CHAPITRE
Changements opérés par Mgr de Luynes — dans le bréviaire, — dans le missel. — Voivenel, auteur du plain -chant. — Sa manière de procéder. — Rituel de Msr de Luynes. — Modifications introduites par Msr de Rochechouart et M8r de Cheylus. — Bréviaire de Londres. — Projet de Msr Duperrier. — Lettre de Msr Robin à S. S. Pie IX.
Un siècle s'était écoulé depuis que M^r cTAngennes
et Mgr de Nesmond avaient rédigé , conformément à
changements ja liturgie romaine, l'un le missel, l'autre le bréviaire
opérés par
■g' do Luynes. de Bayeux , lorsque Mgr de Luynes renouvela l'édition de tous nos livres d'église. Nous n'avons pas à discuter ici les motifs qui le portèrent à s'écarter des traditions suivies par ses illustres prédécesseurs. Il crut sans doute, comme beaucoup d'autres évêques de France, devoir faire aux exigences de la critique certaines concessions qui, de nos jours, ont été diversement appréciées. Observons toutefois que plusieurs de ses collègues l'avaient précédé dans la voie des
DE BAVEUX. <>l
réformes, et que, s'il s'y engagea, ce fut avec une extrême prudence. Que l'on compare, en effet, à nos livres d'église ceux qui parurent à la même époque dans d'autres diocèses, et l'on trouvera chez nous, plus que partout ailleurs , des restes précieux de la liturgie romaine. Du reste, quelle que soit l'opinion que l'on adopte sur ces graves questions, on est forcé de reconnaître qu'en publiant un bréviaire, un missel et des livres de chant, Mgr de Luynes n'avait point démérité du saint-siége : ce fut en 1749 qu'il mit la dernière main à ses travaux liturgiques, et en 1756, Benoît XIV le nomma cardinal.
Les changements qu'il opéra dans le bréviaire de Bayeux, consistèrent principalement à remplacer une partie des hymnes anciennes , dont la poésie était sensiblement défectueuse , par des hymnes nouvelles; à substituer aux antiennes, aux répons et aux versets de style ecclésiastique, des versets, des antiennes et des répons tirés de l'Écriture sainte; à supprimer dans les légendes plusieurs faits qui semblaient dépourvus de preuves ; à mettre en regard dans le même morceau , par exemple dans les répons , des extraits des deux Testaments, pour en mieux faire sentir la conformité ; à terminer chaque jour la première des petites heures par la récitation des décrets d'un concile. De plus, le bruit s'étant répandu que Mgr de Luynes préparait une édition du bréviaire, il avait reçu, dès l'année 1730, changements
, „ , , dans le bréviaire.
une pièce de vers français composée par les professeurs du collège du Bois, qui lui demandaient avec instance que l'office fût abrégé. En effet, les dix-
huit psaumes que l'on récitait le dimanche à matines, furent réduits à neuf. On retrancha trois psaumes de laudes, un de prime, un des complies et trois de l'office de la férié, chaque jour de la ^semaine : telle est l'origine du bréviaire actuel. Il fut imprimé à Bayeux, chez Briard, en 1738.
On a reproché avec raison à quelques évoques français d'avoir abusé de ces innovations pour introduire dans la prière publique des tendances favorables à l'hérésie. Ce reproche ne peut atteindre Mgr de Luynes. Le parti janséniste, nous en avons la preuve en main, se plaignit « des préjugés du pasteur, » qui avaient rendu « l'entreprise imparfaite. » Il regretta surtout que l'on eût rejeté les hymnes de Coffin, « sous prétexte que ce poète n'était pas assez favorable à la constitution. » Ainsi donc, quand même Mgr de Luynes n'aurait pas toute sa vie déployé contre le jansénisme une sévérité inexorable, ses adversaires se chargeraient d'établir qu'il éloigna systématiquement de nos livres d'église tout ce qui aurait pu en faire suspecter l'orlhodoxie. changements Le missel fut imprimé à Paris, en 1743, et, comme le bréviaire, il eut à subir quelques changements. Le plus important consiste dans l'adjonction d'une prose aux principales fêtes de l'année. Du reste, ils furent empruntés en grande partie au missel de Paris, qui venait d'être publié. Mgr de Luynes s'en fait un mérite dans la préface ; on y voit également qu'il s'était entouré des conseils de son chapitre. Parmi les ecclésiastiques qui furent conviés à ce travail, l'histoire a conservé le nom de l'abbé Moussard,
dans le missel.
