‹ Histoire du diocèse de Bayeux (volume 2)Chapitre 19 sur 93 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Statistique de l'ancien diocèse de Lisieux. — Suppression de ce diocèse. — Exil de M5' de la Ferronnays. — Antécédents de l'abbé Fauchet. — Lettre de communion qu'il adresse au Saint-Père.— Prise de possession. — Vicaires épiscopaux. — Ses rapports avec M. de la Prise. — Lettre pastorale de Fauchet.— Pèlerinage de la Délivrande. — Visite à Lisieux, à Vire et à Falaise.

statistique Le département du Calvados , dont l'abbé Fauchet îanciondiocèse venait d'être nommé évêque aux termes de la consti-

de Lisieux. tution , comprenait dans ses limites l'ancien diocèse de Bayeux , quelques portions des diocèses de Séez et de Coutances et la plus grande partie de celui de Lisieux, supprimé par l'assemblée nationale. Le diocèse de Lisieux , à l'époque de sa suppression , se composait de quatre archidiaconés : l'archidiaconé du Lieuvin, l'archidiaconé d'Auge, celui de Pont-Àudemer et celui de Gacé. Ces quatre circonscriptions se parta-

geaient en quatorze doyennés , subdivisés en quatre cent soixante- sept paroisses , qui formaient quatre cent quatre-vingt-onze cures ou portions. De plus, on comptait trois cures dans la ville : Saint-Jacques , Saint-Germain et Saint-Désir; sept paroisses rurales, qui formaient la banlieue; l'exemption de Nonant, située dans le diocèse de Bayeux, et l'exemption de Saint-Cande, enclavée dans le diocèse de Rouen.

Saint Pierre et saint Paul étaient les patrons de la Cathédrale et du diocèse. Le chapitre , dont Innocent III faisait un si brillant éloge au commencement du xme siècle (1), était composé d'un haut-doyen, de huit autres dignitaires, savoir: un grand-chantre, un trésorier, un chefecier (2), un écolâtre et quatre archidiacres; de trente-huit prébendes, dont trente étaient distributives. Elles donnaient voix au chapitre et part à toutes les fondations. Sur les huit non-distributiv es, l'une était réunie au collège, l'autre à la maîtrise. L'évéque nommait à toutes ces prébendes, dont les dernières ne conféraient voix au chapitre que pour l'élection du doyen. La même distinction s'appliquait aussi aux chapelles de l'église Cathédrale. On appelait chapelles distributives celles qui avaient part à des fondations particulières , auxquelles les titulaires des autres chapelles ne participaient pas.

Les Eudistes dirigeaient à Lisieux le grand séminaire et le collège. Le grand séminaire fut établi, en

(1) Sacrum collegium canonicorum Lexoviorum imprimis spectabile.

(2) Le chefecier ou chevecier capicerius—a capiendis cereis — celui qui avait soin des chapes et de la cire.

1653, par Mgr Léonor Ier de Matignon; mais ce fut son neveu, Léonor II, qui en éleva les bâtiments. Il fit aussi construire, en 1704, le petit séminaire.

Le diocèse de Lisieux comptait autrefois six abbayes d'hommes et deux de femmes. C'étaient: 1° Saint- Évroul, au pays d'Ouche; 2° Sainte-Marie-de-Bernai , située dans cette ville; 3° Saint-Pierre-de-Préaux , à quelque distance de Pont-Audemer ; 4° Gretain, à l'embouchure de la Seine, dans un lieu consacré a la vierge Marie; 5° Cormeilles, entre Lisieux et Pont- Audemer, sur la rivière de Calonne ; 6° Mondaye , dans la commune de Juaye , à un myriamètre de Bayeux: — 1° Saint-Désir ou Notre-Dame-du-Pré, dans un des faubourgs de la ville; 2° Saint-Léger-de-Préaux, dans la môme vallée que l'abbaye d'hommes dédiée a saint Pierre. Toutes ces abbayes appartenaient à l'ordre de saint Benoît , excepté Mondaye , qui était de l'ordre de Prémontré. Les deux prieurés les plus remarquables du diocèse étaient celui de Beaumonten-Auge , de l'ordre de saint Benoît, et de Sainte- Barbe-en-Auge, de l'ordre de saint Augustin.

Il y avait encore, dans la ville épiscopale , — des religieux Dominicains et des religieux de Saint-François; — un monastère d'Ursulines, qui tenaient une école gratuite ; — des Sœurs de la Providence, qui dirigeaient les écoles de charité ej, assistaient les pauvres malades ; — des Écoles chrétiennes, fondées en 1777 par M*r de Ccndorcet , pour l'instruction gratuite des jeunes garçons.

On distinguait alors trois hôpitaux :

L'Hôlel-Dieu , appelé hôpital <T en-bas, fondé en

1163, et reconstruit au xvne siècle par Léonor II de Matignon, évêque de Lisieux. Jourdain du Hommet en donna la direction aux chanoines réguliers de la Sainte-Trinité, plus connus sous le nom de Mathurins.

