‹ Histoire du diocèse de Bayeux (volume 2)Chapitre 12 sur 93 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Hôtel-Dieu de Caen. — Chanoines de l'Hôtel-Dieu. — Religieuses de l'Hôtel-Dieu. — Reliques de la Cathédrale. — Travaux à l'église et au palais épiscopal. — Cession de la seigneurie d'Isigny. — Conseil supérieur.

Hôtei-Dieu L'origine de l'Hôtel-Dieu de Caen, sur laquelle

Huet avait émis plusieurs conjectures insoutenables, a été discutée par l'abbé Delarue, dans ses Essais historiques, et éclaircie par lui autant qu'elle pouvait l'être. Il résulte de ses savantes recherches: 1° que, vers l'année 1054, Guillaume-le- Conquérant fonda un hôpital entre le pont de Vaucelles et celui de l'Hôtel-Dieu, dans cette partie de la ville que l'on appelait Vile des casernes, à gauche du chemin qui conduisait de la ville au faubourg; — 2° que cet hôpital existait encore du temps de Robert Wace, « clerc lisant » de la chapelle du roi Henri II, et que

l'on y recevait indistinctement toutes sortes de malades ; — 3° que la population de Caen étant devenue plus nombreuse et la lèpre très-commune, vers l'an 1160, le roi Henri II, duc de Normandie, fonda la grande maladrerie à l'extrémité du Bourg-l'Abbé , et y fit transporter les lépreux ; — ■ 4° qu'entre les années 1185 et 1188, après avoir isolé la lèpre des autres infirmités, on construisit pour les malades de la ville, sur l'emplacement de l'hôpital primitif, la maison de l'Hôtel-Dieu, lequel y est resté jusqu'en 1823; — 5° qu'une infinité de seigneurs et de bourgeois aumônèrent des fonds pour former cet hospice, et que, si le véritable fondateur est resté inconnu, tout porte à croire que ce fut le roi Henri II ; — 6° que, dès l'an 1210, les chanoines réguliers de Saint- Augustin étaient établis à l'Hôtel-Dieu de Caen , comme le prouve la bulle du pape Innocent III; que cette maison fut fondée sous le titre de prieuré conventuel hospitalier , par Guillaume , comte de Manneville; — 7° qu'en 1266 il y avait un prieur et cinq chanoines, dont deux desservaient les paroisses voisines , dix religieuses âgées et infirmes pour servir les malades; que l'Hôtel-Dieu avait un revenu de deux mille livres, somme égale à quarante-un mille huit francs de notre monnaie actuelle. De quel ordre étaient les religieuses que l'archevêque de Rouen y trouva, en 1266? Par qui furentelles appelées? Jusqu'à quelle époque demeurèrentelles chargées du soin des malades? on l'ignore. Tout ce que l'on sait, c'est que le prieur administrateur spirituel et temporel de cette maison avait

rang parmi les prélats du second ordre; que, dans les cérémonies publiques, il portait le bâton pastoral; que sa communauté avait fondé des colonies dans quelques villes de la province. Au xme siècle, les marchands de la ville de Caen, à l'exemple de la noblesse et de la bourgeoisie, se signalèrent par leur bienfaisance envers l'Hôtel-Dieu. Une assemblée publique décida que chaque corps de métiers élirait un prévôt pour recevoir les Deniers-à-Dieu de tous les marchés conclus dans l'année, et qu'ils seraient abandonnés à l'hospice. Le jour de la Pentecôte, on les attachait à un énorme cierge fait avec la cire due par les apprentis de chaque corporation , et on les portait ainsi à une procession solennelle, où toutes assistaient avec leur bannière. Le prieur présidait à la cérémonie et conduisait la procession de l'église Saint-Pierre à celle de Saint-Nicolas. Les échevins la suivaient avec leur cortège. A l'époque dont nous écrivons l'histoire, cette pieuse coutume commençait à vieillir. Aussi voyons-nous, en 1773, M. du Touchet, lieutenant-général du bailliage et siège présidial de Caen , ordonner que les aumônes seraient recueillies par le commissaire, qui devait dresser procès-verbal contre les défaillants.

