‹ Histoire du diocèse de Bayeux (volume 2)Chapitre 7 sur 93 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Séminaire de la Délivrande. — École de la Providence , à Bayeux. — Manufacture de dentelles. — Bureau de charité. — Place des magistrats à la Cathédrale. — Calvaire de Bayeux. — Chapelles de Caen. —Représentations adressées au roi par Mgr de Luynes.

Dans la préface d'un livre qui a compté jusqu'à séminaire vingt-quatre éditions, et dont l'une parut en 4 743 de avec l'approbation de Mgr de Luynes, on trouve des détails circonstanciés, que nous croyons devoir reproduire , sur le séminaire de la Délivrande , confié , comme celui de Bayeux , à la direction des Lazaristes. L'abbé Daon, auteur de ce livre, qui a pour titre Conduite des confesseurs, était membre de la congrégation du P.Eudes; il a publié, dans le genre ascétique, plusieurs ouvrages assez estimés. Il nous apprend que le séminaire de la Délivrande était ouvert

aux jeunes prêtres qui désiraient se faire approuver pour la confession. On les y préparait par des exercices convenables. Chaque jour, on leur expliquait des questions de théologie morale ; on leur apprenait à résoudre des cas de conscience qu'ils se proposaient l'un à l'autre sous la présidence et le contrôle de leurs directeurs ; on leur traçait des règles de conduite n vers les pénitents, soit pour les éloigner des occasions, soit pour les guérir de leurs scrupules. Enfin, on les exerçait à faire le prône et le catéchisme ; on les initiait à l'administration des sacrements et à la visite des malades. Nous ne saurions dire combien de temps dura cette organisation , dont l'auteur fait ressortir avec raison les précieux avantages ; mais il est au moins certain qu'elle avait été modifiée sous l'ancien régime. Nous lisons, en effet, dans le pouillé de M. Delamare: « Il y a aussi à la Délivrande un séminaire qui n'est occupé que par un prêtre qualifié de supérieur. » L'auteur, ordinairement si exact, quand il parle des hommes ou des choses de son temps , n'eût pas employé ces expressions restrictives, si, à l'époque où il écrivait, la maison eût encore été en plein exercice.

r.coie Sous l'épiscopat de Mgr de Luynes , la ville de

de la Providence, -r» •. , ,7 t i • .•

à Baye». Bayeux vit s élever dans ses murs plusieurs institutions importantes. M. Suhard de Loucelles, chanoine de la Cathédrale, originaire de la cité, y fonda, en 1747, une école et une manufacture de dentelles au faubourg Saint-Loup, dans le voisinage de l'église Notre-Dame-de-la-Poterie. La direction en fut confiée à trois Sœurs de la Providence, pour la subsistance

de dentelles.

et l'entretien desquelles le fondateur déposa quatre mille francs entre les mains des administrateurs de l'hôpital -général ; ceux-ci les convertirent en deux cents livres de rentes. Mlle Scelles de Létanville, tante de l'abbé Suhard, avait concouru à cette fondation.

L'abbé Baucher, membre du chapitre, sous l'épis- Manufacture copat de Mgr de Nesmond, avait déjà organisé une salle de travail sur l'emplacement de l'église Saint- Georges. Après sa mort, qui arriva en 1709, on y ajouta une manufacture de dentelles. Mais, en 4752, le corps de l'église, qui avait été converti en salle d'exercice, s'écroula subitement, tandis qu'on réparait les fondations. Quatorze personnes furent écrasées, et soixante-dix , blessées grièvement. La salle fut restaurée par M. l'abbé Hugon, vicaire-général et supérieur de cet établissement; on y comptait alors deux cents ouvrières.