L'hôpital général ou hôpital d' en-haut. On y recevait les enfants trouvés , les orphelins et les vieillards. Léonor Ier de Matignon , dont la bienfaisance, comme celle de son neveu , fut inépuisable , avait fondé ce bel établissement, Mgr de Brancas , un de ses successeurs, y appela en 1716 les sœurs de Notre-Dame de Charité qui représentaient une fraction de l'ordre fondé à Caen , par Melle de Saint- Simon et le P. Le Valois.

L'hospice du Bon-Pasteur. Il existait depuis 1709, et devait son origine à Léonor II de Matignon. Mgrde Brancas en confia également la direction aux sœurs de l'hôpital général. Cette maison servait d'asile aux jeunes personnes que l'on s'efforçait de ramener à la vertu, et aux femmes du monde détenues en vertu d'une lettre de cachet, surlademande de leurs époux.

L'évêché de Lisieux était, comme le nôtre, suffragant de l'archevêché de Rouen. D'après la France ecclésiastique , son revenu s'élevait à cinquante mille livres. L'évêque était comte de la ville et conservateur des privilèges apostoliques de l'université de Caen (1).

(1) Tout ce qui précède est extrait de documents authentiques publiés : 1° dans l'ouvrage de M. L. du Bois , qui a pour titre: Histoire de Lisieux (Ville — Diocèse — Arrondissement); — 2° dans la France ecclésiastique de 4789; — ■\° dans YAlmanach de Lisieux, imprimé en 1787, avec

Lorsque l'Assemblée constituante décida que le nombre des évêchés serait égal à celui des départements, on craignit un instant que le siège deLisieux ne l'emportât sur celui de saint Exupère. Le président Thouret était né à Pont-1'Évèque ; il était membre du comité de constitution , et , dans toutes les questions de territoire , que soulevait la nouvelle circonscription ecclésiastique, il exerçait une grande influence. Ce fut alors que parut une brochure remarquable , ayant pour titre : Observations sur le siège épiscopal du département du Calvados ; elle sortait de la plume d'un avocat de Bayeux, M. Delauney, député du tiers -état. Négligeant la question d'antiquité , à laquelle les représentants n'auraient sans doute attaché qu'une médiocre importance, il rappela que la ville de Lisieux avait des ressources très-étendues du côté du commerce; que l'activité de ses fabriques garantissait la position de ses habitants. Bayeux , au contraire , avait toujours dû « son unique consistance » aux richesses que la religion y avait annexées. Nulle ville en France, disait-il , n'offre des possessions ecclésiastiques « en

l'approbation de Msr de La Ferronnays. Donc, notre statistique reproduit la situation du diocèse , au moment où il fut supprimé. Dans l'ouvrage récemment publié par M. de Formeville, sur les Évèques-comtes de Lisieux, on lit que, autrefois, il y avait en cette ville six espèces de chanoines : 1° les chanoines in minoribus; 2° les distributifs; 3° les non-distributifs; 4° ceux ad effectum possidendœ dignitatis; 5° les honoraires; 0° les onze barons. Aucune mention n'est faite de ces derniers ni dans la France ecclésiastique, ni dans ÏAlmanach de 1787 f où nous avons puisé nos renseignements.

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proportion pareille. » Déplus, le département a vingt-six lieues de longueur ; la ville de Bayeux est donc plus rapprochée du centre que celle de Lisieux. M. de Wimpffen, député de la noblesse, appuya fortement les réclamations de M. Delauney ; elles triomphèrent après une lutte opiniâtre.

Après le décret de la Constituante, qui supprimait le siège de Lisieux , Mgr de La Ferronnays fut obligé de se retirer à Paris, mais il n'en continua pas moins d'éclairer et de soutenir le clergé de son diocèse, auquel il adressa de fréquentes communications. Dans sa lettre du 22 mars, après avoir résumé les conséquences du serment et les erreurs d'une constitution qui renversait les lois de l'Église, il s'adressait à ceux que ces erreurs avaient pu séduire. Il leur prédisait que le moment n'était pas éloigné où la vérité se ferait entendre ; il les engageait à rétracter un serment qui avait été pour eux une source d'embarras, de perplexités et de remords. Ses espérances ne tardèrent pas à se réaliser. Un certain nombre de jureurs qui d'abord avaient cédé, par entraînement ou par faiblesse, alla rejoindre en exil ceux qui avaient refusé toute espèce de serment.

Avant de porter un jugement sur la personnalité de l'abbé Fauchet, nous croyons devoir le présenter lui-même à nos lecteurs. Ce n'est pas que nous nous proposions de raconter, ni même d'énumérer tous les actes de sa vie politique, encore moins de passer en revue tous ses écrits révolutionnaires. Ceci est la tâche de ses biographes. Pour bien faire comprendre le caractère et le talent de cet

Suppression

de l'évêché de Lisieux.

