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CHAPITRE XIV

Abbaye aux Dames. — Bénédictines du Saint-Sacrement , — à Caen, — à Bayeux. — Bénédictines de Vire. — Confréries du Saint-Sacrement. — Couvent de la Charité, à Bayeux. — Corporations enseignantes. — Université. — Eudistes. — Oratoriens. —Caractère du P. Eudes. — Établissement de la fête du Sacré-Cœur. —Mort du P. Eudes. — Collèges de Caen.— Jésuites.— Collèges de Bayeux, de Vire, de Condé.

Abbaye II y avait à Caen , au xvir siècle , deux couvents

de Bénédictines : la grande abbaye de Sainte-Trinité, connue sous le nom d'abbaye aux Dames, et le prieuré de Notre-Dame-de-Bon-Secours. Les grandes Bénédictines ne furent pas, dès l'origine, soumises à la clôture: elles recevaient leurs parents et leurs amis, sortaient en ville et assistaient aux fêtes publiques. En 1515, l'abbesse Isabelle de Bourbon leur imposa la clôture perpétuelle, l'abstinence quotidienne, une discipline plus austère. La réforme ne s'établit qu'a-

près une vive opposition. La plupart des religieuses en appelèrent à l'évoque et au pape. Le pape autorisa les plaignantes à se retirer dans d'autres abbayes. Nous avons vu que ce monastère ne fut point à l'abri des séductions du protestantisme. Il compta néanmoins, à différentes époques, des femmes d'un grand mérite et d'une solide vertu; plusieurs appartenaient aux familles les plus distinguées de la province. Le fondateur avait donné l'exemple , en présentant à l'autel sa fille Cécile , encore enfant , le jour même où l'église fut consacrée. 11 y en avait aussi parmi elles qui étudiaient avec goût le latin et les sciences ecclésiastiques. Jacqueline de Blémur a publié les Éloges des illustres de l'ordre de Saint-Benoit , et quelques autres ouvrages.

Si nous entrions dans le détail des luttes que les abbesses de Sainte - Trinité soutinrent contre les évêques de Bayeux, nous les verrions, à l'exemple des Bénédictins , s'efforcer d'étendre des privilèges que les évêques s'appliquaient à restreindre. C'est un spectacle bien étranger à nos mœurs , que celui d'une religieuse exerçant la double juridiction ecclésiastique et criminelle sur les paroisses de son exemption, faisant juger par son officiai les chapelains du couvent, ordonnant à son sénéchal de poursuivre une « beste porchine » qui avait mangé un enfant, et que lui disputait la justice du roi. Les baillis et les vicomtes de Caen se crurent souvent obligés de réprimer les empiétements de l'abbaye sur les droits de la royauté. M»'r Servien et M*r de Nesmond mirent également beaucoup de fermeté à

maintenir ceux du siège épiscopal. On cite, au nombre des abbesses qui ont laissé une mémoire vénérée, Mmes Gabrielle- Françoise de Tessé et sa nièce. Elles gouvernèrent successivement la maison, depuis 1696 jusqu'en 1729. La seconde restaura les deux tours qui accompagnent le portail de l'église. La première fit placer, en 1704 , dans son monastère, des reliques qu'elle avait obtenues du souverain pontife , par l'entremise de son frère , le maréchal de Tessé. En 1785, Mme de Belsunce, abbesse de Sainte- Trinité, réunit à l'université les bénéfices qui étaient à sa nomination. L'université lui députa les doyens de toutes les facultés , pour la remercier de cette insigne faveur. Ce fut l'abbé Leclerc de Beauberon, doyen de la faculté de théologie , qui porta la parole. Il félicita l'abbesse d'être entrée dans la pensée du concile de Trente, lequel exprime le vœu que les bénéfices soient conférés à des gradués en théologie ou en droit canonique. Il signala les avantages de cette mesure , et termina par l'éloge de l'illustre évêque de Marseille , à la famille duquel appartenait Mme de Belsunce. Celle-ci répondit aux compliments sententieux du vénérable doyen avec une aisance parfaite, un tact exquis, mais aussi, il faut bien l'avouer, avec cette urbanité tant soit peu mondaine que l'on ne s'étonnait pas de rencontrer à la grande abbaye (1 ) .

Hâtons-nous d'ajouter qu'à l'époque dont nous parlons, la piété y était en honneur, et la règle scru-

(1) Voir les Pièces justificatives.

puleusement observée. Si l'on nous en demandait la preuve, nous aurions à citer des traits touchants qui feraient honneur aux communautés les plus ferventes.

Il en fut toujours ainsi au prieuré de Notre-Dame- Bén&KcUnca

.. . dcCaen.

de-Bon-Secours. Là, on ne trouve que simplicité, ferveur évangélique , obéissance à la règle, profond respect pour l'autorité de l'évêque diocésain. La marquise de Mouy, fondatrice de cette maison (1643), avait tiré de l'abbaye de Montivilliers les trois premières religieuses. La prieure , prenant trop à la lettre cette maxime de saint Paul , que la science du chrétien doit consister uniquement à connaître Jésus crucifié, ne laissait entre les mains de ses religieuses d'autre livre que leur crucifix. La pieuse fondatrice pensait, au contraire, que l'ignorance ne peut produire de bons effets ; que, pour bien servir Dieu, il faut être instruit; que, si une science profane, fruit d'une orgueilleuse curiosité , est incompatible avec l'esprit monastique, on ne saurait en dire autant d'une science modeste et prudente, éclairée par la foi, tempérée par l'humilité. Mmc de Mouy songea donc à remplacer la première prieure. Ses instances et ses promesses obtinrent pour quelque temps, des Bénédictines de Remberviller en Lorraine, la célèbre Catherine de Bar, dite en religion Sœur Mechtilde. Elle réussit également, grâce à l'intervention de D. Quinet, abbé de Barbery, à la faire élire prieure de Bon-Secours. La mère Mechtilde y opéra en très-peu de temps un bien prodigieux. On eût désiré l'y rete^ dît en qualité de prieure perpétuelle ; mais elle fui

rappelée en Lorraine, à la fin de son triennal (1650). Dieu avait sur elle d'autres desseins : après des épreuves sans nombre et d'étranges vicissitudes, elle eut la gloire de fonder à Paris l'Adoration perpétuelle du très-saint Sacrement.