L'abbé Hugon, originaire du diocèse de Limoges, docteur de Sorbonne, avait été amené à Bayeux par Mgr de Luynes en 1729; il fut nommé vicaire-général, chanoine de Cully et archidiacre d'Hyesmes en 1735. Enfin, il devint officiai du diocèse en 1750, sur l'abdication de l'abbé Moussard. Il avait aussi succédé à l'abbé de Graville, comme vice-chancelier de l'université de Caen. Le titre de premier aumônier de Mme la dauphine , conféré à l'évêque de Bayeux , en 1747, l'obligeait de résider souvent à la cour; ce fut l'abbé Hugon qui le représenta dans l'administration du diocèse. « Il en soutint le poids avec honneur, dit l'abbé Beziers; il aimait le bien et en avait fait beaucoup dans la ville. » Il restaura, disons-nous,

la manufacture de la Providence, à Saint-Exupère , et y lit élever gratuitement plusieurs jeunes filles de condition, privées des ressources de la fortune. Il plaça, en 1753, la première pierre d'un bâtiment construit sur la paroisse Saint-Laurent, pour y établir une manufacture de laine et de coton, et contribua « plus que personne, » nous dit encore son Bureau biographe, au succès de cette entreprise. Enfin, ce déchante. ^ ^ ges jnSpirations que ja ville de Bayeux dut

l'établissement d'un bureau de charité, pour soulager les pauvres et supprimer les mendiants. Cette administration , fondée en 4751 , sous la présidence de l'évêque, se composait de membres pris dans tous les corps constitués. Les amendes, les dons volontaires, une quête annuelle : telles étaient les ressources de l'association. On faisaitr tous les mois, aux curés de la ville la distribution des aumônes. Cet établissement mérita les éloges des premiers magistrats de la province.

piaco Écoutons maintenant l'abbé Beziers nous rendre

à bcTiSdnto. compte d'un conflit assez bizarre, qui s'éleva de son temps entre le chapitre de la Cathédrale et les officiers de l'ordre administratif et judiciaire. Il s'agissait de la place que ceux-ci devaient occuper à l'église, quand ils y étaient convoqués pour quelque cérémonie.

« Le dimanche 4 septembre 1746, nous dit-il, on chanta le Te Beum , auquel officia Monsieur l'évêque de Bayeux, pour la prise des villes de Mons et Charleroy. Le clergé séculier et régulier y assista, selon l'usage, mais placé dans le chœur différemment qu'il ne l'avait été auparavant ; car, au lieu que les ecclé-

siastiques et les religieux occupaient ci -devant et sans distinction le côté droit, depuis le sanctuaire jusqu'à la porte collatérale, vis-a-vis la grande sacristie, les premiers furent assis sur des bancs placés devant les stalles des chanoines, et les seconds demeurèrent dans le sanctuaire. » Voici maintenant à quelle occasion le changement avait eu lieu : « Les premiers officiers de justice et de la ville se plaçaient par usage parmi les chanoines. » Les autres occupaient probablement le côté gauche du chœur, entre le sanctuaire et le pçtit lutrin. Cependant, continue l'abbé Beziers, les hauts fonctionnaires, non contents de prendre rang parmi les chanoines, « prétendirent, en vertu d'un arrêt sous requête qu'ils avaient obtenu depuis peu, forcer les dignitaires à leur céder la place , comme représentant la personne du roi. Mais ils en furent évincés par un arrêt contradictoire en faveur du chapitre, et obligés d'aller se placer dans des chaises, que MM" du chapitre sont tenus de leur faire préparer entre le candélabre et le sanctuaire, MMrs de ville du côté de l'évangile, et MMrs du bailliage du côté de l'épître. L'arrêt obtenu par le chapitre maintient chaque dignitaire et chanoine dans la possession de sa place ordinaire, et défend à aucun des officiers de robe de les inquiéter, mais leur enjoint de prendre séance dans le lieu honnête qui leur sera désigné dans le chœur dorénavant. »

Nous renvoyons aux Pièces justificatives un autre mémoire du même historien , touchant l'érection d'un de Bay,ux* calvaire à Bayeux, en 1747. Ce fut à la suite d'une mission, durant laquelle se convertirent trente soldats