L'Hôtel-Dieu était donc occupé, au xvme siècle, 1° par les chanoines de Saint-Augustin, qui d'abord ne vécurent pas en communauté , et sur l'origine desquels on ne peut émettre que des conjectures ; 2° par les religieuses hospitalières de la maladrerie de Rouen , qui vinrent s'établir à Caen, en 1629, pour soigner les malades ; 3° par les Pelits-Renfer-

de l' Hôtel-Dieu.

mes , dont nous avons déjà raconté la fondation J en rappelant les mesures qui furent prises en 1 635 , pour l'extinction de la mendicité, sous le gouvernement du duc de Longueville (1).

La communauté des chanoines de Saint-Augustin chanoines se composait alors de dix religieux , en comptant le prieur. Celui-ci était élu dans le prétoire du bailliage, par les bourgeois de la ville, devant le bailli et les échevins. Présenté ensuite à l'évêque, qui lui donnait sa collation, il était mis en possession par le bailli ou son lieutenant. Laissons l'abbé Delarue combattre sur ce point les prétentions du corps municipal , qu'il accuse d'en avoir imposé notoirement à la justice; ce qui est certain, c'est que les choses se passaient ainsi depuis plusieurs siècles ; c'est que tous les canonicats étaient à la nomination du maire et des échevins, qui prenaient le titre de patrons et administrateurs nés de l'Hôtel-Dieu. L'église était sous l'invocation de saint Thomas de Cantorbéry et de saint Antoine ; les chanoines avaient le patronage de trois bénéfices-cures: Clinchamps, Yenoix et Basly.

Depuis long-temps, l'usage de fraterniser était établi entre les chanoines réguliers des différentes congrégations ; c'est-à-dire , que celles qui étaient suffisamment pourvues, quelquefois même surchargées de bénéfices, en accordaient la jouissance à d'autres moins privilégiées. Ainsi, par exemple, la Congrégation de France, qui avait à sa disposition

(1) Vol. précéd., p. 135.

treize cents cures régulières, bien qu'elle ne comptât que neuf cents sujets, fraternisait avec l'Hôtel-Dieu de Caen, dont tous les revenus se réduisaient à trois bénéfices. En 4770, le roi défendit cet usage; mais bientôt après, touché des représentations que lui adressèrent les chanoines de l'Hôtel-Dieu , il rétablit, en 4774, le privilège dont les avait dépouillés son premier édit. La congrégation de France en appela de la déclaration royale ; les chanoines de l'Hôtel-Dieu lui répondirent en exposant la situation où les aurait placés la mesure contre laquelle ils réclamaient. Ils citent les termes d'un procès-verbal, rédigé en 1599, par les magistrats du parlement, à la suite d'une enquête à laquelle furent soumises les propriétés de l'Hôtel-Dieu. Il en résulte que leurs prédécesseurs avaient abandonné aux pauvres l'usufruit d'une partie de leurs biens; qu'ils avaient réduit leur nombre, afin d'ouvrir leur porte à une plus grande multitude de malades. « Quatre cents livres et quinze boisseaux de blé, telle est la portion attribuée à chacun pour subvenir à ses besoins personnels et prendre part aux charges communes. Placés au milieu d'une importante cité, ils ne lui coûtent rien, bien qu'ils soient entièrement dévoués à son service. Ils le sont aux pauvres par état, et toute la ville est témoin que, plus d'une fois, ils les ont suivis seuls, hors de l'hôpital même (4), lorsque les conta-

(1) Citons entre autres l'abbé Le Baron, qui, en 1718, ne craignit pas de s'enfermer à la Gobelinière, pour y assister les pauvres attaqués d'une maladie contagieuse ; il ensevelissait lui-même les morts et leur donnait la sépulture.