Tout homme qui souffre volontairement, a dit un illustre orateur, ôte une souffrance à quelqu'un ; tout homme qui jeûne, donne du pain à un autre qui en manque. De même tout homme qui pleure, aux pieds de Jésus-Christ, sur les crimes de ses frères, est une victime expiatoire qui désarme la colère de Dieu. Si Dieu eût trouvé dix justes dans Sodôme, il eût épargné cette ville abominable. C'est sur ce principe de la solidarité chrétienne que repose l'admirable institution dont la France est redevable à la Mère Mechtilde. Dans toutes les maisons où elle est en vigueur, jour et nuit, sans aucune interruption, une religieuse se tient prosternée devant le saint Sacrement, la torche à la main et la corde au col, en signe d'amende honorable. Réparer les sacrilèges et les outrages de toute espèce dont le protestantisme avait donné le signal, au xvie siècle, contre la sainte Eucharistie: telle fut la pensée qui inspira la Mère Mechtilde. La reine-mère l'accueillit avec empressement, et Louis XIV autorisa la fondation par lettres -patentes, en 4653. L'institut de l'Adoration perpétuelle est à l'ordre de Saint- Benoit ce que la réforme de l'étroite observance fut à l'ordre de Cîteaux. En 1676, le pape Innocent XI approuva les constitutions , érigea en congrégation les monastères déjà existants, et ceux qui pourraient être fondés à l'avenir. 11 les déclara

exempts de la juridiction épiscopale; mais, en 4694, à la demande de la fondatrice et de toutes ses religieuses, le pape Innocent XII les replaça sous l'autorité des évêques, dans leurs diocèses respectifs.

Peu de maisons embrassèrent cette réforme. On en comptait onze avant la révolution ; sept ont disparu, et ont été remplacées par un nombre égal. Sur les onze maisons qui existent aujourd'hui , quatre seulement sont anciennes : ce sont celles de Paris , de Rouen , de Caen et de Bayeux. Le monastère de Rouen reçut l'Adoration perpétuelle en 4677. La réforme que la Mère Mechtilde mit dans cette maison , y attira deux religieuses de l'abbaye de Sainte-Trinité de Caen, Mmes de Blémur; elles demandèrent d'y être admises pour « s'y former au véritable esprit de saint Benoit. » Le prieuré de Bon-Secours suivit cet exemple en 4685. Mgr de Nesmond eut la consolation de voir toutes les religieuses embrasser avec joie les rigueurs du nouvel institut. En 4700, les Bénédictines de Bayeux, voulant substituer à leur règle mitigée une discipline plus exacte, choisirent pour prieure une religieuse du monastère de Caen, la Mère Saint- Benoît. L'année suivante , le zèle de la nouvelle supérieure et les conseils de l'abbé de Launey les déterminèrent à embrasser l'Adoration perpétuelle. Une confrérie du Saint-Sacrement fut érigée dans la chapelle de la communauté; nous la verrons transférée à la Cathédrale, en 4804.

Les Bénédictines de Vire n'entrèrent point dans la congrégation réformée. Cependant il s'en fallut peu qu'elle ne prît naissance au milieu d'elles. M. Mangot,

Bénédictines de Bayeux.

Bénédictines de Vire.

maître des requêtes, dont la fille était prieure perpétuelle du couvent de Vire, avait obtenu sans difficulté qu'elle cédât sa place à la Mère Mechtilde. Celle-ci crut sans doute que, en quittant Paris, elle perdrait les ressources indispensables a l'exécution de son grand projet, et elle rejeta les ouvertures de M. Mangot. confréries Puisque nous avons nommé la confrérie du Saint- SaintSadcurement Sacrement établie a Bayeux , disons, en passant, que la même dévotion était pratiquée dans toutes les villes du diocèse. A Caen, elle avait donné naissance à deux confréries: l'une, fondée en 1495, chez les chanoines du Sépulcre; l'autre, en 1773, dans l'église de Notre-Dame. Celle de Condé fut établie par Mgr de Nesmond , à la requête des officiers et bourgeois, en 1671, « pour contribuer à augmenter la religion en ce bourg, et à la conversion des hérétiques, qui y sont en très-grand nombre. » Quant a celle de Vire, on en ignore l'origine; on sait seulement qu'elle était ancienne, couvent L'abbé Beziers a été fort mal renseigné sur l'ori- Gà Bayeux!6' gine du couvent de la Charité, a Bayeux ; nous allons substituer à ses indications un exposé plus complet et plus exact, puisé dans les registres mêmes de la communauté.

Dès l'année 1641, le P. Eudes avait fondé à Caen une maison de refuge pour les filles débauchées qui voulaient s'arracher à leurs désordres. La direction des pénitentes fut d'abord confiée à Marguerite Morin, née à Caen, d'une famille protestante, et qui avait abjuré l'hérésie, à l'âge de quinze ans. Les personnes qu'on lui avait associées, désiraient comme elle

embrasser la vie religieuse, afin de donner à l'œuvre, encore chancelante, plus de stabilité. L'opposition qu'elles rencontrèrent , les dégoûta de leurs fonctions. S'il fallait en croire le P. de Montigny, biographe du P. Eudes, le départ de Marguerite aurait été déterminé par l'orgueil et la jalousie ; elle aurait profité de son ascendant sur la plupart de ses compagnes, pour leur communiquer ses sentiments, et, en quittant la maison, elle l'aurait spoliée de concert avec elles. Nous ignorons où le P. de Montigny a puisé ces renseignements; mais nous avons les raisons les plus fortes de soupçonner qu'il a trop facilement accueilli des récits mensongers.

