‹ Histoire du diocèse de Bayeux (volume 2)Chapitre 8 sur 93 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

M8' de Luynes est nomme archevêque de Sens.— Ms'de Rochechouart transféré à Baveux. — Doyens du chapitre. —Vicaires généraux choisis par l'évêque. — Inhumation de M. le duc de Morlemart.— Bénédiction de l'abbé de Barbery.— Détails historiques sur la fin de son monastère. — Inhumation du recteur de l'université.- Expulsion des Jésuites.

gr de Luynes est nommé

de Sens.

La fermeté de Mgt de Luynes avait appelé sur lui m, l'attention du pouvoir royal ; après la mort de Mgr arëhTvôq^ë Languet, il fut nommé au siège archiépiscopal de Sens. Il quitta Bayeux en 1753, et y laissa beaucoup de regrets (1). Nous ne le suivrons pas dans l'administration de son nouveau diocèse ; disons seulement que, en 1756, Benoît XIV lui donna le chapeau de

(1)« Il a été beaucoup regretté ici, »(Mss de l'abbé Beziers )

cardinal., sur la présentation de Jacques III, roi d'Ecosse , la cour de Rome ayant conservé aux Stuarts, comme aux autres couronnes, la faculté de présenter un sujet pour le cardinalat. En 1761 , nous le retrouverons dans l'affaire des Jésuites, luttant, à la tête de l'épiscopat français , contre la haine des parlements. Il mourut à Paris le 21 janvier 1788, doyen des évoques de France.

Pierre-Jules-César de Rochechouart, son successeur, était né à Montigny , diocèse d'Orléans, le 8 mars 1698. Il eut pour père Louis de Rochechouart, seigneur de Montigny , et pour mère Elisabeth de Cugnac. Quoique sorti d'une famille illustre, M. de Rochechouart eut à lutter, dans son enfance, contre les rigueurs de la pauvreté. Accueilli par un menuisier, chez lequel il habita durant ses études, il conserva pour lui une vive reconnaissance, et se rattacha en qualité de maître d'hôtel, dès qu'il fut promu à l'épiscopat.

11 n'avait encore que trente-six ans , lorsqu'il fut sacré évêque d'Évreux , en 1734. 11 joignait à ce bénéfice le revenu de deux abbayes, celle de Bonne- Combe , au diocèse de Rodez, et celle de Conches, dans son propre diocèse. Une question de prééminence s'étant élevée entre lui et le prince de Bouillon, Mgr de Roche- celui~ci se plaignit à la cour, et M. de Rochechouart

;laouart transféré „, „,, 1 • - î ™

ùBayeux. fut transfère sur le siège de Bayeux, après avoir renoncé a la seconde de ses abbayes. M. Hugon, vicaire - général , prit en son nom possession de l'évêché, le 20 décembre 1753. A la même époque, il ordonna des prières publiques pour appeler sur lui

les grâces du ciel; mais il ne vint à Bayeux que le 21 juillet de l'année suivante. Il fit, comme ses prédécesseurs, le pèlerinage de la Délivrande. Il est le dernier de nos évêques qui soit descendu au prieuré de Saint-Vigor. Les chants poétiques retentirent à son arrivée, selon l'ancienne coutume. Les élèves du collège royal de Bourbon — c'était le nom que les Jésuites avaient donné au collège du Mont — publièrent à cette occasion un recueil de vers grecs, de vers latins et de vers français. On en trouvera quelques-uns à la fin de ce volume.

Au nombre des ecclésiastiques entre lesquels Mgr D°ye™ de Rochechouart partagea l'administration du diocèse, nous devons citer en première ligne l'abbé de Biaudos , doyen du chapitre. Depuis l'abbé de Pibrac, ces fonctions avaient été remplies par Pierre- Jean-Baptiste Durand de Missy et Louis-François INéel de Cristot, celui-ci nommé à l'évêché de Séez, en 1740, l'autre un peu plus tard, à l'évêché d'Avranches. Quelques années avant son départ, M. de Cristot avait fait restaurer et embellir l'hôtel du doyenné. M. de Biaudos, qui lui succéda en 1741, reconstruisit la chapelle. Nous voyons encore aujourd'hui son écusson au-dessus des cinq grilles qui ferment le rond-point, dans le chœur de la Cathédrale, et dont il fit présent au chapitre, en 1772 (1). L'abbé Beziers , son contemporain , dit qu'il s'était attiré l'estime universelle par sa charité envers les pauvres,

(1) Il portait écartelé, au i,r et ive, d'azur, au lion d'or; au iic et m", d'argent, à trois merlettes de sable.

et son zèle pour la maison de Dieu. Il continua, sous Mgr de Rochechouart, les fonctions de vicairegénéral, qu'il avait exercées sous Mgr de Luynes. Il était abbé de La Noe, dans le diocèse d'Évreux, et conserva son doyenné jusqu'en 1780, époque de sa mort.

vicaires généraux Nous avons déjà rendu hommage à la vertu et aux par^ôque. talents de l'abbé Hugon, en rappelant les utiles fondations auxquelles il attacha son nom, sous le règne de Mgr de Luynes. Mgr de Rochechouart lui conserva d'abord le titre de vicaire-général et la direction de l'officialité ; mais il perdit bientôt toute espèce d'influence, quitta l'évêché, où il demeurait depuis vingt ans, et mourut le 26 août 1759.