DE BÀYEUX. ïù\
frère de l'architecte., vicaire-général pendant la vacance du siège et sons l'administration de Msr de Luynes. On sait qu'il eut une grande part à la révision du missel et à la transformation du bréviaire. Celle des livres de chant fut confiée à un habitant voitenei,
• auteur
de Vire, nommé Yoivenel. (1). Que doit-on penser du piam-chnnt.
de son travail? Nous avons fait cette question à l'un
de nos confrères, auquel la pureté de son goût et
des études spéciales, consignées dans un livre trop
peu connu, donnent le droit de la résoudre ; voici
en abrégé ce que M. l'abbé Dolé a bien voulu nous
répondre :
Dans nos livres d'église, nous dit-il, tout ce qui est fondamental, tout ce qui tient à la constitution du plain-chant, a été respecté. Le chant bayeusain, loin d'être affreux, comme l'a prétendu un critique célèbre, compte un grand nombre de pièces remarquables. Il est coulant, il flatte l'oreille, il est surtout d'une exécution extrêmement facile; mais il n'observe pas toujours assez fidèlement les règles du plainchant grégorien dans tous leurs cas d'application. De plus, on ne rencontre clans nos livres que de rares exemples des anciens modes ou tons , qui appa-
(1) Nous ne nous arrêterons pas à discuter Je chiffre de la somme qui lui fut allouée, — trois mille francs d'après les uns, trente mille francs selon les autres. — Disons seulement que ceux qui tiennent pour la dernière, ne semblent pas s'être rendu un compte bien exact de la différence qui existe entre les valeurs anciennes et les valeurs actuelles. Trente mille francs représentaient, il y a plus d'un siècle, une somme énorme, que le chapitre ou l'évêché de Baveux n'eût pas cru sans doute pouvoir accorder.
de procéder.
raissent fréquemment dans le romain. Les mêmes formules, dans chacun des tons, se reproduisent constamment ; les chutes , les repos sont préparés et amenés de la môme manière, comme si le compositeur avait coulé les pièces de chaque ton dans un moule uniforme. Ce reproche , que font tous les connaisseurs à nos livres d'église, est indubitablement fondé. Maintenant si l'on compare les livres romains au graduel et à l'antiphonaire de Bayeux, on trouvera souvent le même texte de part et d'autre, sa manière mais avec un chant tout différent. Ici on abrège les neumes; là on en introduit dans le morceau que l'on imite ; ailleurs on se contente d'allonger la phrase musicale ; quelquefois l'auteur commence sa pièce comme l'ancien livre, la poursuit pendant plusieurs portées, sans abandonner complètement son modèle, pour terminer ensuite à sa fantaisie. Il est clair, ajoute M. Dolé , que l'auteur partageait les idées de son temps, ou du moins qu'il en subissait l'influence. Il était difficile que le chant romain parût acceptable à une époque de réaction contre les anciennes liturgies.
Les proses et les hymnes sont pour la plupart des morceaux d'emprunt. Voivenel chercha fortune de tout côté, et profita souvent du travail d'autrui, en le retouchant à sa manière. En général, le chant des proses est écrit d'un style vif et animé ; elles respirent l'allégresse qui doit remplir noire âme aux grandes solennités : c'est la partie de l'office à laquelle le peuple est le plus attaché, et qu'il est le plus à désirer qu'on lui conserve.
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Ce fut à Paris, chez J.-B. Coignard, que Mgr de Luynes fit imprimer ses livres de chant: l'antiphonaire en 1739, le graduel en 1745. Les remarques que nous venons de faire sur l'un et sur l'autre , sont applicables au processionnaire. Il fut publié par le même éditeur, en 1749.
La nouvelle édition du rituel avait paru en 1743; Ritucl elle était conforme au rituel de Rouen, que venait de Mg* de Luynes. publier Mgr de Saulx-Tavanes. Mgr de Luynes s'applaudit, dans la préface, d'avoir fait cet emprunt à la métropole, a l'exception de quelques usages particuliers à son Église , qu'il a cru devoir conserver.
Mgr de Rochechouart donna, en 1771, une édition Modifications du bréviaire, dans laquelle il introduisit l'office de pTJm!sl saint Vincent de Paul, canonisé par le pape Clément de Iloc',fLhoiia,t
r l l et de Cheylus.
XII, en 1737, et celui de sainte Jeanne- Françoise (Fremiot de Chantai), canonisée par Clément XIII, en 17G7, quinze ans après sa béatification (1). Une assemblée générale du clergé, qui eut lieu à Paris en 1765, avait décidé qu'un culte solennel serait rendu par toute la France au Cœur de Jésus-Christ. Ce fut alors que cette fête prit rang dans la liturgie, sous le rite double -majeur, le troisième dimanche
(1) La béatification de sainte Jeanne-Françoise avait eu lieu sous MBr de Luynes , en 1752. L'abbé Porée en raconta les détails , sur la demande des religieuses de la Visitation. Il réfute avec sagesse l'impiété raisonneuse qui aurait voulu que la religion supprimât ces pieuses cérémonies; mais ce n'est déjà plus le naïf enthousiasme de l'abbé Marcel ou l'ardente piété de M. de Guerville, que nous avons vus, dans le siècle précédent, décrire des solennités du même genre. En lisan E *a narration, on sent qu'il se préoccupait des contradicteurs.
après la Pentecôte. On la célébrait déjà dans la congrégation du P. Eudes, où il l'avait établie, en 1672, avec la permission de Mgr de Nesmond. Mgr de Rochechouart ordonna qu'elle fût célébrée dans toute Fétendue de son diocèse.