Antécédents

de

l'abbé Fauchet.

homme si étrange , il suffit de distinguer en lui le pamphlétaire et l'écrivain politique du prédicateur et de l'écrivain religieux. Son enfance et sa jeunesse n'appartiennent pas à l'histoire du diocèse. Toutefois, comme M. Bisson a donné sur l'une et sur l'autre des détails pleins d'intérêt , on en trouvera la substance à la fin de ce volume. Claude Fauchet fut-il vraiment, comme on l'a écrit , « le vainqueur de la Bastille? » Il somma du moins le gouverneur de lui rendre la forteresse, en s'exposant par trois fois au feu de son artillerie (1). Président du comité municipal, il était encore procureur général du cercle social, et, en cette qualité, il édita la Bouche de fer (2). Pour achever de le faire connaître , il nous suffira de lui laisser quelques instants la parole. Ce qu'on va lire est extrait du premier numéro du Journal des Amis, qu'il rédigea vers le milieu de l'année 1 793, quelques mois avant sa mort. L'article a pour titre : Observations sur mes principes et ma conduite révolutionnaire. L'abbé Fauchet y raconte que, dès l'année 1776, — il avait alors trente-deux ans, — devant une assemblée « très-nombreuse et très-solennelle » il annonça l'abolition des droits féodaux et la destruction de la noblesse. Son discours, on le devine, causa un grand scandale. Les chambres du Parlement s'assemblèrent pour le décréter ; i'arche-

(1) Ce fut « au bout d'une perche, par dessus les murailles, » que Fauchet présenta la sommation [Manusc. de M. Bisson].

(2) Une véritable bouche de fer , dit M. Bisson , était placée dans l'appartement où se rassemblait la société. Chacun était invité à y déposer ses conceptions politiques; de temps en temps on en faisait l'ouverture.

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vêque de Paris était sur le point de l'interdire (1); tous les ministres demandaient au roi de l'envoyer à la Bastille ; Turgot seul qui , sans le connaître , partageait ses idées, prit sa défense et le sauva.

En 1780, il exposait à Versailles, dans un discours sur « l'immoralité de nos lois » la nécessité de détruire cette construction sociale qui opprimait les hommes. Il annonça l'évangile de la fraternité et de l'égalité. Le roi et la reine, dit-il, l'écoutaient comme un hardi rêveur dont les attaques se dissiperaient en fumée.

En 1787, faisant le panégyrique de saint Louis devant l'Académie , il annonça le règne prochain de la liberté. Après l'avoir entendu , Marmontel et La Harpe lui dirent « avec attendrissement » que si l'on eût toujours parlé comme lui de la religion , les philosophes ne se seraient jamais élevés contre elle. Voltaire lui-même se serait écrié en l'embrassant : je suis chrétien.

En 1788, prêchant à Suresnes, prés Paris, un sermon sur les mœurs rurales, il s'éleva contre les seigneurs et les grands propriétaires, qu'il dénonçait comme le fléau des campagnes et les oppresseurs de l'humanité. Ce discours, dit M. Bisson , avait été composé pour la fête d'une rosière. Madame la comtesse d'Artois assistait à la cérémonie.

Nous arrivons à l'œuvre capitale du prêtre révolutionnaire , à son livre intitulé : De la Religion

(1) M. Picot (Biographie universelle) prétend qu'il fut interdit. Fauchet s'en défend avec vivacité dans son livre : De la Religion na tionale.

nationale. Fauchet se peint tout entier dans cet ouvrage ; essayons d'en donner une idée.

La première section développe très-longuement le principe qu'il adopte pour fondement de la religion nationale. — La société a besoin de la religion pour protéger ses lois contre l'indépendance et les attaques des passions ; voilà pourquoi il n'est pas un gouvernement dans le monde qui ne soit théocratique, ou qui puisse exister sans l'être. Les tyrans sont institués de droit divin, comme les démons. La religion s'oppose à la révolte ; elle condamne le tyrannicide ; mais elle ne s'oppose pas à la réforme des empires. Dans toute réunion d'hommes, il existe toujours une volonté publique, qui finit par s'imposer; des réclamations progressives, auxquelles on fait droit quand l'opinion les soutient. La doctrine des Apôtres est conforme à ces principes. Ils ont obéi en tout ce qui n'était pas inique , mais ils n'ont jamais fléchi sous l'injustice des princes.