M. Suhard de Loucelles appartenait, comme l'abbé Hugon, à l'administration précédente, et avait été, comme lui, un des bienfaiteurs de la ville épiscopale. Il conserva également ses pouvoirs, et il les exerçait encore quand l'abbé Beziers rédigea ses manuscrits.

Les autres ecclésiastiques qui partagèrent la confiance du prélat, et furent appelés par lui au gouvernement du diocèse, étaient presque tous des étrangers. Citons, entre autres, Jean Dumont, docteur de Sorbonne, auparavant chanoine et archidiacre de Neufbourg, dans la Cathédrale d'Évreux; — François- Joseph de Gascq et Louis de Chamillard , docteurs de Sorbonne; — Louis- Marie de Nicolaï , auquel Monseigneur donna la chancellerie; — Louis-Emmanuel de Cugnac, chanoine de la Cathédrale de Paris et abbé de Longues, en 1759.

Jean-Baptiste de Rochechouart, duc de Mortemarl,

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pair de France, mourut à Bayeux, chez l'évoque, son inhumation

i . ~ • • ,-,„- /-v •, n« i do M. le duc

parent, le 16 janvier 1/57. On ouvrit; pour linhu- de Mortemart. mer, le tombeau de Zanon de Castiglione, dans la chapelle Notre-Dame. Le cercueil du prélat était en pierre ; on y trouva ses ossements , une certaine quantité de plantes aromatiques assez bien conservées , et la boîte de plomb qui renfermait le cœur de Pierre de Martigny (1). Cette tombe fut recouverte d'une pierre de marbre , sur laquelle on lisait une fastueuse inscription, attribuée à M. Le Beau, secrétaire perpétuel de l'Académie des inscriptions et belles -lettres. Hélas ! le prince a eu le même sort que les deux prélats qui lui avaient accordé l'hospitalité de la tombe, et dont on lui avait sacrifié la mémoire: son inscription a disparu comme la leur, dont elle avait pris la place, et aujourd'hui on lit, sur la pierre qui occupe le milieu de la chapelle, le nom d'un obscur chanoine, Robert Fabri, inhumé dans le transept du côté du nord. On ne saurait trop déplorer de pareilles substitutions. Par reconnaissance pour les honneurs que le chapitre avait rendus à l'illustre défunt, son fils, le duc de Mortemart, fit présent à la Cathédrale d'un suspensoir d'argent du poids de trente-deux marcs, pour y conserver l'Eucharistie. On voit encore, au-dessus du maître autel, une boîte de métal, portée par un ange, dans laquelle on déposait autrefois les saintes espèces. Il y a environ vingt-cinq ans que l'on a renoncé a cet usage.

(1) Voir vol. précéd., Introd., p. lxxxxii.

Bénédiction

de l'abbé de Barbery.

Le dimanche 9 avril 1758, après la haute messe, Mgr de Rochedmuart, assisté des abbés de Mondaye et de la Trappe, bénit, dans le chœur de la Cathédrale, D. Bernard de Cairon, dernier abbé de Barbery. Il avait commencé par être mousquetaire ; ensuite, une vocation sérieuse le conduisit a la Trappe. Après une courte épreuve , la faiblesse de sa santé le Fit entrer à Barbery, où la vie était devenue un peu moins rigide. Il y fut, pendant sa glorieuse carrière, le modèle de ses religieux, et, dans tout le pays, l'objet de la, vénération commune. Il florissait encore en 1790, et, après le bouleversement de nos institutions sociales, il alla se réfugier à Maëstricht, sur la terre de l'exil, où il mourut âgé de soixantedouze ans , au moment où cette place était bombardée par l'armée républicaine. — M. F. Vaultier, auquel nous empruntons ces détails, le représente comme « un homme unique dans son espèce, pour le temps où il a vécu (1), » joignant toutes les qualités de l'esprit et du bon ton aux vertus rigides de l'anachorète, aussi remarquable par son zèle que par sa justice et sa charité.

