CHAPITRE XXIII
Jugement de M. de Tocqueviile sur le clergé de 1789. — Commencement de la persécution. — Affaire du 5 novembre 1791. — Prêtres du diocèse de Bayeux massacrés aux Carmes — exécutés sur l'échafaud.
Dans son ouvrage intitulé : V ancien régime et la jugement Révolution, un homme dont on ne contestera ni m. de Tocqueviile l'impartialité éclairée ni les aspirations libérales , ""JnwT M. de Tocqueviile, de l'Académie française, déclare qu'ayant eu la patience de lire les rapports rédigés , en 4 787, par les anciens États Provinciaux , il fut frappé d'étonnement, en étudiant les idées sagement réformatrices , qu'y développaient les sommités du clergé. A part quelques déplorables exceptions , que nous nous empressons de constater avec lui , il se demande s'il y eut jamais dans le monde un clergé plus vertueux, plus éclairé, plus national, d'une foi
plus sincère que le clergé catholique de France , au moment où il fut surpris par la révolution. « J'ai commencé, dit-il, l'étude de l'ancienne société, plein de préjugés contre lui ; je l'ai finie , plein de respect. » Qu'on restreigne au clergé de notre pays ces judicieuses appréciations , et on reconnaîtra qu'elles lui sont parfaitement applicables. La persécution , il est vrai , mit en relief les vices de quelques-uns de ses membres; mais combien n'en est-il pas dont elle fit briller la vertu et le courage ; combien de cœurs légers , en qui la foi n'était pas éteinte et dont elle ranima la ferveur; que de victimes saintes, à qui elle ouvrit les portes du ciel ! Tout-à-1'heure , nos vœux accompagnaient les proscrits; nous suivions sur les flots le vaisseau qui les portait en exil ; il est temps de nous incliner devant la tombe des martyrs. commencement L'esprit révolutionnaire n'avait pas éclaté le même jour, avec la même violence , sur tous les points du département. On a pu remarquer qu'au commencement de 4792 , le conseil municipal de Bayeux admettait encore les prêtres insermentés à célébrer la messe à la Cathédrale. A Caen , au contraire , malgré la modération et la prudence qui semblaient inspirer les principaux administrateurs, l'intimidation organisée par les clubs se fit sentir beaucoup plus tôt. Depuis le départ de Mgr de Cheylus jusqu'à l'arrivée de l'abbé Fauchet dans le diocèse de Bayeux , la paroisse de Verson , située à deux lieues de Caen , avait repoussé les novateurs. Deux prêtres respectables, qui avaient la confiance des paroissiens, continuaient d'y exercer leur ministère; le dimanche et
de la persécution.
les jours de fête, quelques personnes de la ville s'y rendaient pour remplir leurs devoirs religieux. Le lundi de Pâques 1791 (1), un détachement de la garde nationale de Caen s'y transporta pendant l'office , précédé de deux pièces de canon. La frayeur fut grande; l'assemblée se dispersa, des désordres de plus d'un genre furent commis , la troupe se saisit d'un prêtre inoffensif, M. Adam, professeur de philosophie à l'université , et le ramena enchaîné derrière ses canons. Cette expédition, dirigée par le club, fut parmi nous le prélude de la persécution. Quelque temps après , l'abbé Fauchet assistait aux réunions du directoire et y faisait adopter contre les prêtres non-conformistes les mesures les plus rigoureuses.
Dès le 29 juin 1791, le directoire du département partagea en deux classes les ecclésiastiques qui refusaient le serment. La première comprenait tous ceux qui , ayant renoncé aux fonctions publiques du saint ministère , continuaient de dire la messe dans leur ancienne paroisse, sans qu'aucune réclamation s'élevât contre eux; ceux-là ne devaient pas être inquiétés. On rejetait dans l'autre tous les prêtres, quelle que fût leur position, dont la conduite « donnerait lieu à des plaintes ; » ceux-ci, l'autorité municipale pouvait non-seulement les éloigner de leur paroisse , mais encore les faire arrêter. Ce pouvoir discrétionnaire que le département conférait aux municipalités sur la liberté des prêtres fidèles , cette inquisition malveil-
(1) M. Hébert, curé de Saint-Gilles de Caen.
(Notes manuscrites.)
lante qu'il semblait provoquer contre eux, effrayèrent les ecclésiastiques de la campagne. Un certain nombre d'entre eux vinrent se réfugier à Caen ; plusieurs même, pour échapper à l'attention publique, prirent le parti de se travestir; ils nouèrent leurs cheveux et échangèrent leur soutane contre un frac de couleur. Le 40 août, la municipalité ordonna aux ecclésiastiques de porter « les cheveux ronds , » et leur défendit toute espèce de travestissement ; en même temps , elle recommandait aux citoyens de leur procurer sûreté et protection « sous la sauvegarde de la loi. »
Ce n'était pas le compte des clubistes. Ils eurent donc recours à la violence et à l'émeute , pour forcer la main aux administrateurs. Le 16 du même mois, l'abbaye de Saint-Étienne , où l'autorité départementale tenait ses séances, fut envahie par la foule. Des propos séditieux, des menaces de mort y retentirent contre l'administration. En même temps , le club faisait arrêter soixante prêtres dans la ville ou dans les environs. Le lendemain, le Département, « déterminé par la force des circonstances, » sanctionnait leur arrestation, qu'il n'avait point ordonnée, et leur assignait pour prison la maison des ci-devant Eudistes. Fier de sa victoire, le club y vint tenir quelques séances. Un soir, la veille de la fête de saint Barthélémy — c'est M. Hébert qui nous le raconte ■ — on l'entendit vociférer des menaces de mort contre ses victimes.
