CHAPITRE XU
Extinction du prieuré de Villers. — Cures à portion congrue. — Mort de M"r de Rochechouart.— Travaux de l'abbé Beziers. — Conférences de l'abbé Vicaire.— L'abbé Le Clerc de Bauberon. — L'abbé Lecoq.— Le P. Martin.— L'abbé Mauduit.
Le prieuré de Villers avait été fondé, en 1366, par Extinction Jeanne Bacon, dame du Molay et de Villers-Bocage (1). pricUréd"viiier8. Mais, comme l'évêque de Bayeux était seigneur suzerain de la terre de Villers, la fondatrice lui laissa la libre disposition du prieuré. L'évêque le réforma en 1643, de concert avec le seigneur, et y plaça des religieuses Bénédictines. Cet établissement a rendu d'importants services au bourg de Villers; les pauvres des environs y étaient secourus ; les soldats et les matelots, reçus et soignés dans leurs maladies; les
(1) V. volume précéd., Introduction, p. xxxi.
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pauvres femmes y faisaient leurs couches. Anned'Averton de Belin le dirigea depuis 4643 jusqu'en 1668, avec autant de piété que de sagesse; elle y reçut vingt-six religieuses de chœur. En 1740, Mgr de Luynes voulut supprimer le monastère et en réunir les biens à la communauté des Bénédictines de Bayeux. Quel motif l'avait porté à cet acte de rigueur? On lit dans le réquisitoire que le prieuré était en proie à des dissensions, à des désordres, à des excès connus de l'évêque. Il est certain que le jansénisme y avait implanté ses doctrines ; ces graves raisons expliquent la fermeté avec laquelle Mgr de Luynes et son successeur insistèrent pour le détruire. En 1749 , malgré les efforts du marquis de Blangy, seigneur de Yillers, des lettres de cachet dispersèrent les religieuses dans d'autres couvents, et les biens du prieuré, mis en séquestre , furent régis par un économe. Suzanne d'Achey, septième prieure, était restée dans la maison avec une seule religieuse. Après avoir soutenu contre son évêque une lutte opiniâtre, elle se retira au couvent des Ursulines de Caen , en 1751 ; les autres religieuses avaient été dispersées à Bayeux et à Vire. A partir de ce moment, le prieuré resta désert; on continua cependant de distribuer l'aumône aux pauvres qui se présentaient le dimanche à la porte.
Avant de partir pour l'archevêché de Sens , Mgr de Luynes écrivit à Mme d'Achey, et lui conseilla de remettre ses intérêts entre les mains de Mgr de Rochechouart; celui-ci vint en personne au couvent des Ursulines, le 12 juin 1756, mais il ne put vaincre l'obstination de la prieure , et M. de Blangy continua
de soutenir le procès. Enfin , Mgr de Rochechouart rendit une ordonnance par laquelle il déclarait que les religieuses professes de Villers-Bocage, alors résidant au monastère des Bénédictines de Bayeux, seraient réputées membres de cette communauté, et y jouiraient de toutes les prérogatives des religieuses professes , sans cependant être obligées de suivre la réforme que les Bénédictines de Bayeux avaient embrassée au commencement du siècle. Celles-ci prenaient l'engagement d'acquitter toutes les fondations faites au profit du prieuré , et généralement toutes les charges qui affectaient les biens de ce monastère. Cette ordonnance fut enregistrée au conseil supérieur de Bayeux le 22 décembre 1772.
Malgré ces sages dispositions , la lutte continua, et le procès ne fut terminé que sous Mgr de Cheylus. On convint alors que , comme tous les hôpitaux du royaume, celui de Villers serait régi par un bureau, dans lequel devaient entrer l'évêque, le seigneur, les deux curés de Villers , le chapelain de l'hôpital et deux notables du bourg. Le soin des malades fut confié à trois Sœurs de Saint-Thomas-de-Villeneuve, sous l'inspection du bureau. Tous les fonds demeurèrent attachés à l'hôpital de Villers, moyennant une certaine quantité de froment qu'il payait chaque année aux Bénédictines de Bayeux.