Détails Le revenu de l'abbaye de Barbery, évalué officiel-

sur'inrrion lement à treize mille livres, s'élevait, d'après M. YauliBonastère. tjer, de quarante-cinq à cinquante mille francs. Il y avait connu habituellement de neuf à onze religieux, dont quelques-uns joignaient une piété solide à une forte instruction. Ils étaient agrégés de l'université de Caen, et ont conservé jusqu'à la fin ce titre d'hon-

(1) Recherches historiques sur l'ancien pays de Cinglais.

neur. Leur monastère , construit avec une élégante simplicité, a été démoli depuis 1791, et la charrue a passé sur ses fondements. Les fêtes de Saint-Marcouf et de Saint-Ortaire y étaient célébrées tous les ans, le premier et le troisième dimanche de mai. On y disait des messes et des évangiles aux personnes pieuses , et il y avait assemblée. Cette réunion se tenait dans la grande cour du monastère, sous un plant de pommiers en fleurs. Saint Marcouf et saint Ortaire étaient invoqués, l'un, pour la guérison des furoncles (clous), l'autre, pour celle des douleurs (tortures). On trouve encore aujourd'hui, dans certaines localités, saint Maclou (sic) et saint Tortaire (sic) invoqués pour la même cause. Tout porte à croire que ce sont les mêmes personnages, sous des noms légèrement altérés. Cet exemple n'est pas le seul par lequel on pourrait prouver que la foi naïve des peuples , au moyen âge , faisait souvent dériver la puissance attribuée aux bienheureux, dans la guérison des infirmités humaines, du vocable sous lequel ils étaient honorés.

Le recteur de l'université de Caen était considéré, inhumation

,.,,.. r , . du recteur

depuis 1 origine, comme un lonctionnaire du premier de r université, ordre. Il portait un costume semblable à celui des rois d'Angleterre (1), où resplendissaient la pourpre, l'hermine mouchetée et la bourse de velours rouge à glands d'or; ses funérailles, lorsqu'il mourait en

(1) « Le recteur, chef résident de l'université, porte encore, en mémoire du premier fondateur, l'habit royal d'Angleterre, ou plutôt la robe rouge d'un docteur des lois civiles. » (Antiq. anglo-normandes de Dùcarkl.)

Si HISTOIRE DU DIOCÈSE

charge , devaient être semblables à celles des souverains qui fondèrent notre université. Aussi, le titulaire venait-il à tomber malade, le corps universitaire s'empressait, dit-on, de lui choisir un successeur, afin d'éviter les frais énormes qu'eût entraînés son décès (1). H est vrai que cette précaution était quelquefois mise en défaut par un accident ou par les lois de la nature : nous avons même entendu raconter, dans notre enfance, qu'un recteur, étant à la chasse, se donna la mort, afin d'être enterré « comme un

roi. »

Le personnage sur le compte duquel coururent ces bruits populaires, se nommait Jacques-François Boisne. Il était professeur de rhétorique au collège du Bois, et recteur de l'université de Caen, en 1753. Il chassait à Beuville , le mercredi 26 septembre , lorsque, voulant s'aider de son fusil pour traverser un fossé rempli d'eau, le coup partit et l'étendit mort. Après avoir été rapporté à Caen, le corps fut embaumé et placé sous un dais de velours noir, dans la chapelle du collège du Bois ; la cérémonie funèbre n'eut lieu que le 5 octobre.

Sur ces entrefaites , parut un mandement publié par l'abbé Philippe Vicaire , doyen perpétuel de la faculté de théologie, et remplissant, en cas de mort

(1) Ducarel prétend que le recteur de l'université de Caen n'était élu que pour six mois, et même pour un temps plus court, quand il s'était déjà trouvé en danger de perdre la vie. Nous lisons au contraire, dans un compte-rendu, rédigé, à l'occasion des funérailles de M. Boisne, par M. Malouin, professeur de langue grecque: « le temps et la durée du rectorat, ne sont que de dix-huit mois. »

ou d'absence, les fonctions de « l'amplissime recteur. » Il était adressé « à nos Révérendissimes Pères en Jésus-Christ, M. l'évoque de Bayeux , chancelier de l'université; MM. les évoques de Lisieux et de Coutances, conservateurs des privilèges apostoliques; M. le bailly de Caen , conservateur des privilèges royaux de la même université. » C'est que, en effet, ces trois évoques , à raison du titre universitaire inhérent a leur dignité , étaient obligés d'assister à la cérémonie. On n'avait pas oublié que, aux obsèques de l'abbé ïurpin , mort en 1712, pendant le cours de son rectorat, Mgr de Nesmond, retenu à Bayeux par une maladie , avait envoyé à sa place l'abbé Hue de Launey, son grand- vicaire. Mgr de Luynes ne montra pas la même déférence , et cette omission fut mise sur le compte d'un oubli, dont on chercha l'excuse dans sa promotion à l'archevêché de Sens.

Pendant les huit jours qui s'écoulèrent entre la mort et les funérailles, le corps du défunt avait été gardé par les religieux mendiants, suivant la coutume, et un grand nombre de docteurs et de curés étaient venus célébrer en sa présence le saint sacrifice. Cependant une discussion s'éleva, dans le sein de la docte compagnie, sur le lieu que l'on choisirait pour la sépulture. Plusieurs membres pensèrent que l'église des Cordeliers, qui était celle de l'université, devait être le tombeau des recteurs, « comme Saint- Denis était le tombeau des rois. » La majorité se prononça pour le sanctuaire de l'église Saint-Sauveur. Il paraît que la question avait déjà été soulevée aux

funérailles de l'abbé Turpin, et que, malgré le désir exprimé par les Cordeliers, il fut inhumé dans le sancta wnctorum de l'église Saint-Étienne.