Dans la deuxième partie de son livre , il étudie la •combinaison des droits de l'Église catholique avec les droits de la puissance temporelle. Il fixe l'étendue et les limites de l'autorité ecclésiastique. — Le code de la nature, dit-il, est tracé avec toute la perfection possible dans l'Évangile. Le moindre des fidèles, non-seulement peut mais doit refuser sa soumission, s'il lui est évident qu'on s'en écarte. Ensuite, il passe en revue les droits des évoques et du presbytère, des archidiacres, des fabriques et des officiaux. Il traite des abbayes et des prieurés, des séminaires, des facultés de théologie, des congréga-

tions sacerdotales. Il demande l'abolition du concordat de François Ier qui n'a pas, dit-il, le caractère de la loi, quoiqu'il en ait eu trop longtemps la force. La pragmatique-sanction, rédigée par saint Louis, doit être remise en vigueur. Les évêques seraient élus par les prêtres et les fidèles ; et dans le cas où le souverain pontife réclamerait contre cette institution, « on lui écrirait avec déférence, et ensuite on resterait en paix , dans la communion inviolable de l'Église universelle (1). Rendons hommage en passant au § ix de la seconde section, c'est-à-dire, aux vérités qu'il renferme. L'auteur y démontre les avantages du célibat ecclésiastique. Celui-là est un vrai chef-d'œuvre; il y a quelque chose de très-remarquable dans l'allure décidée, avec laquelle il attaque et pulvérise toutes les objections.

La troisième section traite des rapports de la religion avec les lois civiles, relativement aux laïcs. Loi de la tolérance , loi agraire , loi des mariages, autorité paternelle, successions, spectacles, liberté de la presse, repos du dimanche, rien n'est oublié. On y trouve un mélange incroyable de vérités philosophiques, de paradoxes, de sophismes et d'utopies qu'il est impossible d'analyser. A propos de la loi agraire , il y pose en principe que quiconque a cinquante mille livres de rentes, en fonds de terre, ne

(i) On retrouve cette phrase, ainsi que plusieurs autres du môme ouvrage, soit dans la lettre de communion qu'il adressa au souverain pontife, après son élection, le 20 février 1791, soit dans sa première lettre pastorale. Son livre: « De la Religion nationale > était donc en quelque sorte le programme da sa doctrine.

pourra plus acquérir d'autres biens territoriaux.

Transportons-nous maintenant au commencement de l'année 4793, et écoutons Fauchet rendre compte de son livre sur la Religion nationale, dans le Journal des Amis: « En 4789, dit-il, avant la tenue des États-généraux , j'avais publié un volume in-8° sur ce qui convient à l'univers libre, et spécialement à la nation destinée à ouvrir la carrière de l'égalité au genre humain. Les principes libérateurs y sont tous. La royauté, qui n'était pas encore perdue dans l'opinion , je la réduisais à la plus complète nullité d'action positive. Je n'avais pas besoin de faire entendre que de cette nullité à la suppression totale, il n'y a plus qu'un point d'évidence. » Tel est l'ouvrage que l'on imprimait en 1789, avec l'approbation du censeur royal, sous l'autorité du garde-des-sceaux (1 ) .

Nous avons indiqué les théories réformistes de l'évêque du Calvados. L'application qu'il en va faire à son diocèse ne tardera pas à porter ses fruits. A la fin du morceau que nous venons de reproduire, il s'emporte avec violence contre « la sottise et la scélératesse » des prêtres qui voulaient conserver « la rouille infâme » dont ils avaient « encroûté » la religion. Voyons donc ce que va mettre à la place te fougueux tribun qui affichait la prétention de réformer l'ordre religieux en même temps que l'ordre social. Pour mener à bien une si vaste entreprise , il n'aura pas trop de toute sa philosophie et de toute son élo-

(1) Le Censeur, l'abbé Coupé , garde des Titres et Généalogies de la bibliothèque du roi , déclare « qu'il n'y a rien trouvé qui lui ait paru devoir en empêcher l'impression. »

quence. Ou plutôt n'oublions pas que, peu de temps après avoir écrit ces pages, Claude Fauchet, évoque du Calvados , portait sa tète sur l'échafaud ; qu'avant d'y monter, il fut réconcilié avec Dieu et avec l'Église par un de ces prêtres sots et scélérats dont la superstition et le fanatisme révoltaient alors l'apôtre de l'égalité. Fidèle à cette pensée, nous tâcherons de raconter, sans partialité ni colère, les scandales dont il affligea le diocèse de Bayeux.

