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LA CATHÉDRALE DE GOUTANGBS

de conscience ; car, dans une lettre demeurée fameuse, saint Bernard s'éleva en termes vigoureux, sinon contre la forme, il n'en dit ni bien ni mal, du moins contre l'ornementation qu'on lui imposait ; et, tandis que Guillaume et Hathilde laissaient élever à pleins cintres les églises de leurs abbayes de la ville de Caen, ils y faisaient construire à leur propre usage des palais de style ogival ^*\

Nous le répétons, l'ogive est de toutes les dates et de tous les lieux; sauf, peut-être, dans le monde romain.

Le tombeau d'Agamemnon, à Mycènes, est de style ogival; douze siècles avant l'ère chrétienne ^'\

Le Tak'Kesrâh, ou palais de Kosroës, en Perse, monument du uf siècle, est de style ogival.

Mais ce n'est pas là, sans doute , que nos ancêtres allèrent chercher des inspirations, ce fut au Caire. Rien ne leur était mieux connu que la ville du Caire, ni plus familier que les chemins qui y mènent. Pèlerins sous l'habit monastique, pèlerins sous l'habit séculier, pèlerins le bassinet en tête et la dague au poing, comme les fils de Tancrède, chevaliers errant sans but déterminé et cherchant aventure, négociants de Dieppe, de Venise, de Gênes, dont les navires sillonnaient les mers, tous parcouraient l'Egypte, ceux-ci pour leur commerce, ceux-là pojir se rendre à Jérusalem. L'Egypte n'était nullement un pays inhospitalier.

Or, la mosquée d'Ahmed-ibn-Touloun, au Caire, construite l'an 265 de l'hégire, 887 de Jésus-Christ, est un des plus beaux monuments de style ogival qui se puisse voir. C'est de l'ogive en tiers point la plus pure '^\

Pourquoi avoir attendu au xiii® siècle à en prendre des copies? Pourquoi plutôt au xiu** qu'au x" ou au xi® î Et puis les croisades I

Laissons parler le savant Prisse d'Avesnes.

« L'ogive en forme d'arc a été employée dans les monuments de l'antiquité, puisqu'on la retrouve de temps immémorial en Egypte dans les plus anciens tombeaux; plus tard, en Grèce, dans les monuments pélasgiques et dans le trésor d'Atrée, à Mycènes; en Asie, dans la porte d'Assos; enfin, à Rome, dans l'ouverture de l'aqueduo de Tusculum. Mais ce n'est pas encore à litre de principe, elle n'y était que figurative, qu'accidentelle ; tandis que chez les Orientaux, on la trouve employée comme élément d'ornementation.

» La preuve nous en est encore fournie par le palais de Kosroës, Tak- Kesrdh, puis à Rabbat-Ammon, au temps des Romains; par le palais du Kilomètre, au Caire, construit vers le vu® siècle, et enfin dans certains tombeaux bâtis au sud de la mosquée de Touloun antérieurement au ix° siècle.

(1) Nous avons vu démolir le palais de la reine Mathilde ; il offrait un mélange d'ogives et de pleins cinlres.

Nous avons vu transformer le palais de Guillaume-le-Conquérant en l'école normale actueUe. Les affreux œilsde-bœut du sommet remplacent une ligne de lancettes élégantes. Les colon* nettes à arcatures de la façade furent posées en même temps.

Mais qui prouve que ces palais étaient vraiment ceux de Guillaume et de Mathilde ? Une tradition constante et leur nom toujours le même. Kous demandons à notre touo qui prouve que ce nom ne leur convenait pas?

(i La voûle, faite de pierres posées à plat et taillées en biseau, forma les deux côtés d'un triangle équi latéral curviligne.

(3) Voy. les Monuments anciens et modernes de Jules Gailhabaud. Chez Didot. 1850.

Et mieux encore VÀrt arabe de Prisse d'Avesnes. Paria, veuve Merci, 1877, 2* édition. Splendide ouvrage, mais do très-grand prix.