La plupart des curés à portion congrue (1) étaient, currs à portion a l'époque dont nous parlons, dans un état voisin de l'indigence. Leur revenu variait de cent quatre-vingts
(1) V. volume précéd., Introduction, p. xxiv.
ccn^rue
à trois cent cinquante livres, en y comprenant les fondations qu'ils étaient obligés de faire acquitter à leurs frais , en cas de maladie. Le petit nombre et la pauvreté de leurs paroissiens réduisaient à peu de chose leurs profits éventuels; il n'y avait ni gros décimateurs, ni curés primitifs qui fussent obligés de les secourir. Dès l'année 1765, il parut à Caen un long mémoire , rédigé par un avocat , en faveur des curés congruistes , et revêtu de leur signature. La plus importante de leurs réclamations portait sur la nature même de leur traitement. Ils demandaient un tiers des dîmes en essence, et s'attachaient à faire sentir les inconvénients d'une pension soumise à toutes les variations du numéraire. En 4769, ils s'adressèrent directement à l'évêque. Mgr de Rochechouart prit connaissance de leur revenu, dont la modicité fut justifiée, et leur fit espérer l'union de quelques bénéfices ; dans cette vue, ils présentèrent, l'année suivante, un placet au roi. A l'époque de l'assemblée de 1775, leur situation était toujours ia même. Ils réclamèrent l'exécution de l'édit de 1768, dans lequel le roi avait exprimé l'intention d'améliorer leur sort. Mais ce fut en vain que l'archevêque de Narbonne rappela cette promesse ; quelque pressant que fût son rapport , il resta sans effet, comme les instances de notre évoque. La question, n'ayant pas été résolue, devait reparaître vingt ans plus tard, devant l'assemblée constituante. Les curés du diocèse de Baveux publièrent alors un second mémoire, dans lequel ils établirent l'insuffisance de la portion congrue , qui ne représentait que la seizième , et quelquefois la
vingtième partie des bénéfices possédés par les décimateurs. Ils demandent qu'elle soit portée à douze cents livres , et prouvent que seulement alors elle atteindra la valeur fixée par Charles IX, Louis XIII et Louis XIV (1). Ils supplient les évoques de s'interposer auprès du roi pour faire cesser l'abus dont ils se plaignent. Mais c'est surtout au roi et à la nation qu'ils s'adressent. « Les évêques, disent-ils, sont trop justes et trop modestes pour vouloir être seuls juges dans celte cause. » Encore quelques mois, et l'Assemblée , après avoir supprimé la dîme , allait décréter, sur la proposition de l'évoque d'Àutun , que tous les biens du clergé étaient autant de propriétés nationales.
Mgr de Rochecbouart venait d'entrer clans sa soi- iHondens' xante-dix-huilième année, quand il forma le projet dcIlochechouarL d'abdiquer l'épiscopat; il alla passer la fin de sa vie au château de Montigny, dont il avait fait un palais. Ce fut de Paris qu'il adressa ses adieux à son diocèse, par un mandement qui porte la date du 24 janvier 1776. Il mourut à la fin de l'année 4 781, et fut inhumé quelques jours après dans un caveau de l'église de Montigny. Les habitants de Bayeux le virent s'éloigner avec peine , et ceux de Montigny l'entourèrent à sa mort de leurs larmes et de leurs regrets.
(1) La portion congrue était de cent vingt livres sous Charles IX, de deux cents livres sous Louis XIII ; elle fut fixée à trois cents livres par Louis XIV, en 1686. Ce qui coûtait dix livres, à la première de ces trois époques, valait cent livres à la fin du xvmc siècle. Le prix d'un chapon, que l'on achetait, à Caen , trois ou quatre sols du temps de M. de Bras, variait, deux siècles après lui, de trente sols à deux livres.
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C'est qu'à Bayeux , comme dans sa retraite , les bienfaits qu'il ne cessa de répandre , lui avaient gagné presque tous les cœurs. Malgré les habitudes de grand seigneur au milieu desquelles il aimait à vivre, il était d'un accès facile, et rappelait volontiers le souvenir de la pauvreté dans laquelle il avait passé sa jeunesse : il semblait y puiser des inspirations généreuses. Ses mœurs étaient irréprochables ; mais il paraît que l'aptitude de son esprit n'était pas toujours à la hauteur de ses fonctions. Du reste, il ne cessa jamais de les remplir avec zèle ; il prêchait la vertu par son exemple, et au besoin la vérité trouvait en lui un zélé défenseur.
