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CHAPITRE III

L'abbé Outhier : Voyage au pôle nord. — Le P. Porée , de la compagnie de Jésus. — Charles-Gabriel Porée : Possession de Landes, — Sépulture dans les églises, — Mandarinade. — L'abbé Pluquet : Dictionnaire des hérésies.

Tandis que Mgr de Luynes déployait contre l'hérésie les mesures les plus vigoureuses, et travaillait à la restauration de la discipline fatalement compromise par les luttes du sacerdoce, quelques hommes distingués illustraient son épiscopat, en attachant leur nom a d'intéressantes publications.

Le premier qui vient s'offrir à nous, est l'abbé L'abbé 0uthier- Outhier, originaire de la Franche-Comté, élu en 4731 membre de l'Académie des sciences. Mgr de Luynes, désirant le fixer à Bayeux, le nomma son secrétaire particulier; mais, en 1736, il fut envoyé dans le nord, au Pôie"iord.

avec Mauperluis, pour mesurer un degré du cercle polaire. L'abbé Oulhier publia le journal de ce voyage avec plusieurs caries dessinées par lui-même. On y trouve des détails extrêmement curieux sur les mœurs et les usages de la Laponie; la bibliothèque de Bayeux en possède un exemplaire. Au retour de son expédition, qui dura deux ans, il vint se fixer dans cette ville, où Mgr de Luynes le nomma, en 4748, chanoine de la Cathédrale. Il résigna ses fonctions quelques années après le départ de son protecteur, et se retira dans une petite maison qu'il avait acquise près du couvent de la Charité. Il y mourut le 12 avril 1774, après avoir donné, jusqu'à la fin de sa vie, l'exemple du travail et celui de la piété. Il a laissé une carte du diocèse de Bayeux, beaucoup plus exacte que celle de l'abbé Petite; il avait fait le môme travail pour l'évèché de Meaux et l'archevêché de Sens.

Lep.iw. En prononçant ici le nom de Charles Torée, ce n'est point une biographie que nous nous proposons d'écrire, c'est un simple hommage que nous voulons rendre à sa mémoire. Né à Vendes, près de Caen, en 1675, il fut un des membres les plus laborieux de la compagnie de Jésus. Sans chercher la renommée, il l'obtint et la mérita, dans celte société qui comptait alors tant d'illustrations. Il fut à la fois un professeur distingué, un orateur brillant et un poète latin du premier ordre parmi les modernes. Malgré l'inclination qui l'eût porté de préférence vers les missions étrangères, il fut chargé par ses supérieurs d'enseigner la rhétorique au collège Louis- le- Grand. Ses

fondions devinrent pour lui une sorte d'apostolat ; jamais il ne manquait l'occasion d'éveiller le sentiment religieux dans son jeune auditoire. Voltaire, qui fut un de ses élèves, semblait attacher un grand prix a son affection , et lui décerna plus d'une fois des témoignages de reconnaissance (1). Les ouvrages du P. Porée sont l'expression assez fidèle du mouvement littéraire qui caractérise le règne de Louis XIV. Les tragédies qu'il composait pour ses écoliers, révèlent une étude sérieuse de Corneille et de Racine; on trouve dans ses comédies plus d'un emprunt fait à Molière, et l'on y admire une morale exacte , revêtue d'une élégante simplicité. Les harangues , les poésies latines ont pour cachet une diction ingénieuse, des pensées vives et brillantes, qui rappellent les qualités et les défauts de Sénèque le philosophe. Ce qui distingue le P. Porée comme orateur, c'est l'esprit, la finesse, une délicatesse un peu étudiée, une piété douce et bienveillante. On peut dire qu'en général il dédaigne le style nombreux, et on lui reproche avec raison de préférer à la période des antithèses et des jeux de mots. Le recueil incomplet de ses harangues — Orationes panegyricœ — qu'il avait abandonné à ses supérieurs , fut publié par eux en 1735. L'oraison funèbre de Louis XIV,

(1) Il écrivait au P. Porée, en 1728: « Si la Henriade vous plaît, si vous y trouvez que j'ai profité de vos leçons, alors, sublimi feriam sidéra verticc. — Surtout, mon révérend Père. je vous supplie de vouloir bien m'instruire si j'ai parlé de la religion comme je le dois. — J'ambitionne votre estime, nonseulement comme auteur, mais comme chrétien. »

l'orée.

