CANTON DE GRANVILLE
I. Notre-Dame-de-GranviUe. — 2. Saiot-Nicolas-près-GranviUe. — - 3. Saint-Paul-de-GranvUle. — 4. BouiUon. — (. DonviUe. — 6. Kairoa. — 7. Saint- Aubin-des-Préaux. — 8. Saint-Pair. ^ 9. Saint-Planchers. — 10. Tquelon.
4 . Granville. Au temps de la conquête d'Angleterre, le fief de Granville, comprenant plusieurs des paroisses qui entourent la ville actuelle, était possédé par Richard de Granville, compagnon du Conquérant. Richard étant mort sans postérité, le fief échut à son frère, Robert, dit Fils-Hamon. Une arrière-petite-fille et dernière héritière, nommée Marie-Jeanne de Granville, le porta par mariage à Raoul d'Argouges, seigneur de Gratot, en 1252. Il devait rester à perpétuité dans cette famille.
En 1438, Jean d'Argouges vendit, non le fief, mais le roc sur lequel est assise l'ancienne ville de Granville, pour un chapeau de roses vermeilles de rente annuelle payable à la Saint-Jean, à « haut et puissant seigneur Thomas, sire de Scales, capitaine des basses marches et séneschal de I^ormandie (pour l'Angleterre), commandant du fort et ville de Genêts. »
Le lieu n'était pas désert, car il y avait une église paroissiale, dédiée à Notre-Dame, dont Jean d'Argouges, sire de Gratot et de Granville, se réserva le patronage et quatre perches de terre alentour. La cure était divisée en deux portions dès le temps de saint Louis. Toutefois les habitations étaient éloignées, car une charte donnée par Charles YII en 1445 porte : « Comme & l'occasion des guerres et divisions, qui puis quarante ans en ça ont esté en notre royaulme... les Angloys... lesquels par forme de nouvelle habitation et créacion , la ville ayant , puis huit ans en ça ou environ , commencé à édifier, fortifier et emparer une place et champ sur un roc presque tout environné de mer, auquel n'avait aucun édifice ni habitation, fors seulement une église paroissiale très dévote, fondée en l'honneur et révérence de Notre-Dame, la dite place nommée Granville, que l'on dit être un des plus anciens pèlerinages de nostre pays de Normandie, et où sont avenus et a viennent souvent beaux et apparents miracles, en laquelle paroisse souloit avoir plusieurs villages, bourgades et hameaux... » Le monarque donne du terrain à ceux qui voudront venir y bâtir des maisons. On sait de quelle façon lord Scales fortifia le lieu concédé, et de quelle façon la garnison du Hont-Saint-Michel le lui enleva, quand il fut fortifié.
La cure de Granville était toujours partagée en deux portions. Louis XI voulut s'en attribuer le patronage sous prétexte de la confiscation opérée au préjudice de lord Scales ; mais comme Jean d'Argouges se l'était réservé et
qu'il n'y avait pas lieu h confiscatiou contre lui, le projet n'eut pas de suite. En dernier lieu, la présentation à la première portion appartenait au semeur de Gouville, et la présentation à la seconde au seigneur du Mesnildrey. Les deux portions étaient taxées ensemble à une décime de soixante livres.
Les Anglais créèrent Granville en déplaçant le village, qui était à Roche- Gautier, le port, à la Houlle et le surplus aux dépens de Saint-Pair ; ils démolirent les balles, le palais de justice, ou cohue, comme on disait dans ce temps-là, les maisons du bourg, et en transportèrent les matériaux dans la nouvelle place forte ; ils y transférèrent aussi les foires et marchés, sur quoi les moines du Mont-Saint-Michel portèrent leurs plaintes et réclamations à Louis XI. La ville avait été construite sans leur aveu, en un lieu de leur baronnie sur lequel ils avaient certains droits ; le bourg chef-lieu de la baronnie était détruit ; ils perdaient le revenu des foires et marchés ; la garnison du Mont leur avait coûté de grosses sommes ! Louis XI les décida à se soumettre au fait accompli, car ils lui firent hommage de ce qui pouvait leur appartenir en l'espèce.
Le pays de Granville avait été miraculeusement délivré par saint Aubert. évêque d'Avranches, d'un affreux serpent, d'un esculape probablement, qui y causait la désolation. Et c'est, sans doute, en mémoire et reconnaissance de ce bienfait, qu'avait été élevée sur le roc de Lihou ^*^ la première chapelle, qui devint ensuite église paroissiale. Il est de tradition que le culte de ï Etoile de la mer sur cette aride falaise entourée par la mer, date de temps immémorial.
