‹ Histoire du culte des divinités d'Alexandrie. Sérapis, Isis, Harpocrate et Anubis, hors de l'Égypte depuis les origines jusqu'à la naissance, de l'école néo-platonicienneChapitre 23 sur 63 · RÉGION VI (ALTA SEMITA · texte numérisé non relu

RÉGION VI (ALTA SEMITA

TEMPLUM SALUSTI ET SERAPIS (CuriOSUm) . — TEMPLUM SALUTIS ET SERAPIS ( Notitid ).

Si l’on pouvait se fier à l’ordre que suivent les Légionnaires dans leurs énumérations, on devrait s’attendre à trouver près du Templum Salutis (2), c’est-à-dire près de la place Barberini et de l’église Sainte-Suzanne, le Serapéum de la VIe région. Mais pro-

en décorent le vestibule , où on peut les voir. La première est intacte ; de la seconde il ne reste que la partie supérieure. Y. un dessin qu’en fit faire , lorsqu'elle était plus complète, Ciampini, Vetera monumenta, t. I, tab. XXIIi.

(1) On n’a que deux autres échantillons de l’opus sectile marmoreum ; ils ont été découverts dans ces dernières années et sont conservés au musée du Palatin. Encore n’y voit-on que des ornements , sans figures d’hommes ni d’animaux ; il n'entre point de pâte de verre dans les matières dont ils sont composés.

(2) Jordan, t. II, p. 121. Bullet. arch. comun. di B., 1872-73, p. 227.

bablement il n’en est pas ainsi. Les restes antiques qui peuvent se rapporter à un sanctuaire alexandrin attirent notre attention sur un tout autre point.

Ce sont, en premier lieu, les deux statues de marbre qui décorent aujourd’hui la fontaine du Capitole. Elles représentent, sous les traits d’hommes à longues barbes, deux divinités fluviales couchées, portant l’attribut ordinaire, la corne d’abondance. L’une (1), celle de gauche, tient, en outre, un gouvernail et s’appuie sur un sphinx : c’est le Nil. L’autre est accoudée (2) sur un animal dont on ne pouvait bien définir l’espèce tout d’abord parce qu’il avait le museau cassé ; de là vient que chez quelques auteurs (3) la figure passait pour être celle du Tigre. L’artiste qui l’a restaurée a fait de l’animal une louve et a placé près d’elle les deux jumeaux avec grande apparence de raison. Le dieu n’est donc autre que le Tibre.

Nous dirons ailleurs (4) ce que signifie l’accouplement de ces deux figures. Il s’agit de refaire leur histoire.

Il y avait au moyen âge, au N. -O. des Thermes de Constantin, près des fameux chevaux qui s’élèvent encore sur la place du Quirinal (5), deux statues que l’on croyait être celles de Saturne et de Bacchus. On lit en eflpÈ dans les Mirabilia (6) : «Ibiin palatio (Constantini) fuit templum Saturai et Bacchi ubi mine jacent simulacra eorum. » Martinus Polonus , dont la Chronique n’est, en ce qui concerne la topographie de Rome , qu’une copie de la rédaction des Mirabilia appelée Graphia (7), porte le même témoignage, mais avec cette variante digne de remarque « ubi adhuc apparent simulacra eorum (8). » Il paraît assez probable que les deux statues n’avaient jamais été ensevelies sous le sol. Toutefois, suivant un certain Apollodore, qui avait écrit au quatorzième siècle une description de Rome, elles auraient été retrouvées près de l’église de Saint-Sauveur aujourd’hui détruite, ce qui revient à dire près des Saints-Apôtres (9). Quoi qu’il en soit, elles restèrent sur la place du Quirinal jusqu’au milieu du seizième siècle. En 1430, le Pogge

(1) Clarac, pl. 748, 1810.

(2) Id., pl. 749, n. 1819.

(3) Bernardo Gamucci , Ântichità di Roma. Venezia, 1565, p. 17.

(4) Chapitre sur les images.

(5) Jord., t. Il, p. 527.

(7) Jord., t. II, p. 358 et 387.

(8) Mart. P., De major, regnis , liv. I, ch. 7, éd. de 1574.

(9) Jord., t. II, p. 400.