Mgr de Cheylus publia, en 1783, une nouvelle édition du missel, qu'il fit imprimer à Caen, chez Gilles Le Roy. Il répéta, en se l'appropriant, la lettre pompeuse que Mgr de Luynes avait composée pour le sien. Celui-ci avait introduit deux nouvelles préfaces, l'une pour le temps de l'Avent, l'autre en l'honneur de tous les Saints. Mgr de Cheylus fit quelques corrections dans la dernière (1), et en ajouta deux autres, qui peuvent être citées parmi les plus remarquables : celle de la Dédicace et celle que l'on chante à la messe pour les défunts. D. Guéranger, lui-même, ne peut s'empêcher de reconnaître la beauté de la dernière; elles sont empruntées l'une et l'autre au diocèse de Paris. On doit encore àMgrde Cheylus une édition portative du missel, imprimée à Lyon, en 1790.
Bréviaire Pendant que nos prêtres étaient dispersés par la Terreur, quelques-uns d'entre eux obtinrent d'un libraire de Londres, F. Le Boussonnier, qu'il réimprimât le bréviaire de Bayeux. Cette édition , conforme à la précédente, parut sans nouvelle approbation, en 1799, deux ans après la mort de Mgr de Cheylus.
(1) Et eorum coronando mérita coronas doua tua... Cujus sanguine ministratur nobis introitus in œternum regnum. Ces deux phrases ne se trouvent pas dans l'édition de iMgr de Luynes.
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Occupé de relever les ruines du sanctuaire, Mgr Brault n'apporla aucun changement à la récitation de l'office divin ; seulement, pour se conformer aux prescriptions du cardinal Caprara, il établit, en 4802, la mémoire des saints apôtres, le jour de Saint-Pierre et de Saint-Paul, et celle des saints martyrs, le jour de Saint-Etienne.
Son successeur, Mgr Duperrier, voulut, en 1826, p™&
de Mgr Duperrier.
adopter le rite parisien. Il se proposait d abréger les légendes du propre des saints , en conservant le calendrier, et de remplacer certaines hymnes, qui lui semblaient contraires a la pureté du goût. L'abbé de La Rue , professeur à la faculté des lettres, auquel il demanda de réviser les légendes, combattit respectueusement son projet, qui fut abandonné après avoir reçu un commencement d'exécution. Monseigneur se contenta d'élever au degré de solennellemajeure la fête du Sacré-Cœur de Jésus, et celle des apôtres saint Pierre et saint Paul : son ordonnance est du 3 juillet 4824.
M«r Dancel a donné, en 4830, une édition du bréviaire, à laquelle il ne fit aucun changement.
Depuis 1838, on récitait à Bayeux le Commun des Prêtres, emprunté au diocèse de Rouen. Mgr Robin permit qu'on l'imprimât dans le bréviaire, qui fut publié sous un petit format, en 1844. Peu de temps avant sa mort , il écrivit au souverain pontife , et lui exprima l'intention d'établir parmi nous le rite romain ; il attendait une réponse officielle de la cour de Rome pour concerter, avec le chapitre de la Cathédrale, l'exécution de cette mesure.
Liturgie romaine. Le moment était arrivé où nos anciens bréviaires allaient disparaître. Pour conserver le culte des saints, vénérés dans nos contrées, et dont l'office n'était pas compris dans le bréviaire romain, il fallait que le souverain pontife l'approuvât. Le diocèse actuel de Bayeux ayant été formé, en 1802, de quatre diocèses différents — Lisieux , Séez , Coutances et Bayeux — Mgr Didiot voulut emprunter à chacun d'eux le nom des saints dont il se proposait de glorifier la mémoire. Il les divisa en trois catégories: — les saints qui ont illustré la Gaule, — les saints que l'on révère comme les patrons de la Normandie, et qui en furent aussi les apôtres, — ceux qui sont nés dans le diocèse que nous habitons, ou dont le vocable fut adopté, primitivement, par quelques-unes de nos paroisses. Sa Sainteté daigna reconnaître que tous les saints dont se composait notre calendrier, avaient droit aux honneurs liturgiques. Mgr Didiot eut donc la consolation, comme il l'a écrit lui-même, de conserver « tous les grands souvenirs de cette contrée si féconde en vertus. » Le mandement d'où sont tirées ces paroles fut publié le 14 mai 1802 ; il annonce que le changement de liturgie aura lieu dans le cours de la môme année, aux premières vêpres de l'Assomption. A partir de ce moment, les offices approuvés par Sa Sainteté Pie IX, pour l'usage de notre diocèse , furent ajoutés , à titre de supplément, dans nos livres d'Église.
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