Travaux £es manuscrits de l'abbé Beziers nous ont fourni
de
y abbé BMicw. sur la dernière partie de cet épiscopat, d'utiles renseignements. Il est juste qu'après avoir profité des travaux de l'historien , nous rendions hommage à sa mémoire. Michel Beziers , naquit à Bayeux, sur la paroisse de Saint-Malo (1), en 1 721 . Il exerça d'abord , dans cette église , les fonctions vicariales , et obtint, en 4754, la cure de Saint -André, la moins importante de la ville. Il se dévoua de trèsjeune âge à l'étude des antiquités locales, explorant avec soin les mémoires et les cartulaires, soit au séminaire, soit à la bibliothèque du chapitre ou dans les chartriers de quelques châteaux. Le résultat de ses investigations fut consigné dans quatre volumes manuscrits , dont trois ont été retrouvés à
(1) La Biographie universelle a confondu le nom de cette paroisse avec celui de la ville de Saint-Malo , où elle place le lieu de sa naissance.
Rouen, en '1845. Le dépouillement de ces mémoires inédits, mis à notre disposition avec une gracieuse obligeance, a plus d'une fois enrichi notre ouvrage. L'Histoire sommaire de la ville de Bayetix en fut détachée par l'auteur, en 1773, et livrée à l'impression. Le Discours préliminaire , dans lequel l'érudition s'appuie sur la critique, est généralement apprécié comme un morceau très-remarquable. La dédicace en fut adressée à Mgr de Rochechouart. L'auteur y rappelle la douceur de son gouvernement, son zèle pour la religion, sa charité pour les pauvres, et, en parlant ainsi, l'abbé Beziers est fidèle à son rôle d'historien. Pauvre lui-même, oublié ou inconnu au milieu de la ville épiscopale, accusé par des confrères jaloux de son mérite de favoriser ce qu'on appelait alors les opinions nouvelles, il trouva dans l'abbé Raffin, vicaire-général, et dans M. de Biaudos, doyen du chapitre , des protecteurs éclairés , qui rendirent pleine justice à ses sentiments. Qu'on lise, en effet, ses mémoires, qu'on étudie le jugement qu'il y porte sur Mgr de Lorraine, et l'on verra qu'il déplore « sa complaisance pour les grands-vicaires qui le gouvernaient, et son adhésion aux principes du Jansénisme, qu'ils lui avaient inculqués. » La protection de M. de Mathan et celle de M. de Faudoas lui ouvrirent enfin la collégiale du Saint-Sépulcre, en 1767. Il devint chanoine de Moult, et put alors se livrer sans réserve à ses travaux de Bénédictin. « Mon plan, dit-il dans l'avertissement qu'il a mis en tête de ses manuscrits, n'est peut-être pas rempli comme il devrait l'être. Je ne m'en ferai pas de reproche ; ce n'est point par manque
de zèle el de bonne volonté qu'il se présente quelquefois du vide dans les articles , c'est seulement par défaut de mémoires et d'instructions nécessaires. » Qu'il nous soit permis de nous approprier cette excuse. Et nous aussi, malgré nos patientes recherches, malgré les précieuses communications des hommes les plus compétents, nous avons eu à regretter quelquefois des matériaux indispensables. Nous espérons que nos lecteurs sauront en apprécier la cause, et ne mettront pas en question le désir qui nous anime de faire connaître la vérité. Cette excuse, il faut bien en convenir, n'est point applicable à certaines erreurs que nous avons signalées dans notre historiographe ; mais quel est celui qui oserait se flatter de n'en pas commettre? Nous l'avons corrigé; d'autres nous corrigeront à leur tour. C'est en vain que les œuvres de l'homme tendent à la perfection ; elles ne franchiront jamais la limite qui les en sépare.
L'abbé Beziers vint mourir à Bayeux, le 48 août 4782, et y fut inhumé dans le cimetière de sa paroisse. La révolution a fait disparaître la trace de sa sépulture; mais, le 7 juillet 1855, la société académique de Bayeux a placé au lieu de sa naissance une pierre monumentale qui en perpétuera le souvenir.
Indépendamment de YHistoire de Bayeux, on cite encore, au nombre des ouvrages qu'il a composés, la Chronologie historique des baillis et des gouverneurs de Caen ; un Mémoire sur l'origine et le fondateur de la collégiale du Saint- Sépulcre ; différents opuscules sur les bourgs de Creully et de Condé-sur-Noireau , la châtellenie du Molay-Bacon et
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celle de Saint-Pierre-de-Semilly, en Basse-Normandie. L'abbé Beziers était uni par les liens de l'amitié avec D. Blanchard, religieux Bénédictin de Saint-Étienne de Caen, qui a laissé des manuscrits sur l'histoire de cette abbaye.
