CHAPITRE XXIV. SECONDE MOITIÉ DU DIX-SBPTlkME SIÈCLE
tour du chœur , non , toutefois , aux frais de l'évoque. Le sieur Jean de Montgommery, arrière-petit-fils de celui qui fut décapité en place de Grève, et aussi fervent protestant que ses aïeux, était entré à cheval dans la cathédrale un jour du Saint-Sacrement, tandis que la procession était sortie, et avait, entre autres irrévérences, fait boire son cheval au bénitier. Il fut condamné pour ce fait, par le présidial, en deux mille livres d'amende, qu'il paja, crainte de pis, et c'est au moyen de cette somme que la grille du chœur fut établie; il en resta même pour la réparation des orgues.
La démolition des temples protestants ne s'était pas accomplie seulement à Coutances, il en fut de même à Avranches. Le temple de Cormeray, le principal de tous, fut dépouillé de ses rentes, en 1660, au profit de l'hôtel- Dieu, et enfin rasé en 1685. Il avait été fondé par Gabriel de Montgommery, qui lui donna trois cents livres de rente. Jacques Guyot, sieur de Courtepièce, bourgeois de Pontorson, le restaura et le dota à nouveau en 1635, lui donnant sept livres de rente et deux chapons.
La mesure relative aux maladreries fut commune également au diocèse d' Avranches.
En 1672, Louis XIV donna, par une mesure générale, les léproseries devenues inutiles à l'ordre de Saint-Lazare du Mont-Carmel ; mais il se produisit tant de réclamations contre un tel détournement de revenus, qui avaient été créés pour subvenir aux pJus cruelles infirmités, qu'il revint sur l'attribution et les affecta au soulagement des malades dans les hôpitaux. L'hôtel -Dieu d'Avranches s'enrichit alors de celles de Saint- Biaise de Champeaux, Saint-Biaise de Moidrey, Sainte-Catherine de Ponts, Sainte-Catherine et Sainte-Anne de Genêts; celle-ci portait même le nom d'hôtel-Dieu.
La maladrerie de Saint-Nicolas-sous-Avranches , située au bas du grand tertre, entre la porte de Ponts et le faubourg de Malloué, jouissant de quarante sous de rente sur le fisc royal et de quinze quartiers plus deux boisseaux de froment sur les greniers de l'évéque, qui avait la nomination à sa chapelle, avait été unie au même hôtel-Dieu, dès 1623, par François
Péricart.
Lçs bourgeois avaient regretté vivement cette fortune, qui aurait fait si bien
Taffaire de leur collège; ils plaidèrent même contre Tévêque et Thôtel-Dieu; mais le parlement de Normandie se refusa à autoriser un pareil détournement. Ils espéraient encore, lorsque l'avis du conseil du roi consacra l'affectation faite par Tévéque.
Le collège, en effet, était aussi pauvre que Thôtel-Dieu : la prébende préceptoriale, dont le principal était titulaire, consistait en un petit fief sis au Val-Saint-Père, estimé vingt livres de rente, et environ cent soixante livres de distributions du chapitre. Le principal avait pour auxiliaires cinq régents, dont trois à ses frais et deux domestiques. Les régents ne recevaient pas de tous les écoliers la rétribution de quinze sous par an, car il y en avait beaucoup d'admis gratuitement.
Les bâtiments consacrés à l'enseignement consistaient en une cuisine, trois chambres et greniers avec quelques études et cabinets. L'édifice était peu solide et exposé à de grandes ruines, par trop d'élévation. L'abbé Hantraye n'avait pu mieux faire. Dans l'impossibilité de recevoir tout son monde, le principal affectait quarante livres de ses revenus à installer des classes et à loger des pensionnaires et des régents dans le voisinage.
Une classe de ce temps-là consistait en une pièce sans bancs ni tables, ayant une chaise pour le professeur et de la paille sous les pieds des élèves.
En cet état, le collège d'Avranches était le plus fameux de la Normandie, au dire de François des Rues, et comptait.de cinq à six cents écoliers.
L'hdtel-Dieu était resté dans les conditions de son premier établissement : les évéques d'Avranches avaient conservé la haute main dans toutes ses affaires. Il était desservi par des personnes pieuses, appelées du nom de frères et de sœurs et portant l'habit religieux, mais sans faire de vœux et sans appartenir à aucun ordre, sous la direction d'un ecclésiastique nommé par l'évêque, qui prenait le titre de prieur. Hélas I c'était un titre sans revenus , car l'un d'eux , maître Julien Rayer, déclarait aux commissaires royaux députés pour le fait des francs-fiefs et nouveaux acquêts, « qu'il ne restait rien au prieur, lorsqu'il avait payé quatre-vingts livres de gages à cinq domestiques employés à la culture des terres et à soigner les malades»