En 1348, Philippe de Valois fonda un couvent de Cordeliers à Chausey^ « en sa paroisse de Granville. » L'abbaye du Mont-Saint-Michel concéda le terrain, quantàune jouissance révocable seulement. Maltraités et pillés par les Anglais, les bons frères quittèrent ce séjour incommode en 1543, et vinrent se réfugier à Granville, où ils trouvèrent l'hospitalité dans la maison d'ua bourgeois nommé Le Pigeon. En 1546, les dames Jacqueline de Hambye et Adrienne d'Estouteville leur donnèrent un emplacement où ils fondèrent le couvent qui a subsîstéjusqu'à la Révolution, et qui a laissé dans le pays d'excellents souvenirs. — En 1683, un sieur Baubriant, bourgeois de Granville, fonda l'hôpital. La chapelle fut dédiée à saint Sauveur.
L'église de Granville a été commencée en 1439; celle qu'elle remplace et qui était devenue insuffisante, vu l'accroissement de la population, avait été dédiée en 1113.
2. Saint-Nicolas-près-Granville est l'ancienne paroisse de Granville. Lors«que les curés eurent fixé leur résidence dans la nouvelle ville, devenue la partie principale de la paroisse, ils firent desservir la partie rurale par ua vicaire au choix du curé de la première portion, qui fit ses fonctions en und chapelle dédiée à saint Nicolas. Il en existait une seconde à Roche-Gautier, dédiée à saint Gaud, et une troisième plus rapprochée de la ville, dédiée à sainte Geneviève ; mais la première était plus centrale. Il fallut l'agrandir, et elle a servi de paroissiale jusqu'en 1823, que l'église actuelle fut bénite par l'évéque Pierre Dupont-Poursat.
Quoique Saint-Nicolas figure comme paroisse sur un dénombrement de l'élection de Coutances, dressé en 4765, il ne l'était pas. Il demeura chapelbe
(1) On a dit aassi Hl-JUm, en saxon, hante demeure. C'est la même ëtymologie po«r Ut* haire.
fahoissks. 275
TÎcariale de Granvillejasqu'en 4817. Alors il fut érigé en succursale par ordonnance du 4 décembre. Il a été élevé au rang de cure par une ordonnance du 8 mars 4 829.
3. SAiNT-PAUL-DE-GRANvaLE. ParoissB de fondation récente, reconnue par l'Etat au titre de succursale le 28 décembre 1859, élevée au rang de cure par ordonnance du 31 décembre 1872.
4. Bouillon. La paroisse Saint-Jean-Baptiste-de-Bouillon était divisée en deux portions curiales, dont la première à la nomination de Tévêque d'Avrancheset la seconde à la présentation du grand chantre de la collégiale de Cléry. Chacune était estimée à deux cents livres de revenu en 1648. La première, constituant la moitié du patronage ecclésiastique, avait été donnée à Tévéque Guillaume de Sainte-Mère-Eglise, la charte n'est pas datée, par le chevalier Nicolas de Verdun. L'évêque, au lieu de s'appliquer le bénéfice de cette donation, en distribua ainsi le revenu : cinq livres au chapelain de la chapelle du nouveau cimetière d*Avranches ; cinq livres à la Maison-Dieu ; quatre livres pour célébrer un service anniversaire en faveur du donateur et de son frère, qui était clerc^ et autant pour l'entretien de deux lampes ardentes, dont l'une à l'autel de la Vierge dans la cathédrale, et l'autre dans la chapelle du nouveau cimetière.
Tel était le produit de la moitié des dîmes de la paroisse ; le froment se vendait alors au plus haut prix deux sous la ruche, mesure de Saint*Pair, qui était de vingt-six pots et pinte pour bonne mesure, soit quarante-huit litres environ. En redevance, on la livrait rasée.
Que restait-il au curé? Tautelage, Téventualité des novales, si on venait à mettre quelque terrain en valeur, et peut-être de menues dîmes sur le lin, la laine, le chanvre.
