‹ Histoire du diocèse de Coutances et AvranchesChapitre 116 sur 191 · CANTON D'AVRANCHES · texte numérisé non relu

CANTON D'AVRANCHES

I. Saint-Gervais. — a. Notre-Dame-des- Champs. — 3. Saint-Saturain. — A. Chavoy. — 5. La Godefroy. — 0. La Gohannière. — 7. Le Val- Saint-Père. — 8. Marcey. — 9. Plomb. — 10. Pontaubault. — 11. Ponts. — 12. Saint-Brice. — 18. Saint-Jean-de-la-Haize. — 14. Saint- Loop. — 15. Saint-Martin-des-Cbamps. — 16. Saint-Oven. — 17. Saint-Sénicr-sous-Avranches. — 18. Vains.

<- AvRANCHES. Au xiiï* siècle Avrinches, au v* Abrincm; du mot germanique aber, un havre. Exemples ; Aberdeen, le havre de la Déé ; Abernety, le havre du Tey, etc. Dans beaucoup de mots, le b se change en v par euphonie. Exemples : liher^ un livre; colubcr^ une couleuvre. Dans les langues du nord, Ye muet précède la lettre, mais se prononce comme en français, où il la suit. Haber se prononce habre.

Le mot pluriel Avranches suppose plusieurs havres ; les belles rivières qui se jettent dans la baie du Mont-Saint-Michel ont dû, en effet, en former plusieurs ; mais qui ont perdu la facilité de leur accès par suite de Tensablementderan709.

Saint-Gervais, la paroisse principale de la ville, est d'une formation relativement récente. L'église, devenue paroissiale, n'était encore au xv^ siècle qu'une chapelle dédiée aux saints Gervais et Protais, par la visite de laquelle les évêques débutaient au jour de la prise de possession de leur siège.

Le patronage appartenait à Tévêque d' Avranches, à qui il avait été donné, disait-on, par les sieurs Regnauld , seigneurs des Regnauldières, soi-disant fondateurs, et appuyés dans leurs prétentions sur des titres supposés, puisqu'ils sont remplis d'anachronismes. La famille, maintenant oubliée ainsi que le nom et le lieu de son manoir, les avait fait inscrire en lettres d'or sur un vitrail de l'ancienne église ; on y lisait que la chapelle avait été fondée par les

26i HISTOIRE DU DIOCÈSE DE COUTANGES ET AVRANCHES.

frères Gervais et Protais Regnauld, cousins-germains de Judicaël , roi de Bretagne, en 638, et consacrée, en 639, par Ârnoul, évoque de Metz, etGombert, évéque de Cologne , députés par le roi Dagobert. Malheureusement Judicaël n'est pas de cette époque; les noms de famille ne le sont pas davantage. Il y eut sur la paroisse une léproserie dite de Saint-Nicolas, qui jouissait de quarante-cinq sous de rentes et du droit de pasnage pour quinze porcs dans la forêt.

2. Notre-Dame-des-Champs. Le chantre de la cathédrale d'Avranches nommait à la cure. Cette paroisse eut plusieurs couvents : premièrement un couvent de Capucins, fondé en 1610 par Tévêque François Péricart, au lieu où est maintenant le jardin public ; secondement un couvent de Bénédictines fondé, en 1618, parles soins et à Taide des largesses du même évêque. N'ayant pu se soutenir, cette maison fut fondée à nouveau, sous le vocable de sainte Anne, le 5 décembre 1635. — L'évêque Pierre-Daniel Huet lui unit l'abbaye de Moutons en 1693. Il y eut aussi une chapelle dite de la Biqueterie, sous rinvocalion de saint Guillaume et de saint Gabriel, à la nomination directe de Tévêque. Elle avait été fondée par Guillaume Caillot de la Besnardière, chanoine, archidiacre de Mortain, sous Tépiscopat de Gabriel-Philippe de Tessé. — Il s'élève une nouvelle église, dont la première pierre a été bénite le 12 avril 1863. — Notre-Dame-des-Champs fut érigée en succursale par ordonnance du 9 avril 1826.