Enfin, arriva le jour fixé pour la cérémonie. Après l'appel , qui fut fait suivant l'usage , à l'église des Cordeliers , le cortège se mit en marche dans un ordre magnifique. Il était précédé d'une compagnie de soldats , derrière lesquels étaient rangés vingt pauvres, avec des torches de cire blanche aux armes de l'université. Venaient ensuite les deux bannières de Saint-Sauveur, un Cordelier en aube et en chape noire, portant la croix ; deux novices en aubes et en tuniques noires , portant chacun un cierge sur un chandelier d'argent ; les messagers, papetiers, parcheminiers, écrivains, enlumineurs, relieurs et chirurgiens de l'université; les ordres religieux qui lui étaient unis par l'agrégation : d'abord , les quatre ordres mendiants, Cordeliers, Carmes, Jacobins et Croisiers ; les Oraloriens , les Jésuites et les chanoines de FHôtel-Dieu; les députés des abbayes et des prieurés de Barbery, Troarn, Aunay, Fontenay, Sainte- Barbe, le Plessis-Grimoult, le Val-Richer, Royal-Pré (4), Belle-Étoile, Mondaye, Ardennes; le clergé et les trésoriers de trois paroisses: Saint-Jean, Saint-Pierre et Saint-Sauveur; les chanoines du Sépulcre; les religieux de Saint-Étienne, tous en chapes noires , chantant l'office des morts , précédés de la croix, du bénitier, des acolytes et des encensoirs.

(1) Le prieuré de Sainte-Barbe et celui de Royal-Pré étaient situés dans le diocèse de Lisieux.

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A l'extrémité des rangs , on remarquait, à droite, le prieur de l'abbaye; à gauche, le curé de Saint-Sauveur, en chape et en étole. C'était ainsi que, dans toutes les cérémonies religieuses faites au nom de l'université, le prieur de Saint-Etienne remplissait les fonctions d'officiant; aux termes de la fondation, il avait pour diacre et pour sous -diacre le prieur de Troarn et celui de Fontenay. A la suite du clergé, marchaient les cinq facultés en costume d'apparat : la faculté des arts et celle de médecine, la faculté de droit civil et celle de droit canonique, la faculté de théologie. La place d'honneur était occupée par M. Vicaire ; autour de lui se trouvaient quelques personnes de distinction, qui avaient pris rang dans le cortège; on remarquait, entre autres, les deux grands-vicaires des évoques de Lisieux et de Coutances, MM. de Malherbe et de Bernières-Gavrus , le bailli de Caen, le procureur et l'avocat du roi, le personnel de la juridiction apostolique, et derrière eux l'appariteur général de l'université ; des soldats fermaient la marche. Maintenant, qu'on se représente, au milieu des facultés, les huit bedeaux de la compagnie, avec leurs masses (I) entourées de crêpe, le corps du recteur, revêtu de ses insignes, porté sur les épaules, la face découverte, par quatre bacheliers en théologie, que relevaient quatre maîtres ès-arts, en robe et en chaperon; au-dessus du corps, un dais de velours noir, soutenu par quatre autres

(1) Bâtons à tête, garnis d'argent, qu'on portait autrefois, par honneur, devant certains dignitaires;

bacheliers , et l'on conviendra qu'un prince du sang royal aurait pu envier de pareils honneurs (4).

Le dais sous lequel avait été placé le corps du défunt, était un appareil d'une construction très-élevée, orné de franges d'or, semé de larmes d'argent, et sur les quatre faces duquel se détachaient les armes de l'université. Aux qualre angles étaient suspendus des crêpes funèbres, que portaient quatre anciens recteurs. C'était une innovation: aux funérailles de \ 71 2, quatre docteurs en théologie avaient rempli ces fonctions, bien que le recteur ne fût pas membre de cette faculté. Enfin, six ecclésiastiques en surplis étaient rangés autour du dais, avec des flambeaux allumés ; les quatre veillants précédaient le corps un cierge à la main. Le frère et le neveu du défunt venaient à la suite , conduits par deux docteurs en théologie.

Quand la procession se mit en marche , toutes les cloches de la ville donnèrent le signal du départ; elle traversa la rue de la Juridiction (rue de Geôle), et se rendit à Saint-Sauveur, en remontant la rue Saint- Pierre. Partout l'affluence était considérable. Plusieurs

(1) Nous avons sous les yeux deux comptes-rendus de la cérémonie , rédigés l'un et l'autre par des témoins oculaires , et entre lesquels il se trouve néanmoins quelques variantes. Ainsi, par exemple, l'un raconte que le défunt était porté par huit prêtres en aubes ; l'autre par quatre bacheliers en théologie, que relevaient quatre maîtres ès-arts. Cette version est la plus vraisemblable, et nous n'hésitons pas à la préférer. L'abbé Turpin avait été porté par quatre religieux cordeliers. De plus, comme il était revêtu de ses habits sacerdotaux , un bachelier le précédait « portant en ses bras l'habit rectoral. » (Journal d'un bourgeois de Caen.)

