‹ Histoire du diocèse de Bayeux (volume 2)Chapitre 10 sur 93 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Prières pour le roi. — Exécution d'un condamné à mort. — Filles de Saint-Vincent de Paul, établies à Caen. — Pain des pauvres de Bayeux. — Ordinations. — Conférences ecclésiastiques. — Épidémie.

Prières Les temps n'étaient pas éloignés où le régicide allait pour ie roi. s'accijmater en France. Damiens venait de poignarder Louis XV, et nos évoques rendaient à Dieu de solennelles actions de grâce pour la conservation du roi (1). Mgr de Rochechouart ordonna que la messe Pro gratiis Deo agendis, ainsi que le Te Deum,

(1) Damiens avait passé quelque temps chez les Jésuites de Paris en qualité de domestique. Il en était sorti en 1738; ce fut vingt ans plus tard qu'il commit son crime. Il soutenait alors, avec la violence d'un sectaire, les mensonges du parti janséniste. Comment se fait-il que son crime soit retombé sur les Jésuites, comme s'ils l'avaient inspiré?

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serait chantée, rilu annuali, àBayeux, dans l'église Cathédrale ; à Caen , dans l'église de Saint-Pierre , en présence du clergé séculier et régulier de ces deux villes. Les autres paroisses du diocèse devaient suivre cet exemple; les supérieurs des communautés reçurent également l'ordre de s'y conformer. Ceci se passait en 1757. On peut remarquer que, dans la convocation des communautés religieuses, aucune exception n'est admise par l'évêque : il appliquait donc aux Bénédictins de Caen les principes de Mgr de Nesmond.

Le 22 mars 1760, un soldat nommé Corbelet, con- Exécution damné à être rompu vif pour avoir tué et volé un de unà mortamne ses camarades, fut exécuté k Caen, sur la place du Vieux-Marché. Extrait de la prison, qui, à cette époque, était située dans la rue de Geôle, il fit d'abord amende honorable devant le portail de l'église Saint- Pierre; deux prêtres l'accompagnaient; trente sergents à cheval et un cavalier de la maréchaussée formaient l'escorte. Arrivé à la Belle-Croix, il y chanta luimême le Salve regina, baisa l'image du salut, et exhorta le peuple à prier pour lui et pour sa victime. Ensuite le cortège funèbre se dirigea par la rue Monte-à-Regret (1), vers la grande place où était située l'église Saint-Sauveur, dont la cloche sonnait le trépas. Cette place était couverte d'une foule immense ; une multitude de curieux garnissait les fenêtres des maisons qui l'entourent. Corbelet s'étendit sur la roue et y reçut onze coups de barre, en invo-

(1) C'était Je nom populaire que portait alors la rue Formage.

\li HISTOIRE DU DIOCÈSE

quant les noms de Jésus et de Marie. Puis il se mit à chanter, « d'une voix mâle et forte , » le Veni Creator, Y Ave maris Stella et le psaume Miserere. Les strophes des deux premières hymnes furent chantées alternativement par le patient et par le peuple ; pendant le Miserere , le peuple répétait entre chaque verset la prière que l'Église a coutume d'adresser à Dieu pour désarmer sa colère, Parce, Domine, parce populo tuo. Vers le milieu du psaume, la voix du patient s'affaiblit; son agonie commença , et au bout d'une heure , il fut étranglé par le bourreau. Il y a loin de ce dialogue religieux aux cris féroces ou aux ignobles plaisanteries qui , de nos jours , accueillent trop souvent le condamné. Alors, du moins, l'appareil qui l'entourait, soutenait son courage, et les spectateurs y puisaient de salutaires émotions.