3. La cure de Saint-Saturnin était à la nomination du chanoine de Braffais. La paroisse eut une chapelle Saint-Symphorien dans la rue du même nom ; il n'en reste plus rien. En 1248, deux chevaliers qui avaient accompagné saint Louis en Terre-Sainte, les frères Pinchon, rapportèrent le corps d'un des saints Innocents, momifié par les procédés usités en ce temps-là, et le donnèrent à l'église Saint-Saturnin. Il y eut dès lors une chapelle des Saints-Innocents, et la précieuse relique y demeura en grande vénération jusqu'en l'an 1562, que les protestants la détruisirent par les flammes avec tout le mobilier de l'église. Le curieux rétable de l'autel où elle était exposée, représentant en quatre scènes le massacre des Innocents, est encastré maintenant dans la muraille.

Supprimée en 1803 et réunie à Saint-Gervais, la paroisse de Saint-Saturnin a été rendue à Texistence en 1838.

A. Chavoy. Etymologie carta, de la voie romaine qui y passait, en venant de Coutances. Les euphémismes particuliers au pays d'Avranches comportent cette transformation; aux lieux des déblais, les voies romaines prenaient le nom de cavées^ et aux remblais, celui de chaussées ^^K En 1698, la cure était estimée à huit cents livres de revenu. Il y avait une chapelle, dite de la Poissonnière, payant cinquante livres de-décimes, ce qui suppose un revena de six à sept cents livres. L'église paroissiale est sous l'invocation de Notre- Dame.

5. La Godefhoy. Sanctm Mariœ Godefridi eccksia. Le seigneur du lieu était patron présentateur. L'église avait été donnée aux évêques d'Avranches

(1) Nous ferons de nombreux emprantsjpour les paroisses de l'arrondissement d'Avranches à reicellent ouvrage en deux volumes de M. Le Héncher, inUtulé : L'Avranchin pUtomque et monumentah

par Richard de Subligny au xiii* siècle. Un évêque la céda au chapitre, qui y fonda une prébende, et, par arrangement, le patronage revint au seigneur. La cure était estimée à trois cents livres en 1698. Il reste à Téglise quelques parties de maçonnerie romane.

6. La GoHANNiÈRE. Cette paroisse semble de création récente , car elle n'est pas au pouillé du diocèse imprimé en 16i8, et se trouve sur la statistique de 1698. L'église est sous le vocable de saint Martin. Le seigneur du lieu présentait à la cure, et la cure était estimée à deux cent cinquante livres de revenu en 1 698. — La Gohannière fut réunie à la Godefroy en 1 804. Elle a été rendue à elle-même en 1820.

7. Le Val -Saint -Père. Autre euphémisme pour le Yal-Saint-Pierre. L'église est sous le vocable de la Chaire de saint Pierre. Elle fut ajoutée, en 1246, au décanat de la cathédrale par l'évêque Guillaume de Sainte-M ère- Eglise; mais en gardant le droit de nomination à la cure. Le doyen servait au curé une portion congrue, qui était de trois cents livres en 1646.

Le chapitre avait dans la paroisse les quatre prébendes de Montceaui, de Binlhin, de la Lande et de Haut-Manoir.

Il y eut un ermitage et la jolie chapelle romane Saint-Georges et Saint- Hubert-de-Bouillé, dont le revenu de cinquante livres fut ajouté à la cure par César Le Blanc, à charge par le curé d'acquitter les fondations. Cette chapelle est détruite, et le portail, d'une très-remarquable exécution, a été remonté sur une pelouse du jardin public d'Avranches.

Nous pensons que le Val-Saint-Père est le même que le Patricliacus des actes de saint Lomer, et non Précey, comme Ta cru Tabbé Desroches. Précey n'est pas la traduction de patridiacus : clivas, un val; cliacus, en basse latinité, un val au bord de Teau, de la contraction des deux mots clims et

Le Val-Saint-Père eut son hôtel-Dieu du Gué-de-l'Epine, fondé en 1480, dont nous avons parlé et dont les faibles revenus furent transférés à l'hôtel- Dieu d'Avranches , quand ils furent devenus insuffisants pour leur objet.

8. Marcey. Le curé était à la présentation du seigneur du lieu. La cure était estimée à quatre cents livres de revenu en 1^98, quoique le chapitre d'Avranches eût les deux tiers de la dîme. Il y eut au château une chapelle dédiée sous le vocable de saint Pair, plus une seconde au Clos-Hubert. L'église paroissiale a saint Pair pour patron.