Dès le 26 avril 1791, l'abbé Fauchet avait écrit au Lettre

.•/• i . . ' i i • !•• i de communion

souverain pontite une lettre tres-hautaine , dite de qu-ii at]rPS,0 communion, dans laquelle il lui annonçait qu'il arri- a" Saint-pèrpvait à l'épiscopat sans l'avoir désiré, et que l'évoque métropolitain des côtes de la Manche (Rouen) lui avait donné l'institution canonique; puis, après avoir tracé, défini et restreint les droits du pape, auxquels il opposaitle droit des évêques, il ajoutait que le moindre des fidèles, non-seulement peut, mais doit refuser sa soumission, s'il lui est évident qu'ON s'écarte du code de la nature, tracé dans l'Évangile. Nous avons lu cette phrase plusieurs fois avant d'oser la transcrire ; mais on peut se convaincre, en la relisant après nous, qu'elle résume la pensée de l'auteur sur la nature du gouvernement spirituel. Fauchet fut sacré le 1er mai, en qualité d'évêque du Calvados , et vint prendre possession de son siège quelques jours après. Arrivé à Caen , il fut complimenté par le clergé, par les chefs de la garde nationale, qui avait pris les armes pour se trouver à sa rencontre, et par M. Bonnet de Mautry, ;i la tète de la municipalité. Ensuite , il se dirigea fers l'église Saint-Pierre, où M. Gervais de la Prise

lui présenta le clergé de la paroisse. Après le chant du Te Dewn, le nouveau prélat se rendit au club des Amis de la constitution , et y fut installé à la droite du président. Sa réponse au discours qu'on lui adressa, commençait par ces mots: « Frères et concitoyens, ma sensibilité est sans mesure comme mon bonheur^). »Les sentiments qu'il exprime dans cette harangue, l'espèce de mysticité dont elle est empreinte , sont comme le programme du système religieux qu'il essaya d'inaugurer parmi nous. « Il consistait, dit M. F. Vaultier (2), dans la prétention d'organiser l'avenir sur les principes de la fraternité universelle , en faisant amalgame de la philanthropie maçonnique et de la charité chrétienne, et en fortifiant la première par la seconde. » Ces principes ne s'étendirent pas au-delà du club dont il accepta la présidence ; mais il est certain qu'ils y pénétrèrent d'abord avec lui.

Le lendemain de son arrivée , il prêcha un sermon de charité dans l'église Saint-Pierre de Caen. Il insista surtout sur le précepte de l'aumône, et l'établit dans toute sa rigueur. Ce discours, qui produisit un grand effet sur la multitude , fit dire à d'autres que Fauchet avait prêché la loi agraire, et qu'il substituait le langage de la révolution à celui de l'Évangile. p<isc Le dimanche 15 mai, il vint à Bayeux. On se rap-

de possession. ,, _____ . . , .. •,!-/> i

pelle que Mgr de Cheylus lui avait défendu, sous peine d'excommunication, d'exercer dans son diocèse aucune fonction épiscopale. Un huissier apostolique fut

(1) V. Pièces justificatives.

(2) Souvenirs de l'insurrection normande

chargé de lui signifier cette ordonnance. Fauchet, visiblement ému, la reçut de ses mains à la porte de la Cathédrale; un instant après, le schisme était consommé (1).

A son arrivée parmi nous , Fauchet était accompagné de deux grands-vicaires qui ne se recommandaient ni par la modération de leur caractère, ni par la régularité de leurs habitudes. Ils se nommaient Gasnier et Chaix-d'Est-Ange. Nous ne connaissons le premier que par deux discours qu'il fit imprimer à Bayeux , l'un, à l'occasion du renouvellement de la municipalité, au mois de décembre 4791, l'autre, pour honorer la mémoire de ceux qui avaient péri le 40 août 1792, en attaquant le château des Tuileries. La violence contre le gouvernement du roi, la haine et le mépris des catholiques, le découragement et la crainte de l'avenir: tels sont les caractères qui dominent dans ces deux productions. Quant à Chaix-d'Est-Ange (2), c'était, nous disent les contemporains, un petit prêtre gascon, originaire de la ville d'Apt, en Provence, qui maniait habilement la parole , et possédait toute la

(1) Cet acte de vigueur que Msr de Cheylus exerça contre l'intrus, est rapporté dans les Notes rédigées par l'abbé Hébert, curé de Saint-Gilles, et dont le manuscrit autographe se trouve à la bibliothèque de Caen. Nous pouvons encore citer, à l'appui, le témoignage de M. l'abbé Le Fournier, ancien prieur de l'abbaye du Val et curé de Condé-sur-Noireau, auquel l'huissier dépositaire de la sentence l'avait raconté plusieurs fois en exil.

(2) On dit que son véritable nom était Chaix-de-S'-Ange; mais qu'il l'avait, comme on le voit, légèrement modifié, pour satisfaire aux exigences du calendrier républicain.