Fines Nous lisons, dans les registres de la municipalité

de Saint-Vincent .

de Paul de Caen, que, des lan 1744, une maison pour ele-

établiesàCaen. ^ ^g j^^ gjj^ ^fo ^ fmfâQ ^ SaUlt-MCOlaS

par une personne charitable. D'un autre côté, sans remonter à aucune date précise , M. Vaultier fait honneur de cette institution à M. Bonhomme, dernier curé de Saint-Nicolas. La vérité est que M. Julienne, curé de cette paroisse , avait donné pour le même but, en 4761, une somme de douze mille cinq cent dix livres provenant de différentes aumônes, placées à cet effet entre ses mains. Mais l'abbé Julienne étant mort en 1762, avant la rédaction du contrat, les trois Sœurs de Saint -Vincent de Paul , qui déjà s'étaient mises à l'œuvre, furent inquiétées par les

héritiers du défunt. Le monastère de Saint-Étienne vint en aide à la paroisse et adressa, en 1770, une requête au parlement, par l'organe de son abbé. Il eut à combattre l'opposition « de quelques personnes qui auraient dû, par état et par devoir, favoriser une institution si utile, » et qui en contrariaient l'établissement. Peut-être le jugement définitif ne fut-il rendu que sous l'administration de M. Bonhomme. Dans ce cas, nous serions heureux de nous trouver draccord avec M. Vaultier, que nous avons suivi dans notre Introduction.

De temps immémorial, le temporel de l'évêché de pain Bayeux devait aux pauvres de la ville une rente ^11*112 hebdomadaire de dix-huit boisseaux de blé réduit en pain. La distribution se fit d'abord trois fois la semaine, et plus tard tous les lundis. Ce jour-là, les deux portes de l'évêché s'ouvraient pour le service des pauvres. On les faisait entrer et sortir de différents côtés, afin d'éviter la confusion. Cette aumône était-elle une application du droit primitif qui affectait au soulagement des pauvres le quart des revenus de l'Église? Doit- on la faire remonter à une donation spéciale octroyée par quelque bienfaiteur? C'est ce qu'il était, dès le temps qui nous occupe, impossible de déterminer. On sait seulement que , en plusieurs circonstances, le chapitre adressa une requête au parlement pour qu'il obligeât le vicaire de l'évêque à payer la rente ; ce qui porterait à croire que, dans le principe, les biens du chapitre étaient chargés de cette redevance, concurremment avec ceux de l'évêché. Du reste, quelle qu'en soit l'o-

rigine, les conclusions capitulaires du 3 et du 10 mai 1501 étaient, dès cette époque, le titre le plus ancien que pussent invoquer les pauvres (1).

Depuis M*r René de Prie jusqu'à WT de Nesmond, la prestation fut acquittée tantôt spontanément, tantôt en vertu d'une sentence judiciaire. Le four où l'on cuisait le pain, était alors sous la chapelle de l'évêché, dans une partie des bâtiments qui portait le nom de salle octogone. Mgr de Nesmond transporta le four du palais épiscopal dans la chapelle Saint- Yves, située près de la Cathédrale. Il convertit en un revenu fixe, comme nous l'avons dit ailleurs, la rente de dix-huit boisseaux , et laissa aux administrateurs de l'hôpital le soin des approvisionnements. Cet abonnement tacite, proportionné pour le temps à la valeur des céréales , n'avait pas éteint la redevance. Aussi voyons-nous, dès 1715, quelques mois après la mort du prélat, le syndic des pauvres autorisé par le chapitre à poursuivre l'économe-séquestre, et le bailliage de Bayeux condamner celui-ci à payer les arrérages.

Sur ces entrefaites, les pauvres avaient été mis

(1) Quia charitas locum habet in illis et aliis partibus multis, et multiplicantur quotidiè pauperes, egentes panibus et famem patientes, nec eis distribuuntur eleemosynae ex parte D. Episcopi Bajocensis , ut solet fieri per ejus praedecessores ter in hebdomadâ , conquesti sunt Domini capitulantes, et dixerunt prœdicto Le Gorboyer canonico de Albrayo et menagerio Bajocensi, ut faciat eleemosynas pro D. Episcopo praefato, etc.

Et ailleurs :

Consentit prœdictus Le Gorboyer quôd quâlibet hebdomadâ distribuentur in panibus sex bucelli in diebus Dominicis, Martis et Jovis. (Actes capit. du 3 mai et du 10 mai 1501.)