9. Plomb. (Pbmum^ Plumbum, Plum), Deux portions curiales ; la grande avait été donnée au chapitre d'Avranches au xiv® siècle par le sire de la Champagne, chevalier; le chapitre en avait fait une prébende, et le titulaire, appelé chanoine de Plomb, faisait desservir cette portion par un vicaire, quand il ne remplissait pas lui-même les fonctions curiales. La petite portion estimée à quatre cents livres de revenu en 1698, était à la présentation du seigneur du lieu. Patron, saint Martin. — Les sires de la Champagne réclamaient l'évêque Vivien, de Coutances, pour un des leurs, nous l'avons dit. — La paroisse fut rétablie en succursale le 28 août 1808.

10. PoNTAUBAULT. Eccksia beati Andrem de ponte Aubaud, La paroisse tire son nom du pont de la Sélune, autrefois Séenune et Ardée, la Zwtomw de

Ptolémée; le nom Âubold, Alboldus, était assez commun au moyen flge. L'église a conservé quelques détails romans. Elle fut donnée au chapitre d'Avranches vers 1350 par Geslin, fils de Ate, bourgeois d'Avranches, et devint une prébende ; le chanoine de Pontaubault avait les grosses dîmes et présentait à la cure ; Tautelage, que nous appelons maintenant casuel, et les menues dîmes rapportaient au curé cent livres en 1698.

1 1 . Ponts. L'église appartenait au scolastique, et son revenu était estimé à cent livres en 1648, à quatre cents en 1698. Il y eut sur cette paroisse deux léproseries : celle de Ponts, sur la limite de Tirepied, qui était de la fondation des paroissiens et avait cent livres de revenu, l'évêque en avait la nomination, et celle de la Madeleine, de la fondation des ducs de Normandie, qui appartenait au roi par confiscation. Elle avait un revenu de huit cents livres; le chapelain était à la nomination du grand aumônier de France. C'est sur son terrain que l'hôtel-Dieu fut bâti en 1 274 ; l'évêque donna quarante sous de rente au curé pour dédommagement. Ponts est sous le vocable de saint Quentin.

12. Saint-Brice. La cure était à la présentation du seigneur; elle était estimée à deux cents livres en 1698. La nef de l'église est d'architecture romane. — Supprimé en 1803 et réuni à la Godefroy, Saint-Brice a été rétabli par décret du 2 septembre 1850.

13. Saint-Jean-de-la-Haize. C'était une des prébendes du chapitre d'Avranches ; son revenu est estimé à quatre cents livres sur la statistique de Foucault en 1698. L'église a conservé quelques parties d'architecture romane. Elle est sous le vocable de saint Jean-Baptiste.

Cette paroisse eut la chapelle du Châtelier^ fondée en 1 636 sous l'invocation de Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle, à charge au titulaire de tenir les petites écoles. La présentation était réservée au seigneur du lieu, fondateur, et le bénéfice estimé à deux cent cinquante livres en 1752. Elle fut démolie à la Révolution, mais les habitants la relevèrent en 1820.

14. Saint-Loup. L'église est d'architecture romane. La cure était à la présentation du seigneur et estimée à quinze cents livres en 1698. Là fut curé François Bécherel, évéque constitutionnel de la Manche, puis évêque légitime de Valence.

15. Saint-Martin-des-Champs. L'évêque Léodovald ayant obtenu des reliques de saint Martin^ les fit transférer à Avranches. Elles s'arrêtèrent à on reposoir dressé dans la campagne avant d'arriver à la ville, afin que les habitants, peuple et clergé, allassent les y vénérer et les accompagnassent à leur entrée solennelle. Il s'y opéra de grands miracles de guérisons en faveur des infirmes et des malades qui s'y firent conduire, et l'événement donna lieu à la construction d*une église sur la place même. Cette antique église était située à l'angle formé par la rue Saint-Martin et le Boulevard du Sud. Elle fut démolie en 1808. — L'évêque Richard de Subligny ayant fait don d'une portion de la cure au chapitre, les chanoines y établirent une prébende, et la présentation devint alternative entre le chapitre et l'abbaye de RiUé de Fougères. Le revenu de la cure était estimé à huit cents livres en 1698.

Cette paroisse eut la chapelle Saint-Vigor-de-la-Chausonnière, située dans

la cour du manoir du même nom et riche de soixante-dix livres de revenu. On allait y invoquer saint Va, saint Vient et saint Tire-à-li, pour obtenir le terme par mort ou par guérison des maladies de langueur et des agonies trop prolongées. (Probablement saint Vast, saint Venant et saint Tiraniou.) Cette chapelle était en ruines en 1752, et les fondations qui lui appartenaient, s'acquittaient à la chapelle du château du Quesnoy, dont le seigneur présentait à Tune et à l'autre. — La paroisse fut établie en succursale le 28 août 1 808.