Le directoire du département n'ignorait pas que l'arrestation de ces prêtres était illégale. Il se crut donc obligé de faire une adresse à l'assemblée natio-
nale, pour lui demander d'étendre au Calvados les mesures rigoureuses décrétées contre les réfractai res, dans un département voisin . Cependant l'effervescence ne se calmait pas , et la municipalité, qui continuait de faire arrêter les prêtres, refusait de communiquer au Département le procès-verbal de ces arrestations. Alors, celui-ci décida qu'un compte-rendu de la situation serait transmis à l'assemblée nationale. Enfin, le 10 octobre 1791, le ministre ordonna que tous les prêtres , ceux qui avaient refusé comme ceux qui avaient prêté le serment , fussent admis partout à célébrer le Saint-Sacrifice. Malgré cette ordonnance , certains curés constitutionnels refusèrent l'entrée de leur église aux prêtres insermentés, et ceux-ci durent recourir aux agents de la force publique pour s'en faire ouvrir les portes.
De ce qui précède comme de ce qui va suivre , il résulte clairement pour nous , que la municipalité de la ville de Caen obéissait à la pression du club. Le Département, au contraire, placé dans une sphère plus indépendante, essayait encore de maintenir la légalité.
De jour en jour les esprits s'échauffaient; l'émeute grondait sourdement; l'explosion était imminente. Le 4 novembre 1791, M. Bunel, curé de Saint-Jean de Caen , profitant de la liberté que lui accordait le ministre , vint célébrer la messe dans son ancienne église. L'intrus lui en fit les honneurs avec courtoisie ; il voulut même , malgré l'opposition de quelques agitateurs, que l'on sonnât la cloche pour appeler les fidèles. Ceux-ci accoururent en grand nombre ; le
Affaire
du 5 novembre
chœur et le sanctuaire se trouvèrent remplis d'assistants; une réunion semblable fut annoncée pour le lendemain. Le club, l'ayant appris, en profita pour répandre des bruits sinistres. De tous côtés , on répétait dans la ville qu'une conspiration royaliste était sur le point d'éclater. Aussitôt le conseil général de la commune invita M. Bunel à ne pas paraître à l'autel le lendemain 5 novembre, et, dès le matin, le curé de Saint -Jean partit pour la campagne. Cependant les fidèles qui comptaient sur sa messe s'étaient réunis pour l'entendre ; de leur côté , les clubistes étaient à leur poste. Bientôt des menaces sont échangées ; une querelle s'engage ; un instant après, la ville était en feu. Tandis que la municipalité se transportait à Saint-Jean, on proclamait la loi martiale; le sang coulait dans l'église et dans la rue. Une partie de la garde nationale, irritée par les bruits de conspiration qui circulaient depuis la veille , poursuivait et arrêtait une foule de citoyens inoffensifs. L'agitation dura plusieurs jours. Enfermés au château de Caen , les détenus , au nombre de quatrevingt-quatre , n'en sortirent qu'à la fin de janvier 4792 (1). ■ Nous supprimons tous les détails, mais il est un
(1) Le nombre des détenus varie de quatre-vingt-deux à quatre-vingt-cinq , suivant les pièces où il est consigné. L'assemblée nationale ordonna que l'on traduisît l'un d'entre eux devant la haute-cour d'Orléans ; qu'un autre fût amené à la barre de l'assemblée , pour y être interrogé sur les faits résultant contre lui des pièces saisies le 5 novembre. Les deux prévenus étaient laïcs ; tous les autres furent rendus à la liberté.
DE BAYËUX. 331
point que l'on nous permettra de constater. Malgré les insinuations du procès-verbal de la commune, qui confond la cause des prêtres insermentés avec celle « des ci-devant nobles et des émigrants , » il est certain que ni l'abbé Bunel ni aucun de ses confrères ne furent compromis juridiquement dans les désordres de cette journée : les pièces du procès en font foi. Cependant le conseil général de la commune déploya contre eux des rigueurs excessives. Le soir du 5 novembre, il appela près de lui les administrateurs du district et ceux du département , ordonna aux étrangers de se présenter, sous vingt-quatre heures, à la maison commune et d'y déposer leurs armes ; en même temps, il proscrivait en masse le clergé orthodoxe, et lui défendait de célébrer la messe dans aucune église de Caen, jusqu'à la décision de l'assemblée législative. Un seul membre du département signa cet arrêt , les six autres demandèrent qu'on abandonnât aux prêtres insermentés une ou plusieurs églises non paroissiales; M. Bayeux, procureur-général-syndic, s'abstint de paraître à cette séance; le club demanda qu'on le mit en jugement ; il fut massacré par la populace quelque temps après.