Deux ans s'étaient à peine écoulés depuis que Marguerite Morin avait quitté Notre-Dame-du-Refuge, lorsqu'on lui confia l'hospice des Pauvres -Renfermés. Si son départ du premier établissement avait eu le caractère qu'on y attribue, est -il croyable qu'on lui eût donné a elle-même cette marque de confiance, dans une ville où sa conduite aurait laissé les plus fâcheux souvenirs? Est-il croyable que M. de Bernières, intime ami du P. Eudes, et qui avait pris part à la fondation des Petits-Renfermés, eût voulu mettre à la tête de cette maison une fille orgueilleuse , une misérable intrigante? Est-il croyable qu'il lui en eût fait directement la proposition? Ne seraitil pas étrange de voir le pieux abbé Rocher, chanoine de Bernesq et vicaire-général , prendre sous sa direction Marguerite Morin , dont il ne pouvait ignorer les antécédents, la traiter avec la plus grande estime , et lui imposer, au nom de l'obéissance , la

mission qu'on lui offrait à Caen ? Comme Marguerite hésitait encore, il l'envoie consulter D. Quinet, abbé de Barbery, qui fut pendant vingt ans l'oracle de toutes les communautés du diocèse. D. Quinet décide qu'elle doit se rendre à l'hospice des Petits-Renfermés, au moins pour quelque temps ; car, ajoute-t-il, « je crois que Dieu veut autre chose de vous. » Cette prédiction ne tarda pas à s'accomplir.

Marguerite Morin passa cinq ans aux Petits-Renfermés , et l'établissement prospéra sous sa vigilante direction. Elle y avait conduit, en quittant Bayeux , Marie du Bosq , originaire du Cotentin , et , comme MI,e Morin, sortie d'une famille protestante. Les deux amies essayèrent de former une congrégation, avec les filles qui les assistaient dans le service des pauvres ; mais leur projet n'ayant point été agréé par MM. les officiers de ville, elles se retirèrent, malgré les instances qu'on fit pour les retenir, et revinrent à Bayeux en 4652 (4). C'était là que Dieu voulait exercer leur zèle. Elles s'établirent d'abord sur la paroisse de la Poterie, d'où elles passèrent au faubourg Saint-Patrice. Elles furent autorisées par le chapitre, pendant la vacance du siège, et par le corps municipal à fonder une maison « qui pût servir d'asile aux pauvres petites filles. »

Les religieuses de la Charité ne sont point, à pro-

(1) L'abbé Beziers dit que ce fut en 1650. Il est vrai qu'elles adressèrent, le 11 avril 1650, une supplique à Msr Mole, pour demander la permission de fonder un établissement dans la ville épiscopale; mais la supplique resta sans réponse, et Marguerite Morin ne quitta les Petits- Renfermés que le 25 avril 1652.

prement parler, des Augustines. En adoptant, comme beaucoup d'autres communautés, la règle de Saint- Augustin, elles l'ont modifiée par des constitutions particulières, que Wr Servien et Mgr de Nesmond approuvèrent tour à tour. Elles obtinrent aussi, en 1661 , l'approbation du saint-siége. Les lettres-patentes, octroyées aux Charistines de Bayeux, en 1653 et en 1672, furent enregistrées au parlement en 1673.

Nous avons fait connaître en détail, dans l'Introduction, les obligations que s'imposèrent les religieuses de la Charité de Bayeux. Leur maison fut, dès l'origine, un asile ouvert à l'enfance contre la pauvreté, le libertinage et l'hérésie. Son organisation intérieure eut des commencements difficiles. Les deux fondatrices firent leur noviciat sous la direction de deux hospitalières que Mgr Servien avait appelées de l'Hôtel-Dieu de Caen. L'une de ces religieuses fut la première supérieure du couvent de Bayeux. Elle fut remplacée, en 1659, par la Mère Marie de l'Incarnation ( c'était le nom qu'avait pris Marie du Bosq ) ; sa compagne , Marguerite de Jésus , ne remplit jamais les fonctions de supérieure. En 1675, l'impossibilité de trouver parmi les religieuses des officières expérimentées , força la communauté d'avoir recours à THôtel-Dieu de Bayeux, qui fournit une supérieure, et ensuite à la Visitation de Caen. La protection maternelle que cette dernière communauté exerça sur la congrégation naissante, unit les deux maisons par des liens d'affection réciproque, qui subsistent encore aujourd'hui. En 1716, les bâtiments du monastère prirent tout-à-coup une grande extension.

Victime d'une injuste préférence, Renée du Vigney, avait été destinée par ses parents à la vie religieuse. En vain leur exprima-t-elle son éloignement pour le cloître; on ne lui laissa que la liberté du choix. Elle se détermina pour la Charité de Bayeux. Pendant son noviciat, Dieu lui fit la grâce de goûter un genre de vie auquel elle ne se croyait point appelée. La veille de sa profession, 30 juin 1714, « étant hors la clôture et en lieu de liberté, » elle déclara, devant M. Hue de Launey, vicaire-général , « quelle n'était ni forcée , ni contrainte de se faire religieuse , et qu'elle le souhaitait de tout son cœur. » A peine eutelle prononcé ses vœux, que la mort enleva successivement sa sœur et son frère. M. Rogier du Vigney, procureur du roi en l'élection de Bayeux, crut qu'il était encore temps de réparer les torts dont il s'était rendu coupable envers sa fille aînée. Il s'accusa luimême, auprès du souverain pontife, de la violence qu'il lui avait faite , et obtint pour elle un bref de sécularisation. Sœur Saint-Charles, inflexible à son tour, lui répondit avec une noble fermeté qu'elle s'était vouée librement au service de Dieu, et qu'elle ne consentirait jamais à violer ses engagements. Ce dernier coup acheva d'éclairer le malheureux père, et il ne songea plus qu'à expier sa faute, en comblant de ses bienfaits le monastère de la Charité. Il fît bâtir le chœur des religieuses, la sacristie et l'église, où il se réserva, pour lui et pour sa femme , une place pendant leur vie, un tombeau après leur mort. A celle occasion, la communauté s'engagea, sur la demande des bienfaiteurs, à élever une petite fille

DE BAVEUX. ill

pauvre, âgée de sept ans, que lui présenteraient alternativement les deux paroisses de Tournières et de Saint-Martin-de-Blâgny.

Mme Saint-Charles exerça plusieurs fois les fonctions de supérieure dans sa communauté; ses restes ont été exhumés dernièrement de l'ancien monastère, et transportés dans le chœur du couvent actuel.

Les détails qu'on vient de lire, donnent, sur différents points, un démenti formel à la narration de l'abbé Beziers. Ce n'est pas sans quelque surprise que j'ai trouvé plusieurs fois cet estimable écrivain en opposition avec la tradition des communautés de Bayeux. Les Ursulines vont nous en fournir un nouvel exemple.

