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CHAPITRE IV

Caractère de Msr de Luynes. — Ses talents oratoires. — Hommage rendu à sa mémoire par M. l'abbé Bellenger. — 11 relève l'Académie de Gaen. — Discours à l'Académie française.— Ses travaux pour l'Académie des sciences.

Caractère de

Nous ne nous proposons pas d'insister davantage sur les troubles, nés de l'hérésie, que Mgr de Luynes M«* devine* eut à réprimer dans le cours de son épiscopat. Les luttes où il fut engagé, portent toutes le même caractère. Tantôt, ce sont des prêtres turbulents contre lesquels il est obligé de recourir a l'intervention du pouvoir civil; tantôt, de simples fidèles, obstinés •dans l'erreur, dont les familles en appelaient au parlement ou au lieutenant-général, pour leur faire administrer à la mort les secours religieux. Pour peu qu'on s'élève au-dessus des considérations qui ont

dicté les plaintes ou fomenté la révolte, il est aisé de reconnaître que, dans ces tristes conjonctures, l'évêque de Baveux obéit toujours aux inspirations de sa conscience , et sut en concilier les devoirs avec les ménagements dont il tenait à ne jamais s'affranchir. Apprenait-il, soit à Bayeux, soit dans le cours de ses visites pastorales, qu'un appelant était aux prises avec la mort, il pénétrait jusqu'à lui et s'efforçait de le convaincre. On cite plusieurs de ses diocésains dont la bonne foi avait été trompée , et qui se rendirent à la force de ses raisons. D'autres, au contraire, craignant de ne pouvoir lui résister, déclaraient par testament qu'ils voulaient mourir dans leur appel. Les Jansénistes faisaient grand bruit lorsqu'un acte de rigueur lui était arraché par l'obstination des sectaires ; il serait pourtant difficile d'excuser ceux contre lesquels il se crut obligé de sévir. Il restreignit à sa paroisse le fougueux abbé Morel, curé de Saint- Germain-le-Vasson , qu'il pressa inutilement de signer le formulaire : c'était le châtiment que lui avait déjà infligé Mgr de Nesmond. Malgré les instances du duc deValentinois, Mgr de Luynes retint en exil le curé de Thorigny, dont la défection avait entraîné plusieurs de ses confrères. L'abbé Delaunay, principal du collège de Bayeux, en fut chassé en 4731. Il avait lassé la patience du prélat par sa résistance audacieuse et l'insolent orgueil de ses réponses. Enfin, l'abbé de Meherenc, chanoine de la Cathédrale, fut envoyé en 4732 au séminaire de Caen. Les Nouvelles ecclésiastiques nous apprennent qu'il était un de leurs correspondants ; elles le plaignirent « d'avoir été

es talents

oratoires.

DE BÀYEUX. •')•">

condamné aux bêtes ; » mais elles eurent soin d'ajouter « que les bêtes ne l'entameraient pas. » En effet, il fut exilé à Blois et ensuite à Auxerre, où il mourut en 1749.

On a pu remarquer que Mgr de Luynes regardait la prédication comme un devoir de sa charge. Il est certain que, dans les différentes missions de son diocèse, dont il était toujours le principal orateur, on ne cessait d'admirer l'élégance de sa parole, l'énergie de sa dialectique, auxquelles s'ajoutaient l'éclat et la véhémence des inspirations. De la chaire , il passait au confessionnal , et y consacrait quelquefois des journées entières à recevoir les aveux des pénitents. Une circonstance particulière l'obligeait- elle à parler en public sans y être préparé , les ressources de l'improvisation ne lui faisaient jamais défaut. On raconte qu'un jour, l'orateur qui prêchait en sa présence, étant resté court, il excusa son défaut de mémoire, prit aussitôt sa place, remplit ses divisions, et charma l'auditoire par son éloquence.

Il y avait trente-cinq ans que le cardinal de Luynes avait quitté l'évêché de Bayeux pour l'archevêché de à »a mémoire Sens , lorsque M. l'abbé Bellenger fut chargé par l'Académie de Caen de prêcher son oraison funèbre, dans l'église abbatiale de Saint-Etienne. On peut donc en quelque sorte accepter comme le jugement de l'histoire le témoignage qu'il rendit alors à sa piété et à son caractère: « Sa piété fut exemplaire, nous dit-il, au milieu des scandales qui auraient dû l'affaiblir; on le vit se plier avec courage à la discipline ecclésiastique, si opposée à la licence des armes, et

iioiiun.

rendu

l'Académie de ("aen.

joindre k l'innocence des mœurs la ferveur d'un anachorète et le zèle d'un apôtre. — Il n'avait point celte hauteur dédaigneuse qui intimide, cet air froid et glacial qui fait rougir des grâces celui qui les sollicite. Sa protection ne se montra jamais que sous les traits de la bonté la plus affectueuse, et ceux qu'il refusait, il les consolait par un accueil obligeant. » Ce n'était pas seulement à l'ancien évêque de Bayeux que s'adressait ce pieux hommage: l'Académie n'avait point oublié le gracieux empressement avec lequel le prélat lui ouvrit son palais , et la restauration qui date de son protectorat, relève Fondée en 1652, par M. Moysant de Brieux, l'Aca-