Nous n'aurions pas dit toute la vérité sur cette malheureuse affaire , si nous n'ajoutions pas que l'évêque du Calvados en fut le premier instigateur. Ses ennemis le lui reprochèrent, et ses amis eurent le courage de l'en féliciter. Les mécontents, c'est-à-dire, les royalistes , étaient accusés par le club d'avoir « des vues » sur la ville de Caen ; ils devaient , disait-on , s'emparer du château et en faire une place
d'armes. L'évêque, qui, de près comme de loin, dirigeait le club de Caen, y porta ces rumeurs; il dénonça la ville comme le point central de la contre-révolution, il engagea les clubistes à demander du secours a leurs frères des autres villes , pour résister aux chevaliers p oi g nardins — c'était ainsi qu'il désignait la noblesse — et aussitôt les clubistes se mirent à l'œuvre. Plus tard , nous lui devons cette justice , indigné des mauvais traitements dont les prisonniers de la tour de Caen étaient victimes , l'abbé Fauchet réclama deux fois en leur faveur, à la tribune de l'assemblée , et demanda qu'ils pussent être visités par leurs parents.
Depuis le jour où ils avaient refusé le serment, la plupart des prêtres inconstitutionnels étaient donc traités comme suspects, et, en attendant les rigueurs de la loi , ils étaient soumis au bon plaisir des administrations locales. Au mois de décembre 4791, le conseil municipal de la ville de Yire fut informé que plusieurs citoyens, séduits par les ennemis de la paix, s'étaient portés dans l'église Sainte-Anne, et voulaient qu'on en fermât les portes aux prêtres non-conformistes; il déclara que la constitution laissait à ces prêtres le droit de dire la messe dans toutes les églises. Le 5 août 1792, le District en désigne un certain nombre pour être transportés a Caen ; il interdit à la municipalité le droit de leur donner des passeports , et la municipalité proteste contre cette défense.
Les mêmes rigueurs se faisaient sentir à l'autre extrémité du Calvados. Le 18 août 1792, quatre-
DE BÂYEUX. 333
vingt-quinze ecclésiastiques de Lisieux ou des environs furent conduits à Caen sur une dénonciation du District. Dans ce nombre figuraient tous les Eudistes qui avaient dirigé le grand et le petit séminaire , tous les Capucins , plusieurs chanoines et curés. Pendant les derniers jours du mois d'août, toutes les routes étaient sillonnées par des convois d'ecclésiastiques que l'on amenait dans les prisons de Caen. M. Allais, curé de Honfleur, dont nous avons raconté le départ pour l'Angleterre dans un précédent chapitre , fut amené à Caen le 1er septembre ; les magistrats le mirent en liberté lui et ses confrères , en leur ordonnant de sortir du royaume dans le délai fixé par la loi (4). Us firent plus; ils prièrent les gendarmes de servir d'escorte à leurs prisonniers, de les conduire où ils voudraient , de les protéger contre les insultes de la populace. « Les gendarmes, continue M. Allais, furent si joyeux de cette bonne nouvelle , qu'ils nous embrassèrent en nous l'apprenant ; nous acceptâmes leur proposition avec reconnaissance. » Ainsi donc, il est vrai de dire qu'à cette lugubre époque les hommes du pouvoir se sentaient débordés par leur propre parti. La plupart maudissaient en secret le rôle que leur infligeaient les passions de la multitude. Ils commençaient à craindre ses violences ; mais nul d'entre eux ne soupçonnait encore les ravages qu'elle allait bientôt exercer.
Les prêtres du diocèse de Bayeux qui , pendant la
(1) La loi du 26 août donnait le choix aux prêtres insoumis entre Vexil et la déportation. ïl fallait donc préalablement les mettre en liberté, pour qu'ils pussent choisir.
Terreur, furent frappés par la révolution , peuvent être rangés en plusieurs catégories. L'échafaud en fit périr quelques-uns; la garde territoriale en fusilla plusieurs autres; quelques assassinats grossirent le nombre des victimes. Rien de plus difficile que d'arriver sur ce point à un dénombrement exact. Il en est pour lesquels on n'a pas rédigé d'acte de décès. Pour d'autres , l'acte mortuaire ne spécifie pas le genre de mort qu'ils ont encouru. Il règne une grande confusion dans les dates ; les détails fournis par la tradition sont souvent contradictoires. Plusieurs sortent de prison après la Terreur , que certains biographes ont fait périr à une date précise , et dont ils ont raconté la mort. Pourtant, il nous eût semblé désirable de glorifier tous ces martyrs. L'armée a ses tablettes funèbres , où sont inscrits les noms de ceux qui meurent pour la patrie. Pourquoi la milice du sacerdoce craindrait-elle de nommer les braves qui se laissèrent égorger pour la foi? Dans cette pensée , nous avons remué la poussière des archives; nous avons fait appel au clergé du diocèse ; nous avons interrogé les vieillards. Peut-être, malgré tous nos soins , laisserons-nous échapper le nom de quelques victimes. Qu'importe , après tout , puisque ce livre doit périr? Il en est un autre que la Sainte-Écriture appelle le livre des vivants ; celui-là , on ne peut lui reprocher ni erreur ni lacune : immortel comme ceux dont le nom couvre ses pages, il est toujours présent à la pensée divine = C'en est assez pour satisfaire l'ambition d'un chrétien.
