CHAPITRE XXIV. SECONDE MOITIÉ DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
acquitté les trente livres destinées à l'entretien de la maison-Dieu et fourni huit raseaux de gros bled par semaine aux pauvres qui y venaient. )>
Cet état de pénurie se prolongeait et s'aggravait de jour en jour, nonobstant les quêtes et quelques rares fondations et aumônes, par le fait de l'élévation progressive du prix de toutes les choses nécessaires à la vie.
Cependant, par son édit du mois de juin 1 662, Louis XIV ayant ordonné l'établissement d'un hôpital général dans chaque ville du royaume , Thôtel-Dieu d'Avranches fut obligé d'étendre le cercle de son assistance à tous les malades ou infirmes qui se trouveraient dans la nécessité de la réclamer, et par conséquent de se créer des ressources. On eut recours à des souscriptions annuelles ; l'évêque, dans le palais duquel la première assemblée délibérante se réunit, s'inscrivit pour six cents livres , le chapitre pour cent cinquante , le grand doyen pour quarante-huit; la souscription ne dépassa pas dix-huit cents livres, et encore elle devint d'un recouvrement plus difficile d'année en année et alla diminuant.
Malgré cela, au moyen d'économies sur ces faibles ressources et de quelques dons particuliers , l'ancienne maison-Dieu , convenablement restaurée et agrandie, se trouva prête, en 1680, à recevoir un plus grand nombre d'hôtes et dans des conditions meilleures.
Le 1* mai de cette année, Louis le Bourgeois de Héauville, grand doyen du chapitre, réunit les pauvres de la ville à la cathédrale au nombre de trentecinq, et après la célébration du saint Sacrifice, il les conduisit processionnellement à la nouvelle demeure, leur servit un repas à ses frais et de ses mains, et les remit à la direction et aux soins d'une pieuse fille de Ducey, nommée Louise Gaboreau, qui devait vaquer, pour l'amour de Dieu et des pauvres, au service de cette famille adoptive; mais trop peu de temps, car elle mourut en 1 685.
Ainsi la charité chrétienne sait faire le bien, un grand bien, avec de petits moyens. Un inspecteur de TEtat disait récemment dans un hospice peu éloigné : Renvoyez les pauvres, il faut que les employés vivent.
Quelques détails de mœurs à présent, pour compléter ce chapitre ; les statuts synodaux du diocèse d'Avranches nous les fourniront.
22 HISTOIRE DU DIOGfcSE DE GOUTANGES ET AVRANGUES.
Au synode de PAques de Tannée 4643 (46 avril), il fut enjoint aux curés de faire le catéchisme tous les dimanches pendatU trois mois chaque année.
En ce même synode, Tévèque établit des conférences ecclésiastiques, qui devaient se tenir mensuellement et alternativement dans chaque paroisse par doyennés. Le curé du lieu donnait à dtner à ses confrères; ceux-ci payaient dix sous, et défense au premier de dépenser davantage. En supposant qu'un tel dîner fût très-modeste, comme il devait l'être, on peut juger par comparaison de la surélévation du prix des choses ; ce qui ne veut pas dire augmentation de bien-être.
Il résulte des prescriptions synodales de 4646 (synode du 15 mai) que les sergents allaient donner leurs assignations dans les églises pendant la messe paroissiale, que les juges y faisaient publier leurs arrêts et leurs sentences, que les seigneurs y annonçaient les corvées et les redevances réclamées à leurs vassaux. De tels abus furent sévèrement proscrits.
Le synode du 2 mai 4647 révèle, en le proscrivant, un usage plus singulier et malséant : celui d'administrer aux paroissiens un grand verre de cidre après la communion.
Les statuts publiés en 1682, au synode d'automne, par Gabriel de Froulay, ont une bien plus grande importance et marquent un progrès considérable dans la vie et la discipline ecclésiastiques , en traçant nettement une limite de séparation entre les prêtres et les gens du monde.
Ordre aux curés de prêcher ou de faire prêcher tous les dimanches et de faire de même le catéchisme. Ordre à tous les ecclésiastiques de porter la soutane descendant jusqu'aux talons. Défense absolue déboire dans les lieux de foire ou de marché, et de mettre le pied dans une maison où. l'on vend des boissons, à moins d'y être appelé par quelque nécessité du saint ministère. Interdiction de l'usage des armes à feu, « même par amusement ou telle autre besogne que ce soit. »
Défense aux ecclésiastiques d'assister aux repas de noces, de fiançailles, de relevailles, de baptêmes. Défense d'admettre des laïques dans les repas donnés aux ecclésiastiques qui ont concouru à la célébration des enterrements, des services trentains et des fêtes patronales.