LA CATHEDRALE DB GOUTANGES
pied de la croix est plus long que la tête et les bras. Or, pour faire un ensemble de ces mesures et de ces nombres divers^ il faut tricher. Qu'a donc Toulu l'architecte 1
Nous traduisons : L'observance du décalogue est le fondement de la justice humaine : <( Si vous voulez entrer dans la vie, a dit le Sauveur, observez les commandements ^^K"» Au-dessus de cette vie des justes, selon la loi naturelle, s'élève la vie chrétiene dont la croix est le symbole, réglée par TEglise, dont le collège des douze apôtres est la première forme ^*K
Au terme de cette vie chrétienne, Dieu pour possession dans la pleine lumière de réternité.
En effet, au-dessus de ces pilastres cruciformes, s'élève le triforium, formé de l'image de Dieu douze fois répétée, et au-dessus encore, la lumière du clair étage. Et enfin^ la voûte, ou ciel de l'édifice, partagée en compartiments triangulaires ^^K
C'est-à-dire Dieu toujours et en toutes choses.
Le triforium est formé de douze arcades, ouvertes en ogives de tiers point, partagées par un meneau, lequel est surmonté d'une rosace, autrement d'une gloire, c'est le terme du métier. Donc, le Père et le Fils, égaux en toutes choses, au-dessus d'eux et entre eux le Saint-Esprit, qui procède de l'un et de l'autre, et qui est leur gloire. Cette gloire est remplie d'un feuillage abondant, disposé en forme de croix, pour figurer les dons et les grâces multiples dont le Saint-Esprit est le distributeur et la source, la croix de Jésus-Christ, le moyen nécessaire.
Le symbolisme du chœur est d'un genre plus élémentaire : les deux bras de la croix sont éclairés de vingt-quatre fenêtres couplées ^^K Ce sont les vingt-quatre vieillards apocalyptiques qui se prosternent devant l'Agneau mystique, et déposent leurs couronnes au pied de son trône ^*^ L'Agneau mystique, le Seigneur Jésus, est là sur le centre de la croix, qui est son trône, élevé au-dessus des quatre animaux symboliques, figure des quatre évangiles, figurés eux-mêmes par les quatre gros piliers. Deux de ces piliers sont plus gros, parce qu'il y a deux évangiles majeurs, ceux qui ont été écrits par des apôtres, et deux évangiles moindres, quoique d'une autorité égale, parce qu'ils ont été écrits par des disciples.
Au-dessus de ce trône de l'Agneau immolé, était supportée par les huit arceaux symboliques de la voûte une magnifique couronne de branches et de feuillages, dont il ne reste plus que le bourlet ^•^
(1) Si autem vis ad^itam insredi, serva mandata. (Matth. XIX, 17.)
(2) Supersdificati super funaamentum apostolorum , et prophetarum, ipso summo angulari lapide Christo Jesu : in quo omnis aedificatio constructa crescit in templum saoctum in Domino. (Ephes. II, 20.)
(3) Nous avons dit que cette partie de l'édifice ne devait pas recevoir de voûte ; mais qui pourrait dire la forme que l'architecte avait donnée à la boiserie qui supportait sa couverture ?
(4) Les quatre qui correspondaient aux basses nefs ont été réduites de la moitié de leur hauteur, lorsque ces nefs ont été surélevées et transformées en chapelles.
(5) Et cum darenl illa (quatuor) aniroalia gloriam... Sedenti super tbronum... procidebant viginti quatuor seniores ante Sedentem in throno... et mittebant' coronas suas ante thronum. (Apoc. IV, 9 et 10.)
(6) Cette belle couronne , dont il reste encore des débris dans les combles de Tédifice, fut brisée ainsi que beaucoup d'autres ornements extérieurs de la tour centrale, par Tarchitecte qui badigeonna si bien la nef en 1832, pour monter et descendre plus aisément ses paniers de matériaux et de décombres.
250 HISTOIRE DU DIOCèSB DE GOUTANGES ET AVRANGHES.
A Textrémité des bras de la croix est Timage de la Sainte-Trinité, sous la forme de trois longues fenêtres à lancettes, enfermées dans une arcature à plein-cintre. Celle du milieu est plus grande, parce que le Père est le principe des deux autres personnes divines.