DE BAYEL'X. 115

gions étaient trop meurtrières ; que jamais auprès d'eux ils n'ont écouté un seul instant le dégoût ni la crainte. »

Proposera- t-on de réduire leur nombre? Mais, depuis leur établissement, ils sont astreints à l'office canonial, fondé par les illustres maisons de Harcourt, de Malherbe, de Manneville, d'Anisy, dont les donations, qui subsistent, n'ont été faites et acceptées qu'à cette condition formelle. — De plus , il leur faut acquitter près de quinze cents messes, dont la plupart doivent être célébrées avec diacre et sousdiacre ; pourvoir à l'administration de deux hôpitaux: l'Hôtel-Dieu et les Petits-Renfermés. — Enfin, ils ont abandonné, « depuis quelques années, » une somme annuelle de vingt mille francs , pour élever et nourrir « une multitude d'enfants trouvés, qu'on leur apporte de toute part. » Serait-il sage de supprimer cette institution, dans l'intérêt d'une communauté qui déjà regorge de richesses?

Nous avons dit que la Congrégation de France en appela de la déclaration royale; elle mit en œuvre plusieurs systèmes pour la rendre illusoire. Quoique repoussés constamment par le ministre, ces expédients avaient pour résultat d'épuiser l'Hôtel-Dieu, en ajournant la solution définitive. Le roi, ayant été informé de la situation , fit déclarer par ses commissaires, le 19 septembre 1778, à Messieurs de la Congrégation de France , assemblés en chapitre général, que « Sa Majesté les verrait avec satisfaction délibérer sur les moyens de procurer des bénéficescures aux chanoines réguliers de l'Hôtel-Dieu de

Caen , qui , après avoir travaillé durant plusieurs années à desservir le dit hôpital, méritaient de trouver, dans des bénéfices, une retraite qui serait la récompense de leurs travaux. » En réponse à cette déclaration, la Congrégation de France offrit au roi de réunir à l'Hôtel -Dieu le monastère du Plessis- Grimoult, qui comptait vingt-cinq bénéfices réguliers, et n'était composé que de trois ou quatre religieux. Elle y eût mis pour condition que la maison de l'Hôtel-Dieu lui serait incorporée, ce qui eût entraîné l'extinction des canonicats. Cet arrangement fut repoussé par les chanoines, comme étant contraire aux intentions du pouvoir. Le roi, en effet, ne voulait pas les détruire, mais au contraire les conserver et récompenser leurs services ; la ville de Caen était elle-même intéressée à leur conservation : car ils recevaient sans dot les jeunes gens qui désiraient entrer dans l'état ecclésiastique, et se consacrer au service des pauvres. Les • pauvres , de leur côté, trouvaient une ressource dans la cote-morte des chanoines qui mouraient pourvus de bénéfices (1), et dont ils recueillaient l'héritage.

Une pièce manuscrite , déposée aux archives de la mairie de Caen, suppose que, en 4789, l'affaire n'était pas encore terminée. Il était question, à cette époque, de donner aux pauvres la maison et les jardins qui appartenaient aux chanoines, de remplacer ceux-ci par quatre chapelains et d'éteindre les fonda-

(1) On appelait cote-morte la succession d'un moine qui vivait hors de la mense commune, et qui avait quelque bénéfice ou quelque pécule, dont l'abbé et le couvent héritaient.

de l'Ilôtel-Dicu.

tions. L'abbé Delarue, qui a passé sous silence tous les faits que nous venons de rapporter, ne dit rien de cet « anéantissement, » dont la perspective arrachait des cris de douleur aux derniers titulaires ; mais il a donné la liste des prieurs , et , d'après lui , Joseph Villers , nommé en 4776, était encore en charge à l'époque de la révolution.