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en demeure d'établir leurs droits. Ces droits furent reconnus par Mgr le cardinal de la Tremoille, qui s'engagea, comme Mgr de Nesmond , à payer douze cents livres ; par Mgr de Lorraine, qui paya différentes sommes , et sur la succession duquel on fit des arrêts ; puis , par l'économe-séqueslre de la dite succession, taxé en fin de compte à deux mille vingt livres. Depuis 1728 jusqu'en 1761, la rente tomba dans l'oubli. En 1761, M. de Vacqueville, un des administrateurs de l'hospice , en prit connaissance, et présenta une requête à Mgr de Rochechouart; mais celui-ci, craignant d'imposer à ses successeurs une charge nouvelle, refusa la prestation. Bientôt après, assigné à la requête du procureur du roi, qui réclamait avec le paiement de la rente celui des arrérages, il fit opposition à l'arrêt de 1650, appela au parlement de la sentence par laquelle l'économe-séquestre avait été condamné en 1715, et intima le cardinal de Luynes comme responsable de la somme qu'il aurait dû payer pendant son épiscopat. De leur côté, le maire et les échevins de Baveux se firent recevoir parties intervenantes pour les pauvres de la ville, le 7 juillet 1766. Évidemment, le conseil de Mgr de Rochechouart, — nous parlons ici des avocats qui signèrent son mémoire , — l'avait témérairement engagé dans cette procédure, comme s'il se fût agi de repousser un « acte humiliant, » auquel on aurait voulu l'astreindre. La partie adverse s'empressa de déclarer qu'un tel but était loin de sa pensée. La ville de Bayeux , disait-elle, connaît la charité et la bonté de son évêque, et, « s'il était une

Ordinations.

voie ouverte pour obliger les prélats à faire l'aumône, elle serait inutile sous son épiscopat. » Ce n'était donc pas dans le but de l'y contraindre que les magistrats avaient été saisis de l'affaire , mais uniquement pour faire valoir une redevance, « assignée sur le temporel de l'évêché de Bayeux. » Il est probable que Mgr de Rochechouart, dont la religion avait été surprise, retira son instance; ce que nous pouvons affirmer, c'est que, en 1765, il avait déjà payé mille cinquante livres. On ne sait rien de plus sur la conclusion de ce procès , lequel, dit un contemporain, s'était déjà renouvelé plusieurs fois dans les temps de détresse, et qui, « sans jugement définitif, » aboutissait toujours « à un don extraordinaire, » que la charitéMe nos prélats offrait généreusement aux pauvres de la cité.

Chaque année, à l'époque des ordinations, le séminaire de Caen envoyait au séminaire de Bayeux les étudiants qui se préparaient à recevoir les saints ordres ; mais le temps des retraites ne concourait pas avec celui des examens : de là, des voyages multipliés, source de dissipation pour quelques-uns et onéreux pour le plus grand nombre. Mgr de Rochechouart décida que les retraites et les examens auraient lieu a'ia même époque. Il exigea un mois d'épreuve pour les ordres mineurs, cinq pour le sous-diaconat, trois pour le diaconat et trois pour la prêtrise , non compris le temps des retraites qui précédaient chaque ordination. La tonsure ne fut plus conférée qu'après une retraite de dix jours. L'ouverture des quartiers fut fixée au séminaire de