La Sainte-Trinité concoumt également à la Rédemption : le Père, en donnant son Fils bien-airaé, objet de ses complaisances ^'^;le Fils, en donnant sa vie humaine ; le Saint-Esprit, en achevant Tœuvre par la diffusion de ses lumières et de ses^râces au jour de la Pentecôte.
Au-devant et au pied de ce trône du Dieu fait homme, est le chœur, composé de six piliers et de six fenêtres géminées. C'est l'œuvre des six jours; dont le Fils de Dieu avait été l'auteur et dont il fut le réparateur ^*^ Tout a été fait par Lui, dit Tévangile.
Le sanctuaire. Tune des plus grandes beautés architecturales qui existent en France, est ceint d'une colonnade de six couples de colonnes ; c'est le nombre des apôtres, que l'évangile nous présente aussi deux à deux : Pierre et André, Jacques, fils de Zébédée, et Jean, Philippe et Barthélémy, Thomas et Matthieu, Jacques, fils d'Alphéo, et Thaddée, Simon et Judas.
Au canon de la messe, le nom de saint Paul remplace celui de Judas. A la suite, viennent les noms de douze martyrs; les saints Lin, Clet, Clément, Sixte, Corneille, Cypri en, Laurent, Chrysogon, Jean et Paul, Cosme et Damien. L'édifice les a sous la forme de douze colonnes, qui font un second rang autour du sanctuaire, et de la sorte, le sanctuaire est un missel traduit en style lapidaire.
L'Eglise place au second Mémento, dit aussi Mémento des Morts, les noms de quinze raartys, les saints Jean, Etienne, Malhias, Barnabe, Ignace, Alexandre, Marccllin, Pierre et les saintes Félicité, Perpétue, Agathe, Lucie, Agnès, Cécile, Anastasie. Le nombre quinze est celui des chapelles qui environnent le sanctuaire en arrière ligne, y compris les bras de la croix. Il en était ainsi à l'origine ; mais depuis, le nombre a beaucoup varié et les chapelles de la nef ont été ajoutées.
La belle colonnade est surmontée de sept fenêtres à lancettes, représentant les sept dons du Saint-Esprit, qui sont la sagesse et l'intelligence, le conseil et la force, la science, la piété et la crainte de Dieu.
L'édifice du style ogival se divise toujours en trois parties, dont la disposition est dissemblable : la nef, d'un œuvre plus simple, consacrée au Père; le chœur, plus ouvré, consacré au Fils, le Sanctuaire, plus riche encore et plus éclairé, consacré au Saint-Esprit.
Au xii" siècle viendra une nouvelle division par zones suivant l'élévation : la première, d'une architecture humble et simple, c'est la vie humaine ; la seconde, plus abondante en détails architectoniques , c'est la vie chrétienne et ses œuvres ; la zone supérieure, très-éclairée et très-abondante en détaik, représentant la vie céleste. Ce que les archéologues qui ne savent voir que des cailloux et de la main-d'œuvre appellent la tige de l'arbre, les branches de l'arbre et le feuillage. Les constructeurs chrétiens avaient d'autres idées.
Puis viendront au xiii* siècle et au xiv" les belles rosaces en nombres mystiques, douze compartiments, vingt-quatre, quarante et jusqu'à soixante-
(1) Hio est Filius meus dilectas, in quo mihi complacai, (Matth. III, 17.)
(2) Decebat enim eum, propter. quem omnia et per quem omnia,... auctorem salutis eorom per passionem consuminare. (Hebr. II, iO.)
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douze, nombre cabalistique supposé des langues de feu au jour de la Pentecôte.
Mous n'en sommes pas encore là à Coutances, notre cathédrale, belle entre toutes» mais belle de la simplicité de son ordonnance, n'est qu'au début de cette brillante et riche conception. Cependant nous devons signaler encore le clair-étage des scondes nefs du pourtour du chœur. Quarante-huit fenêtres couplées, petites et modestes, représentent les disciples envoyés deux à deux dans les villes et les bourgades de la Judée annoncer la venue du Sauveur. Il en faudrait soixante-douze, mais il n'y a pas assez d'espace.
C'est l'image de la vie sacerdotale, humble et subordonnée, qui doit contribuer cependant, quoique au second rang, à éclairer le monde ^'-.