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MM. Gervais de la Prise.
M. Cervais de la Prise a beaucoup écrit sur la situation de l'Église de France , pendant la période révolutionnaire , et cependant il serait assez difficile de déterminer ses véritables opinions ; car il est tombé plusieurs fois dans des contradictions flagrantes. Ainsi, par exemple, il refusait aux jureurs de communiquer avec eux dans leur église , afin de ne pas leur donner occasion de venir célébrer dans la sienne , et au moindre bruit qui se répandait parmi les fidèles sur son retour à la vérité, il avait recours à la presse pour le démentir. « La religion , disait-il dans l'ouvrage qu'il soumit à l'approbation de l'évêque du Calvados, ne prétendra pas rétablir les anciens pasteurs et renvoyer les nouveaux ; seulement, jusqu'à ce qu'elle ait su si les premiers se sont rendus indignes de leur ministère, elle ne cessera pas de les regarder comme pasteurs. »
Ainsi, d'après l'auteur, la religion n'avait pas cessé de regarder Mgr de Cheylus comme le véritable évoque de Bayeux. Pourquoi donc M. de la Prise avait-il ouvert à l'abbé Fauchet les portes de son église ? Pourquoi s'y était-il incliné sous sa bénédiction? Le même siège peut-il donc être occupé par deux prélats à la fois? M. de la Prise écrivit au curé de Saint- Nicolas, qu'il reconnaissait pour les vrais pasteurs ceux qui avaient suivi l'opinion contraire à la sienne ; mais ailleurs, il
ajoutait que pour sauver sa vie, il était permis de dissimuler sa croyance ; il lui citait à cette occasion l'exemple d'Horace, qui croyait à l'unité de Dieu , et pourtant, ne se faisait pas scrupule d'adorer les dieux ! M. Bonhomme en tirait cette conséquence que chez lui « l'erreur n'était qu'apparente, » et que la peur expliquait ces contradictions. Toutefois , malgré la sévérité des reproches qu'il lui adresse, il revient plusieurs fois sur « ses excellentes qualités, > sur * ses vertus morales, » auxquelles il se plaît à rendre justice. Cette discussion, que M. de la Prise avait provoquée , n'altéra pas les sentiments d'affection et d'estime respectueuse qu'il avait voués à M. Bonhomme. La première fois que Mgr Brault se rendit à Caen pour y présider une cérémonie religieuse, M. le curé de Saint- Pierre , en présence de tout le clergé catholique , s'empressa de lui indiquer le curé de Saint-Nicolas comme un de ceux qui étaient le plus dignes de l'assister à l'autel. —Les premières lettres que M. delà Prise écrivit, soit cà Msr Brault, soit à ses grands-vicaires, témoignent du plus profond respect et de la plus franche adhésion. < Quant au schisme, dit-il [6 juillet 1802], je serai le médiateur pour l'éteindre; le prélat l'éprouvera quand il le voudra. » Il cite un fragment de la réponse qu'il fit au représentant Camus, lorsque celui-ci le pressait de se faire sacrer évêque du Calvados, li lui disait « que les lois humaines ne pouvaient rien sur les institutions canoniques ; qu'on pouvait exiler les évêques et leur couper la tête, mais qu'on ne pouvait leur ôter en droit leur juridiction , et qu'ils seraient , malgré la loi, toujours les vrais évêques de leur siège. » Un peu plus loin, il déclare qu'il n'a pas adopté les principes du prétendu concile national, tenu à Paris en 1797, ni reçu ses prétendus décrets. Il ne regarde pas la constitution « comme exempte d'erreur, » et cependant, cette constitution, il veut qu'on la respecte, et s'il n'a point admis les mandements des évêques ni la bulle de Pie VI qui la condamnent , c'est que ni la bulle ni les mandements ne lui avaient été notifiés par l'organe d'un synode ou d'un concile national ; conséquemment, cette condamnation « ne s'élevait pas à la dignité d'un juge-
ment de l'Église. » Il suffit d'avoir une idée de la constitution de l'Église pour découvrir le vice de ces raisonnements.
Enfin, puisque nous rappelons ici tout ce qui peut éclairer l'opinion sur les véritables sentiments de M. de la Prise, nous ne devons pas omettre que, pendant la Terreur, après la mort de l'abbé Fauchet , il fut détenu à Caen , au couvent des Carmélites, en 1794.
Le cardinal Wiseman, dans son Discours sur les rapports entre la science et la religion révélée , cite un ouvrage ayant pour titre : Accord de la Genèse avec la Géologie , imprimé à Caen en 1803, et composé par M. Gervais de la Prise. L'auteur était laïc et frère aîné de M. le curé de Saint-Pierre. Son nom, à peine connu dans sa patrie , est cité comme une autorité par Msr Wiseman, alors professeur à l'université de Rome, et principal du collège Anglais. Il publia, en 1807, la suite de son premier ouvrage. Un troisième frère [Jacques- Michel-Antoine Gervais de la Prise] , prêtre constitutionnel comme le curé de Saint-Pierre , était reclus aux Carmes avec lui, en 1794.