5. DoNvn.LE (Odonis Filla). Saint Clair. Les traditions parlent d'une station de saint Clair en ce lieu et même d'un monastère qu'il y aurait fondé. Il y a une fontaine S^int-Clair non loin de l'église. Celle qui précédait l'édifice actuel, était une de ces constructions dites d'architecture romane qui n'ont point de date. Elle était, comme celle qui la remplace, orientée vers Ib nord, particularité unique dans le diocèse en fait d'église paroissiale. On a trouvé dans le cimetière beaucoup de fondations d'édifices.
L'église Saint-Clair-de-Donville fut donnée au commencement du xiii' siècle à l'Abbaye-Blanche de Mortain, par Thomasse, fille de Geoffroi Meurdrac, pour sa dot, du consentement de ses deux frères, Robert et Foulques. Mais la donation ne fut pas profitable à long terme : les Religieuses de la Blanche étaient éloignées, peu riches, souvent mal gouvernées ou mal protégées, parfois ruinées par les guerres dont la ville de Mortain fut tant de fois la victime.
Elles possédèrent à Donville un fief noble, sept pêcheries, les droits de grevage, c'est-à-dire les épaves rejetées par la mer, le varech des rochers, les tangues et taignoux ^'^ Il y avait alors un petit havre partie sous Donville, partie sous Bréville, communiquant avec la pleine mer par-devant la falaise. Elles avaient rétrocédé les pêcheries et la cueillette des varechs au prix de
(i) Les taignoux sont ces'blétes salées du bord des havres qu'on emploie dans l'amélioration des tenes arables.
376 H1ST0IRK DU DIOCÈSE DE GOUTANGES ET AVRANGHES.
trente*neuf SOUS six deniers de rentes seigneuriales. Ces divers biens venaient sans doute de la même origine.
Mais au-dessus des seigneurs était l'abbaye du Mont-Saint-Michel, baron de toute la contrée, qui relevait directement du duc de Normandie, et n'avait rien aliéné.
Or, voilà qu'en l'an 1238, l'abbé Richard Turtin s'avise de donner et concéder à ses hommes de Coudeville^ de Longueville, de Bréville, de Donville, et aux hommes de noble homme le seigneur Foulques Paynel, c'est-à-dire les habitants de Saint-Martin-le- Vieux, à perpétuité la tangue, le sable, le jonc, la haudine ^^\ et tout le pâturage des marais ^*^ qui s'étendent depuis la falaise de Donville jusqu'au marais de Bréhal, parce que ce sont les siens.
Il y avait là usurpation par rapport aux dames Blanches en ce qui concerne les tangues. Peu après, l'abbé réclama aussi le grevage comme droit de haute seigneurie. Il avait d'ailleurs partout ses hommes qui tenaient de lui en vasselage des fiefs nobles ^^\ et qui étaient plus disposés à outrer ses droits qu'à transiger. De sorte qu'après maintes avanies et maints procès, les pauvres religieuses perdirent tout, jusqu'au patronage de l'église de Donville. Le seigneur du lieu devint patron présentateur.
Le curé payait quarante livres de décimes et cinq sous pour la chape à l'évéque. — Annexée à Granville, la paroisse de Donville n'a recouvré soa existence paroissiale qu'en 1820. L'église actuelle a été faite, le chœur en 1829, le clocher en 1834, et la nef en 1836.
6. Kairon. L'abbaye du Mont-Saint-Michel avait à Kairon une maison de plaisance ou plutôt de convalescence pour les religieux infirmes ou ftgés, antiques , comme on disait jadis. La chapelle de cette maison s'appelait Notre-Dame-du-Petit-Monastère ; elle tenait lieu d'église paroissiale aux populations d'alentour. A la restauration du culte, en 1802, elle fut conservée comme chapelle vicariale de Saint-Pair. Kairon obtint ensuite de devenir une section de la commune de Saint-Pair, et enfin son érection en succursale par décret du 13 juillet 1828.
7. SaijN't-Aubin- DES- Préaux. Sous le patronage de l'abbaye du Mont- Saint-Michel. La cure était taxée à trente-huit livres de décimes. L'abbaye avait donné la paroisse en franc-fief et gardé la cure. Le curé n'avait que des menues dîmes, des traits de dime et l'autelage. Il payait quatre sous pour la chape à l'évéque.
8. Saint-Pair étant devenu le chef-lieu d'une grande baronnie, acquit lui-même une grande importance : foires et marchés , haute , basse et moyenne justice, saints tombeaux qui attiraient de nombreux pèlerinages, primés cependant par les pèlerinages du Mont, rien ne manqua ; aussi le
(1) La haudine est cette herbe dont on fait des balais, et qu'on appelle dans les autres miellés d*un nom Scandinave, du mielgreu ; en français, herbe de miellé.