En tête de ce nécrologe, saluons d'abord les ecclé-
siastiques qu'un lien quelconque rattachait au diocèse de Bayeux, et qui furent massacrés à Paris, soit dans le jardin des Carmes , soit au séminaire de Saint- Firmin, en septembre 1792. Le premier qui se présente à nous est M. Hébert. Nous l'avons vu appelé à Caen, quelques années avant la révolution, pour y suppléer le supérieur-général des Eudistes ; mais sa résidence habituelle était à Paris. Détenu le 2 septembre 1792, aux Carmes-déchaussés , il fut frappé un des premiers dans l'oratoire du jardin. L'abbé Barruel, en racontant sa mort, parle de sa charité, de sa modestie, de sa rare prudence. Louis XVI, dont il dirigeait la conscience , lui avait écrit au commencement du mois d'août : « Je n'attends plus rien des hommes , je vous prie d'implorer pour moi les consolations du ciel. »— Avec lui périt M. Lefranc, originaire de Vire, membre de la même congrégation, supérieur du séminaire de Coutances (1) et auteur de plusieurs ouvrages. — M. Longuet (Louis) était né à Saint-Germain-Langot (doyenné de Cinglais), le 24 février 1757. Le témoignage de sa famille , d'accord avec plusieurs biographies, le met au rang des chanoines de Tours. Très-versé dans la science ecclésiastique, il avait prêché une retraite d'ordination peu de temps avant les troubles. Le jour où il quitta la province pour se rendre à Paris , sa mère eut le pressentiment de sa mort. « Peut-être , lui dit-elle , seras-tu bientôt entre les mains des méchants ; si ce malheur arrivait, ne regarde que le ciel, mon enfant,
(1) Certaines listes publiées par les historiens l'ont faussement désigné comme supérieur du séminaire de Caen.
Prêtres du diocèse
ne regarde plus la terre. » L'abbé Longuet se montra digne de ces pieux encouragements; il fui frappé aux Carmes à côté de l'archevêque d'Arles ; son nom est écrit sur les murs de la chapelle (1). — Il est à Caen de notoriété publique que M. Sanson, massacré aux Carmes, le 2 septembre, appartenait au diocèse de Bayeux , et qu'il était vicaire de Saint-Gilles. Cette indication est certaine ; on ne doit tenir aucun compte des listes qui la contredisent. M. Sanson s'était retiré à Paris , avec son curé, dans la maison des ci-devant Eudisles. Lorsque parut la loi de déportation [26 août 1792], ils songèrent au moyen de se procurer des passeports. L'abbé Sanson se rendit à la section de l'Observatoire , en demanda un pour lui-même , et ne put l'obtenir. Il fut mis en arrestation à la maison des Carmes , où il périt quelques jours après.
Si des Carmes nous passons au séminaire de Saint- Firmin, nous y trouverons encore deux noms à recueillir. — M. Saint-James (Pierre) était né à Saint- Ouen de Caen, en 1742, et on le comptait alors parmi les prêtres desservant l'hôpital de la Pitié. Aussi distingué par sa science ecclésiastique que par ses talents oratoires , il était docteur de Sorbonne , et Mgr l'archevêque de Paris l'avait élevé au canonicat.
(]) Il y a des familles qui semblent prédestinées à la gloire du martyre. Le frère du chanoine de Tours , M. Longuet (François), prêtre comme lui, s'était exilé en Angleterre. Il y devint pasteur de la congrégation de Reading, et il y fut massacré, « en haine de la religion, » le 13 février 1817; c'est le témoignage que Mgr l'Évêque de Londres a rendu à sa famille. Il appartenait , comme son frère . au diocèse de Bayeux.
Le 3 septembre 1792, il était détenu au séminaire de Saint-Firmin. Il y fut précipité par une fenêtre sur les piques des sentinelles qui faisaient la garde autour de la prison. Un de ses compatriotes avait été témoin du massacre ; de retour à Caen , il en raconta les détails. — Au nombre des victimes qui périrent le 3 septembre au séminaire de Saint-Firmin , on compte aussi M. Legrand, professeur de philosophie au collège qui portait à Paris le nom de collège de Lisieux ; il ne se rattachait donc à la province que par son titre, et nous ne le citons que pour mémoire.
Les exécutions capitales allaient bientôt commencer dans toutes les provinces.
