‹ Histoire du diocèse de Bayeux (volume 2)Chapitre 11 sur 93 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Abbaye de Cerisy. — Le curé de la Haye-Pi quenot. — Service pour Marie Leckzinska. — Office du Sacré-Cœur. — Suppression de quelques fêles. — Mandements de M8r de Rochechouart.

Abbaye A Cerisy, comme dans plusieurs autres monastères,

!my* la décadence de la régularité avait entraîné la ruine des lieux réguliers. A peine les Bénédictins de la congrégation de Saint-Maur eurent-ils remplacé ceux de l'ancienne observance, qu'ils travaillèrent à restaurer l'église et à remettre en valeur les terres restées sans culture. On fit refondre les cinq cloches en 4737; Mgr de Luynes, abbé de Cerisy, et à cette époque évêque de Bayeux, nomma la première avec l'abbesse de Caen ; leur présent s'élevait à cinq cent dix livres ; on en profita pour acheter des ornements. En 4752, M«r de Luynes vint à son abbaye,

y donna la confirmation et tint la calende ; sa visite fut des plus gracieuses ; elle fit oublier aux religieux les démêlés un peu vifs que la reconstruction de l'abbatiale avait soulevés entre eux et le seigneur abbé. Quelque temps après, le P. d'Irlande et le P. Langegu, de la maison des Jésuites de Caen, furent envoyés à Cerisy; ils y prêchèrent une mission au milieu d'une affluence si considérable, que l'on fut obligé de transporter la chaire à la porte de l'église.

Vingt-huit Bénédictins de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, à Paris, séduits par l'influence des livres contagieux qui pénétraient jusque» dans leurs cellules, avaient osé demander au roi qu'il retranchât de leurs obligations le costume religieux, l'abstinence et l'office de la nuit. L'abbaye de Cerisy en fut informée le 28 juin 1765, et elle se hâta d'opposer à cette requête l'unanimité de ses protestations. Le roi fit témoigner aux signataires son vif mécontentement, et ils se retractèrent quelques jours après entre les mains de l'archevêque de Paris. 11 n'en est pas moins vrai que la congrégation des Bénédictins était déjà tourmentée par l'esprit d'incrédulité ; l'amour de la retraite et de la prière s'y était affaibli depuis long-temps.

A Cerisy, le temporel de la maison se trouvait dans un grand désordre. Les dettes s'élevaient à quatrevingt mille livres. Le Cartulaire en impute la plus grande partie a la mauvaise administration d'un des derniers prieurs. Rien n'attriste l'âme comme la lecture de ces feuilles rédigées par le chroniqueur avec une froide impartialité. Tantôt c'est le

feu du ciel qui, en 1766, désole l'église à peine restaurée. Tantôt ce sont les prieurs qui , découragés par le déplorable état des finances, s'empressent de quitter un poste où le dévouement aurait dû les retenir. Puis viennent les luttes de la communauté avec le curé de Cerisy, l'abbé commendataire ou l'évêque de Bayeux. En 4779, Mgr de Cheylus nomme un titulaire à la cure de Deux- Jumeaux; celui-ci se met en possession, malgré les réclamations d'un compétiteur qui avait reçu ses pouvoirs de l'abbé. Après une longue procédure , le bailliage de Bayeux rend un arrêt en faveur du candidat nommé par l'évêque; mais, en 1781, un arrêt du parlement reconnaît et confirme le droit de collation auquel prétendait l'abbaye. Du reste, cette lutte n'altéra pas les rapports de bienveillance que Mgr de Cheylus entretenait avec le monastère. Il y donna la confirmation en 1782, tint la calende du doyenné, et vint s'asseoir à la table du prieur.

Ici s'arrêtent les renseignements fournis par le Cartulaire. Les souvenirs des contemporains que nous avons évoqués , ne sont pas favorables aux derniers religieux. L'amour du jeu et le plaisir de la chasse les arrachaient souvent à leurs saintes occupations. Une vie, une seule vie pieusement austère, contrastait pourtant avec la dissipation et le relâchement général. Tous eurent le malheur de prêter serment à la constitution civile du clergé ; on nous assure qu'ils étaient alors au nombre de huit. La communauté passait pour avoir un revenu de quarante mille livres ; on dit qu'elle était restée fidèle au précepte de l'aumône.

Les bâtiments , y compris l'abbatiale , ont été démolis après la révolution. L'église était composée de deux nefs et d'un chœur. Un mur séparait les deux nefs , dont l'une servait d'église paroissiale ; celle-ci a été supprimée comme inutile ; les autres parties du monument sont maintenant affectées au service de la paroisse. Près de la porte du monastère, était autrefois la chapelle de l'abbé ; on peut encore en admirer l'élégance , malgré les mutilations qu'elle a subies.