La fondation des Ursulines eut lieu en 4623, comme Beziers le raconte; elle fut acceptée par les bourgeois le 28 septembre, et par Mgl* d'Angennes le o octobre de la même année. Les trois premières religieuses, fournies par la communauté de Pontoise, furent mises en clôture au mois de mai 1624. Mais à quelle époque les Ursulines quittèrent-elles la rue Jourdan, où Mllc d'Harcourt les avait d'abord établies, pour se transporter au couvent des Billcttes ? L'abbé Beziers fixe cette translation au mois de mai 1634, et les chroniques de la communauté la renvoient a l'année 1661. — Le couvent des Billeltes, situé au faubourg Saint-Patrice, sur l'emplacement que le collège occupe aujourd'hui, appartenait, depuis 1328, à des chanoines de Saint-Augustin , appelés vulgairement Billcttes ou Frères de la Charité. Lorsque les Ursulines traitèrent avec le prieur, en I633, il n'y avait

Ursulines do ttayeux.

plus de religieux. Le nouvel établissement acquit de l'importance. On déposa dans le chœur de l'église les restes de la fondatrice, morte en 1G28, au premier monastère, après y avoir donné l'exemple des plus hautes vertus. Les Ursulines, vouées à l'éducation des jeunes filles, recevaient aussi comme pensionnaires des dames séculières, qui voulaient vivre séparées du monde.

Les Ursulines et les Visitandines de Caen sont contemporaines des Ursulines de Bayeux ; mais ce que nous avons à dire des deux premières communautés, se rapporte à des événements que nous raconterons plus loin. Il nous faut présentement donner à nos lecteurs une idée sommaire des corporations enseignantes et des congrégations, corporations L'université de Caen, fondée en 1432, par le régent enseignant. ^ ^e Bedfort, pendant que la ville était au pouvoir université, des Anglais, fut confirmée par Charles VII en 1452. Dans cet intervalle, il avait été pourvu à son érection canonique par une bulle du pape Eugène IV, obtenue en 1437. Nous n'avons pas à raconter l'histoire de cette institution, sur laquelle l'abbé Delarue et, après lui, M. Vaultier ont donné de curieux détails; mais nous croyons devoir reproduire ici un tableau fort exact de son organisation , au xvii° siècle. Il est extrait d'un mémoire publié pour maître Odet Le Fèvre, de la congrégation des Eudistes, docteur et professeur en la faculté de théologie, plaidant contre le recteur et les autres facultés, qui l'avaient déclaré inhabile à exercer les fonctions de doyen , comme étant membre d'une communauté.

DE BAÏEl'X. 143

• « L'université de Caèn, dit-il, est un tout composé de cinq parties, ou un corps qui a cinq membres, lesquels considérés séparément font autant de corps dont les docteurs et suppôts sont les membres. Ces cinq corps s'appellent facultés. La première et la supérieure de toutes est la faculté de théologie ; elle a un doyen, qui est perpétuel, et qui ne doit point sa nomination à l'élection, mais à l'âge. Elle a deux professeurs. L'un est royal, aux gages de cent quatrevingts livres; l'autre ordinaire, aux gages de soixante livres. Elle a ses fonctions et ses exercices. Elle n'est point dirigée par les autres facultés, mais par ses propres docteurs. La seconde faculté s'appelle la faculté de droit canonique. La troisième se nomme la faculté de droit civil. On joint ces deux facultés, parce qu'elles sont gouvernées par les mêmes docteurs. Elles ont deux doyens et cinq professeurs. Les autres facultés ne se mêlent nullement des affaires particulières de cette double faculté. La quatrième est la faculté de médecine; elle a son doyen; elle n'est composée que de quatre docteurs, lesquels sont professeurs, et la gouvernent indépendemment des autres facultés. La cinquième est la faculté des arts; elle a aussi son doyen ; elle est composée de douze professeurs d'humanités et de philosophie ; elle a encore deux principaux de deux collèges, dont le premier s'appelle le collège du Bois, et le dernier, le collège des Arts. Les autres facultés supérieures ne se mêlent de rien qui la regarde en particulier; elle est conduite par douze professeurs et par les deux principaux qui la composent. Ces cinq facultés, en tant qu'elles n'ont

qu'un môme chef qui s'appelle recteur, composent l'université. Monsieur l'évêque de Bayeux en est le chancelier né, et nomme le vice-chancelier. Messieurs de Coûtances et de Lisieux sont les conservateurs de ses privilèges et nomment des vices- conservateurs ; quand elle tient des assemblées générales , chaque faculté délibère en particulier, et députe un de son corps, qui porte son suffrage dans l'assemblée générale, en sorte que, de quelque nombre de suppôts dont soit composée une faculté, elle n'est comptée que pour une voix. »

Un grand nombre d'hommes distingués ont attaché leur nom à notre faculté de théologie. Si nous remontions jusqu'aux temps les plus anciens , nous aurions à citer Guillaume Le Rat, qui prêcha devant le roi François Ier, dans l'église du château de Caen, en \ 532 ; Louis Le Boutillier, qui représenta notre université au colloque de Poissy. Dans les temps modernes, plusieurs curés de Caen ont été professeurs et doyens de la faculté de théologie. La suite de cette histoire nous les fera connaître. Les ordres religieux fournirent aussi à la docte compagnie quelques illustrations. Nous devons une mention particulière au bienheureux Jean Soreth, qui réforma l'ordre des Carmes. Il avait enseigné la théologie à l'université de Caen, en 1448.

Un de ses successeurs les plus célèbres, l'abbé Leclerc de Beauberon, chanoine de la métropole de Rouen, fut déclaré, en 4759, par acte capitulaire, astreint à la résidence, sous peine de se voir refuser les fruits et émoluments de son cano-

nicat. Il appela comme d'abus d'un arrêt au moins rigoureux, et soutint qu'ayant l'honneur d'enseigner la théologie dans une université fameuse , il était canoniquement dispensé de l'assistance a l'office. L'université de Caen, dit-il, est une université fameuse , parce qu'elle a été créée à la sollicitation des trois États de Normandie , avec des privilèges « tels et semblables que celle de Paris , » après laquelle elle tient le premier rang. Elle est la seule en France qui ait cinq facultés. Elle est donc, aux termes du concile de Bâle, une université privilégiée, universitas privilegiata studii gêner alis.