prononcée en 1715, contient une appréciation sévère du jansénisme; il en fait remonter l'origine à la secte de Calvin. Un de ses discours les plus brillants est celui dans lequel il essaie d'appliquer au théâtre la réforme qu'il concevait pour tous les genres de littérature. Le P. Porée, nous dit un de ses contemporains, « ne connaissait que deux objets: les devoirs de la piété et ceux de son emploi. » Il les remplit courageusement jusqu'à la fin de sa vie, et ne fut absent de sa classe qu'un seul jour avant de mourir [1741]. Il avait enseigné pendant trente-trois ans. charies-Gabriel On l'a dit avec raison, les parentés illustres sont ordinairement funestes en littérature. Charles-Gabriel Porée n'est guère connu que des amateurs de biographie normande : la réputation de son frère l'a presque entièrement effacé. Il naquit à Caen, le 16 mars 1685. A l'âge de vingt-cinq ans, il entra dans la congrégation de l'Oratoire, en sortit quelque temps après, et fut placé auprès de Fénélon en qualité de bibliothécaire. Les entretiens du prélat l'éclairèrent sur sa vocation; il reçut le sacerdoce en 1716, fut successivement chanoine de Saint-Patrice et curé de Louvigny. Il se retira dans sa ville natale en 1741, et y mourut en 1770. Mgr de Luynes l'avait chargé de porter la parole devant le synode de 1733.

L'abbé Porée fut un des membres les plus actifs de l'Académie de Caen, où il faisait de fréquentes lectures. Il gardait l'anonyme pour ses autres compositions. Il nous est donc permis de laisser dans l'oubli un roman satirique — D. Ranucio d'Alétès — qui lui est attribué. Si nous rappelons ici le titre

de cet ouvrage , où les mœurs du clergé ne sont point épargnées, c'est uniquement pour répéter, avec les biographes , qu'il n'est pas certain que l'abbé Porée en soit l'auteur. Disons cependant qu'on voit quelquefois percer dans ses écrits l'esprit railleur et les préjugés philosophiques qui commençaient alors à se répandre. C'est ainsi qu'abusant d'un mot consacré par l'usage et par sa véritable étymologie, il s'élève avec force contre la dévotion, et déclare les dévots plus dangereux que les libertins. L'auteur, avant d'écrire ce morceau, aurait bien fait de consulter les sages distinctions du docte Bourdaloue, sur la véritable et la fausse dévotion, et de lire, dans La Bruyère, le chapitre des Esprits forts.

Les trois compositions qui rattachent les écrits de l'abbé Porée à l'histoire contemporaine, sont: Y Examen auquel il soumit la prétendue possession des filles de la paroisse de Landes, — les Lettres sur la sépulture dans les églises, — la Mandarinade.

L'abbé Heurtin , auquel la prétendue possession des demoiselles de Léaupartie donna , sous Mgr de Luynes, une fâcheuse célébrité, était déjà connu dans le diocèse de Bayeux pour un fait du même genre. Sur la fin de l'année 1716, tandis qu'il était vicaire d'Évrecy , une de ses pénitentes , nommée Marie Letoc, vint un jour lui raconter que deux hommes vénérables lui étaient apparus. Le premier, disaitelle, se nommait Baltfride, évoque de Bayeux dans le ix° siècle; il était accompagné de Hugues, son grand -vicaire. Ils annonçaient l'un et l'autre que leurs corps, après avoir été martyrisés par les Danois,

Possession de Landes

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étaient inhumés dans les ruines d'une chapelle dont la construction se rattache à celle de l'Église, et dont l'antiquité ne remonte pas au-delà du XVe siècle. Cependant Baltfride affirmait que c'était lui-même qui l'avait construite, et il ordonnait à Marie Letoc d'avertir l'autorité, afin que les corps saints, inhumés en cet endroit, fussent exposés à la vénération des fidèles.

Si l'étude des monuments historiques eût été, il y a un siècle, aussi avancée qu'elle l'est aujourd'hui, on n'eût accordé sans doute aucune attention aux discours de cette fille. L'énorme différence qui existe entre l'âge de la chapelle et l'époque où le saint évêque fut tué par les Danois , aurait à l'instant môme découvert l'imposture. On doit dire qu'à défaut de ce moyen , les supérieurs ecclésiastiques procédèrent avec toute la circonspection désirable: M. de Fontaines, vicaire-général de Mgr de la Tremoilte ; M. Damème , supérieur du séminaire de Caen; le P. Kergariou et le P. de Vitry, de la compagnie de Jésus; le P. Bernard, jacobin, étudièrent la question pour donner des conseils ; elle fut également soumise à M. de Launey-Hue et aux autres grands- vicaires. Après plusieurs enquêtes, Marie Letoc fut mandée à Bayeux, et déposée d'abord au couvent des Bénédictines. L'abbé Peschard la fit conduire, en 1718, à l'hôpital des pauvres, et une lettre de cachet, obtenue par Msr de Lorraine, l'y retint malgré les plaintes de sa famille. Elle y était encore en 4739, lorsque l'on imprima le compte-rendu de s.es dépositions.