Chassé de la ville en 1791 , par un ordre émané du Prêtres du diocèse Département, M. l'abbé Gombault, curé de Saint- LcE* Gilles de Caen, s'était retiré à Paris chez les Eudistes. sur réchafau,L Après la mort de son vicaire, il changea de domicile, sans oser sortir de la capitale, et il se tint caché « pour éviter l'arrestation (1). » On a prétendu qu'il s'était échappé des Carmes ; cette supposition est démentie par les actes du procès. A la fin du mois de mars 1793 , il revint en Normandie , se rendit à Caen et de là au village de Mathieu. La loi de proscription pesait sur lui. Désirant donc quitter le territoire de la république , il se dirigeait vers la Délivrande ; il espérait y trouver le moyen de se faire transporter en exil.
Quoi qu'en aient dit certains biographes , c'est à Mathieu et non pas à Caen qu'il fut arrêté ; les actes du procès en témoignent. Depuis cette époque, long-
(1) V. l'interrogatoire de M. Gombault.
temps encore après l'événement, toutes les fois qu'un groupe de villageois , se rendant à la Délivrande , traversaient l'avenue du bois de Mathieu , il était de tradition parmi eux de réciter un Pater et un Ave , pour le repos de l'âme de M. le curé de Saint-Gilles. M. Gombault se trouvait donc à Mathieu , le mardi 2 avril 4793. Quand les juges lui demandèrent « chez qui il avait couché la veille et chez qui il devait coucher le jour de son arrestation , » il déclara qu'il ne se croyait pas obligé de répondre ; nous sommes en mesure de combler cette lacune. Il y avait alors à Caen une famille honorable qui possédait à Mathieu ce qu'on nomme encore aujourd'hui le Petit-Château. Le chef de cette famille, M. Le Bourguignon de Blamont, ancien trésorier de France, renommé dans tout le pays pour sa piété et ses bonnes œuvres, avait reçu chez lui M. Gombault et l'avait emmené à sa campagne. Bientôt sa maison est dénoncée comme suspecte ; on l'entoure et on la visite. Le bruit se répand que le prêtre s'est réfugié dans les bois ; il y est bientôt arrêté. Aux termes de la loi, le directoire du département devait payer le prix du sang; un mandat de cent livres , prises sur les fonds « destinés aux frais du culte, » fut donc délivré aux citoyens de la paroisse de Mathieu , qui avaient concouru à l'arrestation (4).
(1) VHistoire politique et religieuse de l'Eglise métropolitaine et du diocèse de Rouen, par M. L. Fallue, contredit ces détails. L'auteur a reproduit longuement une tradition qui n'est pas exacte, et d'après laquelle M. le curé de Saint- Gilles, s'étant réfugié chez un sieur Le Courtois, dans le village de Mathieu, aurait été trahi par son hôte. On assure, il est
L'article premier du décret du 48 mars 1793 disposait que, huitaine après la publication, tout citoyen serait tenu de faire arrêter les émigrés et les prêtres soumis à la déportation , qu'il saurait être sur le territoire de la république ; l'article second ajoutait que tous les individus arrêtés en vertu de l'article premier, seraient conduits dans la prison du district, jugés par un jury militaire et punis de mort dans les vingt-quatre heures. Cette loi, dit M. Hébert (1), était arrivée au département , mais elle n'avait pas encore été promulguée : ce fut elle que les juges invoquèrent contre le proscrit. Il parut donc devant le tribunal criminel du jury militaire du département du Calvados, le 4 avril 1793 (2). Le conseil de guerre, désigné par l'état-major de la légion, sur un ordre du directoire , était présidé par l'adjudant-général. Celui-ci avait pour assesseurs le secrétaire-général de la légion, un chef de bataillon, un adjudant-major, un capitaine et un sergent. L'arrêt est signé de tous les juges; nous
vrai, que le nommé Le Courtois, auquel M. Gombault avait rendu quelques services, était effectivement à la tête de ceux qui l'arrêtèrent; mais ce n'était pas chez lui que M. Gombault s'était caché en se rendant à la Délivrande. Les descendants de M. de Blamont confirment sur ce point le témoignage trèsexplicite de M. Hébert, curé de Saint-Gilles. Il ne peut rester aucun doute à cet égard.
(1) Notes manuscrites de M. l'abbé Hébert, curé de Saint- Gilles de Caen.
(2) Le texte du jugement cite en toutes lettres la date du quatrième jour d'avril 1793 ; mais il rapporte cette date à la deuxième année de la république. La vérité est qu'elle correspond au 15 germinal an Ier. De là sans doute les contradictions et les erreurs des biographes , qui diffèrent entre eux sur le mois et l'année où ils placent la condamnation.
passerons leurs noms sous silence. Que Dieu leur pardonne le sang qu'ils ont versé.
