CHAPITRE XXXIU. LA LITTÉRATURE
tert, archiprêtre, curé de Yalognes, dans la Dimne Si/nthèse^ ou exposé des preuves de la religion révélée, publiée en 1864. L'auteur écrit avec une grande distinction et une merveilleuse clarté ; il traite d'abord de la possibilité et ensuite de la nécessité d'une révélation surnaturelle ; il la suit chez le peuple hébreu, il la cherche chez les peuples payens ; U la montre accomplie en Jésus-Christ, et continuée par l'Eglise catholique. L'ouvrage est assurément bon pour la classe des lecteurs auxquels il est destiné : savoir, les gens du monde, qui n'ont pas le goût ou le loisir d'entreprendre de longues études, pour se former à eux-mêmes une conviction raisonnée , et qui cherchent de bonne foi la vérité. Il peut servir aussi d'introduction à des recherches plus approfondies et de fil d'Ariane dans le labyrinthe des opinions humaines. Le
chapitre relatif aux traditions conservées par les peuples payens nous semble de trop^ parce que là tout devient contestable .
Pendant que le docte curé de Yalognes accomplissait son beau travail , le R. P. Mémain, de la congrégation de Pontigny, missionnaire au Mont-Saint- Micbel, composait ses Etudes chronologiqites pour F histoire de Notre-Seigneur Jésus-Christ y ouvrage d'une apparence scientifique qui éblouit, mais qui repose bn réalité sur trois hérésies : 1^ Une hérésie en chronologie, carie Seigneur n'est pas venu au monde sept ans avant Fère vulgaire , mais quatre ans et cinq jours ; V une hérésie en astronomie , parce que les Juifs ne comptaient pas pour premier jour de la lune le jour de sa naissance astronomique, mais le premier après son apparition, à partir du soir ; S'' une hérésie formelle en religion, parce que Jésus-Christ n'était pas « dans sa trente-cinquième année à l'époque de son baptême, et dans sa trente-neuvième à l'époque de sa mort, » comme le dit l'auteur. Il est mort à trente-trois ans ; c'est un article de foi défini par la bulle jubilaire Salvator noster '*) d'Urbain YI donnée en 1389.
(t) Cette balle, extrêmement rare, ne se trouve probablement que dans Àmorrio. Elle est longue et nous n'en citerons que le passage qui regarde notre sujet.
« Urbanus episcopus servus servorum Dei... Salvator noster unîgenitus Dei Allas... Intendantes quod anno tricesimo tertio Salvatoris D. N. J. G. ipse Salvator Noster pro nobis iGterno Patri Ad» debitum soWit et veteris piaculi coînquinationem proprio sanguine detersit destruc-
tisque mortis vinciilis yictor ab inferis resurreiit et quod mysterio hujuemodi triginta
trium annorum qui fuerunt totum tempus vitœ ipsius nostri Salvatoris quibus conversatus est
in mundo miro clausitordine sui moras incolatus
T. II ag
Heureusement nous avons à citer après celui-ci, par ordre de date, un ouvrage qui fait compensation, quoique dans un autre ordre d'idées : le Problème économique et la Doctrine catiiolique du P. Albert^Louis Delaporte de Bois-Roussel, de Mortain. L'auteur, maintenant supérieur général des Prêtres de la Misérioorde, était alors professeur de philosophie à la faculté académique de Bordeaul. C'était en 1871 , à l'époque où toutes les grandes questions sociales étalent soulevées et violemment agitées , à la suite d'un effondrement politique sans exemple et en face d'un inconnu redoutable et menaçant : sur quelles bases nouvelles sera-t-il possible de rasseoir la société? La civilisation elle-même était en jeu. Le problème économique entrait nécessairement dans les prémisses de toute discussion.
Admirablement préparé par les études théologiques de toute sa vie et l'étude philosophique dont il s'occupait alors, le P. de Bois-Roussel entreprit de montrer que le problème économique était tout uniment une question religieuse, dont le catholicisme mis en pratique fournissait la solution.
Cela est vrai : le catholicisme seul est à la base de toute perfectibilité sociale ; mais il a affaire à des adversaires qui lui disent : Nous ne voulons pas de vous. Us cherchent ailleurs, et jie trouvent rien ; toujours rien ; jamais rien ^*K
A cette couronne de littérateurs et de savants dont le diocèse s'honore, il y aurait à ajouter plusieurs orateurs d'un grand talent ; mais, trop modestes, nos orateurs se sont contentés d'édifier et d'instruire leurs contemporains, sans rien laisser à la postérité. Les sermons des deux frères Legoupils ^^\ maintenant en voie d'impression, feront seuls à cette règle une heureuse exception ; et si les auteurs l'avaient prévu, que serait-il arrivé?
(1} Voy. le Problème icmomique t la lk>cMM colAoli^M. In-8*. Palmé i87t.
L'auteur a publié la Vïe du P. leannBapiUU Aapfan, ioadateur de la Société des PP. de la lIlBéricorde.
ImlUat^m de loinl Yincewt^-Paul. Traduit en e9P«ëP<>l et en allemaiid.
Etude sur Vitinéraire de Idme à Dieu, de latnT. BonenwUure, etc.. etc.
(1) Jean-Baptiste Legoupils, né au llesnil-Gilbert . le 9 janvier 1800, mort curé de Cherbourg en t85t«
Adolphe Legoupils, né au Mesnil-Gilbert le 1*' juiUet 181», mort chanoine théologal
le 2 août 1876.