CHAPITRE XXXIII. LA LITTERATURE
La question était celle-ci : quel est de la raison individuelle ou de la raison commune le critérium de la Yérité ? la raison individuelle, disaient les cartésiens, la raison commune, disaient les menaisiens. Mais, en cas de partage, répliquaient les cartésiens, il faut toujours en revenir à la raison individuelle, pour juger de quel côté est la véritable raison commune. Si le docte Huet, évèque d'Avranches, avait vécu, il aurait dit magistralement aux uns et aux autres, vous vous trompez tous : il n'y a de vérité certaine que dans la raison divine ^^K Ces querelles sont oubliées, et la doctrine de Huet a été condamnée: la raison humaine peut arriver par ses propres forces à la connaissance du vrai.
Le P. Brin a publié, de 1874 à 1876, un nouveau cours de philosophie scolaire à l'usage des élèves des séminaires. L'ouvrage embrasse toutes les questions maintenant à l'ordre du jour, et résume toutes celles qui ont été discutées par le passé. L'auteur promène son scalpel, c'est son instrument favori, avec une merveilleuse dextérité sur tout ce qu'il touche. Nous voudrions voir son livre traduit en français, convenablement développé et transformé en une Somme de philosophie à l'usage du public. II y aurait beaucoup à gagner et beaucoup à apprendre. L'auteur n'est pas seulement un maître en la matière, c'est un très-savant maître. Hais n'y a-t-il pas trop de science entassée dans un si petit espace, et les élèves peuvent-ils en acquérir autant dans le cours d'une année?
Quoi qu'il en soit, ce ne sera pas le dernier mot. Vous enfermeriez en vain l'esprit humain dans un cercle de Popilius, il s'échapperait par la tangente. Le oui et le non ne sont pas les termes extrêmes de la discussion : les talmudistes ont un adage d'incontestable vérité : Hillel dit oui^ Schammaï dit non^ mais la synagogue dit aiUremeni,
La haute philosophie fournit aussi des œuvres éminentes ; à commencer par les Origines de la charité catholique de l'abbé Jean-François-Alexai^dre ToUemer, bibliothécaire de la ville de Valognes*'^ Ouvrage remarquable,
(t) Yoy. ses QwntUmes Àlnetanœ,
(9) Né à Talognea en 1801, a publié en outre comme professeur au coUëge de Valognes, Théorie raisonnèe des figurés de mots et des figures de pensée, un volume in-lS. Résumé de Psychologie, un volume in-8*. Ses Origines de la Charité catholique, Paris, 1863, in-8*, parurent dès 1854 sous le titre de Quelques œuvres de miséricorde, etc.
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d'une lecture attrayante ; démonstration parfaite en son genre de l'excellence du christianisme, et signal de rappel à cette parole du Seigneur : Si vous vous aimez les uns les autres, on reconnaîtra à cette marque que vous êtes mes disciples.
L'abbé Henri-Marie Dubois, successivement missionnaire du diocèse, curé de Saint-Pierre de Coutances et supérieur du séminaire ^*\ se plaça dans un rang non moins élevé par des publications du genre ascétique. Lorsque l'affaiblissement de sa santé l'eut obligé à prendre du repos, il voulut enseigner
encore, ou plutôt il recuillit le miel et le parfum de ses enseignements antérieurs et l'oOrit au public. La Pratique du zèle ecck'siastique et le Saint Prêtre résumèrent les observations du pasteur des Ames; le &uide des séminaristes et le Jeune Prêtre^ les leçons du supérieur de séminaire ; la Pratiqua du christianisme^ les prédications du missionnaire. Ouvrages excellents, mais peu onctueux^et écrits avec une trop rude franchise ; aussi sont-ils tombés dans un oubli regrettable, après avoir obtenu une vogue momentanée. Une dernière œuvre, intitulée Promenade au milieu des plantes et des fleurs, publiée en 1861, après la mort de l'auteur, présente les mêmes qualités et les mêmes défauts ; les réflexions philosophiques, morales, chrétiennes y abondent; mais il y a trop peu de ce que le sujet demandait, de ce que saint François de Sales et Fénelon auraient su y répandre, la gentillesse et la grAce.
Nous signalerons au même caractère de la rude franchise un ouvrage non moins excellent de l'abbé Adolphe Legoupils, missionnaire apostolique, curé de Notre-Dame-de-Cenilly , intitulé Iji Dette de la Paternité, ou les devoirs des parents dans l'éducation de leurs enfants, publié en 1867 à Paris, à la librairie catholique de Périsse ; vrai livre d'or, qu'il faudrait imprimer avec luxe et déposer dans toutes les corbeilles de mariage.
Ici c'est le langage de la raison et de la religion parlé au cœur et à la
conscience.
Pour parler à l'intelligence , la philosophie didactique s'éleva à de plus grandes hauteurs sous la plume de M. Tabbé Aimé- Victor-François Guil-
(1) Né à Avrancheg eo 1801, décédé en 1859.