La première question que les juges adressèrent à M. Gombault fut relative à la loi du 26 août 1792, qui le condamnait à la déportation. On lui demanda s'il la connaissait et s'il y avait obéi. Il répondit que, loin de chercher à s'y soustraire , il désirait y obéir. C'était dans ce but qu'étant à Paris , le dimanche 2 septembre, il avait envoyé son vicaire à la section de l'Observatoire. Il voulait savoir ce qu'il avait à faire pour se procurer un passeport; mais, ajoutait-il , la mort de M. Sanson l'avait frappé de terreur, et depuis le 2 septembre , il s'était caché pour éviter le même sort. Un peu plus loin, il déclara positivement que le jour où on l'avait arrêté, il se rendait à la Délivrande avec l'intention de se faire déporter. On a prétendu , nous ne l'ignorons pas , que les juges lui offrirent de racheter sa vie par le serment, et qu'il eut le courage de s'y refuser. Cette supposition est démentie par le texte même de la loi, et rien dans les actes du procès ne la justifie. Quand le président demanda au curé de Saint-Gilles pourquoi il n'avait pas obéi à la loi du serment , il se contenta de répondre que c'était pour obéir a celle de sa conscience. L'interrogatoire étant terminé, le président condamna le nommé Gombault (Toussaint-Jean-Marin), âgé de quarante-trois ans, a subir la peine de mort « sous les vingt-quatre heures. » Aucun défenseur ne fut appelé à prendre la parole.
Nous ne chercherons pas à dissimuler qu'en « apprenant sa sentence, le condamné montra quelques instants d'impression sensible, inséparable de la faiblesse
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humaine. » — Ces paroles sont de M. Hébert.— Pour que rien ne manquât au sacrifice de M. Gombault , Dieu permit que la tentation ne lui fût pas épargnée; elle ne servit qu'à mieux faire éclater son courage (1).
Le lendemain , 5 avril, à sept heures du matin, on battit la générale. A dix heures, la garde nationale tout entière était « rangée en bataille » sur la place Saint-Sauveur, depuis la prison jusqu'à la ci-devant église. La gendarmerie nationale occupait le centre de la place. A onze heures et demie , l'officier ministériel fit sortir le prêtre de la prison. Amené sur la place , il y fut exécuté au milieu d'un profond silence (2).
M. Gombault mourut comme les premiers chrétiens. M. Hébert, qui était à Caen le jour de l'exécution, raconte qu'elle produisit une salutaire impression sur plusieurs de ceux qui en furent témoins. Il voyait souvent à cette époque un de ces incrédules qui s'imaginent qu'en présence de la mort , l'homme ne saurait se montrer courageux. Celui-ci choisit donc sur la place Saint-Sauveur un appartement d'où il pût contempler à son aise les derniers tressaillements de la victime, et quand il revint trouver M. Hébert, il était transporté d'admiration. C'est, qu'en effet, l'attitude du condamné était admirable. Le calme qui rayonnait sur son front , la dignité de son maintien ,
(1) Ces détails intimes fuient transmis à M. Hébert, par M. l'abbé Sicot. alors sous-diacre , plus tard curé de Fontaine- Étoupefour. Il était à cette époque détenu dans la même prison que M. Gombault.
(2) Extrait du procès-verbal du registre de la légion de Caen.
le recueillement de sa démarche avaient frappé tous les assistants.
A peine le sang du juste avait-il arrosé l'échafaud , qu'une vive agitation éclata parmi le peuple. « Puisqu'on sacrifie les honnêtes gens , criait-on de toutes parts, les scélérats vont y passer (1). » Il y avait alors à la prison de Caen quatre détenus condamnés à mort, par jugement de différents tribunaux, pour vols et assassinats. Ils se nommaient Paris dit Cadence , Gros dit Drabon , Pillet et Cosne (2). Le peuple les fit sortir, les remit aux mains du bourreau, et le somma de les exécuter. Pendant ce temps -là , une foule considérable , dans laquelle on comptait un grand nombre de villageois, amenait sur la place le nommé Aiais , condamné à dix-huit ans de fers , et détenu à Bicêtre comme complice de Cadence. Le bourreau fut rappelé ; l'intervention des magistrats ne fit qu'augmenter le trouble , et le couteau de la guillotine se leva pour la sixième fois.
Alors, dit le procès-verbal , « le calme se rétablit, » et M. Hébert ajoute que les criminels exécutés par la vindicte populaire furent inhumés avec M. le curé de Saint-Gilles, dans la même fosse.
Le 24 décembre de la même année [4 nivôse an II], la ville d'Alençon fut témoin du même spectacle (3).
M. Le Chevrel , né au village de la Lande-Patry —
(1) V. les notes manuscrites de M. Hébert.
(2) Procès-verbal du registre de la légion de Caen.
