‹ Histoire du culte des divinités d'Alexandrie. Sérapis, Isis, Harpocrate et Anubis, hors de l'Égypte depuis les origines jusqu'à la naissance, de l'école néo-platonicienneChapitre 25 sur 63 · VI · texte numérisé non relu

VI

temple d’Isis, qui s’élève tout auprès des Septa Julia, ou, suivant son expression, près de l’antique Bergerie :

... in ædem

Isidis , antiquo quæ proxima surgit Ovili.

C’est aussi à l’Tsis du Champ de Mars que le Lucius d’Apulée (1) va offrir journellement ses hommages : « summo numini reginæ Isidis, quæ, de templi situ sumpto nomine Campensis , summa cum veneratione propitiatur. » Commode , qui prit part avec tant d’ardeur aux cérémonies isiaques (2), Caracalla, qui montra tant de dévotion pour les divinités égyptiennes et qui leur éleva partout des temples magnifiques (3), ne durent oublier, ni l’un ni l’autre, celui du Champ de Mars. Alexandre Sévère y fit de nouveaux embellissements ; il y ajouta des statues en bronze de Délos et l’enrichit d’objets propres aux mystères (4). Enfin, Dioclétien en augmenta peut-être encore l’éclat ; mais ce dernier point est douteux (5). Le monument dut être une des dernières citadelles de la religion païenne et tomber lorsque l’alexandrinisme , après un suprême effort, eut'été vaincu à son tour. C’est une grosse question de savoir si les temples de Rome furent saccagés par les chrétiens, et nous nous garderons bien d’y toucher ici (fi). Nous rappellerons seulement que le Sérapéum d’Alexandrie fut renversé par ordre de Théodose en 391 (7). Au reste, que l’on attribue la destruction de celui du Champ de Mars aux chrétiens, aux barbares ou à un de ces accidents si fréquents dans les fastes de la ville, il est avéré qu’un incendie le dévora.

Le nombre de bâtiments que comprenait notre sanctuaire est assez débattu. D’abord, l’Isium et le Sérapéum étaient-ils deux temples distincts? On n’en peut douter, lorsqu’on lit dans le grec de Dion Cassius (8) : xo HspocTteïov xat xo ’Ic7£ïov. Cependant, M. C.-L. Visconti (9) blâme Canina de n’avoir pas fait observer que, pour être distincts, ils n’en étaient pas moins compris dans

(1) Mélam., XI.

(2) Lamprid., Commod., 9.

(3) Aurel. Victor, Cæs., 21. Spartien, Caracalla, 9.

(4) Lamprid., Alex. Sever., 26.

(5) Chron. Vienn. Diocl., 505, dans Jord., Topogr., t. II, p. 34 et 37.

(6) V. de Rossi , Bullet. arch. chrët., 1865, p. 5-8, et 1866, p. 53-59.

(7) Ibid., p. 54.

(9) Bullet. arch, comunale , 1876, p. 98.

Bibl des Ec.Fr. d'Athènes et de- Ao7ne .

Fascicule ÆŒI Fl. II.

LES TEMPLES D'ISIS ET DE SERAPIS DANS LA IX? REGION DE ROME f Essai de restauration de Canina)

Ernest Thorin, éditeur, à Paris .

J. S.ulpis sc,

LES TEMPLES ALEXANDRINS DE ROME

le même lieu sacré, dans le même té^evo;. Nous donnons tout notre assentiment à cette opinion, qui, au reste, était celle des auteurs de la Beschreibung ; dans leur plan du Champ de Mars une enceinte carrée enferme les deux temples, parallèles l’un à l’autre (1). On y a même fait entrer un troisième édifice dont les topographes avaient quelque peine à déterminer la position : c’est le Templum Boni Eventus (2). Claudius, préfet de Rome en 374, restaura, dit Amrnien Marcellin (3), un grand portique contigu aux Thermes d’ Agrippa , que l’on appelait Porticus Boni Eventus à cause de la proximité du temple de ce nom. Platner (4) suppose que le dieu qu’on y adorait n’est autre qu’Antinoüs , et que son culte était lié à celui des divinités alexandrines. Le titre d”Aya9oç Satjjuov s’appliquait non seulement à Antinoüs , mais encore à Anubis et à Harpocrate , comme celui d’ ’AyocO-/] tu/?) à Isis. Il est donc possible que l’autel du Bonus Eventus fût annexé à ceux d’Isis et de Sérapis. On croit même que les débris de portique qui se trouvaient à S. Stefano del Cacco appartiennent à celui dont parle Amrnien Marcellin. En tout cas, cette partie du Champ de Mars fut sans doute le lieu de rendez-vous et la résidence centrale de tous les Alexandrins de Rome, et il contenait bien autre chose que les deux temples. Près de Santa Maria in Via Lata se réunissaient les chanteurs duSérapéum. Dans le local affecté aux assemblées de leur collège (3) ils avaient élevé, le 6 mai 146 , un buste de marbre à Embès, leur chef, ou, suivant l’expression consacrée, leur père et leur prophète. Près de là devaient se trouver le Pastophorion , les logements des différents ordres de prêtres, qui étaient fort nombreux, les salles propres aux initiations, aux discussions religieuses (6) , aux délibérations des collèges. L’espace que nous avons essayé de délimiter n’est pas de trop pour tous ces usages.

De la forme et de la disposition de nos deux temples nous no savons rien.

On a , il est vrai , sur la table de marbre que l’on conserve au Capitole, un fragment de plan d’un Rérapéum. Mais qui nous répond que ce soit bien celui de la IXe région , plutôt que celui de la IIIe ou de la VIe? Nous donnons ci-joint, à tout hasard, la

(1) Beschreib., vol. III, part. 3. Campi Martii ichnographia.

(2) Becker, Topngr., p. 650.

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