Le professeur expose ensuite l'ordre des classes. Elles duraient une heure trois-quarts. Le temps était partagé entre la dictée, l'explication et l'argumentation. Tous les samedis , un des étudiants montait en chaire , prononçait un discours latin , résumait l'enseignement de la semaine et répondait aux objections. Plus de trois cents ecclésiastiques suivaient les cours; la ville de Rouen, à elle seule, en envoyait, chaque année, de trente-cinq à quarante. Ils étaient admis aux saints ordres dans leurs diocèses respectifs , en présentant les traités de théologie qu'on leur dictait à Caen. Cependant la faculté de théologie trouvait difficilement des professeurs pour remplir ses deux chaires. Quand l'une d'elles venait à vaquer, il arrivait quelquefois qu'aucun docteur ne se présentait à la dispute, et le chapitre de la métropole voulait en conclure que notre université n'était point une université fameuse. M. Leclerc attribue ce peu d'empressement à la modicité des honoraires.

Ceux du professeur royal n'étaient, à cette époque, que « de deux cents livres ou environ. » C'était une faible indemnité pour la cure de Saint- Gervais de Falaise , dont le requérant avait fait généreusement le sacrifice. Les textes nombreux qu'il cite à l'appui de ses réclamations, nous semblent prouver que la jurisprudence ecclésiastique et civile lui étaient favorables, et qu'on avait mauvaise grâce à lui contester les revenus de son canonicat.

Quoique les fonctions de professeur en théologie pussent être confiées indistinctement à des séculiers ou à des réguliers, ceux-ci étaient exclus du décanat par un statut de l'université, homologué au parlement. On voulut même étendre cette restriction à toutes les congrégations séculières ou régulières.

oratorio». Les Oratoriens s'y soumirent, en acceptant la chaire de théologie que l'abbé de Saint-Martin fonda pour

Existes, eux en 4650. Les Eudistes protestèrent, et saisirent cette occasion pour établir nettement la position de leur institut (4). S'appuyant sur le matrologe de l'université, ils prouvèrent que le texte du règlement: religion non surit capaces, ne leur était pas

(1) Le mémoire qu'ils publièrent, est sans date, suivant l'usage du temps. L'abbé Malouin , un des adversaires de la Congrégation, y est qualifié de principal du collège du Bois, titre qu'il possédait en 1685 et en 1712. Quant à l'abbé Le Fèvre, on se demande si ce ne serait pas le même personnage que l'abbé Le Febure , par lequel Msr de Nesmond fit examiner, en 1706. les thèses des Bénédictins. La ressemblance des deux noms, la qualité d'Eudiste et de professeur en théologie, commune aux deux docteurs , le rapprochement des époques tendraient à le faire supposer.

applicable, attendu qu'ils ne formaient pas un ordre religieux. Cette partie du mémoire de l'abbé Le Fèvre contient des renseignements qui appartiennent à l'histoire.

« Du côté de l'Église , dit-il , il est de notoriété publique qu'il n'y a que les vœux qui font la régularité. Cette congrégation n'en fait aucun , elle n'a point de noviciat, ni formule de profession, elle n'a que des probations et usages semblables à celles des congrégations laïques dont les Jésuites sont directeurs dans la plupart de leurs collèges ; elle ne tient aucun rang dans l'état ecclésiastique, elle ne s'est point soustraite à la juridiction des évoques, elle ne ressortit point immédiatement à celle du pape, elle n'est instituée par aucune bulle de Rome (1), elle ne doit son établissement qu'aux lettres patentes du roy et des évoques qui la constituent un corps purement séculier, et qui ne lui ôtent rien des droits de la propriété dont jouissent les autres prêtres qui vivent en leur particulier. Plusieurs de ses sujets sont actuellement curez, chanoines, archidiacres, théologaux et occupent les dignité/ dans les cathédrales, sans être pour cela sortis ou séparez de la congrégation, il y en a même d'actuellement graduez sur les chapitres de Rouen, Lysieux, Bayeux ; aussi Monsieur l'arche-

()) Le P. Eudes obtint eu 1648 des lettres apostoliques qui l'approuvaient . lui et ses associés , pour l'œuvre des missions ; mais il ne put jamais obtenir du souverain pontife que son institut fut érigé en congrégation. Les lettres-patentes dont parle ici l'abbé Le Fèvre, furent expédiées en 1642. Les lettres d'institution données par MKr d'Angennes , pour le diocèse de Bayeux, sont du 14 janvier 1644.

vèque de Rouen, Messieurs les évêques de Bayeux , de Coûtances , de Lysieux, d'Evreux et de Rennes les réclament-ils, comme purement séculiers dans leurs déclarations et attestations produites au procez. »

« Du côté de l'État, le roi par ses lettres-patentes vérifiées, et les parlemens de Normandie et de Bretagne déclarent qu'on ne les doit regarder que comme prêtres séculiers. Ils ont toujours été admis dans la société civile à faire tout ce que font les prêtres qui mènent une vie particulière. Ils possèdent leur patrimoine , ils en disposent sans en rendre compte à aucun supérieur. Ils héritent, ils contractent, ils sont sujets aux charges publiques , ils sont tuteurs et curateurs, ils peuvent exercer sans aucune exception toutes les charges que peuvent exercer les autres clercs. »

« Ce qui devroit faire enfin la décision de la question, c'est que les universitez ont reconnu les membres de cette congrégation pour des séculiers , lorsqu'ils se sont présentez pour les degrez; et celle de Caën en particulier les a reçus sur ce pied-là, en leur faisant payer dans le tems de leur réception les droits que payent les séculiers , plus considérables que ceux que doivent payer les réguliers suivant les statuts , quoiqu'ils missent au bas de leurs thèses qu'ils étoient de la congrégation de Jésus et Marie. »