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confiance de son évoque. Il se fit donner la cure de Saint-Etienne de Caen , ce qui ne l'empêchait pas de présider à Bayeux une association politique, aux violences de laquelle l'évêque eut plus tard le malheur de s'associer. Chaix-d 'Est-Ange se maria en 1799, et il est mort avocat à la cour royale de Paris, le 28 mars 1820.

vicaires Pendant les deux années qu'il administra l'évêché du Calvados, l'abbé Fauchet eut un assez grand nombre de vicaires épiscopaux. On cite entre autres: Portalier, qu'il fut obligé de destituer et d'interdire à cause de ses désordres. L'abbé de Jumilly, curé constitutionnel de Saint-Jeande Caen, lui ouvrit les portes de son église, et l'y admit sans scrupule à exercer ses fonctions, malgré les réclamations de l'autorité diocésaine; — Simien des Préaux. Il se maria devant l'officier civil, et fut nommé en 1793 conservateur de la bibliothèque de Bayeux, que la Convention venait d'établir; — Michelet, ordonné prêtre à dix-huit ans, marié quelque temps après , et qui plus tard expia, dans les larmes d'une conversion sincère, les scandales de sa jeunesse (1); —Hébert, curé de Vaucelles de Caen, qui faisait publier ses pamphlets par la société des Amis de la constitution, et procéda brutalement a l'expulsion des Eudistes; — Quatre prêtres de la ville épiscopale: MM. Moulland, curé de Saint- Martin; Lécuyer, curé de Saint-Jean; Biet , curé de la Madeleine; Menand, curé de Saint-Sauveur; enfin, l'abbé de Croisilles, ancien secrétaire de l'archevêché

(1) V. sa Rétractation, aux Pièces justificatives

de Cambrai, qu'il choisit pour grand-vicaire à son arrivée. Sans doute il est loin de notre pensée de justifier les ecclésiastiques qui eurent le malheur de prêter leur concours à l'évêque du Calvados. Gardons-nous pourtant de les confondre tous dans la même réprobation. La corruption ou le défaut de courage, un orgueil surexcité jusqu'à la démence , les écarts du jugement unis quelquefois à une piété sincère : voilà les traits par lesquels on les distingue. Ils expliquent la différence de leur conduite religieuse, même avant l'époque où devaient tomber leurs dernières illusions. Celles de M. de Croisilles ne tardèrent pas à se dissiper, et aussitôt il expia glorieusement sa faiblesse. Dès le mois d'août 1795, il avait adressé au département, au district et à la municipalité, une première rétractation, qu'il renouvela quelques jours après, afin de la rendre encore plus explicite. Pendant l'intrusion de l'abbé Fauchet, il administra la paroisse de Septvents; mais sa piété et sa douceur y furent toujours appréciées, même par les chrétiens fidèles. Il était en prison avec l'abbé Moulland , quand on apprit la chute de Robespierre.

A peine l'évêque du Calvados était- il installé à

t. . Ses rapports

Bayeux , que M. Gervais de la Prise lui adressa un avec mémoire, dans lequel il prouvait aux anciens et aux M- d0 Ia Pr,senouveaux pasteurs la nécessité de prévenir le schisme, et leur en indiquait les moyens. Le principal , selon lui, était la convocation d'un concile national. Il le demandait pour sanctionner les nouveaux choix, et valider le pouvoir des desservants aussi bien que celui des évêques. Quoique, dans l'application, sa

théorie fût inconciliable avec le dogme catholique (1), elle ne pouvait séduire l'abbé Fauchet. Il répondit à M. de la Prise que l'Église s'était suffisamment expliquée; qu'il avait consulté M. Charrier de la Roche, évêque métropolitain des côtes de la Manche, et qu'il était d'accord avec lui pour reconnaître l'inutilité d'un concile. L'Église constitutionnelle , qui venait de rompre avec le saint-siége, se trouvait ainsi fractionnée par un nouveau schisme; les dissensions intestines de son clergé, amené par la force des choses à discuter contradictoirement les points les plus essentiels, mettaient à nu l'esprit d'erreur qui planait sur ses décisions.

Leure pagaie £q n'était point assez pour l'évêque du Calvados

de Fauchet. * * , l

de rompre avec le chef de l'Eglise; poussé par un aveuglement fatal, il osa, dans son mandement du 6 juin 1791, calomnier l'Église tout entière. Qu'on ouvre le concile de Trente, et dans un grand nombre des sessions dont il se compose (2), on verra les évoques traiter expressément de la réforme du clergé , descendre aux moindres détails et menacer les prévaricateurs des châtiments spirituels. N'importe, Fauchet a résolu de mettre en cause tous les prélats du monde catholique. « Réunis en concile, ils n'ont jamais rien fait, dit-il, de généreux et d'évangélique pour leur

(1) « Une nation, dit Bossuet, qui se regarde comme un corps entier, est une nation qui se détache de l'Église universelle. » (Hist. des variations, liv. vu.) C'est précisément ce que supposait, ce que demandait M. de la Prise, en accordant à un concile national le droit de résoudre toutes les difficultés que soulevait la constitution.