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Il semble qu'un pareil dénouement eût dû guérir l'abbé Heurtin de sa crédulité. Cependant l'affaire d'Évrecy fut suivie, quelque temps après, d'une autre beaucoup plus grave, et qui obligea Mgr de Luynes à le suspendre de ses fonctions. Nous passons sous silence la condamnation dont il avait été frappé, en 1721, à l'occasion de Mme de Vacognes, parce que celte circonstance est étrangère aux faits qui nous occupent. Disons seulement que le parti janséniste, fort irrité de la conversion de cette dame, et de la profession de foi qu'elle crut devoir faire à son lit de mort, s'en prit à l'abbé Heurtin, son confesseur. Interdit à cette époque par Mgr de Lorraine, il était rentré en grâce auprès des supérieurs, lorsque M. de Léaupartie lui donna la cure de Landes, en 1723.

A peine l'abbé Heurtin y était-il établi, qu'une maladie des plus étranges vint attaquer la famille de son protecteur. M1,es de Léaupartie, élevées jusquela dans une très-grande piété, furent saisies tout-àcoup de convulsions épileptiques, durant lesquelles elles s'emportaient jusqu'à la fureur contre tout ce qui leur rappelait les devoirs de la religion ou les sentiments de la nature. Disons-le tout d'abord, posé la certitude des faits incroyables rappelés dans le mémoire que nous avons sous les yeux, nous concevons sans peine l'avis des médecins, qui regardèrent la maladie comme surnaturelle (1). Avant de nier le

(1) On cite, entre autres, M. Angot médecin à Caen, qui avait acquis une grande célébrité dans toute la province, et qui inclinait pour cette opinion.

pouvoir du démon sur les corps, il faudrait déchirer toutes les pages de l'Évangile où sont racontées les guérisons des possédés ; il faudrait contredire l'apôtre saint Paul, quand il nous avertit que nous n'avons pas seulement à lutter contre la chair et le sang, mais contre « les vertus des deux. » C'est ainsi, dit Bossuet, qu'il appelle les mauvais anges, à cause de leur origine, pour nous montrer qu'ils conservent encore, dans leur supplice, la puissance comme le nom qu'ils avaient par leur nature. « L'intelligence, continue ce grand écrivain, leur est demeurée aussi perçante, aussi sublime que jamais, et la force de leur volonté, à mouvoir les corps, leur est restée comme du débris de leur effroyable naufrage. » Que l'on réfléchisse un instant sur ces vérités , et l'on ne s'étonnera plus de la conduite de l'évêque dans cette circonstance.

Toutefois , si l'Évangile ne nous permet pas de révoquer en doute la possibilité d'une intervention surnaturelle , la prudence chrétienne nous impose une grande réserve , quand il s'agit de prononcer sur des phénomènes de cette nature. C'est aussi ce que pensait Mgr de Luynes. Non content de recueillir le témoignage des prêtres les plus instruits , et de procéder lui-même à l'examen des malades, il voulut que l'on interrogeât des médecins dignes de confiance. Or, sans parler des trois médecins du pays (1), dont l'avis fut contradictoire-

(1) MM. du Douet ; de la Ducquerie . doyen de la faculté de médecine ; Boulhrd; professeur à la faculté.

ment invoqué par les partisans et les adversaires de la possession, quatre docteurs de la faculté de médecine de Paris certifièrent, au mois de mars 1734 et 1735, que, sur les quarante faits soumis a leur appréciation, « quatre passent les forces de la nature, et ne peuvent être attribués à aucune cause physique (1). » Douze docteurs de Sorbonne firent à peu près la même réponse. Cette réponse, il est vrai, supposait avant tout la vérité des faits énoncés dans le mémoire. Ces faits avaient-ils été observés sans prévention? Furent-ils décrits avec exactitude? C'est un point sur lequel févêque reconnut plus tard qu'il avait été trompé. Du moins, il ne négligea aucun moyen de découvrir la lumière , et sans partager, comme on l'a prétendu , toutes les illusions de la famille, il fit ce que chacun aurait dû faire à sa place en pareille circonstance.

