‹ Histoire du diocèse de Coutances et AvranchesChapitre 12 sur 191 · CHAPITRE XXIV. SEGONDB MOITIE DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV. SEGONDB MOITIE DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE

Les vicaires sont chargés de la tenue des écoles de garçons , avec défense absolue d'admettre des enfants des deul sexes en une même école. Ils doivent apprendre à leurs élèves à lire, à écrire, à chanter et à gérer eux-mêmes leurs affaires « afin de se préserver des tromperies si fréquentes parmi les hommes. » L'instruction doit être donnée gratuitement aux pauvres.

C'est un évêque d'il y a deux cents ans qui parle ainsi. Sommes-nous en progrès? Est-ce un progrès d'avoir créé des écoles normales en vue d'une instruction purement laïque?

On voit apparaître dans ces statuts les tabernacles , les ciboires et les soleih I en qualité de meubles liturgiques ; jusqu'alors la sainte réserve avait été le

plus communément gardée dans une pièce de linge en une armoire, toujours humide, creusée dans la muraille, derrière l'autel ou à côté.

On y voit que l'usage de mettre dans les églises des blés , des pailles , du cidre , des meubles et ustensiles existait encore , car il est défendu sous des peines canoniques encourues par le fait.

La confession annuelle au curé de la paroisse est toujours de rigueur, parce qu'il est toujours regardé comme le propre prêtre désigné par le concile de Latran.

Il est sévèrement défendu dans ces mêmes statuts , non-seulement d'enterrer, mais même d'ensevelir les morts plus tôt que vingt-quatre heures après le décès. On peut le demander encore : sommes-nous en progrès?

L'épiscopat de Gabriel de Froulay eut quelques hommes d'église éminemment remarquables par les œuvres qu'ils accomplirent, tels que Pierre Crestey, Nicolas Montey, Jean Fleurye.

Pierre Crestey, né à Trun, près Caen, en <622, pourvu de la cure de Barenton en 1678, travailla avec un dévouement admirable, non-seulement à la sanctification de ses paroissiens, mais encore au soulagement de leurs misères temporelles et au bien plus général de la religion.

Il fonda un petit-séminaire , tout à la fois collège pour l'étude des langues et séminaire pour les clercs qui se disposaient à la réception des saints ordres. Il y eut jusqu'à trois cents élèves.

Il fonda un hôpital général , hôtel-Dieu pour les malades , hospice pour

les vieillards , maison de providence pour les orphelins , sous le vocable de Notre-Dame de Pitié et de Miséricorde, dont il donna la direction à des religieuses de Yimoutiers , qui y furent installées le 15 octobre 1692, et dont le nombre s'accrut considérablement dans Tespace de peu d'années.

Ferme et persévérant dans ses entreprises, Pierre Crestey traduisit en actes Tordonnance royale de 1 682 qui interdisait la tenue des foires et marchés en jours de dimanches et fêtes ainsi que dans les cimetières. Il obtint un arrêt conforme du parlement de Normandie , et poursuivit la cause de telle façon, malgré tous les obstacles, qu'il eut raison à Barenton et dans tout le ressort. Il avait fondé un hôpital à Yimoutiers avant d'être curé de Barenton, et lorsqu'il le fut devenu , il contribua encore pour une part considérable à la fondation de l'hôtel- Dieu de Bemay.

Ce vaillant pasteur mourut en odeur de sainteté en 1 703. Son nom est encore populaire ; le souvenir des miracles et des grAces signalées obtenues à son invocation est encore vivant. L'hospice et la communauté qu'il fonda existent toujours et sont en un état prospère. Mais l'œuvre de son séminaire ne devait que peu lui survivre : mal conduite après sa mort , les élèves cessèrent d'y venir. Mortain en profita pour rouvrir son collège , fermé depuis longtemps.

Nicolas Montier, pourvu de la cure de Saint-Hilaire-du-Harcouet, en 1675, rivalisa de zèle avec Pierre Crestey. Il semblait même, à défaut d'une initiative aussi hardie, l'avoir pris pour modèle. Il fonda aussi des écoles et un hospice.

Jean Fleurye, né à Vernix en 1627, fut d'abord vicaire de Saînt-Gervais d'Avranches, et ensuite de Saint-Paul de Paris. Etant entré dans la congrégation des prêtres qui desservaient cette paroisse , il s'y acquit par sa vertu et sa science une si grande considération, qu'il devint un intermédiaire entre les riches et les pauvres, et parfois le dépositaire de sommes importantes destinées à l'aumône, sans désignation plus spéciale. Le séminaire, l'hôtel- Dieu , le faubourg de Ponts , détruit par un incendie , eurent part à ses largesses.

Il existait à Paris une congrégation de filles pieuses, vouées à l'ensei-

Page 1