(2) Onze sur vingt-cinq.

propre réforme. — Il a été impossible, lors même que toutes les Églises la demandaient dans le xvie siècle, de l'obtenir au concile de Trente. Les pontifes ont mieux aimé livrer au schisme les Protestants, qu'ils auraient ramenés de leurs erreurs sur le dogme, si une réformation conforme à l'esprit de l'Évangile eût été saintement entreprise et courageusement consommée, par les Pères de ce synode œcuménique.— Non, jamais le régime des siècles primitifs de l'Évangile n'eût reparu dans la catholicité, si la Providence n'avait pas préparé, dans la raison publique et dans la volonté des peuples , la révolution du sanctuaire avec celle des empires. »

Ainsi donc l'Église tout entière avait trahi sa mission dans un concile œcuménique, et l'évêque du Calvados allait entreprendre de la régénérer, en la rappelant à son origine. Pour y parvenir, il comptait sur l'estime et la confiance de ceux qui l'avaient élu. « Frères, leur disait-il , votre volonté m'a fait monter au rang de vos premiers pasteurs ; elle m'en fera descendre, si je ne remplis pas vos intentions. On n'est point pasteur sans être reconnu et accepté par le troupeau. » Il aurait dû songer, en écrivant ces paroles, que, sur une population de cinq cent mille habitants, il n'avait obtenu que cent cinquante-deux suffrages.

En tête de ce mandement, on lisait le préambule suivant : « Claude Fauchet, par la grâce de Dieu et la volonté du peuple, dans la communion du saint-siége apostolique et dans la charité du genre humain , évêque du Calvados , à tous les ministres du culte nos vénérables coopérateurs, et à tous les fidèles du

diocèse , salut , fraternité , liberté , sainteté , paix , union, bonheur et bénédiction éternelle en Notre- Seigneur Jésus-Christ. » Cette étrange combinaison de mots et d'idées se trouvait reproduite sur son cachet , où un bonnet de la liberté est associé à un chapeau de cardinal.

Peu de temps après son installation, l'abbé Fauchet commença ses visites pastorales. Nous ne le suivrons pas dans ses excursions à travers les villes et les campagnes du Calvados. Il nous serait trop pénible d'y scruter journellement le détail de ses actions. « La conduite de M. Fauchet, dit un de ses biographes, aux lumières et à la sagesse duquel nous nous plaisons à rendre hommage , ne compromettait en rien sa position; il n'est pas vrai qu'il prêchât dans les rues (1). » Ce n'est pas nous qui oserions nous inscrire en faux contre le témoignage de l'honorable M. F. Vaultier; seulement, nous ne pouvons omettre celui de l'abbé de Valmeron (2), lequel nous est confirmé par plusieurs contemporains. Or, l'abbé de pèlerinage Valmeron reproche à Fauchet d'avoir prêché à la Délivrande par la fenêtre d'un cabaret, et même sur des tréteaux à côté d'un jongleur. Il est vrai qu'au lieu

(1) Note de M. F. Vaultier, citée par M. Trébutien.

(2) L'abbé Jarry (Pierre-Francois-Théophile), né à Saint- Pierre-sur-Dives en 1764, docteur en théologie de la faculté de Paris. Retiré d'abord à Jersey, il lança plusieurs pamphlets contre l'abbé Fauchet. Ces pamphlets ont pour titre : Lettre de l'abbé de Valmeron h M. Claude Fauchet. Nous avons déjà parlé de M. l'abbé Jarry à l'occasion de l'assemblée du clergé au bailliage de Caen. Plus tard, M8' Brault lui donna des lettres de grand-vicaire.

de la Délivrande.

DE BÀYEUX. IZbl

des blasphèmes qu'il faisait entendre a Paris, six mois auparavant , contre la femme de Joseph et le sieur Jésus, ci-devant Seigneur, son style s'était revêtu tout-à-coup des images bibliques les plus gracieuses, pour célébrer la Mère de Dieu. Il craignait avec raison la colère des pêcheurs , dont il essuya pourtant les épigrammes (1), et sur la place de la Délivrande, il ouvrit indistinctement aux deux sexes les bras de son « universelle charité. »

Il parcourut en quelques mois toutes les villes du visite diocèse. A Lisieux, on le vit un jour sortir en surplis à Lisieui de l'église Saint-Jacques, entouré d'une trentaine de prêtres qui avaient accepté sa juridiction. Sans autres insignes que la mozette épiscopale, la tête couverte d'un simple bonnet comme les autres ecclésiastiques, il portait à la main un faisceau de branches de myrte, liées ensemble avec un ruban tricolore. La garde nationale formait son cortège, à la tête duquel on portait une croix de procession. C'était ce que l'on appelait alors une promenade religieuse. Au-dessus de la porte d'un café, on voyait un tableau représentant un arbre, sur lequel se réfugiaient les prêtres réfractaires, tandis que l'évêque, armé d'un fauchet, sapait l'arbre par ses racines. La foule applaudissait à cette grossière allégorie.

Nous ne connaissons aucun détail digne d'être a vire.