(S) Le langage n*a pas changé : ces mMU» sont toujours des maTais pour les habitants da pays.
(S) En 1155, Foulques Paynel, seigneur de la Haye-Paynel et autres lieux, tenait ea vaTassorie Saint-Martin-le- Vieux. , Chanteloup , la moitié de Éréville et les fermes de Tortesavate, le Theil et Foulbec ; le comte d'Arondel tenait en Tavassorie Longueville et la moitié de DonviUe, Alain de Saint-Pierre était vavasseur de l'autre moitié. I^es plus puissantes familles de ce temps, les de Granville, de Lézeaux, de Saint -Jean, de Gastigny, Chaussebœuf, Tesson, etc., se trouvaient honorées de tenir une vavassorie du Mont. (V. le dartulaire de l'abbaye.)
bourg avait pris des développements considérables, lorsque lord Scales en démolit les édifices , pour bAtir Granville. On ne saurait dire combien d'habitants suivirent leurs maisons, mais il y avait un quartier juif et les Juifs demeurèrent, pour profiter des restes du commerce qui se ferait encore, l'y rappeler peut-être ; enfin l'abbaye les expulsa , sous prétexte que la terre était sainte, et qu'ils n'étaient pas dignes de la fouler aux pieds. Déjà des lettres royaux données antérieurement leur avaient enjoint de déguerpir. Ils se retirèrent à l'abri des murs de Granville, et formèrent ce premier faubourg de la nouvelle ville qui s'appelle encore la rue des Juifs. Saint-Pair devint alors un pauvre hameau.
La cure avait été jusqu'en 1 1 54 indépendante de l'abbaye du Mont-Saint- Michel ; Henri II la lui donna ; les religieux l'érigèrent en prieuré, ce qu'elle demeura jusqu'à la fin. Toutefois, l'évêque Richard de Bohon en donna le personnat, en 1157, à l'abbé Robert de Torigny dit aussi Robert du Mont. Le personnat était une première forme de la mise en commende : celui qui avait un personnat, s'appropriait le revenu du bénéfice, et faisait acquitter les charges par un vicaire. C'était également un premier pas vers la création de la mense abbatiale, cette grande infraction au vœu de pauvreté.
Le chœur de l'église contient les tombeaux de saint Pair et de saint Scubilion élevés à hauteur de poitrine, œuvre du xv® siècle aussi mauvaise qu'incommode. Il fut édifié en 1 1 1 4, mais il y a des refaçons ; la nef et la tour, sauf l'aiguille, sont plus ancieiaes. On voit auprès de l'église les chapelles Saint- Gaud et Sainte-Anne, dont la fondation parait antérieure à l'invasion normande. Il y eut plus loin, au levant, une chapelle Saint-Michel, dont il reste quelques constructions en arête , que les moines du Mont élevèrent , sans doute, comme témoignage et prise de possession. Plus loin encore, mais au midi et au bord de la mer , est la fontaine Saint-Gaud , très-visitée des pèlerins. — La paroisse eut une léproserie, qui était à la charge de l'abbaye et assez mal entretenue. — Le curé payait une décime de trente-cinq livres, seize sous pour la chape à l'évêque, dix manseaux, au synode de Pâques, pour le Saint-Chrême, diï-neuf deniers pour la Circata.
9. Saint- Planchers (altération du nom de saint Pancrace). La cure était à la présentation de l'abbaye du Mont-Saint-Michel ; elle payait une décime de soixante livres. — Cette paroisse eut le prieuré de Loiselière appartenant au Mont-Saint-Michel , et qui faisait partie de la mense abbatiale. Outre la chapelle du prieuré, il y eut aussi une chapelle Saint-Jacques au village de Malicorne.
La chapelle du prieuré existe , mais divisée en plusieurs pièces et appropriées aux usages séculiers. Un lit occupe la place de l'autel.
10. Yquelon. (Saint Maur.) Le seigneur du lieu était patron présentateur. L'église est d'architecture romane et bien conservée. — La paroisse eut une léproserie dédiée à saint Biaise. — Les mots Scandinaves I-Klint veulent dire les rochers. — Le curé payait une décime de trente-trois livres en 1650, de vingt-trois en 1721.
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