Calvaiio

protestants du régiment de Berwick , que ce calvaire fut inauguré « contre l'église des Cordeliers. » Mgr de Luynes, retenu à la cour, pendant les exercices de la mission, par les devoirs que lui imposait sa charge, voulut à son retour officier pontificalement, le jour de l'invention de la Sainte-Croix , dans l'église du monastère. Le soir, il porta le saint-sacrement sur un petit autel qu'on avait dressé au pied du calvaire, et, au moment du salut, il y improvisa une pieuse allocution; son émotion gagna l'assistance, qui répondit par ses larmes à celles de l'orateur. M. l'abbé de Graville, vicaire-général du diocèse, dont le zèle et la piété avaient contribué au succès de la mission, fut prié par les habitants de soumettre à Monseigneur les règlements d'une nouvelle confrérie, sous le titre de Sainte-Croix-du-Calvaire.

ci»aPoiie3 L'abbesse de Sainte-Trinité de Caen était patronne de plusieurs chapelles que les Calvinistes avaient dévastées en 1562; et, dès l'année 1066, une action avait été intentée contre elle pour l'obliger à les faire rétablir. En 1748, M. Dejean, remplissant les fonctions de procureur du roi près le bailliage de Caen , essaya de mettre en cause les patrons de toutes les chapelles tombées en ruine, dont les titulaires continuaient de percevoir les fruits. Il cite en particulier, dans son mémoire, la chapelle de Saint-Thomas-le- Martyr, située au-dessus de l'enclos de l'Abbaye-aux- Dames, dans la nef de laquelle M. Le Chevalier, curé d'Hérouville , en avait fondé deux autres, l'une en l'honneur de saint Quentin, l'autre dédiée à saint Sébastien. Un édit de Louis XIV, rendu en 1695, au-

de Caen.

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torisait les magistrats a saisir le tiers du revenu pour l'appliquer aux réparations ; avant d'y avoir recours, M. Dejean fit appel à Mgr de Luynes, pour qu'il prescrivît aux doyens ruraux les mesures nécessaires; son réquisitoire, empreint de modération, de justice et de piété, fut mis sous les yeux du chancelier de France. Cependant, nous ne voyons pas qu'il ait corrigé l'abus dont il se plaint. La chapelle Saint-Thomas, ainsi que plusieurs autres, ne se releva pas de son état de délabrement, qui a fini par la ruine. M. F.Vaultier, du temps duquel elle fut détruite , affirme positivement qu'elle n'avait pas été restaurée.

Mgr de Luynes assista, comme député de la pro- Représentions vince de Normandie, à l'assemblée générale du clergé, "«Trot!* en 4 745. Avant de quitter le diocèse de Baveux, il fut encore obligé d'intervenir dans les affaires du jansénisme. Le roi avait établi une commission, composée d'évêques et de magistrats, pour examiner l'objet des contestations. Le parlement, de plus en plus audacieux, venait de condamner à l'amende un curé de Paris, qui avait refusé son ministère à un appelant; déplus, ordre avait été donné à Mgr l'archevêque de faire administrer le malade dans les vingt-quatre heures. Le \\ juin 1752, les évêques qui se trouvaient à Paris , adressèrent au roi des représentations. Ils n'avaient pu voir sans étonnement et sans douleur que le parlement usurpât l'autorité spirituelle, et traitât une loi de l'Église comme une chose indifférente au salut. Ils suppliaient le monarque de réprimer ces écarts. Une seconde lettre, également adressée au roi , prenait la défense de

M-r l'archevêque de Paris (1), contre un arrêt du 5 mai , dans lequel il était accusé de « favoriser le schisme. » Ces deux pièces portent la signature de M"r de Luynes.

(1) Les Mémoires pour servir a l'histoire ecclésiastique pendant le xvme siècle substituent, par erreur, au nom de ce prélat celui de M*r l'archevêque de Sens.— V. les Mémoires du clergé.

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