A côté des chanoines de l'Hôtel-Dieu, nous trou- Religieuses vons les religieuses de la maladrerie de Rouen, appelées en 1629 par l'administration municipale, qui leur assigna sept cents livres de rentes pour leur subsistance (1). Le prieur consentit à la fondation, et l'évêque l'approuva l'année suivante. C'était avec la permission de l'archevêque de Rouen qu'Elisabeth Hédiart et ses deux compagnes avaient quitté leur monastère. Cependant lorsque, en 1637, elles prièrent le saint- siège d'approuver leur translation, le pape Urbain VIII leur fit imposer une pénitence par l'évêque de Rayeux, pour avoir « témérairement » abandonné le lieu de leur domicile. Mais il les déclara, suivant leur désir, absolument exemptes de la juridiction que le prieur de l'Hôtel-Dieu prétendait exercer sur elles, et les soumit à celle de l'évêque diocésain.

D'après la bulle que nous venons de citer, les religieuses de l'Hôtel-Dieu firent d'abord profession de « servir les pauvres par personnes interposées; » mais, suivant la coutume autorisée dans les hôpitaux

(1) Ce chiffre est celui que donne Huet dans les Origines de Caen. La bulle d'Urbain VIII, publiée en 1637, ne parle que de six cents livres tournois.

de France, elles demandèrent à Rome qu'il leur fût permis de « soigner et assister par elles-mêmes les pauvres infirmes de l'un et l'autre sexe. » Leur supplique, qui porte la signature de douze professes, fut favorablement accueillie le 12 mars 1638. Quant aux constitutions , ce fut après s'y être soumises volontairement pendant quinze années, qu'elles prièrent Mgr d'Angennes de les confirmer. Son approbation est du 4 mai 1645.

L'hôpital des Petits-Renfermés consistait en deux maisons séparées, où étaient élevés les enfants des deux sexes abandonnés par leur famille. C'était sans doute cette partie de l'Hôtel-Dieu que les chanoines avaient ouverte aux enfants trouvés , quelque temps avant leurs démêlés avec la Congrégation de France.

L'église Cathédrale de Bayeux possédait autrefois d«Ia quatre somptueux reliquaires , dont Y Inventaire du

Cathédrale

Trésor, rédigé en 1476, par ordre de WT de Harcourt, contient une ample description. Le premier renfermait les corps de saint Raven et de saint Rasiphe; le deuxième, celui de saint Pantaléon ; le troisième, celui de saint Antonin; le quatrième, celui de saint Regnobert, transféré de l'église de Saint-Exupère à la Cathédrale, vers fan 847. Ces quatre châsses, d'or et argent, « à ymages eslevées, ornées de grands et chiers esmaulx, » de perles, de saphirs et autres pierres précieuses, étaient, sous le rapport du dessin et de l'exécution, autant de chefs-d'œuvre d'orfèvrerie. M. de Bras, qui les avait admirées, dit que, sur celle où étaient renfermés les corps de saint Raven et de saint Rasiphe , on voyait « une Notre-

Reliques

Dame de pur argent plus haute qu'une fille de dix ans. » Enlevées par les Protestants en 1 562, ces quatre châsses furent remises avec beaucoup d'autres objets précieux entre les mains du duc de Bouillon , qui les fît fondre et convertir en monnaie (1). Les reliques furent dispersées et détruites par ses soldats: seule, la chasuble de saint Regnobert fut préservée du pillage. Mgr de Humières , chassé de son palais , s'enfuit sur l'Océan , emportant avec lui le coffre* d'ivoire où on la voit encore aujourd'hui.