démie des sciences, arts et belles-lettres de la ville de Caen comptait trente titulaires et six surnuméraires, choisis dans les congrégations religieuses. Le bureau se composait d'un protecteur, qui résumait en lui tous les pouvoirs; d'un directeur, qui présidait en l'absence du premier dignitaire, puis d'un secrétaire et d'un lecteur. La compagnie devait se réunir en séance particulière une fois chaque semaine, et donner tous les mois une séance publique. Ce fut à ces conditions que Louis XIV la reconnut en 1705, et lui accorda des lettres patentes qui l'instituent à perpétuité. Le '2.2 novembre 1708, Mgr de Nesmond y présenta le discours que Mgr l'évêque de Toul avait fait à l'ouverture du parlement de . Paris, et en demanda la lecture. Dans le courant de l'année 1714, les réunions cessèrent faute de Protecteur. On essaya de les rétablir à l'arrivée de Mgr de Lorraine ; on lui proposa môme de relever l'institu-

tîon. Il le promit, mais s'en laissa bientôt détourner par d'autres préoccupations. A peine Mgr de Luynes eut-il pris possession de son siège, qu'il accepta la même tâche. Le 11 janvier 1731, il installa les associés à Caen , dans son palais. 11 était assidu aux séances ; il y prononça plusieurs discours , y lut quelques travaux, notamment l'éloge de Louis XIV. Enfin, sur la demande de l'Académie, il lui fit cadeau d'un cachet à son usage. On comptait alors, parmi les membres ecclésiastiques , le P. André , jésuite ; le P. Macé, cordelier, et D. Le Maître, bénédictin de Saint-Maur. Le P. André, ayant fait, en 1740, l'analyse de tous les discours qui avaient été lus dans le cours de cette année, l'offrit à Mgr de Luynes, qui lui promit d'envoyer son travail à l'auteur du Mercure. On ne voit pas que le prélat ait accompli sa promesse. En 1746, il présidait la réunion à laquelle fut présenté un jeune homme de dix-huit ans, M. d'Azy de Tavigny, sourd et muet de naissance, auquel un portugais, le sieur Pereyre, avait appris en quatre mois à lire, à écrire et à prononcer plusieurs mots distinctement. Tous les détails de cette transformation merveilleuse furent confirmés à l'Académie par le P. Casaux, prieur de l'abbaye de Beaumont-en-Auge, sous les yeux duquel l'éducation s'était faite. Le jeune Tavigny, interrogé par Monseigneur, répondit avec à-propos à différentes questions qui lui furent adressées. A l'époque dont nous parlons, ces résultats passaient pour un prodige.

W de Luynes ayant été nommé archevêque de Sons, en 1753, l'Académie le pria de conserver le

litre de Protecteur; mais, à partir de cette époque, elle tint ses séances à l'hôtel de ville. Discours Après la mort du cardinal de Fleury, l'Académie francise, française , à l'unanimité , offrit son fauteuil à Mgr l'évoque de Bayeux. Il y prononça, le 46 mai 4743, un discours remarquable, dans lequel on admira la finesse et l'élégance de son esprit, en même temps que la pureté de son goût. « La poésie, l'éloquence, l'histoire, dit-il, à ses nouveaux collègues, tous les genres de style, môme celui de la conversation, le plus libre de tous , sont assujétis à vos lois , et quelque ennemi que l'homme soit de tout empire , celui que vous exercez , plaît toujours, parce que vous n'en faites usage que pour notre agrément et notre utilité. Vous avez purgé la langue française de cette barbarie qui la défigurait, de cette indécence qui la déshonorait, de cette dureté qui la rendait si choquante, et, ce qui est du moins aussi précieux, de cet excès contraire, où la fausse délicatesse et les recherches trop curieuses avaient engagé quelques-uns de nos écrivains modernes. Parée de l'élégance, de la justesse, des grâces, de l'harmonie que vous lui avez données , elle a entraîné toutes les nations; elle est devenue la langue universelle; on la parle dans toutes les cours ; on se fait honneur chez les étrangers de l'étudier d'après vous, et d'en connaître toutes les délicatesses; elle a vaincu jusqu'au préjugé que l'on a pour la langue de son pays. Par là, vous avez facilité ce commerce d'esprit si profitable aux uns et aux autres ; toutes les richesses de l'étranger sont parvenues jusqu'à nous; toutes les

pour l'Académie des sciences.

nôtres ont été portées jusqu'à lui , et l'empire des lettres est devenu florissant. »

Dans sa réponse au récipiendaire, le directeur, M. de Montcrif, fit valoir comme un service important rendu à la littérature la restauration de l'Académie de Caen, cette fille aînée de l'Académie française. « Elle avait, dit-il, attiré nos regards dans ses diverses fortunes; nous regrettions sa gloire passée sans prévoir que le renouvellement de cette même gloire ajouterait un jour a la nôtre. »

A une élocution facile et ornée, à la maturité du ses travaux jugement, Mgr de Luynes joignit un goût prononcé pour les sciences mathématiques et les sciences naturelles. II avait fait élever un observatoire à sa maison de. campagne de Sommervieu; il fut reçu membre honoraire de l'Académie des sciences, et y présenta, depuis 1761 jusqu'en 1772, plusieurs travaux intéressants, parmi lesquels on cite un mémoire sur le mouvement du mercure dans les baromètres dont les tubes sont de diamètres inégaux, et chargés par des méthodes différentes.

Enfin , dans les deux diocèses qu'il administra successivement, on le vit assister aux exercices littéraires des écoliers, y déployer autant d'aisance que d'à-propos et de sagacité. On lui doit, à Sens comme à Bayeux, la restauration des bonnes études, et dans ces deux diocèses, les gens de lettres le trouvèrent toujours disposé à les protéger ou à les secourir.

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