L'abbé Philippe Vicaire , doyen de la faculté de conférences théologie et curé de Saint-Pierre de Caen, avait plu- rabbùdyicaire. sieurs fois témoigné à Mgr de Rochechouart la douleur qu'il ressentait de voir dans sa paroisse un grand nombre de Protestants vivre et mourir séparés de l'Église catholique. Il y avait parmi eux, il le proclamait lui-même , « des gens d'une probité reconnue , recommandables par la régularité de leur conduite et leur charité envers les pauvres , à la vertu desquels il ne manquait que d'avoir pour fondement la foi, qui est la racine de toute justice, et sans laquelle il est impossible de plaire à Bien. » Depuis long-temps , M. Vicaire songeait aux moyens de leur faire entendre sa voix. Il les voyait avec peine s'éloigner de la chaire évangélique , en détourner leurs enfants , et refuser en toute occasion des éclaircissements dont ils craignaient la lumière. Il prit donc la résolution de leur communiquer par écrit les conférences qu'il avait composées pour eux, et il les pria, dans les termes les plus touchants, d'agréer cet ouvrage comme une preuve de dévouement aux intérêts de leur conscience. Rien de plus propre, en effet, à détromper les âmes abusées , que la modération et la charité avec lesquelles il dévoile les sophismes , les mensonges , les calomnies de ses adversaires : jamais d'aigreur ni de contention dans sa manière d'argumenter ou d'expo-
ser les preuves. Il discute, avec simplicité et avec force, les dogmes de la foi, les principes sur lesquels ils s'appuient , les raisonnements que les ministres apportent pour les combattre , les réponses de la théologie à toutes leurs difficultés. La première partie roule sur les principes généraux qui ont servi de prétexte a la réforme ; dans la seconde , il aborde les questions particulières controversées entre les deux communions. Cet ouvrage, composé de quatre volumes (1), et aujourd'hui complètement oublié, eut alors un très-grand succès.
M. Vicaire parut, dans l'université, à l'époque où elle était divisée par la querelle du jansénisme. Il fut du nombre de ceux qui acceptèrent la constitution, et protestèrent contre le décret d'appel. Il prêcha, en 4 743 , l'oraison funèbre du cardinal de Fleury , abbé de Saint-Étienne de Caen, qui l'avait choisi pour officiai. En 1744, il était titulaire du prieuré de Septvents.— Né en 4689; mort en 4775.
L'abbé Le cicrc On prétend que le P. Mabiilon subit, dans son enfance , une opération cérébrale qui développa ses facultés , et augmenta considérablement la puissance de sa mémoire. Un violent coup de marteau, dont il faillit périr, produisit , sur M. Le Clerc de Beauberon , un phénomène semblable. Ses facultés intellectuelles se développèrent inopinément, et sa mémoire acquit
(1) Exposition fidelle et preuves solides de la doctrine catholique, adressées aux Protestants , sur les principaux articles controversés entre eux et les Catholiques, par M. Vicaire, docteur et doyen de la faculté de théologie. — A Caen , chez Le Roy, 1770.
tout-à-coup une sûreté prodigieuse. Nicolas-François Le Clerc, né en 1714, à Saint-Denis-de-Meré, près de Condé-sur-Noireau , termina ses études à Caen de la manière la plus brillante, et y fut nommé, à vingtsept ans, professeur de théologie; nous avons souvent entendu dire à ses élèves qu'il était sous tous les rapports digne de cet honneur. Ce qui le distinguait surtout, c'était une grande netteté dans les idées , jointe à une élocution élégante et facile. Pro Gratiâ pugnasti, et Gratia te facit doctorem, dit-il un jour à un licencié qui venait de soutenir médiocrement une thèse sur la Grâce. Les richesses de la langue latine lui étaient beaucoup plus familières que celles de l'idiome national. Ennemi des sophismes, il discutait avec impartialité, et portait la démonstration jusqu'à l'évidence. Il surprenait à chaque instant ses auditeurs par la souplesse et l'étendue de sa mémoire; il aimait à citer les ouvrages des Pères de l'Église, particulièrement ceux de saint Augustin et de saint Thomas. Son principal ouvrage est le fameux traité De homine lapso et reparato. — La Chute de l'homme et la Rédemption. — Il le professa pendant les années 4773 et 1774, et le laissa publier par un de ses élèves. Le pape voulut lui écrire de sa propre main pour lui témoigner sa satisfaction (1). Sans parler de quatre ou cinq autres traités de théologie qui sont restés manuscrits, M. Le Clerc composa plusieurs harangues, des mandements et des discours latins qui furent prononcés à différentes époques. Deux fois recteur
(1) V. volume précédent, p. 214.