La Cathédrale reçut donc, vers l'an 847, le corps de saint Regnobert. « En la quarte capse ou fiertre est clos et repose le benêt (benedictum) corps du glorieux confesseur Monsieur saint Regnobert, second évêque de Bayeux, laquelle est toute d'argent doré. » C'est ainsi qu'en parle l'Inventaire du Trésor, rédigé en 1476. 11 est vrai que longtemps auparavant, à l'époque où les Normands ravageaient notre pays , une partie avait été envoyée dans le diocèse d'Auxerre; qu'une autre, d'après Hermant, était vénérée à Corbeil , où l'on célébra longtemps la fête du saint pontife ; mais « la meilleure et la plus considérable, » dit notre historien , reposait dans l'une des quatre châsses qui furent enlevées par les Protestants, et , suivant une formule autorisée par l'usage, l'Inventaire attribue à la Cathédrale le corps saint tout entier. L'an 4744, le chapitre de Bayeux , qui en était

(1) Beziers en a donné la description dans son histoire ; mais il n'a conservé ni l'orthographe ni le style de l'Inventaire; de plus , il a traduit d'une manière fort inexacte certaines expressions du manuscrit original , en cherchant à les rajeunir.

privé depuis deux siècles , obtint de l'évoque d'Auxerre la restitution d'un des os de la cuisse ; Mgr de Rochechouart en fit la translation en 1770, et le renferma dans un reliquaire d'argent. Le reliquaire a disparu pendant la Terreur; mais la relique fut conservée par l'abbé Le Menand, curé de Saint-Sauveur de Bayeux , avec un doigt de saint Biaise , que l'on vénérait dans sa paroisse avant la révolution. M. Le Menand ayant été nommé plus tard à la cure de Trévières, y fit porter la relique. Après sa mort, elle fut remise à M. Moulland, curé de Balleroy, qui la déposa entre les mains de Mgr Duperrier. Le 11 avril 1832 , une commission instituée par Mgr Dancel entendit , sous la foi du serment , une personne « remplie de piété , » disent les commissaires , qui depuis longtemps surveillait cette relique, et avait concouru à ses diverses translations. Enfin, la relique fut vérifiée par M. d'Audibert de la Yillasse et M. Delaunay-Dufondray, celui-ci membre de l'ancien chapitre , l'autre vicaire-général de Mgr de Cheylus ; ils reconnurent sans hésiter l'authenticité du dépôt.

Les restes de saint Exupère ayant été exhumés de l'église qui porte son nom , furent transférés a la Cathédrale selon les uns, dès le ve siècle, selon les autres, au commencement du IXe. Puis, la province étant exposée aux incursions des Danois, on les transporta vers l'an 863 , peut-être un peu plus tard , au château de Palluau , d'où ils furent ensuite portés à Corbeil, dans le diocèse de Versailles. Le chef seul fut conservé à Bayeux et enlevé par les Protestants à l'époque de leurs ravages. Dans le mois de novembre

4 793, « la commune de Corbeil, jalouse d'être comptée au nombre des communes de la république qui, les premières , rendirent un hommage solennel à la Raison, s'était empressée d'envoyer à la convention nationale une châsse fameuse de vermeil, que jusquelà on avait prétendu renfermer les os d'un grand saint (Spire ou Exupère). » Le 20 pluviôse an II de la république [1794], les officiers municipaux de la ville de Corbeil les chargèrent dans un tombereau servant à enlever les immondices , et les réduisirent en cendres, sur la place de la Révolution. Le procèsverbal de cette sauvage exécution , auquel nous empruntons ces détails, constate également la destruction des reliques de saint Loup et de saint Regnobert. La châsse de saint Exupère pesait cinq cents marcs d'argent (1).

Il y eut pourtant deux pièces qui échappèrent à la profanation. La première est un des os de la mâchoire inférieure, avec deux dents incrustées dans les alvéoles. Elle fut soustraite , en 1793 , par le sacristain de l'église de Saint-Spire , et remise à un orfèvre de la ville, qui la déposa quelque temps après entre les mains d'un chanoine. L'évêque diocésain en reconnut l'authenticité en 1803. La seconde est l'os de l'avantbras, que Claude Fauchet, évêque du Calvados, obtint de son collègue l'évêque constitutionnel de Seine-et- Oise, le 30 août 1793. Cet os, nous dit le procèsverbal, avait été extrait de la châsse en 4 476, « pour être offert a la vénération des pèlerins. » Il était

(1) Monographie de l'église de Saint-Spire de Corbeil, par M. Pinard.

renfermé clans un reliquaire d'argent, lequel a subsisté jusqu'en 1792, et fut, à celte époque, converti en numéraire.

