FONDATION DE LA MAISON
de Rome, nous révèle l’opinion que les Romains eux-mêmes avaient de la chose. Il en résulte en tout cas que le divorce était fort rare à l’époque antique.
Tels sont les traits caractéristiques du mariage antique a Rome. Il apparaît revêtu d’une moralité si pleine de noblesse, qu’il pourrait figurer à côté du mariage chrétien. Mais cette moralité faiblit sur un seul point, fort important il est vrai, et les Pères de l’Église en ont fait un sujet de sévères reproches à l’adresse des Romains. Il s’agit de l’inégalité des deux sexes par rapport au devoir de fidélité conjugale. Elle coïncide avec l’idée que les Romains se faisaient de la vertu, telle qu’ils la comprenaient chez l’homme et chez la femme. Pour l’homme, la vertu consiste dans la bravoure, dans la virilité fvirtusj; pour la femme, dans la chasteté et la pudeur (pudieitia). Celle-là assure l’existence de la vie commune, c’est l’attribut de l’homme; celle-ci fonde la paix domestique, mission de la femme. Ces vertus viennent- elles à faire défaut chez l’un ou chez l’autre, ils encourent la mésestime publique. Ce contraste entre les deux sexes se dessine symboliquement dans le rituel déployé pour la conclusion du mariage ; l’homme exécute le rapt de la femme, celle-ci se cache sous un voile; le voile est le symbole de la femme, celui du mari, c’est la lance. Le premier, le christianisme a proclamé l’égalité des sexes quant aux rapports sexuels et à la fidélité conjugale. L’antiquité classique et l’Orient furent étrangers à pareille notion; elle est le fossé qui sépare le monde anté-chrétien du monde chrétien. Je ne crois pas me tromper en imputant surtout à l'institution de l’esclavage le relâchement dans les moeurs qui régnait avant le Christ; en combattant 1 esclavage, le christianisme a mis l’amour d’accord avec la morale. La maternité est la suprême destinée de la femme. L épouse porte le nom de mater familias avant même de devenir mère, et le mariage s’appelle matrimoniwm Elle doit donner des
üls à l’opoux, des enfants k la cominimauté. Celui-là désire la conservation de son nom, la perpétuité de sa race, il veut que des enfants pratiquent les rites funéraires en riionrieur de sa mémoire; celle-ci voit dans la postérité des familles la condition de l’existence et de la prospérité de l’Etat. La stérilité fait de la femme une misérable, elle l’avilit aux yeux du mari et du monde; elle compromet la paix et le bonheur domestiques. C’est ce qui fait que la femme rusait pour paraître avoir ce que la nature lui refusait. Elle prolitait d’une absence du mari pour simuler un accouchement. A sa rentrée, le mari trouvait l’enfant souhaité. L’époque primitive parle déjà de supposition d’enfant, et la tradition fait remonter à Romulus le droit de répudiation de ce chef(L.
Comme nous l’avons dit (p. 62), la maison romaine devait contenir cinq enfants. Les tilles comptaient pour peu de chose : un peuple guerrier n’attache d’importance qu’aux garçons. De là vient le droit, pour le père, d’exposer les tilles à son gré : il n’est tenu d’élever que l’aînée; quant aux fils, il ne peut exposer que ceux qui naissent estropiés ou difformes, et encore cinq voisins doivent constater rinfirmité. Gela nous apprend que rexposition des enfants ne heurtait en rien le sentiment moral de l’époque primitive. Les fondateurs de Home, Romulus et Remus, étaient, d’après la légende, des enfants exposés. L’intérêt seul de l’Etat restreignait le pouvoir du père. Gela résulte encore de l’usage romain d’après lequel le père recevait le nouveauné (liberos tollere): la naissance seule ne créait aucun rapport entre le père et l’enfant; c’était la volonté du père qui établissait le droit (2).
Celui auquel la nature a refusé des enfants peut se créer
(t> Gomp. Les Indo-Européens avant l’histoire, p. 391, ss. (9) Gomp. 1. cit., p. 52, 379^