<6. Saint- OvEN (Avdoenus). L'évêque avait les deux tiers des grosses dtmes, le curé l'autre tiers et les menues dîmes. II y avait une prébende dont le titulaire percevait les treizièmes, qu'il louait trente-sept livres. Le revenu curial valait six cents livres en 1690. La cure était à la nomination de l'évêque. — Chapelle Notre- Dame-de-Bon-Secours, au manoir de la Paumerie, riche de soixante-quinze livres de rentes, à la présentation du seigneur, dans laquelle il se disait deux messes chaque semaine.

17. SAiNT-SiNiER-sous-AvRANCHES fut douné pour la moitié au chapitre d'Avranches, en 1210, par Geoffroi de la Champagne, du consentement de Raoul, son fils. Un siècle plus tard, Geoffroi de Saint-Sénier, prêtre, aumôna l'autre moitié, et ce nonobstant, la cxxte était à la présentation du seigneur en 1648. Le revenu était estimé à deux cents livres en 1698. — L'évêque Jean de Hautfaney consacra l'église en 1334; mais elle a été reconstruite en majeure partie.

18. Vains. L'évêque Turgis donna à son chapitre l'église de Vains avec trois vavassories et une masure : une masure était l'habitation d'un vilain, serf de la glèbe. Les mesnils et les manoirs appartenaient aux seigneurs, et les cours, à de plus grands seigneurs encore.

Cette paroisse avait une église Saint- Léonard, antérieure aux Normands; ceux-ci en firent un prieuré, que le duc Guillaume donna à l'abbaye de Saint- Etienne de Caen, Tan 1061. Il était estimé à six cent cinquante livres en 1726. La jolie petite église romane a été transformée en habitation. — Outre la chapelle du prieuré, qui fut entretenu jusqu'à la fin, il y avait dans la cour du manoir celle de Nolre-Dame-du-Vertbois, à la nomination du seigneur, qui avait cent vingt livres de revenu. — L'église paroissiale est sous l'invocation de saint Pierre; elle a été refaite pièce à pièce de 1717 à 1753; il reste à peine quelques parcelles de l'église romane.

CANTON DE BRÉCEY.

1. Brécey. — 2. Braffais. — 3. Sainl-Denis-de -Cuves. — 4: La Chatee-Baudouin. — 5. La Chapelle-Urée. — 6. Le Grand CellaDd. — 7. Le Petit-Celland. — 8. Les Cresnays. — 9. Les Loges-sur-Brécey. — 10. Notre-Dame-de-Livoye. — 11. Sainte-Eugienne. —42. Saint-Georgesde-Uvoye. — 13. Saint-Jean-du-Corail-des-Bois. — 14. Saint-Nicolas-des-Bois.— 15. Tirepied. — 16. Veroix.

1 . L'église Saint-Martin-de-Brécey fut donnée à Tabbaye de Savignj dès répoque de la fondation, car l'évêque Richard de Baufou lui en confirma la possession par une charte datée de Tan 1135. — En 1200, Philippine, dame

268 HISTOIRE DU DIOCÈSE DE COUTAIfCES ET AVRANGHBS.

de Brécey, donna à Téglise cathédrale d'Avranches deux gerbes de son fief de Brécey et la chapelle du même lieu avec toutes ses appartenances. Nous ne tronvons pas d'autre souvenir de cette chapelle. Brécey est la patrie du célèbre abbé horticulteur René Le Berryais, mort en 1807. — Le transept et le chœur de Téglise ont été refaits dans les années 1864 et 1865.

2. L'église de Braffais est dédiée à saint Martin. Elle était à la présentation du chanoine de Bradais. Le revenu de la cure était estimé à quatre cents livres, — Rétablie en succursale le 28 août 1808,

3. Saint-Deisisde-Çlves (Sancius Dionysius de Cuvis dans le rôle de réchiquier de 1198). Les églises de Cuves et de Saint-Laurent-de-Cuves furent données à la prébende de la chantrerie de Mortain par Robert de Cuves et Rodulphe, son fils, le jour de la fondation de la collégiale.