Le Mémoire où nous avons puisé ces extraits, et qui dut être rédigé peu de temps après la mort du P. Eudes, prouve que, malgré les préventions des uns et la rivalité des autres , sa congrégation , en moins d'un demi-siècle, avait pris un rapide essor. Saint-

du P. Eudes

Lazare fit cause commune avec l'Oratoire, pour lui susciter des obstacles. Les Jansénistes répandirent contre lui les libelles les plus injurieux; plusieurs de ses amis se laissèrent ébranler; il eut même la douleur de perdre un moment les bonnes grâces du roi, qui avait toujours apprécié ses services. On cite un autre témoignage moins suspect que celui des Jansénistes, plus désintéressé que celui des Oratoriens, et qui ne lui est guère plus favorable. Huet, caractère dans ses Origines, dit « qu'il était d'un naturel hardi et ardent; qu'il se laissait emporter à son zèle, qui n'était pas toujours assez réglé ; que, n'ayant ni droit ni mission , il se portait à des actions qui ont eu quelquefois des suites fâcheuses. » En vain les religieuses de la Charité réclamèrent-elles contre ces assertions ; l'évêque d'Àvranches soutint son opinion. 11 est vrai qu'on en trouve le correctif dans ses Mémoires. Il y parle du P. Eudes comme d'un homme rempli de l'esprit apostolique. « Sa vertu remarquable et sa piété très-vive lui avaient assuré, dit-il, ma tendresse et mon affection. J'entreprendrais un travail superflu, en cherchant à le louer. Les travaux sans nombre auxquels il se dévoua pour procurer la gloire de Dieu et le salut des âmes , tant d'écrits si pieux et si utiles qu'il a composés, l'ont rendu cher au Seigneur et vénérable à l'Église. »

S'il nous était permis d'exprimer ici notre opinion personnelle, nous invoquerions tour à tour les deux jugements portés par l'illustre prélat, et il nous semble qu'il serait facile d'en déduire la vérité. Le P. Eudes, dirions-nous, était une de ces âmes privilé-

giées chez lesquelles la piété s'élève jusqu'à l'enthousiasme. Lorsqu'il s'agissait de la gloire de Dieu, l'ardeur de sa foi ne comprenait ni la dissimulation ni les ménagements. Doué d'une volonté énergique, armé d'une puissante initiative, il était plus capable de dévouement que de soumission , plus propre à donner l'impulsion qu'à la recevoir. Avec ces qualités et ces défauts, il dut froisser bien des intérêts, déranger bien des calculs, et soulever une foule de mécontentements ; mais les imperfections de sa nature et les écarts de son zèle furent rachetés, devant Dieu , par la pureté de ses intentions , devant les hommes, par l'utilité de ses entreprises. Du reste, quoique impétueux, son zèle n'avait rien d'amer. Il tonnait contre les scandales ; mais il ressentait pour les pécheurs une miséricordieuse compassion. Sa douceur et son humilité tempéraient la vivacité de ses réprimandes. Il était accessible à tous, particulièrement aux pauvres, aux infirmes et aux vieillards. Non content de pardonner à ses ennemis, il lui arriva souvent de plaider leur cause et de les protéger. Il pratiqua, dans toute sa rigueur, la pauvreté évangélique, quoiqu'il ne crût pas devoir l'imposer à sa congrégation. En sortant de l'Oratoire , il usa d'un droit commun à tous ses confrères : aucune promesse de stabilité ne l'attachait à l'institut. L'établissement d'un séminaire était depuis long- temps sa préoccupation exclusive, et nul n'oserait dire que, en 1644, l'établissement d'un séminaire dans la ville de Caen fût une œuvre superflue ou intempestive. La froideur de l'Oratoire pour un projet si conforme

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aux vœux de M. de Bérulle amena la rupture. Le bruit se répandit que le P. Eudes avait reçu des fonds; on aurait voulu qu'il en rendît compte au supérieur-général. Le devait-il, si ces fonds avaient une destination spéciale et conditionnelle? L'abbé Delarue, assez mal disposé pour le P. Eudes, fait observer avec raison que nous sommes trop loin des événements pour trancher ces questions délicates. Il existe cependant une lettre de M. de Repichon , déclarant que le P. Eudes ne l'a jamais détourné de donner à l'Oratoire les sommes qu'il avait mises à sa disposition pour aider à la fondation du séminaire. On voit à quoi se réduisent les griefs des Oratoriens contre un homme dont on avait d'abord exalté les talents et les vertus, et qui ne fut plus « qu'un ambitieux affublé du manteau de l'humilité , » quand on craignit de le voir à la tête d'une congrégation rivale.

Ce n'est pas dans un monastère de la Visitation, Etablissement comme on l'avait cru d'abord , que la fête du Sacré- Cœur de Jésus a pris naissance. Les Visitandines la célébrèrent pour la première fois en 1686, quatorze ans après que le P. Eudes l'eut établie dans sa propre congrégation (1672). On l'y célébrait le 20 octobre de chaque année, avec la permission des ordinaires. On doit également au P. Eudes la fête du Saint-Cœur de Marie; celle-ci remonte à l'an 1659. Mgr Servien en fixa la célébration au 8 février.

Le P. Eudes mourut en 1680, âgé de soixante-dix- Mort neuf ans, et fut inhumé dans la chapelle du séminaire de Caen. En 1682, le chapitre de Baveux fit célébrer

de la fête du Sacré-Cœur.

du P. Rudes.

à Cacn, dans l'église Notre-Dame, un service funèbre pour le repos de son âme. Mgr de Nesmond, don* l'absence avait retardé la cérémonie, voulut y assister. La chapelle du séminaire ayant reçu, après la révolution, une destination profane, les restes du P. Eudes furent exhumés en 1810, et portés en grande pompe à l'ancienne chapelle des Jésuites, qui sert aujourd'hui d'église à la paroisse Notre-Dame. Les religieuses de la Charité obtinrent quelques-uns de ses ossements. Après la mort du P. Eudes, sa congrégation continua d'être gouvernée par un supérieur-général. Le chef-lieu était àCaen; le noviciat, à Valognes (1). Elle comptait des maisons dans tous les diocèses de la province ecclésiastique de Rouen; elle dirigeait en outre les séminaires de Rennes , de Dol , de Blois et de Sentis ; une partie de ses membres travaillaient aux missions, collèges II y a eu des collèges à Caen, même avant la fondation de l'université. Anciennement le nom de collège n'était pas restreint aux établissements d'instruction publique; il s'appliquait aussi aux maisons de pédagogie, désignées aujourd'hui sous le titre de pensionnats. On compte ordinairement quatre collèges en titre: 1° le collège du Cloulier, appelé aussi collège d'Enfer et collège de Paradis. Il fut fondé dans la rue Neuve-Saint-Jean, par Roger Le Cloutier, en 4452, et supprimé en 1731; — 2° le collège des Arts, près