de l'université , et à ce titre chargé d'annoncer la mort de ses collègues , il excellait dans ces billets de convocation, appelés convenire, où l'on faisait ressortir en quelques lignes les qualités du défunt. Il enseigna la théologie pendant quarante-neuf ans ; il était chanoine de la métropole et officiai de l'abbaye de Saint-Étienne. M. Le Clerc mourut à Caen, le 4 décembre 1790, à l'âge de soixante-seize ans. Il fut enterré dans cette ville , sous le portail de l'église Saint-Nicolas.
Si nous écrivions la biographie de M. Le Clerc, et que nous eussions à le suivre dans les relations de la vie sociale, nous serions obligés de convenir qu'à ses bonnes qualités se mêlaient de légers ridicules , et surtout une vaniteuse ostentation (1); contentonsnous d'ajouter qu'il faisait le meilleur usage de sa fortune. Pendant plusieurs années qu'il fut chapelain de l'hôpital Saint-Louis, il distribua ses émoluments aux pauvres de la maison, suivant leur âge, leurs infirmités et leurs besoins. Du reste, étranger aux notions les plus simples de la vie, les limites de son enseignement étaient pour lui les bornes du monde. Aussi transportait-il souvent dans la conversation le ton et les formules de la classe. On assure même qu'un jour, il lui arriva de haranguer en latin l'abbesse de Sainte-Trinité.
(1) C'est ainsi qu'il ne parlait jamais de lui-même , sans employer, comme Cicéron, la première personne du pluriel: nous. Il avait ajouté à son nom , qu'il trouvait trop simple et trop court, celui de deux petites terres qu'il possédait dans le Bocage, Beau-Beron.
M. Le Clerc eut des amis; il fut lié particulièrement avec le P. Porée et son frère; il entretenait des relations intimes avec l'abbé Beziers. Il prépara les succès de Malfilâtre , en l'aidant de sa bourse et de ses conseils.
Citons encore, avant de terminer ce chapitre:
Pierre Lecoq, supérieur-général des Eudistes , né à i.'abbé Lecoq Ifs en 4728, mort à Caen en 1777. Entre plusieurs ouvrages de droit dont il est Fauteur, on estime surtout celui qui a pour titre : De l'état des personnes suivant les principes du droit français et du droit coutumier de la province de Normandie. Le célèbre Thouret, président de l'assemblée constituante, le regardait comme faisant autorité sur cette matière;
Le P. François Martin, docteur de Sorbonne, gar- te p. Martin; dien du couvent des Cordeliers de Caen , où il forma une bibliothèque, qu'on a réunie à celle de la ville, après la suppression de cette communauté; tous les livres qui la composaient, portent cette inscription: Franciscus Martin, doctor theolog. Parisiens., comparavit. Oretur pro eo. On a de lui des vers latins sur la mort de Huet, et un ouvrage intitulé: Virorum aliquot Cadomensium , doctrine illustrium, syllabus carminé recensitus [Caen, 1717]. La bibliothèque de Caen , qui s'est enrichie de ses collections, possède un de ses manuscrits, intitulé : Athenœ Normannorum veteres ac récentes, seu syllabus auctorum qui oriundi è Normanniâ. Les biographes le font naître à Caen en 1640. M. Boisard, auquel nous avons emprunté les détails qui précèdent, rapporte sa mort à Tannée 1721 ; M. Delamare,
dans son pouillé, la recule jusqu'en 4726; L-abbé Mauduit. Michel Mauduit , prêtre de l'Oratoire , né à Vire en 4644, mort a Paris en 4709. Son Traité de la religion contre les Athées, les Déistes et les nouveaux Pyrrhoniens, ses Annales des évangiles et des épltres de saint Paul et des épîtres canoniques, annoncent un jugement solide, un profond savoir et un esprit méthodique. Toutefois, on lui reproche d'avoir souvent adopté des sentiments qui ne pouvaient lui plaire, que parce qu'ils étaient nouveaux. Il critique, non-seulement la Vulgate , mais l'opinion commune des interprètes et des Pères, en leur opposant des subtilités grammaticales. On ne se souvient plus qu'il a traduit en vers français les psaumes de David .