CHAPITRE XXXIU. LA LITTÉRATURE
système pénitentiaire des Etats-Unis d'Amérique. Il l'étudia , mais plus encore de leur beau côté apparent les formes de ce gouvernement démocratique, où il y a place pour toutes les libertés, mais aussi pour tous les vices et toutes les corruptions, et il revint en infatuer la France, au profit, croyait-il, du gouvernement qu'il servait; ce fut à sa ruine. Le livre eut quatorze éditions coup sur coup. La France se grisa de l'amour de la démocratie. Chose étrange I La coupe était tenue par la main d'un grand seigneur.
V Histoire critique du règne de Louis ^K, donnée en 1847 par le même auteur, n'était pas propre à faire aimer ou respecter davantage la royauté.
Il nous faut exprimer les mêmes réserves et les mêmes regrets à l'égard de deux autres littérateurs du plus beau talent, à qui il ne manque que d'être chrétiens : Paul Delasalle, de la Haye-du-Puits ^*\ et Octave Feuillet, de Saint-Lo ; celui-ci avec une supériorité éminente. .
Paul Delasalle, religieux à sa façon, saint-simonien , positiviste, rêveur, socialiste, poëte et prosateur, fils d'un receveur des finances, citoyen déclassé,
écrivain élégant, à l'imagination mélancolique et vagabonde, ne sut ni se fixer, ni choisir un sujet d'utiles méditations. Il se peignit lui-même dans le poëme de Gringoire : Gringoire, c'est lui. Il exprima les tristesses de son âme dans ses Contes tristes. Il y a de fort jolis vers dans ses Fleurs de pommier.
Ses principaux opuscules ont été réunis pour leur mérite littéraire, en 1847, par Charpentier, et publiés en un volume grand in-8** de 408 pages, sous le titre àTne voix perdue. C'est en effet le titre qui leur convient.
Le romancier académicien Octave Feuillet est le littérateur le plus à la mode de notre temps, et il justifie le goût du public par la finesse de ses pensées et la beauté de son style. Mais quel mentor dangereux et perfide! C'est le sourire aux lèvres qu'il vous tend la main, vous séduit et vous égare. Si vous en doutez, lisez Sibylle. Ou plutôt, ne la lisez pas.
(1) Né à la Haye-du-PuitB le S juin tsti, mort à Auleuîl le 30 juillet 1845.
Le clergé, dont nous n'avons rien dit encore, a de même payé amplement sa dette.
• A commencer par Tabbé Constant-Germain Démons ^^\ curé de Cherbourg, Tami de de Gerville. Toutefois ses ouvrages sont restés manuscrits, entre autres une Histoire de Cherbourg ; il n'a publié que trois opuscules, dont le plus important est une Vie de saint Clair.
L'abbé Manet ^*\ chanoine honoraire de Rennes et principal du collège de Saint-Malo, natif de Pontorson, illustrait en même temps sur un autre théAtre son église-mère. On lui dut, en 1824, une Biographie des Malouins célèbres. Il publia postérieurement plusieurs biographies particulières ou vies édifiantes et une Histoire de la Petite-Bretagne ou Bretagne-Armorique, en deux volumes in-8**. Mais celle de ses œuvres qui nous importe le plus et qu'on peut regarder comme capitale, est son Traité de tétat ancien et de Vétat actn/el de la baie du MœitSaint'Michel et de Cancale, avec deux notices supplémentaires, publié en 1829 et couronné par la Société de géographie. L'auteur a laissé en outre d'assez nombreux manuscrits.
L'abbé Martial Pitton-Desprez, de Coutances <'\ publia de 1832 à 1838 des Etrennes coiUançaises, dans lesquelles il consigna beaucoup de notices historiques et de nombreuses éphémérides.
En 1835, l'abbé Michel Lebredonchel ^^\ alors curé de Baubigny, publia une Histoire de la paroisse de Néhou, riche de détails et remplie d'un véritable intérêt, nonobstant la petitesse du théâtre.
En 1841, l'abbé François-Augustin Delamare '^\ vicaire général de Coutances, publia son Essai sur la véritable origine et les vicissitudes de la Cathédrale de Coutances^ dans lequel il démontrait d'une manière victorieuse qu'il est impossible, au point de vue de l'histoire, de placer la construction de la
(1) Né à Cherbourg en 1765, mort à Cherbourg en 18S7.
(S) Françoift-Georges-Pierre-Bamabë Manet, né à Pontonon en 1761, mort à Saint-llalo en 1844. Prêtre caché pendant la Terreur et intrépide dans l'accomplissement du devoir sacerdotal ; en butte à la haine personnelle du terrible Lecarpentier, ses premiers écrits furent dirigés contre la constitution civile du clergé.
(8) Né k Coutances en 1799, mort en 1851.
{A) Né à Néhou en 1806, mort curé de Brix en 1856.
(5) Né à Valognes en 1800, mort archevêque d*Auch en 1871.