chanoines réguliers de la congrégation de France , en rochet et en aumusse, étaient venus se joindre au cortège. La noblesse de la province s'y trouvait en grand nombre ; Rouen et Paris avaient envoyé une foule de curieux. Un de nos chroniqueurs, cherchant un point de comparaison dans les différentes époques de Tannée qui attirent le plus d'étrangers à la ville, n'hésite pas à déclarer qu'il y avait ce jour-là plus de monde à Caen qu'il ne s'y en trouve « le premier lundi de la foire. »

La société de Jésus, établie à Caen sous le règne Expulsion de Henri IV, avait alors a combattre trois sortes d'ennemis acharnés à sa destruction. D'abord, les Jansénistes ne pouvaient oublier l'ardeur avec laquelle les Jésuites avaient défendu contre eux les principes de la foi, et, sous l'apparence du rigorisme, ils travaillaient hypocritement à décrier leur doctrine. Les incrédules, qui avaient juré d'éteindre dans une vaste conjuration l'autorité spirituelle, se sentaient incapables de réussir, tant que les Jésuites seraient là pour déjouer leurs complots. La destruction des Jésuites était donc devenue le mot d'ordre de la philosophie. D'Alembert disputait aux Jansénistes l'honneur de les écraser; ailleurs, écrivant à Voltaire: « Les parlements , lui dit-il , en croyant servir la religion, servent la raison, sans s'en douter, et sont les exécuteurs de la haute justice pour la philosophie, dont ils prennent les ordres sans le savoir. » Quant aux parlements, on a dit avec raison que, avant d'instruire le procès, ils avaient déjà prononcé la sentence. Celui de Normandie, au témoignage de

M. Floquet, ne fut pas des derniers a sonner l'alarme ; dès novembre 1761, il se fit apporter, outre les constitutions de la Société, un grand nombre d'ouvrages avoués par elle, et les soumit à l'examen des gens du roi. La lecture du rapport dura huit jours; trois semaines furent employées à l'examiner. « Après quoi est rendu un arrêt où respirent — disons-le — une chaleur et une indignation qui peut-être ne devaient pas tant paraître dans une décision judiciaire; — les présomptions n'en étaient pas moins rigoureuses que les termes énergiques, violents et durs; cette décision semble une diatribe plutôt qu'un arrêt. »

Avant d'aller plus loin , nous avons cru devoir rapporter textuellement ces paroles de l'honorable écrivain, et nous citons comme lui au tribunal de la postérité la décision de la cour souveraine. Maintenant, qu'il nous soit permis de reprendre en détail les incidents du procès: nous ne dissimulerons pas les torts des accusés; mais nous demandons qu'on les écoute, et qu'on écarte un moment la prévention qui les condamne.

Dans ses remontrances du 6 août 1757, le parlement de Normandie avait dénoncé les Jésuites au pouvoir royal comme des ennemis acharnés de la magistrature. Quatre ans plus tard, celui de Paris , devant lequel fut portée l'affaire du P. Lavalette, au lieu de se renfermer dans la question qui lui était soumise, prétendit juger l'institut en examinant les constitutions. Trois commissaires furent chargés de ce travail. Alors le roi, pour ne pas rester en arrière,

nomma de son coté une commission du conseil , avec ordre de lui faire un rapport. Cette commission crut devoir se récuser. Sur sa demande, une réunion du clergé fut convoquée; douze membres, choisis dans son sein, et présidés par le cardinal de Luynes, archevêque de Sens , exprimèrent leur avis, le 30 décembre 1761, en assemblée générale. L'avis des commissaires , entièrement favorable à la Société , fut adopté par quarante -cinq prélats ; cinq autres proposèrent quelques changements dans les constitutions. Seul, Mgr de Fitz-James, évêque de Soissons, répondit qu'il croyait les Jésuites inutiles et dangereux ; mais il reconnut que leurs mœurs étaient pures, et ajouta qu'il n'y avait peut-être pas d'ordre dans l'Église dont les membres fussent plus réguliers. Ce témoignage , émané d'un prélat que l'emportement de ses opinions théologiques, sur les matières controversées depuis un siècle , rendait systématiquement hostile à la Société, mérite d'être recueilli par l'histoire. L'année suivante, l'assemblée générale du clergé ne craignit pas de déclarer au roi que la conservation de l'institut était demandée par toutes les provinces ecclésiastiques du royaume.