Ayant convoqué la faculté de théologie et la faculté de médecine , il leur adjoignit les supérieurs de plusieurs communautés. Les jeunes malades furent amenées à Caen, pour que leur état fût soumis à un examen juridique. On consulta le rituel du diocèse, où sont décrits les véritables caractères de la possession, et il fut impossible de les appliquer. Il est vrai que, pendant leurs syncopes, Mlle9 de Léaupartie étaient livrées à une insensibilité complète ; mais ce fait n'étonnait pas les médecins : ils n'y voyaient qu'un accident naturel. Une circonstance particulière vint fixer leurs incertitudes. Parmi les

(1) V. Pièces justificatives.

personnes sur lesquelles Us expérimentaient , se trouvait une servante d'une organisation plus forte que ses jeunes maîtresses, et qui résistait aux piqûres et aux brûlures par lesquelles on l'avait spécialement éprouvée. Un jour, le docteur Boullard lui plongea dans les narines un flacon de sel ammoniac; aussitôt ses larmes coulèrent; elle injuria grossièrement l'opérateur, et les expériences furent suspendues (1). Peut-être eût-il été à désirer qu'on s'en tînt là. Cependant l'évêque, pour condescendre aux désirs de la famille, fit venir de Paris MM. Herbinières et Le Carpentier (2), qui avaient l'un et l'autre une grande réputation comme exorcistes. Mais, voulant s'éclairer par une épreuve décisive , il exigea que l'on présentât aux malades deux billets manuscrits , connus de lui seul , mis sous enveloppe et portant son cachet. Pressées de révéler ce qu'ils contenaient, les malades se récusèrent; ce fut alors qu'après plusieurs années d'incertitude, l'évêque crut devoir se prononcer. Il congédia les deux exorcistes; l'abbé Heurtin fut exilé à l'abbaye de Belle-Étoile , y resta jusqu'en 1739, et fut transféré à cette époque chez le curé de Barbeville. Mlles de Léaupartie entrèrent dans différentes communautés, où la prudence et les soins des religieuses leur rendirent bientôt la santé.

(1) M. Larchevéque, médecin à Rouen , est cité aussi comme ayant concouru à découvrir la fraude.

(2) Quelques-uns écrivent à'Herbinière et Carpentier; nous avons suivi l'orthographe que l'on trouve dans les mémoires du temps.

C'est aussi ce que nous rapporte l'abbé Porée. D'accord avec lui sur la conclusion de ce mémorable procès, je ne l'ai pas toujours suivi dans les détails de sa narration. Il y a chez lui un ton léger et railleur, qui ne convient pas à la dignité de l'histoire , et les plaisanteries dont il assaisonne les événements qu'il raconte, supposent plus de malice et de finesse que de véritable impartialité.

Il n'en est pas de même de ses Lettres sur la sé^umv sépulture dans les églises. L'abus qu'elles censu- iCs /Jiles. rent, était général, et aussi contraire aux intérêts de la société civile que de la société religieuse. Déjà, en 4721, les deux puissances avaient fait de concert un règlement, dont les principes étaient puisés dans l'ancienne discipline ; on n'accordait le droit d'être inhumé dans l'église qu'aux ecclésiastiques, et à ceux dont la piété, le rang ou la naissance aurait mérité cet honneur. Les portiques et les cimetières étaient abandonnés indistinctement à tous les fidèles. Cependant nous voyons que, en 4743, on n'avait pas renoncé à l'ancien usage. On respirait dans certaines églises une odeur insupportable ; on trouvait même quelquefois sous les bancs des portions de cadavres oubliées par les fossoyeurs. L'abbé Porée proposa d'établir les cimetières à la porte des villes , et d'y transporter les morts dans des chariots , qui seraient accompagnés par deux ou trois ecclésiastiques, après la célébration du service religieux.