De temps en temps, l'hérésie essayait de relever la Le curé tête. L'hostilité des parlements contre l'épiscopat fa- Haye-piqoenot. vorisait ses intrigues ; c'était là surtout qu'elle cherchait un point d'appui. Un prêtre du diocèse de Bayeux , présenté à la cure de la Haye-Piquenot , s'était pourvu devant l'évêque, le 29 décembre 1764, pour se faire octroyer des pouvoirs. Le prélat exigea la signature du formulaire d'Alexandre VII. Le Pelley, c'était le nom du demandeur, refusa d'obéir, et se contenta de signer une formule adoptée par les Jansénistes, où se trouvait la distinction du fait et du droit. Cette formule ne fut point admise. Alors Le Pelley obtint de la chancellerie la permission d'appeler l'évêque de Bayeux devant le parlement; l'évêque y fut assigné. Des magistrats séculiers, usurpant l'autorilé des fonctions ecclésiastiques , osaient ainsi prendre sous leur patronage un prêtre entaché d'hérésie, et qui avait brisé les liens de la soumission. Notre diocèse n'était pas le seul où l'on eût à déplorer ce scandale. L'assemblée du clergé de France en fut instruite; elle porta ses doléances au pied du

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trône ; et le roi défendit aux tribunaux séculiers de recevoir à l'avenir ces sortes d'appels, serticepour Le 10 octobre 4768, on célébra, dans l'église du a monastère de Saint-Étienne, un service funèbre pour la reine Marie Leckzinska. L'université , qui avait demandé cette cérémonie, envoya deux députés au château de Sommervieu, pour inviter Mgr l'évêque à l'honorer de sa présence. Il vint, en effet, offrir le saint sacrifice. Le prieur et le procureur de l'abbaye remplissaient les fonctions de prêtres assistants. M. Hélie , professeur de rhétorique au collège des Arts, prononça l'oraison funèbre. Le matin, on avait fait distribuer du pain à huit cents pauvres, dans toutes les paroisses de Caen.

offre Trois ans avant sa mort, la pieuse princesse avait

obtenu du clergé de France qu'il instituât une fête solennelle en l'honneur du Sacré-Cœur de Jésus. Le mandement par lequel Mgr de Rochechouart ordonna que cette fête serait célébrée tous les ans , est du 12 mars 1772; il annonce en même temps la nouvelle édition du bréviaire, qui contenait, avec l'office du Sacré-Cœur, celui de Sainte-Chantal et de Saint- Vincent de Paul, récemment canonisés, suppression Le nombre des solennités religieuses qui entraîdequelqHesfcHc9'naient la suppression du travail, paraissait de plus en plus excessif à une population chez laquelle la foi allait toujours s'affaiblissant. Le 22 mars 4767, Mgr de Rochechouart publia un mandement qui en retranchait quelques-unes. Il permit les œuvres serviles, et dispensa les fidèles d'entendre la messe les jours de Saint -Mathias, de Saint-Jacques et Saint-

du Sacré Cœur.

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Philippe, de Saint-André, de Saint-Thomas, de Saint- Jean-1'Évangéliste, ainsi que le mardi de la Pentecôte. Il transféra au dimanche la fête de Saint-Exupère et la solennité du patron dans chaque église. Le jeûne et l'abstinence cessèrent d'être obligatoires la veille de Saint-André. Les fêtes du lundi et du mardi de Pâques , celles de l'Ascension , du lundi après la Pentecôte, la fête du Saint-Sacrement:, celles de la Circoncision et de l'Epiphanie, les fêtes de la trèssainte Vierge, celles de Saint-Jean-Baptiste, de Saint- Pierre et de Saint-Paul, celle de tous les Saints, la Nativité de Notre-Seigneur, la fête de Saint-Étienne, premier martyr, furent maintenues « sous peine de péché. » Ces mesures, arrachées à l'autorité par les périls d'une situation qui s'aggravait à chaque instant, coïncidaient avec les perfides attaques du Journal encyclopédique. C'est contre lui qu'est dirigé le morceau qu'on va lire:

« INon , s'écrie le prélat , les fêtes dans la religion ne Mandements

-, -, P . . de Mgrde Roche-

sont pas, comme on voudrait vous le faire croire, chouan. des jours d'une inutile et dangereuse oisiveté. Ce sont des jours d'instruction , où l'on vous apprend ce qu'il vous est important de savoir, ce que vous devez croire , ce que \ous devez à Dieu , à vousmêmes , aux hommes vos semblables ; ce sont des jours de grâce, qui vous sont donnés pour opérer votre salut, pour réparer par l'assistance aux divins mystères et aux saints offices, par l'exercice de la prière et la pratique des vertus chrétiennes, ce que font perdre à la piété , ou l'embarras des affaires séculières, ou la continuelle application à un travail