Sur ces entrefaites, parut une brochure adressée à Mgr de Rochechouart, au sujet de la doctrine émise par les Jésuites de Caen, dans leurs thèses , cahiers et prédications (1). On y reprochait à l'évoque de s'être « lâchement compromis , » en attestant au roi

(1) La brochure parut sans nom d'imprimeur ; elle porte le millésime de 1762.

la pureté de leurs principes et les services qu'ils rendaient au clergé, dans l'exercice du ministère (1). On attaquait leur métaphysique comme fausse et dangereuse, leur enseignement sur la religion chrétienne , sur la nécessité de la révélation , comme subversif de la foi ; on critiquait l'exactitude de leur morale; on les accusait de porter atteinte aux droits du souverain et aux libertés de l'Église gallicane. Pour apprécier avec justice ces différents points, il faudrait avoir sous les yeux le texte même des objections qui sont extraites, en très-grand nombre, des cahiers dictés par les professeurs. Il est incontestable que , dégagées de toute explication , plusieurs de ces opinions sont au moins répréhensibles. La même remarque est applicable aux thèses dont les nombreux extraits sillonnent les pages de la brochure. C'était sans doute au sujet d'une de ces compositions que l'évêque d'Avranches, ce fidèle ami des Jésuites , dans la maison desquels il vivait à Paris, écrivait en 1714: « Le P. recteur de Caen a fait très -sagement d'avoir empesché que la thèse dont vous m'avez envoyé l'extrait, n'ait esté soustenue. La seule thèse imprimée, et envoyée à Paris, pourra bien leur faire des affaires. La pluspart des affaires qui arrivent aux Jésuites , leur viennent par des jeunes gens d'entre eux, pleins

(1) « Beaucoup d'écrits circulèrent dans la province ; un entre autres, très-vif, apologétique des Jésuites, et amer pour le parlement de Rouen, intitulé : Lettre de l'évêque de B. au roi sur l'affaire des Jésuites. » ( Histoire du parlement, 5 juillet 1762.)

de feu et d'esprit , mais ne connaissant point le monde , et ne voyant point les conséquences des choses. » Certaines parties de l'ouvrage que nous avons présentement sous les yeux, nous ont rappelé ce jugement sévère de notre illustre compatriote ; mais il en est d'autres qui semblent irréprochables, et sont plus ou moins conformes à l'enseignement commun. Ce n'est pas nous, par exemple, qui ferons un crime au P. Le Roux d'avoir dicté à ses élèves que le droit de convoquer les conciles a toujours été regardé par les Catholiques comme un droit essentiel du chef de l'Église, et qu'il n'appartient pas seulement aux princes séculiers. Pour tout dire en un mot, cette brochure, qui produisit alors une vive impression, était l'œuvre du parti janséniste; le mépris avec lequel on y parle de Mgr de Nesmond, les éloges que l'on y prodigue à Mgr de Lorraine et à M. Buffard, en fournissent une preuve éclatante. Du reste , on le comprendra sans peine, c'était une injustice que de rendre la compagnie tout entière responsable des erreurs que l'on a reprochées à plusieurs de ses membres. Quelques précautions qu'elle emploie pour combattre, dans son sein, la diversité d'enseignement, elle ne peut consentir à ce que les opinions de ses écrivains soient mises au compte de l'ordre tout entier ; et elle n'a jamais prétendu que l'approbation obtenue de deux ou trois examinateurs imprimât à un livre de théologie un caractère de vérité irréfragable. « Il est simple d'avouer que des auteurs jésuites, leurs examinateurs et leurs supérieurs, ont pu se tromper et se sont trompés. » Je

ne sais si cet aveu suffira pour désarmer la critique ; mais je dois dire qu'il est sorti de la plume du R. P. de Ravignan (1). Ce que Ton ne saurait trop répéter, c'est que , en province comme à Paris, ce fut l'esprit de parti qui dicta la condamnation de la Société, et l'on sait de quels excès cet esprit est capable, pour arriver aux fins qu'il veut obtenir. Qu'il nous soit permis d'en citer deux exemples.

Lorsque parut le livre de Mariana sur le tyrannicide, il fut blâmé à Rome par le général, et l'édition fut supprimée. Le P. Aquaviva défendit même, sous peine d'excommunication, à tous les membres de la compagnie d'en soutenir les principes. Depuis 1614, aucun de ses théologiens n'avait donc pu traiter la question; ceci n'empêcha pas que, en 1762, tous les Jésuites ne fussent condamnés comme enseignant cette abominable doctrine (2). Non-seulement on confondait les époques, mais on prêta gratuitement aux membres de la Société des opinions qu'ils n'avaient jamais enseignées. Il est maintenant démontré que, dans les Extraits des Assertions présentés au roi par le parlement, sept cent cinquante-huit propositions étaient falsifiées. Le conseiller Roussel de la Tour, Minard et l'abbé Gouget furent les principaux rédacteurs de ces impostures. « Paix à leurs cen-

(1) De V existence et de l'institut des Jésuites, par le R. P. de Ravignan, de la compagnie de Jésus.

(2) Mariana, dit le P. de Ravignan, était un homme d'une intelligence supérieure, mais d'un caractère ardent et indocile. Un exemplaire de son livre tomba entre les mains des Protestants, qui le réimprimèrent et le répandirent, afin de pouvoir l'opposer éternellement aux Jésuites.