Fauchet avait délégué auprès de l'évêque de Seineet-Oise , son premier vicaire épiscopal, Louis-Marie Bajot, pour négocier la remise du dépôt. Il ne se pressa pas de l'envoyer à Bayeux (1 ) . Dans les derniers mois de sa vie , quelque temps après le 31 mai , à l'époque où il était encore chez lui , gardé par des gendarmes, ayant reçu la visite de M. Gauthier, président de chambre sous la restauration à la cour royale de Caen, il lui dit avec un grand calme qu'il attendait la mort, qu'il espérait mourir en chrétien, et qu'il comptait, pour obtenir sa grâce, sur l'intercession de saint Exupère, « son bienheureux prédécesseur. » En même temps, il lui montra la relique qu'il tenait cachée sous ses vêtements (2). Elle le suivit à l'Abbaye, où il fut incarcéré quelque temps après, mais il n'osa pas la transporter a la Conciergerie. Racontant à M. Emery, son compagnon de captivité, l'histoire de cette relique , il ajoutait qu'il avait craint qu'un jour ou l'autre elle ne fût exposée à la profanation , qu'il avait mieux aimé s'en dessaisir, et « qu'il l'avait confiée à une personne qui l'honorerait et la garderait soigneusement. » Après l'exécution de l'abbé Fauchet,

(1) Le procès-verbal qui accompagne la remise de la relique ne laisse rien à désirer. Il est signé du curé de Corbeil , du vicaire et du trésorier de l'église de Saint-Spire. Ces signatures sont légalisées par J.-.I. Avoine , évoque du département de Seine-et-Oise.

(2) Notes sur Claude Fauchet, par M. G. -S. Trébutien.

M. Emery eut le bonheur de découvrir la personne qui en était dépositaire. C'était , nous dit-il , « une dame qui venait régulièrement le visiter dans sa prison , et qui avait eu la charité de pourvoir à tous ses besoins. » Elle remit la relique entre les mains de l'abbé Emery, le laissant libre de l'envoyer à Bayeux ou à Corbeil. Cependant, elle lui fit observer qu'il serait plus conforme aux intentions de M. Fauchet de la remettre à Bayeux. M. Emery pensa comme elle , nous dit-il , que l'Église de Bayeux avait des droits bien fondés à cette préférence, et il remit la relique à Mgr Brault. Elle était renfermée dans un reliquaire en bois « tourné en ovale , d'environ un pied de long sur trois ou quatre pouces de large. » Le procèsverbal, signé par l'évêque de Seine-et-Oise, que nous citions tout-à-1'heure , accompagna la remise de la relique , et la donatrice contre-signa celui où sont renfermés ces derniers renseignements (1).

Sous l'épiscopat de Mgr de Rochechouart, des travaux Ty,™x

L * al enlise

importants furent exécutés à la Cathédrale. L'évêque etaupaiais

épiscopal.

fit renouveler en marbre l'autel et le pavé du sanctuaire, au milieu duquel on plaça ses armes; elles ont été brisées à la révolution. « Au mois de juin 1761 , on ôta , dit Beziers , la niche des reliques , qui était attachée au haut de l'arcade du chevet du chœur ; on abattit en même temps le vieil autel de la férié pour en placer un autre, sous lequel on mit les châs-

(1) Le procès-verbal fut rédigé à Paris , le Ier août de l'an 1803, jour de la fête de Saint-Spire. Il est signé: Emery, vicaire-général; Buée, secrétaire; Anne-Henriette Hoquet, femme de Calon, et porte les armes de Msr l'archevêque.

