LES INSCRIPTIONS
Les temples alexandrins dont il est question dans les inscriptions ressemblent, autant qu’on peut en juger par quelques détails, à celui de Pompéi. Celui d’Asculum Picenum (Ascoli) était entouré d’un péribole construit des deniers d’une affranchie, Yaléria Cithéris; cette enceinte est appelée circuüus (t) ; c’est le mot latin qu’il convient d’employer pour désigner ce que l’usage grec nommait péribole. Sur les bords du lac Benacus (lac de Garde, à Malcésine), un particulier fait élever un pronaos ( pronaum ) devant un sanctuaire ( fanum ) où Isis et la Mère des dieux recevaient un cuite commun (2). Nous nous sommes servi des inscriptions de Porto, où il s’agissait d’un megarum et d’une schola , pour nous éclairer sur la destination véritable de certaines parties de l’Isium de Pompéi. Mais l’épigraphie nous apprend encore quelque chose de plus que l’archéologie.
Il y avait à Bénévent un collège d’anciens soldats, les Martenses, qui rendaient un culte à un dieu nommé Yerzobius (3), rapporté par eux de Dacie (4), où ils avaient dû servir, peut-être sous Trajan. Un patron de la colonie éleva pour une de leurs compagnies un Canope (5). Qu’est-ce que désigne ce mot? Les commentateurs citent, comme de juste, le Canope qui formait un des lieux de délices de la villa d’Hadrien à Tibur. Mais on ne voit pas trop ce qu’un collège de vétérans avait à faire d’un grand bassin ou canal, bordé de guinguettes , où l’on sacrifiait beaucoup moins à Mars qu’à Yénus. Il s’agit plutôt ici d’un édifice destiné à des réunions; le bienfaiteur du collège l’a élevé à ses frais a solo. Une autre explication paraît nécessaire. Canope n’était pas seulement en Egypte une ville de plaisirs, c’était aussi une ville sainte; la religion était le motif, ou, si l’on veut, le prétexte des divertissements que l’on y prenait. On y priait Sérapis dans un sanctuaire qui était fréquenté presque à l’égal de celui d’Alexandrie; môme hors
(1) Orelli, 1882. V. de Vit, Lexicon : circuitus 7.
(2) C. 1. L., V, 4007. V. un embellissement semblable fait à Lambessa (Algérie), dans un temple d’Isis et de Sérapis, par un légat de l’empereur, sa femme et sa fille. Renier, Inscrip. alg., 23.
(4) Cf. Verzovia, Verzo, Verzonis, Bersovia , Berzobis, dans C. 1. L., III, 1217, 1269, 1271, ibid., C. VI, 1. 4; XVIII, 1. 2 et 4, ibid., p. 247.
de l’Egypte, on adora sous un vocable spécial le dieu de Canope. 11 était connu et invoqué à Rome (1). On alla jusqu’à lui dresser des autels qui lui étaient propres ; sur l'Acrocorinthe, il y avait , au second siècle , deux temples de Sérapis, dont l’un était affecté spécialement au culte de Sérapis de Canope (2). Il est donc bien possible que dans un cas semblable , pour éviter une confusion , on ait dit tout simplement, par synérèse, le Canope. N’aurions-nous pas ici une chapelle de ce genre, qui aurait servi en même temps aux réunions et au culte d’un collège ? Il est vrai que les Martenses ne font pas profession d’adorer une divinité alexandrine; mais nous avons bien vu qu’à Porto on s’assemble dans la même schola pour sacrifier à Isis et à la Mère des dieux. Jusqu’ici, on n’a pas trouvé trace à Bénévent du culte égypto-grec (3). Il serait bien étrange cependant qu’après s’être répandu dans toute la Campanie et à Æclanum (4), il ne fût pas entré dans une ville où passait la Yia Appia. Enfin , on peut admettre tout au moins qu’un Canope, sans lui être nécessairement dédié, était toujours construit sur un certain modèle apporté en Italie par les Alexandrins.
Isis et Sérapis en province n’ont pas eu seulement des sanctuaires sur la voie publique. Il est arrivé quelquefois , au temps de leur plus grande faveur, qu’ils ont envahi même le siège des séances du conseil municipal; dans une petite ville des Æquiculi (à Nesce, Cicolano) (5), sous Marc Aurèle (6), un esclave public, associant dans une œuvre pieuse sa femme et son fils , fait placer à ses frais, dans la schola des décurions , des images d’Isis et de Sérapis avec tous les ornements et une édicule. Les magistrats lui en donnent la permisssion. Il est même à présumer qu’à cette époque de pareilles œuvres étaient vues d’un bon œil et encouragées. L’esclave fait sa cour à l’autorité.