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dres! dirons-nous ici avec le P. de Ravignan. Seraitce pourtant trop demander que du moins elles ne mentent plus dans la mort 1 »

Avant l'époque dont nous parlons, le vœu avait toujours été regardé par les Chrétiens comme une promesse religieuse, sur la validité de laquelle l'Église seule avait le droit de prononcer. Le parlement méconnut ces principes : il prétendit annuler les vœux. Celui de Rouen, surpassant tous les autres, osa flétrir le vœu des Jésuites, « comme le serment impie d'une règle impie (1). » Taxer d'impiété des constitutions autorisées dans l'Église depuis deux siècles, n'étaitce pas le comble de l'aveuglement, de la part des tribunaux séculiers? Ne pouvant disputer au parlement de Paris la gloire d'avoir porté les premiers coups, celui de Normandie semblait vouloir le surpasser en rigueurs.

Il s'en fallait beaucoup que tout le monde en France applaudît à ces mesures. « Des personnes pieuses, dit encore M. Floquet, étrangères à toute secte, gémissaient de voir humilier l'Église, dans ces religieux qui avaient beaucoup fait pour elle ; des Chrétiens, clans tous ces manifestes contre une société particulière , voyaient bien des choses dont l'impiété pourrait se servir un jour contre la société catholique tout entière. » Telle était aussi l'opinion d'un échevin de Caen , contemporain de la catastrophe, et qui, en nous racontant ses impressions

(1) Le concile de Trente appelle la compagnie de Jésus un pieux institut, pium institutum.

dans des notes manuscrites, déplore « la dureté du parlement de Normandie. » Ce fut lui, nous dit-il, qui commença l'exécution , avant même qu'aucun autre eût ordonné la saisie du temporel.

En effet, on vendit à l'encan, dès le 25 juin 1762, le bois que les Jésuites avaient amassé pour une nouvelle construction , le vin qu'ils avaient à leur maison de Lébisey, et six cents boisseaux de froment destinés à la nourriture de leurs élèves. Le 28 juin, on afficha l'arrêt du parlement en date du 21 , ordonnant que l'on vendît de la même manière le mobilier de la compagnie. Sur le produit, une somme de deux cents livres devait être remise à chacun de ses membres , « à compte de leur pension ; » mais ceux-là seulement pouvaient prétendre à cette faveur, qui prêteraient serment d'être fidèles au roi, de détester les maximes attentatoires à l'autorité royale, d'admettre la déclaration de 1682. Ils devaient en outre abandonner les maisons de la Société, et ne plus entretenir de relations avec le supérieurgénéral. Enfin , ils étaient déclarés incapables de posséder aucun bénéfice à charge d'âmes , ou de remplir aucune fonction civile , avant d'avoir prêté le serment prescrit par un autre arrêt rendu le 12 février de la même année. Ce serment, par lequel on abjurait le régime de la Société et l'on condamnait sa morale, était tellement odieux que le roi défendit de passer outre. Le parlement n'insista pas; mais il revint à la charge en 1764, et interdit alors a ceux qui ne l'avaient pas prêté, tous bénéfices, charges, emplois, fonctions publiques, ecclésiastiques, même

particulières, tenant à l'enseignement de la jeunesse, à l'instruction religieuse ou à la direction des âmes. « Cet arrêt du parlement, dit en propres termes un écrivain protestant (1), porte trop visiblement le caractère de la passion et de l'injustice pour ne pas être désapprouvé par tous les hommes de bien non prévenus/ — Dans les maladies de l'esprit humain, comme celle qui affectait la génération d'alors , la raison se tait; le jugement est obscurci par les préventions. — Les Jésuites opposèrent la résignation aux persécutions dirigées contre eux. Ces hommes, qu'on disait si disposés à se jouer de la religion, refusèrent de prêter le serment qu'on exigeait d'eux. De quatre mille Pères qu'ils étaient en France, à peine cinq s'y soumirent. »

Ce fut le 1er juillet «1762 que les Jésuites sortirent de leur collège. On y comptait alors vingt Pères et quatre Frères, savoir: le recteur, le ministre chargé de suppléer le recteur, le père spirituel , le procureur, le préfet des études, le prédicateur, le théologien, les professeurs de mathématiques, de logique, de physique , de rhétorique et des quatre classes suivantes, le prédicateur des retraites, un confesseur et deux missionnaires, le cuisinier, le provisionnaire, le sacristain et l'infirmier.