Les Sœurs du Carmel eurent en cette paroisse, dans les années qui précédèrent la Révolution, une maison de retraite et une chapelle dédiée à Nolre-Dame-du-Carmel, fondée par Jacqueline Doisnel de Montéco, qui lui donna deux cents livres de rentes.

Le curé et le vicaire étaient à portion congrue.

4. La Chaise -Baudouin. L'église était à la présentation du chapitre de Cléry. Le revenu curial était estimé à mille livres en 1698. — La paroisse eut les chapelles des Abbayes, nom du village, de la Faverie, encore existantes, mais employées à des usages séculiers, de l'Augerie et de la Normandie, détruites. — On y voit, au village de l'Ourserie, deux croix placées sur ua même piédestal et tournées diversement. Ce doit être le vœu ou la mémoire de deux frères partant pour la croisade ou un pèlerinage en Terre-Sainte.

L'église est sous le vocable de saint Ouen. Elle avait été donnée vers 1210 à l'Eglise d'Avranches pour moitié du patronage par G. Meurdrac. La Chaise était la patrie de Guillaume-le-Gros [Grossus], douzième prieur de la Bloutière, personnage littéraire peu recommandable, à cause de ses attaches avec le parti navarrais. Il fut chapelain de Charles-le-Mauvais. — On trouve parfois cette paroisse désignée sous le nom du Bois-Baudouin [Boscum Balduinï).

5. La Chapelle-Urée. Notre-Dame, cure à la nomination de l'évêque, estimée à un revenu de trois cents livres en 1648. Les plus anciens documents disent ustata, usla et tistula. — Supprimée au Concordat et réunie au Grand- Celland, la Chapelle-Urée a été rétablie par ordonnance du 3 juin 1845.

6. Le Grand-Celland. Saint Médard , patron. C'est une innovation assez moderne d'écrire ainsi le nom des deux paroisses de Celland, d'anciens documents disent Sellant : Saint-Médard-de-Sellant et Saint-Ouen-de-Sellant ; au xif siècle on disait Sériant. — Le revenu de la cure était estimé à quatre cents livres en 1648. — Cette paroisse dut être abîmée dans le protestantisme, car elle eut un prêche de très-grande dimension.

7. Le Petit-Celland. Saint Ouen. Patron, Tévêque. En 1698, six cents livres. Cette paroisse a un camp de très-grande étendue et de très-belle conservation. Rien n'y rappelle les Romains ; ils n'en ont d'ailleurs jamais fait d'aussi grands. Nous le croyons plutôt breton et de l'époque de la domination bretonne dans TAvranchin et le Cotentin. — Rétabli en succursale le 28 août 1808.

8. LksCresnays. Autrefois deux paroisses : Sainte-Marie et Saint-Pierre-de- Cresnay (de Cresneyo). Les deux églises étaient dans le même cimetière. Les habitants des deux paroisses se réunirent spontanément en 1805, démolirent Téglise Sainte-Marie, pour agrandir Téglise Saint-Pierre, et depuis lors ils n ont plus formé qu'une paroisse sous le nom de Saint-Pierre-des-Cresnays.

Les deux paroisses étaient de patronage laïque. Le revenu curial de Notre-Dame était estimé à quatre cents livres en 1 648 ; celui de Saint-Pierre à cinq cents.

Saint Ortaire doit avoir passé là et ce doit être son œuvre. Il fonda, nous dit son biographe, une église en l'honneur de Notre-Dame et une en l'honneur de saint Pierre en son monastère de Landelles. Elles y sont toujours, dans le cimetière de la paroisse. Aux Moitiers-d'Allonne, les églises Saint-Pierre et Sainte-Marie sont pareillement dans le même cimetière. Il en fut de même à Orglandes.

9. Les Loges-sur-Br&by. Patronage laïque. Quatre cents livres en 4638. Vocable, saint Pierre. Le nom indique une habitation seigneuriale de second ou de troisième rang : les mots logis et logement sont des diminutifs.

La paroisse a été érigée en succursale le 28 août 1808.

iO. Notre-Dame-de-Livoye. ^L'affixe des deux paroisses de Notre-Dame et Saint-Georges parait être le nom de la famille de Levis, de laquelle plusieurs membres furent les hommes du roi dans le bailliage du Cotentrn, dont l'Avranchin a toujours fait partie. Mile de Levis, dit aussi Milo de Livoies, fut grand bailli du Cotentin de 121 5 jusqu'en 1222. Simon, frère de Mile, demeurait à Coutances; en avril 1235, il fut commis à partager en trois lots le comté de Mortain, etc. — Le nom des divers personnages de la famille subit dans les chartes les mêmes variations que le surnom des deux paroisses : de Levis, de Leviis, de Liviis, de Liveia, de Livoies. Or ce n'est pas la famille qui a emprunté son surnom aux paroisses, car elle est originaire de rile-de-France, où on la trouve sous les mêmes noms.