(3) Richard Séguin rapporte la condamnation de M. Le Chevrel à l'année 1794. Nous avions pris cette date quand nous publiâmes notre Martyrologe dans la Semaine religieuse. Depuis cette époque , nous avons reçu d'Alençon des docu-
doyenné de Condé-sur-Noireau — vicaire du Préd'Auge (exemption de Cambremer), avait quitté sa paroisse au commencement de la persécution , et s'était retiré dans sa famille. Signalé aux agents de la commune de Fiers et arrêté par eux, il fut quelques jours après conduit k Alençon et condamné à mort par le tribunal criminel. Les juges lui demandèrent s'il avait prêté serment: « Oui, répondit-il, j'ai prêté serment de prendre soin des âmes qui me sont confiées, de travailler de toutes mes forces à les conduire au ciel. » Il chantait le Gloria in excelsis en montant à l'échafaud ; sa tête ne tomba qu'au troisième coup ; le tribunal ordonna que deux chapelets trouvés sur lui fussent brûlés par l'exécuteur.
L'année suivante , la proscription étendit ses ravages. La loi frappait également le prêtre insermenté et ceux qui lui donnaient asile. M. Riblier , vicaire de Saint-Martin , près Carrouges (diocèse de Séez) et Mlle Desacres-Guesdon , marchande de fil à Falaise , chez laquelle il s'était réfugié, furent amenés à Caen et condamnés à mort le 41 août 1794. En vain le président du tribunal essaya-t-il d'amener M1,e Guesdon k déclarer qu'elle avait violé la loi sans la connaître ; elle lui répondit qu'elle connaissait la loi , que cette loi était injuste et qu'elle avait voulu l'enfreindre. Avant de se livrer aux exécuteurs , M. Riblier lui exprima le regret d'être cause de sa mort. « Réjouis-
ments officiels , qui fixent l'exécution aux derniers jours de l'année 1793. Il en sera de même d'un très-petit nombre de détails que nous avons publiés en 1865 , et que de nouvelles communications nous ont permis de rectifier.
sez-vous plutôt de notre commun triomphe , » lui répondit-elle, et elle le devança sur l'échal'aud (1).
La crainte ferme souvent les cœurs a la pitié. M. de Saint-Agnan, chanoine de Séez, s'était retiré à Caen à l'époque de la Terreur, chez des amis qui le cachèrent pendant quelque temps, Après la mort de M. Riblier, M. de Saint-Agnan fut obligé de chercher un autre asile , et la Providence lui ouvrit les portes du ciel. Il fut condamné le 26 août 4794.
Le procès de M. Gombault n'est pas le seul dans notre département où l'autorité militaire ait pris la place des tribunaux civils. Quatre ans plus tard, le troisième jour complémentaire de l'an VI [19 septembre 4798], le commandant de la place et du château de Caen écrivait aux officiers municipaux pour les informer que le conseil de guerre de la quatorzième division militaire et une commission spécialement désignée , venaient de condamner à mort le nommé Desromes (2), prêtre, convaincu d'émigration. Nous ne saurions dire à quel diocèse appartenait M. Desromes , quelles fonctions il avait remplies , ni
(1) M. A. Guillon, qui a consacré un article de son Martyrologe à M. Riblier, et un autre à MHe Desacres, semble ignorer les circonstances qui les rapprochèrent. Il suppose que le premier fut condamné par le tribunal d'A lençon, et c'est là qu'il le fait mourir. Quant à Mlle Desacres-Guesdon (Marie- Jeanne), il l'appelle: Delaire (Mârie-ieanne-Guesdon), veuve, et pourtant il rappelle exactement sa profession , la ville où elle était domiciliée. La date à laquelle il rapporte le martyre de l'un et de l'autre est bien la date officielle. Nous le disons à regret , cette erreur n'est pas la seule du même genre que nous ayons constatée dans l'ouvrage de M. Guillon.
(2) Son nom est écrit Déromé sur le registre d'écrou de la maison d'arrêt,
dans quelle classe de proscrits le rangeaient ses opinions. La lettre du commandant de place et le registre d'écrou de la maison d'arrêt le désignent simplement comme étant « convaincu d'émigration. » La liberté des cultes était proclamée depuis le 21 janvier 1795; mais le pouvoir n'en continuait pas moins d'appliquer aux proscrits les mesures rigoureuses qui n'avaient pas encore été révoquées.
Un seul prêtre fut exécuté à Rouen pendant la révolution. Originaire de Vire, il se nommait Michel- Georges-François d'Anfernet de Bures. Il avait parcouru pendant dix-huit mois soixante communes du pays de Caux , sous le nom de Pierre Turpin , marchand de fil. Un registre dans lequel il consignait les noms de ceux auxquels il administrait le baptême ou le mariage , un calice dont il se servait de temps en temps pour célébrer la messe, le dénoncèrent aux persécuteurs; il fut mis à mort le 7 septembre 1794.
Tous les prêtres insermentés de l'ancien et du nouveau diocèse de Bayeux , qui ont été condamnés à mort pendant la révolution , ne furent pas jugés dans le ressort de leur département.
Il en est un dont la Liste officielle des condamnés rapporte le dernier domicile à la paroisse des Loges — district de Falaise — tandis qu'en réalité il était curé de Sainte-Marguerite-des-Loges , au diocèse de Lisieux. Il se nommait Bénard (Pierre-Gabriel). Son jugement porte la date du 1er juillet 1794. Il était resté dans sa paroisse après avoir refusé le serment. Une correspondance religieuse qu'il entretenait avec les supérieurs légitimes le signala aux persécuteurs.