Parmi les régents qui occupaient alors le collège du Mont, nous trouvons désigné, comme surnuméraire, le P. Yves-Marie André, ex-professeur de malhématiques, qui avait rempli ces fonctions avec

Schœll, Cours d'histoire des Etals européens.

un grand succès, depuis 1726 jusqu'en 1759. Dans sa jeunesse , ses rapports avec Mallebranche et la vivacité de ses opinions cartésiennes avaient appelé sur lui les rigueurs de sa compagnie, qui ne goûtait point alors la forme de cet enseignement. Nous n'avons point à nous occuper de ces tristes débats ; il nous suffit de savoir que le P. André , philosophe judicieux dans son Traité sur l'homme, a conquis, par son Essai sur le beau, un rang distingué parmi les littérateurs. Il était âgé de quatrevingt-quatre ans, lorsqu'il consentit à prendre le repos que réclamait son grand âge. Après la dissolution de la compagnie, le P. André se retira chez les chanoines de l'Hôtel-Dieu, qui l'accueillirent avec respect. Le parlement de Normandie manda au lieutenant-général de Caen de lui accorder absolument et sans condition ce qu'il réclamerait pour ses besoins. Il mourut à Caen, en 1764, dans sa quatre-vingt-neuvième année, quelques mois avant les dernières rigueurs qui dispersèrent la Société.

S'il faut en croire M. Floquet, les Jésuites de Caen ne se soumirent pas immédiatement à l'arrêt lancé contre eux. « Ils se donnèrent plus de mouvement qu'ailleurs, enseignant, confessant, ameutant (1) la faculté de théologie, tenant des conciliabules, faisant publiquement des neuvaines pour le rétablissement de la Société. » Ce que nous pouvons dire , c'est que, trois jours avant leur départ, le P. Sarroux,

(1) La valeur de cette expression ne dépasse-t-elle point la pensée de l'auteur?

professeur de logique, prêcha, dans la chapelle du collège, devant un auditoire si nombreux qu'on fut obligé d'envoyer chercher des chaises à l'église paroissiale de Saint- Etienne. L'échevin auquel nous empruntons ces détails, ajoute qu'ils parurent tous « recevoir avec constance le coup fatal de leur destruction, au grand regret de la plus nombreuse partie des citoyens. » A Caen et dans les 'environs , des familles honorables leur donnèrent d'abord l'hospitalité. Le P. Langegu, qui portait au collège le titre de confesseur, se retira chez Mme d'Anisy, sœur de M. de Vacognes, curé de Saint-Jean; M. de la Pigacière offrit un asile au P. des Costeaux, qui s'était distingué dans les retraites par ses prédications ; le P. Plesse, supérieur de l'établissement, fut recueilli par Mgr l'évêque de Lisieux.

Malgré l'arrêt du 12 février, qui leur enjoignait de prendre le même costume que les prêtres séculiers, ils sortirent du collège avec l'habit de leur ordre (1). Le Père procureur avait écrit à la cour pour se faire autoriser à l'achat des étoffes nécessaires; mais sa lettre resta sans réponse. Il ne quitta la maison qu'après avoir présidé à la vente du mobilier ; on

(1) Daprès Y Histoire des ordres monastiques , religieux et militaires [1718], la différence entre les Jésuites et les prêtres séculiers consistait, sous le rapport du vêtement, en ce que les disciples de saint Ignace portaient le collet droit, ouvert par devant , sans rabat, la soutane attachée avec un cordon autour des reins, et pour coiffure, la toque comme nous la portons aujourd'hui. Quand ils sortaient, ils mettaient un chapeau bas de forme, à larges bords, et un manteau sur les épaules,

remarqua F ameublement du cabinet de physique , qui était rempli de bons instruments. Les choses restèrent en cet état jusqu'à Fédit de 1764, qui prononça l'entière abolition des Jésuites en France. Alors le parlement ne permit le séjour de Caen et de Bayeux qu'à ceux qui en étaient originaires. Tous devaient se présenter deux fois chaque année devant le procureur du roi de leur domicile, tenu d'en justifier au procureur-général, qui lui-même en informait la cour.

Le 26 juin 1762, le parlement supprima provisoirement le collège du Mont, et ordonna aux officiers du bailliage de nommer un économe séquestre, pour administrer les revenus de l'établissement ; l'année suivante, il réunit le collège à l'université. Vingt ans plus tard, après de longs débats entre cette corporation et l'autorité municipale, le roi confirma la réunion ; le collège du Mont fut maintenu comme établissement de plein exercice, et la nomination du principal attribuée au maire et aux échevins. Ils étaient tenus d'élire un des trois candidats que proposait l'université, et qui étaient choisis par elle dans la faculté des arts. Le môme édit confirmait la chaire de mathématiques du dit collège, y créait une chaire d'Écriture sainte, à laquelle fut réunie celle de théologie, fondée en 1664, par Fabbé de Saint-Marlin (1); la doctrine des quatre articles de 1682 devait y être

(1) A son retour de Rome, en 1650, l'abbé de Saint-Martin s'était fait agréger à la faculté de théologie de l'université do Caen ; il avait fait réparer et lambrisser à ses frais l'école de théologie, et y avait fondé une chaire que devait occuper

enseignée, sous peine de désobéissance et d'interdiction. Enfin, la faculté de droit canonique et celle de droit civil étaient réunies en une seule faculté.

un membre de la congrégation de l'Oratoire. Plus tard, ce traité fut dissous du consentement des parties, et l'abbé de Saint-Martin en fit un autre avec les Jésuites, le 12 mars 1664.

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