La présentation à la cure de Notre-Dame-de-Livoye appartenait à la collégiale de Notre-Dame-de-Cléry. Le revenu était estimé à quatre cents livres en 1698. — Ces estimations servaient de base à l'assiette des décimes payées au roi par le clergé. — Nolre-Dame-de-Livoye, réunie depuis 1803 à Saint- Nicolas-des-bois , n'a été rétabHo à titre de succursale qu'en 1826.

11. Sainte-Eugienî^e {EugenicL), A la présentation du chapitre de Clëry. Estimée à quatre cents livres en 1698. — La paroisse eut un ermitage dit Sainte-Marie-du-Saut-Benon, qui fut donné à la collégiale de Saint-Lo en 1210 par Geoffroi de la Champagne, du consentement de Ruai, son fils. La collégiale l'érigea en prieuré, et ce prieuré était estimé à mille livres de revenu en 16i8. Il reste à peine quelques débris de la chapelle. — La paroisse est et demeure annexée à Tirepied, mais à titre de chapelle vicariale.

12. Saint-Georges-de-Livoye. L'église paraît avoir été donnée pour la moitié du patronage à l'abbaye de la Luzerne dès le temps de la fondation ou peu après : Une bulle confirmative des propriétés de cette abbaye, souscrite par le pape Innocent III en 1213, met au nombre la moitié de l'église Sancti Geargii de Liveia. Cependant c'était le chapitre de Cléry qui présentait à la cure dans les derniers temps, et elle était estimée à un revenu de huit cents livres en 1698.

970 HISTOIRE DU DlOCfeSB DE COUTANTES ET AVRAIfCHBS.

13. Saint-Jean-du-Corail-des-Bois. L'église était de patronage laïque. La cure fut estimée à trois cents livres en 1648. Cette paroisse eut une chapelle Sainte-Anne au manoir seigneurial, et une chapelle publique dite de la Pichardière, dont il ne reste que le souvenir. (Voir pour l'étymologie à Saint- Jean-du-Corail près Mortain.) Supprimé en 1803 et réuni à Saint-Nicalas-des- Bois, Saint-Jean-du-Corail a été rétabli par ordonnance du 7 août 1847.

14. Saint-Nicolas-des-Bois. L'église était de patronage laïque* Le revenu curial était estimé à six cents livres en 1698.

15. TiREPiED. Le patronage de l'église appartenait à Notre-Dame-de- Cléry. Le revenu curial était coté & huit cents livres en 1648, et seulement à quatre cents en 1698, ensemble les deux portions. — L'évèque d'Avranches» Jean Boucart, obtint de Louis XI, en 1452, le personnat de la chapelle royala du château et forteresse du VaUde-Sée, pour fonder une psallette à la cathédrale en faveur de cinq enfants de chœur. Le titulaire de la chapelle s'appelait Jean Basset. On appelait personnat la mise en commende d'un bénéfice, aree attribution des revenus au commendataire, sous condition de faire desservir par un ecclésiastique rétribué à cet effet. Les enfants admis dans une psallette y recevaient l'entretien et l'instruction jusques et compris la langue latine. — La forteresse du Yal-de-Sée était tombée entre les mains du roi par confiscation après la réduction de la Normandie, et ainsi la présentation appartenait au roi. C'est donc ce droit de présentation auquel il renonça en faveur de révêque. Louis XI fit démanteler le château.

Oulrc cette chapelle, dont il ne reste plus de traces, il y eut au manoir sei* gneurial celle de Notre-Dame-de-Crux, & la présentation du seigneur, qui avait les deux tiers de toutes les dimes de la paroisse, et qui était estimée à huit cents livres de revenu en 1752 ; c'était alors un prêtre de Saint-Lazare qui en était titulaire. La chapelle de Crux est un édifice d'architecture romane. — Tire-Pied veut dire le gué du mont, des deux mots d'origine germanique. treici, un passage, et puig, pieu et puy, un mont. — L'église est sous le vocable de Notre-Dame.