Le parlement de Normandie fut saisi de la question en 4749, par les marguilliers de la paroisse -Notre-Dame de Caen. Il s'agissait du droit de bancs

et de sépulture dans la jouissance duquel la famille Le Pelletier se plaignait d'avoir été troublée. Les marguilliers , au contraire , soutenaient qu'il y avait urgence de procéder à la réforme. Leur mémoire, publié dans le temps môme où l'abbé Porée donnait la troisième édition de son ouvrage , en confirme l'exactitude. On en peut juger par la citation suivante ; elle est extraite de l'arrêt du parlement :

« Ouï Brehàin, avocat des dits sieurs marguilliers et trésoriers de la dite paroisse, lequel a dit que leur église gémissait depuis long- temps sous le poids de l'indigence et de la pauvreté, par l'abus de ceux qui en avaient négligé les droits, aliénant à la discrétion du premier venu les places à perpétuité, et même jusqu'au droit de sépulture, sans aucune récompense ni indemnité : tels abus avaient rendu l'église Notre- Dame de Caen une seconde Jérusalem désolée. Tout était confondu dans le désordre, par la multiplicité et l'inégalité des bancs , et par les sépultures géminées les unes sur les autres, de façon qu'on ne pouvait pas trouver la liberté du passage dans l'ordre des processions, et qu'il fallait se frayer dans l'église même une route oblique , pour y pouvoir marcher avec décence et sûreté; etc. »

Le fait est que, avant cette contestation , chacun , pour une légère offrande de vingt ou trente sols, se posait comme fondateur, et prétendait jouir à perpétuité de la sépulture dans l'église. La cour décida que les délibérations prises par les trésoriers étaient exécutoires, et le revenu de l'église Notre-Dame, qui était descendu à trente- neuf livres dix sols,

DE ÏUYEl \. •'>!

s'éleva tout- à- coup à plus de mille livres. Ces chiffres, qui sont extraits de la procédure* en font mieux apprécier l'importance.

Parmi les autres ouvrages de l'abbé Porée, nous La Mandarine, citerons encore la Mandarinade , qui obtint à l'époque de sa publication un succès prodigieux, et acheva de conquérir à l'abbé de Saint-Martin l'immortalité du ridicule. Nous connaissons déjà le héros de. cette singulière aventure; nous savons que, plein d'une étrange vanité, il se parait avidement des titres les plus bizarres et les plus pompeux. Ce n'était pas assez pour lui d'avoir obtenu dans son voyage à Rome celui de protonotaire du saint-siége apostolique, et d'avoir joint aux insignes du doctorat en théologie le marquisat de Miskou, dans la Nouvelle- France : il se laissa persuader, sur la fin de sa vie, qu'il était élevé au rang de mandarin du premier ordre dans le royaume de Siam , grâce aux bons offices du chevalier de Chaumont, notre ambassadeur.

On était alors au carnaval de 1687. Des écoliers de l'université, déguisés en mandarins, offrirent un bonnet pyramidal à l'ancien recteur, au milieu des scènes les plus divertissantes. On lui remit une lettre du roi de Siam , qui le priait instamment de venir dans ses états pour y exercer la médecine; mais une lettre de cachet lui permit de répondre que le roi de France n'y consentirait pas. En vain quelques amis essayèrent de le désabuser; l'abbé les repoussa comme des hommes jaloux de sa gloire, et mourut trois ans plus tard, sans être entièrement guéri de ses illusions. La Mandarinade est précé-

oi HISTOIRE DU DIOCÈSE

dée d'une épîlre dédicatoire adressée aux habitants de la ville de Caen. L'auteur y évoque l'ombre du héros auquel il a consacré son livre, et lui fait critiquer, avec une verve moqueuse, les mœurs de ses concitoyens, qui préféraient à cette époque les délices de la bonne chère au culte des lettres et aux embellissements de la cité.

i/abbé piuquet: Comme l'aîné des Porée, l'abbé Pluquet n'appar-

Dictionnaire .• . t - î t» • • -vr »

des hérésies, tient au diocèse de Bayeux que par son origine. Ne en 1716 dans la ville épiscopale, grand-vicaire de M. de Choiseul, qui le nomma chanoine de Cambrai, il obtint à Paris, en 1778, une chaire de philosophie. De son temps, les attaques contre la religion commençaient à se répandre. Les encyclopédistes essayèrent d'attirer à eux l'abbé Pluquet; mais, loin de répondre a ces avances, il combattit les nouvelles doctrines dans plusieurs de ses ouvrages. Le plus célèbre est le Dictionnaire des hérésies, publié en 1762, l'un des plus exacts et des plus complets qui aient paru sur cette matière. La plupart des articles dont il se compose, sont des mémoires dans lesquels, après avoir retracé la naissance, les progrès et les conséquences de chaque hérésie , l'auteur oppose à leurs principes une solide réfutation. On s'étonna qu'il eût épargné celle de Jansénius. Cette omission le fit soupçonner d'attachement au parti ; mais au moins il est certain qu'il n'en avait adopté ni les travers ni les passions.

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