T. II Si

y> Les Arabes ont donc connu très-anciennement la forme ogivale, quoique ce ne soit que vers le ix* siècle qu'ils l'aient généralement employée ^^K )>

La Normandie n'est pas le pays d'Occident où l'ogive se manifeste en premier lieu. La cathédrale de Bamberg, fondée en 4 006, en même temps que le diocèse, par l'empereur Henri II et dédiée en 4011 par Jean, patriarche d'Aquilée, en présence du saint empereur et de plus de trente évoques, est un beau monument de style ogival.

De même la cathédrale de Bâle, fondée en 1010 par le même empereur et dédiée en 1019. Il y a des refaçons ; mais tout est ogival, les parties les plus anciennes aussi bien que les plus modernes.

Saint-Marc de Venise a des ogives qui remontent au moins au xi* siècle; on les voit dans l'intérieur du vestibule.

Le cloître de l'abbaye de Moissac, dans le Quercy, est du gothique le plus pur et le plus élégant; on peut le comparer sans désavantage aux cloîtres du Mont-Sainl-Michel. Or, la date y est inscrite en toutes lettres (mil-cent) avec le nom de l'abbé Ansquetil, qui l'avait fait élever ^'^

La vieille église Saint-Front, de Périgueux, antérieure à l'an 1000, a une grande quantité d'arcades ogivales. « Toutes les grandes églises à coupoles (le l'Aquitaine ont des arcs-ogives au xi* siècle ou avant ^^K »

Il en est de même en Auvergne ; aussi, le savant Mérimée a pu dire, après avoir exploré cette province, « qu'il ne fallait attacher aucune importance à la forme des arcs, lorsqu'il s'agissait de déterminer la date d'un monument ^*^ »

A quoi bon un plus grand nombre d'exemples ? Ceux qui soutiennent que la cathédrale de Coutances a dû être reconstruite au xuf siècle ou au xiv®, parce qu'il ne s'est pas construit de monuments de style gothique avant cette date y ont perdu leur cause. Le système anglais est désormais convaincu d'erreur. Il n'y a plus qu'un mot à répondre à ceux qui demeureront ses partisans : Instruisez-vous *^

Nous avons dit que tel inspecteur de monuments, payé par l'Etat et voyageant aux frais de l'Etat, ne savait pas discerner un maltre-autel d'un chœur d'église , nous entendions parler du célèbre Vitet. Ecoutez plutôt :

(I) L'art arabe, par Prisse d'Avesnes, ch. X, p. 175.

(a) Anno ab incarnatione œtemi Principis miUesimo centesimo factum est claustnim istud tempore domini Aosauetili abbatis. Amen.

(3) Voy. de Veroeilh, VÀrchiiecture bysantine en France. Paris. Didron, !851. in-4».

On peut citer encore Saint- Avit de fa cité, à Périgueux, presque contemporain de Saint- Front; Saint-Avit-Sénieur, consacré en 1117; la catbéaralc de Gabors, consacrée en 1119.

U) Mérimée. Voyage en Auvergne, p. 104.

(5J Ou plutôt, rapportez- vous-en à votre patriarcbe, qui, en deux mots de timide confession» a brûlé tous ses livres :

c La forme de Fogive, dit-il» «st évidemment très-ancienne , et les intersections dont on a fait usage comme ornement, ont paru longtemps après que la forme ogivale se rencontrait dans les arcades des monuments romans. » De Gaumont, Bulletin monumental, XV* volume, page A Al, Vous Tenlendez : il y a des monuments romans en ogives, et des ogives de longtemps antérieures à l'église Saint-Etienne de Gaen, monument à plein cintre, du xi" siècle^ car c'est à ses arceaux croisés qu'il est fait allusion.

Ecoutez encore : « L'église de Saint-Germer, dans TOise, offre tous les caractères de la transition, bien que des textes précis établissent au'elle a été construite avant 1100. » DeCaumontr Bulletin monumental, tome XV, page 303. Elle a en effet de fort belles ogives. Mais comment se fait-il qu'il suffise de montrer des «% textes précis » à Saint-Germer, et que cela ne suffise pa» à Coutances?

De Caumont modifiait ses idées en vieillissant ; mais il est à regretter qu'il n'ait pas fait une confession plus générale.

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