ses des reliques (1). » Une croix en bronze du plus beau modèle, des chandeliers travaillés avec art, et qui excitent chaque année l'admiration des visiteurs , prirent place sur le tabernacle et sur les degrés , aux fêtes de Pâques de l'année 1771 (2); le chapitre s'associa généreusement à toutes ces largesses. Le doyen , M. de Biaudos, donna les cinq grilles qui ferment le rond point; deux lampes d'argent, deux encensoirs et un bénitier remplacèrent , au prix de cinq mille six cents livres , les mêmes objets envoyés à la monnaie quelques années auparavant , pour subvenir aux besoins de l'État.

M§r de Rochechouart joignait aux goûts d'un grand seigneur l'instinct de la générosité et de la bienfaisance. Comme son prédécesseur, il avait pris à sa charge quelques jeunes gens des deux sexes, auxquels il faisait donner, dans les établissements de son diocèse, une éducation libérale. Il aimait à secourir les gentilshommes disgraciés de la fortune. Il fit agrandir l'hôpital des pauvres , fondé par Mgr de Nesmond. En même temps, l'église , le château et le parc de Sommervieu recevaient des embellissements. A la place de la modeste habitation où il était né, s'élevait un château magnifique. A Bayeux, le palais épiscopal était reconstruit sur un nouveau plan. Ce fut à cette occasion qu'il restaura la galerie des évêques. Les

(1) Mémoires manuscrits.

(2) Ibidem. Ces objets , sauvés à l'époque de la Révolution par M. Le Forestier, membre du district de Bayeux , furent inventoriés par la commission des arts , et restitués plus tard au trésor de la Cathédrale.

anciens portraits, que le temps avait presque détruits, furent copiés par son ordre et placés dans le vestibule qui conduisait à la chapelle.

Ces dépenses étaient énormes; pour y faire face, . Cession .

1 'iv de Ja seigneurie

il se vit obligé de recourir a de fâcheux expédients, d'feigny. Le marquis de Bricqueville, possesseur d'une grande fortune sur le territoire d'Isigny, avait besoin de la seigneurie pour anoblir ses biens. L'évêque consentit à la lui céder en 1770. Une somme considérable fut payée comptant aux mains du prélat; une autre fut acquittée à sa décharge et au profit de l'hôpital de Bayeux. De plus , M. de Bricqueville lui abandonna , en échange , un fief relevant du roi , qu'il possédait dans la paroisse de Neuilly, avec quelques autres domaines. Des lettres-patentes, obtenues au mois de septembre de la même année , validèrent cette aliénation. Elle ne fut point enregistrée au parlement de Normandie ; ce fut le Conseil supérieur, installé à Bayeux au mois d'octobre 1771, qui remplit cette formalité.

Puisque nous avons prononcé le nom du Conseil supérieur, disons en passant que, en 1771, à l'époque de l'audience de la Saint-Martin , une grand'messe du Saint-Esprit fut offerte par le chapitre , et acceptée avec empressement par les nouveaux magistrats. Mgr l'évêque officia pontificalement ; le Conseil tout entier y assistait en robes rouges. Le 1er janvier, il fut harangué en latin , au nom de la faculté de théologie, par M. Le Clerc de Beauberon, recteur de l'université. L'injustice et la passion qui avaient dicté l'arrêt du parlement de Normandie dans l'affaire des

Conseil supérieur.

Jésuites , n'étaient point encore oubliées. Fidèles à leurs regrets , dit M. Floquet , l'évêque et le clergé fêtaient à l'envi le Conseil établi sur les ruines de l'ancien sénat. Mais bientôt le peuple et la noblesse se soulevèrent contre la nouvelle magistrature. Louis XVI la supprima au commencement de son règne, et sa disparition fut célébrée à Bayeux par tous les excès de la joie populaire. Ce fut alors que Mgr de Rochechouart conçut le projet d'abdiquer l'épiscopat.

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