Bayeux de la manière suivante : pour les ordres mineurs, le douzième jour du mois d'août; pour le sous-diaconat, le 25 novembre ; pour le diaconat et la prêtrise, le quinzième jour de juin. On ne faisait alors qu'une seule ordination générale, aux Quatre- Temps de septembre. Des ordinations particulières avaient lieu aux autres époques, en faveur de ceux qui, ayant été admis précédemment à l'examen général, ne s'étaient point présentés à l'ordination pour quelque raison légitime. L'évêque exigeait en outre que tous ceux qui seraient promus aux ordres sacrés, possédassent en propre une bible et une théologie. Enfin, les ordinands qui avaient leur domicile dans la ville de Caen et dans celle de Bayeux, étaient tenus de suivre au séminaire les leçons de théologie, ainsi que les conférences sur l'Écriture sainte ; ceux qui demeuraient à la campagne, devaient suivre les conférences ecclésiastiques de leur canton , et en donner la preuve par un certificat. Vers la fin de la seconde année de philosophie, qui, dans les trois collèges de Caen, était consacrée à l'étude des sciences physiques, les aspirants au sacerdoce se présentaient pour subir un examen au séminaire de Caen ou à celui de Bayeux. Ceux qui étaient reçus, y restaient pendant un mois, sans prendre la soutane, et rentraient ensuite dans leur famille. Ce temps d'épreuve s'appelait « mois de gris, » par allusion à la couleur des vêtements que portaient ordinairement les jeunes élèves. Le séjour du séminaire n'était donc rigoureusement obligatoire qu'aux époques mentionnées plus haut. Dans les autres temps,

on pouvait étudier à la campagne ou prendre sa pension dans la ville , pour assister aux cours de l'université. Ces cours étaient suivis par tous ceux qui aspiraient à posséder un bénéfice. Ils devaient obtenir au moins le titre de maître ès-arts. A l'époque de l'ordination , MM. les curés choisissaient euxmêmes leurs vicaires , en se réservant le droit de les congédier; les jeunes prêtres qui n'étaient réclamés pour aucun poste, restaient en disponibilité, ou allaient exercer leur ministère dans un autre diocèse. Ces derniers détails, qui m'ont été fournis par un prêtre contemporain de Mgrde Cheylus, sont suffisants pour établir que le séminaire de la Délivrande n'était plus en exercice; on pourrait aussi le conclure de l'ordonnance de Mgr de Rochechouart que nous avons analysée, et dans laquelle le nom de la Délivrande n'est même pas cité, bien qu'elle embrasse, dans leur ensemble, l'organisation des séminaires. conférences Les conférences ecclésiastiques n'avaient pas dégénéré. Nous avons sous les yeux le programme de deux années, depuis novembre 1765 jusqu'à la fin de juillet 1766, et depuis novembre 1770 jusqu'en 1771. Le premier résume le traité des Lois; le second roule sur la Justice , le Droit et la Restitution en général. Ces travaux sont bien conçus, et indiquent de fortes études. Les conférences, sous Mgr de Rochechouart , avaient lieu dix-huit fois par an; elles étaient suspendues pendant les mois d'août, de septembre et d'octobre ; sous l'épiscopat de Mgr de Cheylus, le jour en était fixé dans YOrdo. Elles étaient obligatoires pour les prêtres et pour tous

ecclésiastiques.

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les clercs , particulièrement pour ceux qui étaient promus aux ordres sacrés ; dans les paroisses rurales, c'était la conférence qui les y préparait, et Mgr de Cheylus, comme son prédécesseur, déclare qu'il n'admettra point aux fonctions du saint ministère les ecclésiastiques qui ne fréquenteraient pas avec assiduité ces pieuses réunions.

Depuis près de deux ans, la maladie connue sous Épidémie. le nom de fièvre miliaire désolait la ville de Bayeux, et étendait ses ravages sur une grande partie du Bessin ; elle affectait particulièrement les jeunes personnes ; beaucoup de malades avaient péri. Après plusieurs pèlerinages à la Délivrande, Mgr l'évêque ordonna que, le dimanche 23 juin 1765, une procession générale se rendrait de la Cathédrale à Saint- Exupère , pour demander à Dieu la cessation du fléau. On y accourut de toute la contrée; un peuple immense se pressait sur son passage. La crainte de la mort semblait avoir réveillé la foi chez les plus indifférents, et durant plusieurs semaines on continua d'offrir à Dieu des cérémonies expiatoires. Sur la requête du procureur du roi, le lieutenantgénéral du bailliage suspendit pour un an le droit d'inhumer dans les églises. Les curés, les vicaires et les trésoriers en charge étaient seuls exceptés. Dix ans plus tard, fut rendue l'ordonnance qui défendait absolument ces sortes d'inhumations.

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