Il fut conduit à Paris et mis à mort comme « contrerévolutionnaire (1). »
Le P. Queudeville, de l'Oratoire, était originaire de Caen. Il avait enseigné la philosophie et la théologie avec une rare distinction dans les différents postes que lui confièrent ses supérieurs. Plus tard , il remplit le ministère pastoral dans le diocèse du Mans. A la fin de 1793 , un de ses anciens élèves , député de la Sarthe, auquel il avait eu l'imprudence de demander des conseils , le fit arrêter pendant la nuit. — Il fut condamné à Paris, le 22 messidor an II [10 juillet 1794], à l'âge de soixante-deux ans. Ces derniers renseignements ont été puisés à Caen , aux archives municipales.
Une sentence du même tribunal , en date du 13 mai 1794, avait envoyé à l'échafaud D. Mauger, excuré de Wiz , c'est ainsi qu'on le désigne dans la Liste des condamnés , et auparavant membre de l'abbaye de Saint-Étienne de Caen. Ce n'est pas comme prêtre réfractaire , mais comme « conspirateur » que D. Mauger est inscrit au nombre des victimes. Après s'être distingué dans l'enseignement par sa haute capacité , il servit à Caen la cause du général de Wimpfen , prit part à l'insurrection normande du fédéralisme, et partagea le sort des vaincus. Il ne doit pas être confondu avec ceux qui précèdent; ce-
(1) La tradition raconte qu'un autre ecclésiastique, M. Lefrançois , après avoir desservi quelque temps la paroisse de Sainte-Marguerite-des-Loges , fut assassiné dans le bois de la llaitre, à huit kilomètres de Lisieux; mais sur ce point les renseignements sont assez vagues, et l'individualité de M. Lefrancois reste au moins indécise,
pendant nous croyons pouvoir affirmer qu'il est mort dans la foi de l'Église catholique.
On ne peut en dire autant de M. Bellœil , curé de Colleville-sur-Mer. On s'est trompé, évidemment, en le mettant au nombre des martyrs. M. Bellœil avait été interdit par Mgr de Cheylus de toute fonction curiale. Réintégré par M. Fauchet, qui fit à cette occasion le voyage de Colleville, il fut condamné à mort comme « contre-révolutionnaire. » Il avait écrit plusieurs brochures contre ses paroissiens. A l'en croire , ses adversaires sont des aristocrates , et luimême , un patriote calomnié. — Ceci se passait en
Quelque longue que soit cette liste funèbre, il nous serait facile de la grossir. Si nous voulions grouper ici tous les ecclésiastiques que leur naissance , ou un séjour plus ou moins prolongé, rattachait au diocèse, de Bayeux et qui allèrent porter ailleurs leur tête sur l'échafaud , nous pourrions encore citer quelques noms. Mais pour ceux-là les renseignements de première source nous manquent; nous nous exposerions à copier des erreurs. Il faudrait surtout connaître le véritable motif pour lequel ils furent mis à mort ; autrement , nous venons d'en donner la preuve , on s'expose à confondre les martyrs avec les ennemis de la foi. Quand on parcourt la Liste générale des condamnés , on peut se convaincre que la même qualification — celle de conspirateur ou de contrerévolutionnaire — est quelquefois appliquée à des individus dont il n'est permis de confondre ni les opinions politiques ni les croyances religieuses. Voilà
pourquoi nous avons cru devoir circonscrire nos recherches, et ne nous occuper que des ecclésiastiques sur la vie et la mort desquels on ne peut élever aucun soupçon.
Enfin, l'ouvrage qui a pour titre : Les Martyrs de la foi pendant la révolution française (1), cite comme ayant porté leur tête sur l'échafaud, M. Mondet, curé de Saint-Jean-des-Bois , au doyenné de Condé-sur- Noireau, et M. Gallot, chanoine prébende de seconde classe dans la cathédrale de Lisieux. Le premier aurait été condamné par le tribunal criminel de Caen, le 17 pluviôse an II [5 février 4794] ; l'autre , le 6 germinal [26 mars] de la même année. Tous les deux, s'il faut en croire les biographes, subirent l'exécution vingt-quatre heures après le jugement. Une exquise bienveillance nous a permis de contrôler ces détails aux archives de la cour impériale de Caen, et de rétablir la vérité sur ce point. Acquitté le 23 novembre 1792, mais retenu par mesure d'ordre, M. Gallot fut enfin condamné à la réclusion le 6 germinal an II. M. Mondet , curé réfractaire de Saint-Jean-des-Bois , fut condamné à la réclusion le 17 pluviôse an II, et enfermé à Caen, dans l'ancien couvent des Carmes. Assez de sang précieux a coulé sur l'échafaud ; nous sommes en garde contre les omissions ; nous craignons encore plus les erreurs.
(1) Par M. l'abbé A. Guillon.
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