(1) C'est au moins ce que nous lisons dans la France ecclésiastique de 1764. Quoique l'abbé Le Fèvrc affirme qu'il n'\ avait pas chez les Eudistes de noviciat proprement di! . il devait y avoir une maison et un temps d'épreuve.

deCacr

DE BAYELX. 223

des Cordeliers, fondé en 1460 par la faculté des arts. Il fut supprimé en 1786; — 3° le collège du Bois, rue Saint-Sauveur, ancienne pédagogie dirigée par Nicolas du Bois, érigée en collège en 1493, et qui a subsisté jusqu'à la révolution ; — 4° le collège du Mont , en face de l'église Saint- Etienne- le -Vieux. C'était primitivement un manoir appartenant à l'abbaye du Mont- Saint- Michel , et dans lequel s'était établie une pédagogie particulière. L'abbé Arthur de Cossé le vendit en 1579, et l'enseignement y fut supprimé. La ville de Caen le racheta en 1591, pour y rétablir les études. En 1594, un collège y fut installé, sous le nom de collège royal du Mont, Regio-Montanus. En 1609, le bailliage de Caen l'adjugea aux Jésuites; après leur expulsion, il fut rendu à l'université. Il a subsisté jusqu'en 1791. Tout ce que Huet raconte de la fondation de ce collège par Robert Jolivet , abbé du Mont-Saint- Michel, est une pure chimère : l'abbé Delarue l'a clairement démontré.

Plusieurs couvents d'hommes étaient comptés pour collèges de l'université, et, en cette qualité, autorisés à donner l'enseignement classique à leurs novices. M. de Bras cite comme tels les Carmes, les Dominicains, les Croisiers, les Cordeliers et les Capucins. Ces derniers établissements, eu égard à leur destination toute spéciale, devaient échapper à l'attention publique. Il n'en est pas de même du collège des Jésuites ; il a joui pendant cent cinquante ans d'une grande célébrité.

Huet et l'abbé Delarue ont donné, sur l'entrée des Jésuite*.

Jésuites au collège du Mont, deux récits contradictoires. Celui-ci prétend que l'auteur des Origines s'est laissé prévenir par son attachement pour les révérends Pères, et soutient qu'ils s'établirent à Caen, malgré l'opposition des habitants. Il paraît, en effet, que les habitants mirent peu d'empressement à les recevoir, et ne cédèrent qu'aux injonctions du roi. Les Protestants formaient encore a cette époque le tiers de la population, et il résulte des pièces originales qu'une partie des Catholiques était d'accord avec eux pour repousser l'institut de Saint-Ignace.

Nous avons dit comment le prieuré de Sainte-Barbe en Auge fut cédé aux Jésuites en 1607, par résignation d'un de ses titulaires. Ils se firent incorporer à l'université en 1608, et s'engagèrent à la stricte observance des lois académiques. Le 6 décembre de la même année, Henri IV leur donna le collège du Mont, et le bailliage les mit en possession le 5 janvier 4609. Leur collège reçut des augmentations considérables. Ils achetèrent, dans les Petits-Prés, l'emplacement d'une église, qui fut commencée en 1684, et consacrée en 1689. Louis XIV leur donna, vers la même époque, le bastion situé derrière leur établissement, et sur lequel ils étendirent leurs jardins.

Le moment n'est pas encore venu de discuter les accusations dirigées par l'abbé Delarue contre la théologie morale et l'enseignement philosophique des Jésuites de Caen ; mais nous croyons devoir consigner ici le jugement qu'il a porté sur leur enseignement littéraire. Son aversion pour eux, qu'il ne cherche point à dissimuler, donne un grand prix à

DE BAYEUX. iï\

ses éloges. « Le seul avantage, dit-il, que ces Pères procurèrent à notre ville, fut l'heureuse rivalité qui exista entre eux et l'université. La ville avait toujours eu dans son sein des littérateurs distingués; les Jésuites appelèrent dans leur collège de Caen l'élite de leurs professeurs. Il faut convenir que la littérature classique ne fut jamais plus brillante qu'à ces heureuses époques. » Sans doute les succès que les Jésuites obtinrent dans l'enseignement , furent des plus glorieux; mais, au-dessus de la chaire du professeur, il en est une autre que les Jésuites occupèrent avec zèle et souvent avec distinction : c'est un genre de service que l'historien est tenu de ne point oublier. L'abbé de Guenille porte à plus de huit cents le nombre des écoliers, appartenant à des familles nobles, que les Jésuites conduisirent aux fêtes de la canonisation de saint François de Sales, en 1668.

L'instruction de la jeunesse, dans la ville épiscopale, fut confiée primitivement à l'un des dignitaires du chapitre, appelé scolastique, écolâtre ou maîtreécole (1). Les titulaires de cette dignité, s'étant dégoûtés de leurs fonctions, s'en déchargèrent sur des maî-

(1) C'est à tort que l'on a confondu les fonctions du scolastique avec celles du théologal. Le théologal , institué à l'époque du concordat de Léon X avec François Ier, pour enseigner la théologie, ne s'est jamais occupé des écoles. Ses fonctions effectives se réduisaient à dix-huit prédications, qu'il était tenu de faire chaque année à la Cathédrale. Son titré n'était point considéré comme une dignité: mais, en 1560, on y annexa la prébende de Bernesq, conformément aux prescriptions du concile de Trente. (Miè d'Ffermant et dé Fieziets.)

Collège de Bayeux

très particuliers, et ne se réservèrent que le droit d'inspection. Au commencement du xvie siècle, il n'y avait encore à Bayeux aucun établissement d'instruction publique. « Au mois de décembre 1530 (1), on fit une cueillette par la ville, dans le dessein d'acheter une maison pour tenir les écoles. Le chapitre donna, au mois de février suivant, cinquante livres, à condition que la dite maison ne servirait à autre chose. » Ces essais d'organisation furent bientôt contrariés par la guerre civile. Pendant les troubles du calvinisme, on tint les classes dans le couvent des Augustins, que la persécution avait mis en fuile.