LES TEMPLES ALEXANDRINS DE ROME. 213

écrit : « Yidi statuas duas stantes pone eguos, Phidiæet Praxitelis opus, duas recubantes (1). » Sur un plan de Rome, dressé en 1493 (2), on voit de dos, derrière le groupe des chevaux, un homme étendu à terre et assis sur son séant; une draperie le couvre jusqu’à mi-corps. Que ce dessin soit incomplet, c’est ce qui n’est pas douteux; car sur un plan postérieur (3), on a représenté au même endroit, non pas une seule figure, mais deux. En revanche celles-ci sont entièrement nues, et sans aucun doute à tort. Ces dessins se complètent donc l’un par l’autre, ils doivent reproduire deux statues disposées parallèlement et mi-vêtues. Ils sont d’ailleurs également inexacts en ce qu’ils ne tiennent aucun compte des attributs. En 1510, Andréas Fulvius assure que les colosses de Saturne et de Bacchus, toujours en place, tenaient des cornes d’abondance et que quelques-uns les prenaient pour des Neptune (4). Enfin, en 1534, on n’y avait pas encore touché, puisque le second des plans que nous avons cités a été, suivant M. de Rossi , exécuté vers cette année-là (5). A partir de cette époque , elles disparaissent.

Mais le Tibre et le Nil , dès 1544 , étaient au Capitole. On les y voyait sous la loggia des Conservateurs (6) ; jusqu’au jour où Michel-Ange les fit entrer dans la décoration de l’escalier (entre 1542 et 1547). Ces deux statues de fleuves sont-elles identiques à celles que l’on connaissait au moyen âge sous le nom de Saturne et de Bacchus? Les antiquaires du seizième siècle, à l’exception de Serlio (7), le supposent déjà d’un accord unanime. Au dixhuitième siècle , Nardini (8) est plus affirmatif encore que ses prédécesseurs, et, depuis , tous les critiques ont partagé son opinion (9). Une des raisons qui , outre la tradition, la rendent très plausible est que les Mirabilia n’ont pu signaler que des statues de grandes dimensions qui arrêtassent les regards au passage , et celles du Capitole répondent bien par leurs proportions colossales à cette condition.

(1) De vdriet. fortunæ.

(2) De Rossi, Plante iconog. e prospett. di Roma, 1879, tav. V.

(3) Ibid., tav. X.

(4) Opusculum de mirabilib. Rom., 1510, lib. II, g De Collossis.

(5) DelRossi, p. 109.

(6) Marliani , dans Jordan, t. II, p. 527. Gamucci , ouvrage cité, p. 17.

(7) Jordan, l. c.

(8) Roma antica , p. 188.

(9) Nibby , Roma, parte antica, t. II, p. 715. Gregovius, Roma nel medio evo , t. VII, p. 876.

214 LES DIVINITÉS D’ALEXANDRIE HORS DE l’É&YPTE.

Elles proviennent donc d’un grand édifice de la VIe région. Cet édifice ne peut être que le Sérapéum (1).

Mais, d’autre part, l’église de Sainte-Agathe des Goths a conservé pendant longtemps une inscription (2) qui n’est pas un indice moins important. Elle rappelait une consécration faite à Sêrapis par un empereur qui ne peut être que Caracalla ou Héliogabale et qui est plutôt le premier. Le marbre, qui était encastré dans le pavé, s’est perdu à la suite de travaux de réparations. Mais l’authenticité de l’inscription ne peut être mise en doute et les commentateurs s’en sont servis à bon droit, comme d’un document précieux pour la topographie. Le temple de la VIe région, construit sous Caracalla, s’élevait-il sur l’emplacement qu’occupe Sainte- Agathe? C’est l’avis de Canina (3). Il croit même le reconnaître dans des constructions en travertin qui y ont été découvertes au seizième siècle et dont le plan a été reproduit par Bufalini. Mais ces restes ne ressemblent guère à ceux d’un temple (4), et il serait plus naturel de les rapporter aux Decem Tabernæ , dont on croit avoir retrouvé la trace un peu au N. -O. de Sainte Agathe (5).

Nibby suppose que l’inscription avait été apportée du dehors dans l’église et qu’au Sérapéum appartenait aussi le magnifique fragment d’architecture appelé jadis par le vulgaire la Mesa, Torre Mesa, Frontispice de Néron, Tour de Mécène, et par les antiquaires temple du Soleil (6). Cette hypothèse nous sourit beaucoup. Il est prouvé en effet que le nom de temple du Soleil ne vaut pas mieux que les autres et qu’il est certainement faux. Tous les auteurs de topographies , sans savoir d’où il venait, l’ont répété les uns après les autres, jusqu’à Becker, qui en a fait justice. Nous revendiquons pour le Sérapéum le beau débris d’entablement que l’on admire aujourd’hui dans la Villa Colonna, sans savoir de quel monument antique il est détaché. Il faisait partie au moyen âge (7) d'une masse de constructions, qui s’élevait en forme de tour sur le terrain où l’on bâtit depuis les Scuderie Ponteficie. Or, nous avons dit plus haut que le Nil et le Tibre se trouvaient à l’ouest de la place d u Quirinal. C’est là j ustemen t qu’aboutit le grand

(t) V. le chapitre sur les images.

