins avaient porté le culte sur tous les rivages du monde romain. La première hypothèse est justifiée par des données positives : les populations du Nord avaient, en effet, une déesse cosmique, Niœrdr ou Nerthus', qu’elles considéraient comme la source de toute fécondité et de toute joie; à une certaine époque de l’année, on la promenait dans un char voilé traîné par des génisses. Deux autres divinités,

(1) Bullet. de la Soc. des antiqu. de Fr., 1861 (t. XXVI), p. 86.

(3) Ibid., 298.

(4) V. C. I. L., III. Index et C. I. G., 6814.

(5) C. I. L., I. c. et Ephemeris epigraphica. Vol. IV, n°* 486 et 528.

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