LA MAISON
cohabiter avec une esclave, d’en avoir des enfants; mais ceux-ci ne tombent pas sous la puissance paternelle; il n’exerce sur eux que le pouvoir du maître. Ces enfants ne comptent pas au même titre que les cohabitants libres de la maison (double sens de liberi : les personnes libres et les enfants), ils ne font pas partie des siens (sui); ils suivent le sort de la mère; ils sont esclaves. Ce ne sont pas des enfants au sens du droit (légitimi), ils ne sont tels qu’au sens purement naturel, à raison du seul fait de la procréation (naturales). Les enfants procréés avec une femme libre, dans une union libre, échappent, il est vrai, à l’esclavage, mais eux non plus ne sont pas des enfants au sens juridique, ils ne tombent pas sous la puissance du père, ils restent étrangers à la famille, et ne jouissent d’aucun droit successif vis-à-vis de lui, ni vis-à-vis de ses agnats. L’enfant juridiquement vrai suppose la mère vraie, et celle-ci ne l’est qu’en justes noces : le mariage forme la condition de toute la famille romaine. Seul il consacre lesrapports entre les époux, établit la puissance du père sur les enfants, crée l’agnation, donne aux enfants leur droit successif vis-à-vis du père et vis-à-vis des agnats; à défaut de mariage, les enfants n'héritent pas même de la mère, les parents les plus proches les écartent.
Cette conception élevée du mariage, au point de vue du droit et de la morale, si proche de la doctrine de l’Eglise chrétienne, et l’organisation de la vie conjugale répondant si bien à la véritable essence du mariage, est un des traits les
plus caractéristiques de Tâme romaine au bon vieux temps. Rome, sous ce rapport, dépasse tous les peuples de 1 antiquité, et cette circonstance n’a pas laissé que de jouer un grand rôle dans son histoire. La maison est le siège de la moralité : la gardienne de celle-ci, c est la femme. Si la femme n’occupe pas, comme épouse, la situation qui lui revient, elle ne l’occupe pas non plus comme mère. Je le