pénible et nécessaire. Ce sont encore des jours de repos , mais d'un repos sacré dans lequel l'esprit s'unit à Dieu, tandis que le corps se délasse de ses fatigues, où l'homme se renouvelle pour ainsi dire tout entier, pour remplir avec plus de zèle et de courage les importants devoirs de père, de citoyen et de sujet. » — « Le vrai repos, dit-il encore, est celui où nous faisons taire nos passions, et où nous cessons de commettre le mal. » — Ensuite il reproche à ses contradicteurs d'avoir moins à cœur de secourir la misère des pauvres que de propager les maximes de l'incrédulité. Il avoue que, parmi les chrétiens, quelques-uns abusent des jours de fête pour se livrer a la licence , ou violent sans scrupule la défense de l'Église, en prétextant la nécessité; tandis que les autres, plus religieux, s'interdisent, par respect de la loi , un travail qui eût soulagé leur indigence. Pour remédier à ces inconvénients, l'évêque consent à supprimer l'obligation d'entendre la messe le jour de certaines fêles, mais il exhorte ses diocésains à sanctifier le travail qui va leur être permis, à l'accepter comme une pénitence que la justice de Dieu nous impose. — L'archevêque de Rouen, les évêques de Séez, de Lisieux et du Mans imitèrent son exemple. Une secte puissante travaillait alors au renversement des idées religieuses , et dans presque toutes ses publications , Wr de Rochechouart s'attachait à la combattre. Le morceau que nous allons citer est extrait d'un mandement publié le 26 avril 1759, pour annoncer à ses diocésains le jubilé que Clément XIII venait d'accorder à l'Église :

« Aujourd'hui, nous le disons avec horreur, tout est malheureusement renversé. On conteste au Créateur son légitime culte et souvent même sa propre existence ; on dépouille notre âme de ses plus nobles avantages, sa spiritualité, sa liberté, son immortalité, et dans une classe des êtres vivants, arbitrairement et follement graduée, on assigne a l'homme un rang qui ne le distingue que par la supériorité des organes. Les notions du juste et de l'injuste, du bien et du mal, sont confondues, quoique aussi manifestement distinctes que les idées immuables du faux et du vrai; en changeant de climat, le vice et la vertu changent de nature et de nom ; tout est donc réduit au caprice des temps et des lieux. Ce ne sont plus les lois divines qui règlent et fixent les devoirs, ils sont déterminés par les mœurs dominantes; la sensibilité physique est le seul agent de l'univers, et c'est à l'activité des passions qui naissent d'elle, que la société doit tous ses avantages. — Voilà, M. T. C. F., quelques-unes des monstrueuses maximes qui s'accréditent de nos jours. Le paganisme les aurait abhorrées. L'infâme espèce de philosophie qui s'efforce de les répandre, se produit tantôt sous le masque et tantôt à découvert; elle use quelquefois de réserve et de ménagement; quelquefois elle se montre avec éclat et sans pudeur; elle affecte ici les indécisions du pyrrhonisme ; là, elle voudrait en imposer par un air de confiance , que l'évidence seule devrait donner ; en un mot, elle sait prendre tous les tons, et jamais le venin ne fut si artificieusement préparé et présenté sous tant de formes. A peine dans cette

foule de livres que le siècle produit, en trouve-t-on quelques-uns qui conservent à la vertu et à la religion l'intégrité de leurs droits, et si tous les auteurs nouveaux qui se parent du nom de philosophes, ne nous offrent pas un système suivi de libertinage et d'irréligion, il n'en est point parmi eux qui ne cherche et ne trouve le malheureux secret d'insérer dans ses écrits quelques germes plus ou moins développés de licence et d'incrédulité; de telle sorte que, nous ne craignons pas de le dire, si Ton veut observer avec soin la marche concertée de ces philosophes prétendus; leur usage de s'honorer réciproquement de magnifiques éloges, auxquels rien ne manque que le sceau du public; leur manière de jeter en avant, et comme sans dessein, leurs affreux principes; leur adresse à pourvoir à leur propre sûreté, en se ménageant avec art, la ressource de quelques équivoques, pour le cas du besoin ; leur méthode de s'expliquer ensuite plus ouvertement, quand ils croient les esprits suffisamment disposés ; l'impudence avec laquelle ils ont réuni dans un môme ouvrage et présenté sous un seul point de vue leurs scandaleux principes , dispersés auparavant dans leurs divers écrits, on ne doutera pas qu'ils n'aient fait entre eux une criminelle association, dans laquelle on ne peut être initié et reçu qu'en proscrivant d'abord la foi chrétienne. » Il serait difficile d'analyser sous des traits plus frappants la tactique impie des philosophes qui sont en cause. L'évêque était vivement frappé des malheurs qui menaçaient la France. 11 termine en indiquant aux chrétiens la manière de les conjurer: respecter

la religion, avoir pour elle amour et confiance , se tenir en garde contre les pièges de la philosophie, faire de sa raison un usage circonspect, jeter aux flammes les livres pervers qui ne tendent à. la séduire que pour l'égarer.

de Caen.

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