16. Vernix. Patron, saint Martin. Le chapitre de Notre- Dame -de -Cléry présentait à la cure. Le revenu était estim^ à sept cents livres en 1698. L'église a conservé quelques parties d'architecture romane en arêtes. — Vernix, anciennement VemiU et Vernis, veut dire au bord de la rivière, du vieux mot ver, une rivière. — Etabli en succursale par décret du 28 août 1808.

CANTON DE DUCEY.

1. Ducey. — 3. Céaux. — 8. Courtili. — i. Grollon. — y JoiUey. — S. La Boulouze. — 7. Las Chëris. ^ 8. MarciUy. — 9. Mesnil-Ozenne. — 10. PoiUey. — 11. Préoey. — 13. Sainte Qaeotio.

1 . Ducey (Duxeium). Vocable, saint Pair. Etymologie, aqum dwtus et par abréviation ductus ; d'où sont dérivés les daueU, les daueiiU^ les mauduiUf etc. — L'église de Ducey fut donnée à Montmorel peu après la fondation de cette abbaye par Guillaume de Ducey avec la chapelle Saint-Germain et l'ermitage d'Ardenne, du consentement de l'évêque Richard de Subligny.

PÀMMSSBS. 274

Au temps du protestantisme, Gabriel I de Montgommery transforma cette môme chapelle en un prêche. Son fils, Gabriel II, le fit inhumer auprès ; ensuite, il fit édifier sur son caveau un prêche beaucoup plus grand, qui se trouva ainsi presque contigu à la chapelle. Il ne reste pas même des ruines de ces édifices : la grande route passe à la place. Mais il en existe encore de la chapelle Saint-Biaise de Termitage d'Ârdenne, qui fut le premier séjour des religieux de Montmorel. Elle avait été construite par Guillaume de Ducey ; Termitage était plus ancien et sous le vocable de saint Antoine, avec une chapelle du même nom , qui a subsisté longtemps après. — La cure de Ducey était estimée à quatre cents livres en 4698. — L'église actuelle a été commencée en 1859 et achevée en 1866.

2. C^ux. Jadis on écrivait Gels ; mais la prononciation s'est transformée, comme celle de bel en beau.

A chaque oisel Son nid est bel.

L'église est sous le vocable de saint Sénier. Le patronage appartenait à l'évêque. — Il y eut un prieuré, dit de la Madeleine, fondé au xii" siècle et appartenant d'abord à l'abbaye de Saint-FIorent-sur-Loîre ; dans les derniers temps, il était au Mont-Saint-Michel, et estimé à cinq cents livres de revenu en 1698. La notice des chapelles du diocèse, dressée en 1752, marque celle de ce prieuré en ruine totale. Il y en eut une seconde au village de la Bertaudière, dont elle ne fait pas mention. — La cure était évaluée à quatre cents livres de revenu en 1698.

3. CouRTiLS. Sous le vocable de saint Pierre et le patronage du chapitre d'Avranches, auquel l'église avait été donnée par Hugues de Courtils, du consentement de ses héritiers, en présence et avec l'assentiment de l'évêque Richard de Subligny. (Etymologie probable : pays légumier ; dans la contrée» un jardin de ferme s'appelle un courtil. En basse latinité, curtilis.) L'abbaye de Rillé, près Fougères, ayant réclamé contre cette donation, les nominations devinrent alternatives,, et les dîmes furent partagées. La 'même abbaje possédait dans la paroisse un prieuré avec chapelle dédiée à saint Etienne, dans la partie nommée le Bas-Courtil, et dont la fondation remontait au X* siècle. La liste de 1752 marque cette chapelle en état de ruines. — Le revenu curial était estimé à trois cents livres en 1698. L'église a conservé qaelqaes traces d'architecture romane.

4. Crollom . Notre-Dame-de-Crollon était soumise au patronage de l'évêque. Le revenu était estimé à quatre cents livres en 1698. (Etymologie probable,

cros^ mot saxon qui veut dire marécageux.) Crollon a été rétabli à titre de succursale par ordonnance du 26 novembre 1826. Il était annexé depusi 1803 à Brécey.

5. Juillet. Saint-Martin-de-JuilIey (de Jugleio) était sous le patronage de Févêque. La cure était estimée à cinq cents livres de revenu en 1698.