« Le 26 juin 1565, l'évêque Charles d'Humières érigea en préceptoriale la prébende de Grisy, à laquelle il laissa tout le revenu qui y était attaché, pour enseigner gratuitement et avec honneur la rhétorique. Le titre avec l'emploi en fut donné à Jean Leveilley, prêtre et maître ès-arts. » A partir de cette époque, pendant plus de deux siècles, le chanoine de Grisy fut chargé de la direction des études au collège de Bayeux. Il était dispensé de l'assistance au chœur, à cause de sa régence, le temps des vacances, le dimanche et les jours de fête exceptés. D'après Beziers , les écoliers fréquentaient encore le couvent des Augustins en 1571. D'un autre côté, on lit, dans les Manuscrits d'Hermant , que le palais épiscopal leur fut ouvert pendant quelque temps. Leur grand nombre et leur turbulence auraient déterminé le successeur de Mgr d'Humières à leur procurer un

(1) Et non 1550. — Manuscrits de l'abbé Potier.

autre asile. Ce fut, en 1580, que Mgr Bernardin de Saint-François, aidé du chapitre et des bourgeois, acheta dans la rue aux Coqs (rue Écho) une maison destinée aux écoles ; il la fit aussitôt agrandir et restaurer. Le chapitre conserva, sur le nouvel établissement , le droit de surveillance qu'il exerçait sur les anciennes pédagogies. A différentes époques, il délégua des commissaires pour le visiter. Il concourait avec les officiers municipaux au choix du principal, auquel l'évêque donnait l'institution.

Le collège de Bayeux, dit M. Pluquet, était une espèce d'académie où l'on soutenait des thèses , où l'on célébrait en prose et en vers l'avènement et la mort des souverains, les victoires qu'ils remportaient sur les ennemis de la France. Dans certaines circonstances , et particulièrement à l'époque de la distribution des prix, on y jouait des comédies et des tragédies en latin ou en français. C'était aussi l'usage au collège du Mont. Les Nouvelles ecclésiastiques, écho fidèle du parti janséniste, ne manquaient pas de s'élever contre ces innocentes récréations, et surtout contre le relâchement de nos évêques, qui les honoraient de leur présence (1).

(1) Voici quelques-unes des pièces qui furent jouées depuis MRr de Nesmond jusqu'à Msr de Cheylus: Job, Sennachevib, les Incommodités de la grandeur, par le P. du Cerceau. Le J9 août 1680, on représenta une tragédie latine. Elle avait pour titre: Ostanes furens , — les fureurs d'Ostanès , — et pour auteur l'abbé Marcel , curé de Basly, ancien directeur de l'établissement. Le sujet est la jalousie d'Ostanès, cherchant à p"idre Lysidas , héritier présomptif de la couronne, afin de régner à sa place. La scène se passe chez les Sarmates.

Collège de Vin'.

Parmi les membres du chapitre qui dirigèrent le collège de Baveux, on distingue: Robert Davauleau, curé de Saint- Symphorien. Il était principal du collège en 1640, lorsque le chancelier de France vint à Bayeux, après l'insurrection des Nu-Pieds. Il lui offrit une pièce de vers latins , tournée avec une rare élégance, dans laquelle il déplore, au nom de la ville, les excès de tout genre commis par la garnison;— Guillaume Marcel, curé de Basly. Nous avons déjà cité, et nous citerons encore différents opuscules de ce laborieux écrivain , qui composait avec la même facilité une tragédie latine, un sermon de controverse, une requête, un mémoire, un compliment, une harangue (4); — Nicolas Larchant de Grimouville, littérateur très-distingué, et, à la fin de sa vie, curé de Vaux-sur-Aure. Il fit représenter au collège, en 1706, une comédie latine de sa composition, dans laquelle on crut reconnaître, sous des noms empruntés, l'évêque et les chanoines invités à la fête. Une lettre de cachet suspendit l'auteur de ses fonctions.

En 1790, la prébende de Grisy n'était plus annexée au titre de principal.

Le collège de Vire , comme celui de Bayeux , fut l'œuvre du clergé. Il eut pour fondateur, en 1682, l'abbé Le Chartier, docteur de Sorbonne, doyen du Val-de-Vire et curé de Neuville; il fut autorisé par lettres-patentes, en 1747. Le roi expose, dans le

(1) D'après Beziers, il aurait était principal depuis 1664 jusqu'en 1676. D'après Moréri, il se serait retiré dans sa cure, en 1671. Tout ce que nous pouvons dire, c'est qu'en 1674, il se désignait sous le titre de : Ex gyrnnasiarchâ curio rusticanus.

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préambule , « que le collège esl devenu de plein exercice; qu'il réunit toutes les classes, comme ceux de l'université; qu'on y a fondé des prix pour des actes publics en rhétorique et en seconde ; que , grâce au talent des maîtres et à l'émulation des écoliers, l'utilité du collège ne se fait pas seulement sentir dans la ville; qu'il a fourni un certain nombre de sujets distingués à l'université , au barreau de Paris, à l'académie des sciences, et, conséquemment, qu'il importe d'en assurer les progrès. » Le principal, nommé par le maire, les échevins et les officiers du roi, devait être un ecclésiastique, et avoir obtenu préalablement l'approbation de son évêque. Les professeurs étaient aussi membres du clergé. Le droit d'informer contre les désordres du principal ou des régents était formellement attribué à l'évêque de Bayeux. A la fête de Saint-Nicolas, le lendemain de Quasimodo et à la fin de l'année scolaire, on décernait aux élèves de rhétorique et de seconde des prix de déclamation , fondés par le sieur Goutard, curé de Neuville. Ces déclamations étaient des discours élaborés à loisir par les élèves , pour être ensuite déclamés publiquement; on faisait le catéchisme une fois la semaine dans toutes les classes. Au commencement de l'année, chaque écolier payait six sols au portier, dix sols au principal. Les droits des régents étaient fixés à dix livres pour la philosophie et la rhétorique, à huit livres pour les autres classes. On assure que le collège de Vire à réuni jusqu'à huit cents élèves. A l'époque de la révolution, la classe de philosophie en comptait de cent

de Coudé

vingt à cent trente. Elle avait pour professeur l'abbé Huard, homme éminent, au dire de tous ses contemporains.

collège Condé-sur-Noireau possédait anciennement un

collège, dont on attribue la fondation à Blanche de Navarre. L'abbé Bénard y enseignait la rhétorique en 4722. On a de lui une satire de deux cent soixante vers contre La dévotion du siècle. Les Protestants de Condé formèrent aussi dans cette ville un établissement d'instruction publique , à l'époque où ils y étaient si nombreux.

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