(1) Comme il sortait de la Délivrande pour se rendre à Bernières, le sacristain de celte paroisse lui offrit une branche de laurier-cerise, en lui disant: Monseigneur, a faux évêque, faux laurier; et en même temps , le ménétrier du village se mit à jouer un air de circonstance.

rapporté, dans les notes qui nous sont communiquées sur son passage à Vire, le 8 juin 4794 . Il prêcha dans l'église Notre-Dame un sermon de charité, au milieu d'une affluence considérable ; le soir, il se promena dans les rues de la ville ; les vitres des maisons qui n'étaient pas splendidement illuminées, furent brisées à coups de pierres ; les gens honnêtes étaient indignés ; mais il est certain que sa parole électrisa les masses, et lui conquit de zélés partisans. Il put ainsi oublier un moment l'échec sérieux qu'il venait de subir à Falaise. a Falaise. Docteur en théologie de la faculté de Caen et doyen du canton de Falaise, M. Godechal, curé de Saint- Gervais, avait fait partie du conseil général de la commune. Son zèle, sa modération, le talent remarquable avec lequel dans plusieurs circonstances il avait défendu les intérêts de la ville , lui avaient concilié toutes les sympathies. Démissionnaire pour refus de serment, il publia sur cette matière une brochure de trente-quatre pages , signée de tous ses collègues , laquelle résumait avec une logique inexorable les principaux arguments qui touchaient à la question (4). Son successeur fut installé le 29 mai 4794 ; le 30, Fauchet arrivait à Falaise.

Le soir même , il se rendit au club ; la foule y accourut pour l'entendre , et le lendemain , quelques

(]) Elle a pour titre: « Exposé des motifs qui ont déterminé les curés, vicaires et autres ecclésiastiques, fonctionnaires de la ville de Falaise, à ne point prêter le serment exigé par le décret du 27 novembre 1790. » C'est sans contredit le plus remarquable des nombreux écrits du même genre que nous ayons entre les mains.

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agitateurs l'ayant pressé de demander à M. Godechal une conférence publique sur les questions qui partageaient alors le clergé de France, il lui écrivit le billet suivant : « Le peuple , Monsieur, demande que nous ayons , vous et moi, une conférence en sa présence, sur les matières qui nous divisent. J'espère que vous voudrez bien vous rendre à son désir. Je vous y invite d'autant plus volontiers, que cela me procurera l'occasion de vous connaître. » M. Godechal refusa d'abord, en faisant observer que les matières religieuses ne se traitaient pas dans un club ; que ce n'était pas ainsi qu'il avait coutume d'instruire ses paroissiens. Mais le commandant de la garde nationale, accompagné de quelques officiers, étant venu lui intimer l'ordre d'obéir, le curé de Saint-Gervais , suivi de son vicaire , se rendit avec eux à l'hôtel de ville ; une foule immense en couvrait la place ; pas un cri ne se fit entendre. Fauchet était à table avec plus de soixante convives ; il se leva pour recevoir le vénérable confesseur, et lui renouvela de vive voix la demandequ'il lui avaitadressée. Accepter sur-le-champ une lutte aussi solennelle, sans y être autorisé par ses supérieurs, c'eût été, de la part du curé de Saint-Gervais , un acte de témérité. Toutefois, il répondit qu'il ne craignait pas la discussion , pourvu qu'elle eût lieu devant un petit nombre de personnes , choisies de part et d'autre, et à condition que le débat serait recueilli par trois secrétaires. Il exigeait qu'un exemplaire du procès -verbal fût déposé dans un lieu public; le deuxième serait remis à M. Fauchet, et le troisième resterait à la disposition de son adversaire,

qui le ferait imprimer, dans le cas où ses supérieurs le jugeraient convenable. Cette proposition fut accueillie avec faveur. Seul, M. Fauchet en parut contrarié ; ses traits s'altérèrent, et il se contenta de répondre qu'une telle conférence serait inutile, et que, d'ailleurs, il ne pourrait s'en occuper qu'en négligeant d'autres fonctions. En vain M. le curé de Saint-Gervais multipliat-il ses instances: il n'obtint qu'un refus énergique, mais il fut applaudi par toute l'assemblée (1).

Les quatre curés de Falaise refusèrent le serment. Sur vingt- cinq ecclésiastiques qui composaient le clergé de la ville , trois seulement le prêtèrent après le départ de leurs confrères. Le clergé régulier n'eut a déplorer qu'un très-petit nombre de défections ; aucune religieuse ne voulut se soumettre au régime révolutionnaire. Les Ursulines surtout se signalèrent par une courageuse résistance. S'il faut en croire l'abbé Jarry, quand Fauchet, à la tête de ses satellites, eut pénétré dans leur monastère, non content de violer la clôture, il leva outrageusement la main sur la supérieure , et fit entrer à sa suite la populace qui l'accompagnait.

(1) Nous reproduisons , en les abrégeant, les détails rédigés sur cette entrevue par un ecclésiastique du diocèse de Séez, contemporain des événements. Ils devaient faire partie d'un travail que la mort ne lui permit pas d'achever.

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