6. La Boulouze. Saint-Pierre-de-la-Boulouze appartenait à Kabbaye de Montmorel, du don de Jean et d'Etienne de la Boulouze ; la charte est sans

S72 HISTOIRE DU DIOCÈSE DE COUTAlfCES ET ATRANGHBS.

date, mais parait être de la fin du xii* siècle. Le revena de la cure était estimé à deux cents livres en 1648. — On trouve quelquefois le nom écrit Boul-bouse : ce serait, en langue saxonne, l'habitation de Boul.

La paroisse eut jadis, sur le coteau de Ruandal, une chapelle dédiée à saint Ermel , et le village qui se forma alentour porte toujours le nom de Saint-Ermel. Un tel témoignage, s'il était isolé, ne suflSrait pas à démontrer que le saint missionnaire évangélisa cette partie de TAvranchin ; mais il est corroboré de plusieurs autres appartenant au même pays. — Supprimée en 1803 et réunie au Mesnil-Ozenne, la Boulouze a reçu une nouvelle existence paroissiale par décret du 7 novembre 1857.

7. Les Chéris. Saint Médard, patron. L'église fut donnée à l'abbaye de Montmorel en 1 221 par Roland Avenel , chevalier. La charte dit Escharif : ce serait ainsi dans le nom propre Eschard qu'il faudrait chercher la racine du mot. Montmorel l'érigea en prieuré-cure, mais qui fut toujours d'un faible revenu, deux cents livres seulement sur le rôle de 1648. — Il y eut une chapelle au manoir du Plantis, et probablement une seconde au manoir du Bardé. — La paroisse a été érigée en succursale le 28 août 1808.

8. Marcilly. L'église Saint-Martîn-de-Marcilly fut donnée à l'abbaye de Savigny par Roger de Marcilly, environ l'an 1200. L'abbé Roger Bissonnet, qui gouverna de 1220 jusqu'au mois d'août 1225, la céda à l'église d'Avranches, avec l'assentinjent de Tévêque Guillaume d'Osteilley, en présence de Hugues de Morville, évêque de Coutances. Dès lors le patronage fut partagé et les nominations devinrent alternatives entre l'évêque et le chapitre. Le revenu de la cure fut estimé à quatre cents livres en 1648.

9. Mesnil-Ozem^. Vocable, saint Martin. L'église fut donnée pour un tiers du patronage seulement à l'abbaye de Montmorel par Durand de la Boulouze; la donation fut confirmée et complétée en 1239 par Pierre et Roger de la Boulouze, frères du donateur. — Le revenu curial était estimé à quatre cents livres en 1648. — Il y eut au manoir une chapelle dédiée à saint Roch , qui fut relevée en 1665 par le sieur de la Broise du Châtelier, seigneur du lieu.

10. PoiLLEY. (Saint Martin.) L'église fut donnée à l'abbaye de Montmorel, qui l'érigea en prieuré-cure et y mit un chanoine, par Rualem du Holme (de Hulmo) environ l'an 1 200. — Là fut la chapelle Saint-Biaise, à la desserte de Montmorel, mais dont il ne restait déjà plus que des ruines en 1752. — Le bénéfice-cure fut estimé à trois cents livres de revenu en 1698. — Poilley est la patrie du poète Jean de Vitc^I, qui chanta en vers peu dignes de Ronsard, quoique dans le même genre, Im prinse du MorU-Sainl-Michel ; il naquit en 1560.

1 1 . Précey. Sous le vocable de saint Bertevin ; c'est la seule paroisse de l'Avranchin où il soit invoqué à titre de patron. L'église fut donnée à l'abbaye de Montmorel en même temps que celle de Poilley par Rualem du Holme. Montmorel en fit également un prieuré-cure. Le revenu était estimé à deux cents livres en 1698; ce qui constitue une diminution de pareille somme depuis 1 648, où il était porté à quatre cents livres..

12. Saint-Quentin. La nomination à la cure était alternative entre l'évêque

et le chapitre. On lit ce qui suit à l'article Saint-Quentin sur la liste des chapelles dressée ea 1752 : « 1® La chapelle du château. 2^ La chapelle de la Péchardière, dont est titulaire le sieur Le Goubey, prêtre. 3"^ La chapelle de Lillemanière, fondée et desservie, dans la cour du château, sous Tinvocation de saint Jean. Revenu soixante livres pour le titulaire. Le seigneur présente et la fait desservir. » La chapelle du fief de la Péchardière était sous le vocable de sainte Anne. — L'église est en majeure partie d'architecture romane.

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