(3) lndicazione topogr. di Roma ant., p. 191.

(4) Pianla di Roma antica riprodotta. 1879.

(5) Bullet. arch. comun. di R., 1876, p. 102, tab. XVI-XVII.

(6) Becker, Topogr., p. 587.

(7) Jordan , p, 597.

LES TEMPLES ALEXANDRINS DE ROME

escalier du temple enfoui sous la villa Colonna (1). Il y a donc une concordance suffisante dans les données de notre hypothèse. Les dimensions des deux statues qui sont maintenant au Capitole s’accordent bien avec celles d’un vaste édifice. Quant à l’entablement, le style n’en est pas aussi pur que celui des ouvrages exécutés sous Trajan, et bien qu’il soit supérieur à celui de l’Arc de Septime Sévère, il pourrait à la rigueur convenir à un monument de l’époque de Caracalla ; il est d’ailleurs possible que lorsque le prince consacra le Sérapéum , les travaux durassent déjà depuis longtemps , depuis le règne de Commode par exemple. Enfin , l’église de Sainte-Agathe est assez voisine pour qu’on ait pu sans beaucoup de peine, lorsqu’on en jeta les fondements, au cinquième siècle (2), y transporter l’inscription que nous avons citée.

RÉGION VII (via lata).

Nibby (3) attribue à cette région un viens Isiclis. Il n’y est autorisé par aucun autre témoignage que celui du Bréviaire de Sextus Rufus (4), lequel est, comme on sait, dénué de valeur (5).

Il n’y a pas de raison non plus pour supposer que la septième région contînt un sanctuaire alexandrin , comme l’a fait Canina dans son Plan de Rome antique (G). Au reste, il a lui-même exprimé ailleurs (7) ses doutes à ce sujet.

En 1617, on trouva dans le couvent attenant à l’église de S. Marcello, sur le Corso, les restes d’un édifice qui parut être un temple (8). On crut reconnaître celui d’isis, que mentionnait une inscription, mise au jour, disait-on, en cet endroit, et qui était ainsi conçue : « Templum Isis exoratæ. » Canina suspecte non seulement la provenance , mais même l’authenticité de ce document. Depuis, il a été déclaré faux (9).

Ce qui a pu, outre ces sources corrompues, induire quelques archéologues en erreur, c’est qu’il y eut en effet, près de la Via

(1) Une restauration du prétendu Temple du Soleil a été donnée par un architecte , pensionnaire de la Villa Médicis Elle est encore dans les cartons de l’Ecole des beaux-arts.

(2) Nibby, Roma , parte mod., t. I, p. 34.

(3) Roma, parle anlica, t. II, p. 834.

(4) Ibid., p. 381.

(5) Jordan, t. Il, p. 301.

(6) Planta lopogr. di R. ant., 1832, rdg. VII, nu 14.

(7) Indicazione topogr. di R. ant., p. 223.

(8) Nardini.

(9) C. I. L., VI, falsæ , p. 15*, n. 60 a.

Lata, mais dans la IXe région , et non dans la VU®, un Isium important que nous décrirons tout au long. C’est à celui-ci qu’il faut rapporter par exemple deux bas-reliefs en granit rose , provenant d’un obélisque élevé autrefois près du temple qu’Isis et Sérapis avaient à Rome aux environs de la Via Lata (1).

région via (forum romanum).

Quoique les régionnaires ne disent pas qu’il y ait eu au Capitole un temple d’Isis, on ne. peut douter qu’il ait existé. Renversé en l’an 58 avant J.-C., rétabli peu de temps après, il fut l’objet de nouvelles rigueurs en 48. Malgré ces vicissitudes, il eut sous la République des prêtres, romains de naissance, parmi lesquels un T. Sulpicius de la gens Cæcilia. Dans les premières années de l’empire , il dut partager le sort des temples du mêmq genre ou plutôt il dut être le premier atteint dans les temps de persécutions. Sous Yitellius, on l’avait déjà relevé et rendu au culte et l’on y accourait en foule (2).

Nous considérerions comme provenant de cet édifice ;

1° Une inscription gravée en l’honneur d’Isis Frugifera, que l’on voyait jadis dans l’église de Santa Maria in Ara Cæli (3);

2° L’obélisque qui du jardin de l’Ara Cæli, où il était couché à terre, fut porté dans la Villa Mattéi (4).

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